Un peu de théorie basique. La Profondeur de Champ (PdC) est la zone d’une photo dans laquelle l’image est nette. Devant cette zone et derrière elle, la photo n’est pas nette. Cette caractéristique donne à la photographie une grande partie de sa qualité. Cette qualité (au sens neutre du mot) vient simplement du fait que si la partie pas nette de la photo n’est pas bien placée, elle sera considérée, comme si elle était complètement floue, comme ratée.

Pour les considérations théoriques plus approfondies vous pouvez consulter l’article déjà publié. Rappelons seulement un fait de base: «La Profondeur de Champ ne varie pas avec la focale».

Soit. Il n’empêche que si vous prenez 3 focales fixes, un 35mm, un 50mm et un 135mm, vous constatez ceci:

FOCALEMAP Ouverture f: 8PdC
35mm (Mir46K 1,4/35) ∞ -- 3m
3m ∞ -- 1,55m
50mm (Zeiss planar 1,4/50) ∞ -- 10m
3m4,5m -- 3,5m
135mm (Zenitar 2,8/135)∞ -- 50-75m
3m3,3m -- 2,8m

 

Nous nous intéresserons ici à l’aspect pratique de la question. Avec les appareils AF, il suffit de faire la MAP sur le point de la photo que vous avez choisi pour avoir votre zone de netteté située autour de ce point dans l’axe de la profondeur. En principe la zone est plus grande derrière ce point que devant. Il suffit pour le vérifier de jeter un coup d’œil sur une focale fixe: on constate que l’échelle des distances est toujours plus serrée du côté de l’infini.

Comment estimer la PdC concrètement?

Quand vous visez avec un appareil reflex moderne, vous voyez votre futur photo. L’objectif est à pleine ouverture; pour que la visée soit la plus lumineuse possible. La conséquence c’est que vous voyez une image avec la zone nette la plus réduite. Pour éviter cet inconvénient, il existe diverses possibilités.

 

 

La prévisualisation de la PdC

C’est à dire le système électromécanique de contrôle de la PdC, dont la plupart des boîtiers Pentax sont dotés. Une manœuvre rapide de la bague On/Off sur le symbole diaphragme ferme celui-ci à la valeur choisie sur la plupart des boîtiers de la marque. Vous voyez alors les zones nettes et les zones floues réelles. Pour les diaphragmes fermés la vision s’assombrit, il faut s’habituer pour bien distinguer ce qui sera net et ce qui sera flou. Il est donc prudent d’avoir en réserve toutes les solutions pour estimer précisément la PdC.

Quelles sont ces solutions? Sur les objectifs manuels est traditionnellement gravée une double échelle des diaphragmes de part et d’autre du repère de la MAP situé en face de la bague de mise de MAP. Ce qui est très commode.

FA 1,9/43mm Limited. Finition noire

FA 1,9/43mm Limited. Finition noire

 

Par contre, pas de double échelle des diaphragmes sur les zooms. C’était possible avec les zooms à pompe. Mais il n’y en a plus. Il vous faudra faire sans. Il n’y a pas de solution miracle, technique, matérielle. La seule solution pratique, réelle est celle de l’expérience. A ce moment de sa vie photographique, il faut profiter à fond des possibilités qu’offre le numérique. Et d’abord celle de faire des clichés de travail que l’on analyse à chaud et qui permettent (facilement) de voir ce que donne tel ou tel réglage et d’imprimer les conclusions dans le fantastique ordinateur qu’est le cerveau humain.

Le plus important est de bien choisir l’endroit où vous allez faire la MAP, de façon à détacher le plan que vous voulez mettre en avant dans la photo. C’est ce choix qui va structurer votre cliché, autant que sa composition. On peut même affirmer que c’est l’axe central de votre photo, même si ce n’est pas forcément celui qui saute aux yeux le premier, sauf en portrait.

 

 

L’hyperfocale

C’est le point où il faut faire la MAP pour obtenir, avec une ouverture donnée, pour obtenir une PdC maximale. Cette problématique est typiquement une problématique de 24×36. Avec ce format, il était nécessaire de diaphragmer pour avoir une PdC conséquente. Le format APS-C a supprimé le problème en créant plutôt le problème inverse: comment créer du flou. Ce qui est une des explications de la coure aux grandes ouvertures. Avec les focales fixes, trouver l’hyperfocale est très facile. Vous avez fait la MAP, votre sujet est à 5m. Vous regarder sur la double échelle des diaphragmes, vous repérez à quelles distances se trouvent les limites de netteté minimale; par exemple 3m et 15m. Si vous déplacez la bague de MAP de façon à amener l’∞ en face de la marque de diaphragme où se trouvait 15m, vous allez déplacer la netteté minimale à 2,5m. Vous vous êtes calé sur l’hyperfocale et vous avez gagné 0,5m de netteté. (voir les explications techniques dans l’article)

Toutes les focales fixes Pentax (dont la anciens objectifs), sont dotées de ces gravures, sauf les 2 plastic wonders, les 40mm et le 560mm. Les objectifs à fenