En d’autres temps, quand les pellicules courantes avaient une sensibilité de 25, puis 50-64-100 puis 200 ASA (= ISO), les vitesses les plus couramment utilisées étaient : 1/25 sec – 1/50 sec, puis 1/30 sec – 1/60 sec… à main levée bien sûr… Les vitesses lentes inférieures à 1/30 sec étaient considérées comme impossibles à main levée sous peine de bougé et de photos floues. La frontière entre pose longue et vitesse lente n’était pas rigoureuse. Aussi bien elles se faisaient toutes avec un pied. Et la mesure de lumière se faisait avec une cellule à main. Mais les boîtiers qui comportaient des vitesses lentes, les hauts de gamme, étaient dotés de deux boutons distincts. Voir photo ci-dessous. Je vous parle d’un temps que les moins, etc.

Leica IIIf avec vitesse lentes - Remarquez le sélecteur de vitesse sur le capot supérieur et le sélecteur des vitesses lentes sur la façade avant de l'appareil

Leica IIIf avec vitesse lentes

 

Remarquez le bouton de réglage des vitesses sur le capot supérieur et celui des vitesses lentes sur la façade avant. Tous les boitiers « haut de gamme » ont été similaires jusqu’à l’indexation de toutes les vitesses sur le seul bouton supérieur quelques 20 ans plus tard.

 

Les temps ont changé désormais. L’accélération de nos modes de vie a touché la photographie. Les vitesses courantes, situées entre 1/30 et 1/125 sec sont actuellement entre 1/250 et 1/1000 sec (au moins). Dans le même temps, les sensibilités sont passées de 100/800 ASA à 6400/12800 ISO (voire plus). Et le SR permet de descendre à 1/15 sec à peu près sans problème et sans pied. La notion de vitesse lente a changé elle aussi, quand elle n’a pas disparu tout simplement de la pratique. Les boîtiers sont néanmoins programmés pour aller jusqu’à 30 secondes. Ne serait-ce que parce les capteurs chauffent, ce qui crée du bruit, conséquence de cet échauffement.

Dans le contexte technologique actuel on peut faire cette répartition :

  1. de 1/15 à 10 sec = vitesses lentes
  2. de 10sec à 30 mn = pose longue en pose B
  3. > 30mn = pose longue en pose T [ théoriquement possible, mais est-ce souhaitable ?]

Dans la photographie réelle, actuellement, les poses longues se résument à 1/15 – 30 sec. Les poses supérieures à 30 secondes sont marginales.

 

Pourquoi faire de la pose longue de jour ?

Comme la pose longue ne fixe pas les sujets mobiles, mais seulement les sujets statiques, elle permet d’obtenir des clichés où seront visibles les parties architecturales et les sujets mobiles seront des fantômes ou ne seront pas visibles. Comme sur des poses longues de nuit. Et pour les mêmes raisons. À causes égales, résultats identiques. Ainsi on peut obtenir des paysages classiques, des paysages urbains, des lieux habituellement très fréquentés, exempts de tout ce qui bouge – vagues, véhicules, personnages – et peut être ressenti comme gênant dans la photo. Mais ce n’est pas seule raison de faire des poses longues de jour. Par grand beau temps, vous pouvez vouloir éviter les ciels trop blancs, à la limite du cramé (surex). Notez que les ND peuvent avoir des résultats similaires à ceux d’un polarisant.

On utilise également les filtres ND pour allonger le temps de pose et obtenir des filés de cascades, des surfaces de mer ou plans d’eau apaisés, par grand beau temps, en plein jour ? C’est à dire dans des conditions où, même en jouant sur l’ouverture et la sensibilité, on ne peut que très rarement descendre à une vitesse satisfaisante pour obtenir ce résultat.

Utilisation d'un filtre ND 1000 afin de faire disparaitre les personnes d'une place encombrée (© fyve - K3 & Sigma 17-50 - 20s à f/18 ISO 100)

Utilisation d’un filtre ND 1000 afin de faire disparaître les personnes d’une place encombrée (© fyve – K3 & Sigma 17-50 – 20 s à f/18 ISO 100)

 

Photo de bord de mer de jour. Effet de mer laiteuse.

Photo de bord de mer de jour. Effet de mer laiteuse.

 

photo de jour avec un ND -effet de filé sur le torrent

photo de jour avec un ND -effet de filé sur le torrent

 

Tableau des filtres Nd

Tableau des filtres ND

 

Comment faire une pose longue en plein jour ?

Pour obtenir un éclairage de type nocturne en plein jour, il faut réduire artificiellement la lumière qui parvient à l’élément de mesure Æ de l’appareil. Cela se fait à l’aide de filtres gris ND (voir ). Les filtres ND (pour Densité Neutre – Neutral Density en anglais) sont des filtres gris qui arrêtent une partie des rayons lumineux visibles de toutes les longueurs d’onde. Ils sont caractérisés par un facteur de Transmission T (ou Transmitance), et une densité D. (voir Tab.) Ces filtres ne déforment pas les couleurs, ils réduisent simplement la lumière. Le tableau ci-dessus permet de choisir celui (ceux) qui vous intéresse(nt) en considérant surtout le nombre de pas de temps de pose qu’ils vous feront gagner. L’utilisation de ces filtres vous permet d’obtenir le temps de pose recherché – entre 1/15 sec et plusieurs secondes ou minutes.

Donc premier point à enregistrer :  une pose longue exige l’usage d’un pied. Autant que possible un pied de bonne qualité, de préférence doté d’un crochet au bas de la colonne centrale. Ce crochet permet de fixer un lest qui rend le pied beaucoup plus stable, moins sensible au vent.

 

La procédure est la suivante

  1. Mettez-vous en mode Av
  2. Choisissez l’ouverture qui convient à la composition de votre future photo. Choisissez la sensibilité qui vous convient, la plus basse possible.
  3. Mesurez la lumière. L’appareil vous indique une vitesse, vous pouvez à partir d’elle choisir la densité de votre filtre ND pour avoir la vitesse qui vous convient. Faites la MAP et figez là (passage en MF).
  4. Montez le filtre sur l’objectif  – déclenchez. Après le premier cliché, vérifiez si votre photo répond à vos attentes. Si ce n’est pas le cas, modifiez vos paramètres – diaphs et/ou sensibilité – pour obtenir le temps de pose souhaité.
  5. Et shootez. Dans la plupart des cas cette procédure sera satisfaisante. Pour des temps plus longs, vous disposez d’une autre solution : la pose B.

 

La pose B (Bulb)

Depuis l’apparition du K-1, celle-ci dispose d’une nouveauté : lorsque vous choisissez le mode B l’écran arrière affiche Bulb dans la fenêtre supérieure gauche (sur fond noir). Si vous appuyez sur le bouton vert, la fenêtre s’active (fond bleu par défaut) et vous pouvez paramétrer le temps de pose que vous désirez (celui que vous aurez déterminé par le choix d’une densité de filtre ND), jusqu’à 30mn. Le déclenchement ouvre l’obturateur qui se fermera automatiquement au bout du temps affiché. Tout simplement.

Pose B sur le K-1 Mk II : par défaut, le temps d'exposition est de 10 secondes

Pose B sur le K-1 Mk II : par défaut, le temps d’exposition est de 10 secondes

 

Après action sur la molette avant, on peut changer ce temps de pose :

Pose B sur le K-1 Mk II : on peut modifier le temps d'exposition

Pose B sur le K-1 Mk II : on peut modifier le temps d’exposition

 

Il existe en outre une troisième solution, que nous citons pour mémoire :

La pose T

La pose T est une variante de la pose B.  Ce mode de pose permet d‘ouvrir l’obturateur d’une première pression sur le déclencheur et de le fermer d’une deuxième pression. Le choix de la pose T se fait dans le menu en C-1 -6 : Options mode B. Le type 2 correspond à la pose T.

Dans cette configuration, le mode Bulb s’affiche, vous êtes en pose T. C’est vous qui déterminez le temps de pose. C’est vous qui devez déterminer et chronométrer la pose. Sans limites théoriques. En fait comme le capteur reste alimenté tout le temps de la pose, on imagine son échauffement et le bruit qui en résulterait au-dessus de 30mn. C’est probablement la raison pour laquelle Pentax propose la pose B (et la vidéo) limitée à 30mn. Probablement en liaison avec la pratique astrophysique (sans filtre ND !) L’autre raison est probablement liée à la vidéo : les textes administratifs font entrer dans la catégorie caméscope les appareils pouvant faire des vidéos de plus de 30mn, avec changement de tarifications des taxes…

Dans la pratique, ce que propose Pentax est très astucieux : en pose B mode1 comme mode2, si vous appuyez sur le bouton vert vous avez une pose chronométrée jusqu’à 30 minutes, c’est à dire l’équivalent technique maximum que donne un capteur numérique. La différence entre la pose B (1 pression sur le déclencheur) et la pose T (2 pression sur le déclencheur) se détermine dans le menu, comme indiqué plus haut.

 

Les filtres ND et les tarifs

Dans la pratique, les filtres ND existent dans les diamètres les plus courants. Ils sont proposés par plusieurs marques comme B&W, Cokin, Gobe, Hoya, Lee, pour ne citer qu’elles. Cokin et Lee proposent également des filtres carrés ou rectangulaires à monter sur porte-filtres. Les tarifs vont du simple au quintuple.

Quelques exemples :

GOBE  [ ø de 40,5 à 86]   ø52 ND1000- 29€  ø58 ND64 – 32€  ø72ND64 – 34€  ND1000 – 42€   ø82 ND64 – 56€    (filtres d’origine japonaise, bonne qualité malgré les tarifs)

HOYA  ø77 ND1000 – 75€

LEE [filtres rectangulaires de 150x100mm]  ND64 245€   +porte filtre 169€

Veillez à ne pas (trop) lésiner sur les prix. Les ND très bon marché peuvent modifier certaines couleurs. NOTA : le verre des lunettes de soudeur équivaut à celui des ND 1000. Avis aux bricoleurs ! Si vous envisagez de pratiquer les poses longues de jour, ou tout simplement si vous fréquentez les pays très ensoleillés et voulez éviter les temps de pose très courts (> 1/1000 sec), alors prévoyez d’avoir plusieurs NB.

La pratique indique : un NB inférieur à 10, un 64 et un 1000. Mais ce ne sont que des indications.

Utilisation d'un filtre ND 1000, permettant une prise de vue 25s et obtenir un effet miroir (© fyve - K1 & DFA 24-70 - 25s à f/14 ISO 100)

Utilisation d’un filtre ND 1000, permettant une prise de vue 25s et obtenir un effet miroir (© fyve – K1 & DFA 24-70 – 25 s à f/14 ISO 100)

 

Utilisation d'un filtre ND 1000, afin de figer la mer (© fyve - K1 & DFA 24-70 - 3s à f/10 ISO 100)

Utilisation d’un filtre ND 1000, afin de figer la mer (© fyve – K1 & DFA 24-70 – 3 s à f/10 ISO 100)

 

Photo de Louis Daguerre prise en 1838.

Photo de Louis Daguerre prise en 1838.

 

La sensibilité des émulsions de l’époque était si faible que toutes les photos étaient des poses longues. Sur ce cliché on ne voit aucun passant. Ils sont trop mobiles pour laisser une trace visible. Seule la personne, au tiers inférieur gauche, qui se fait cirer les chaussures a été immobile suffisamment longtemps pour être fixée sur la pellicule.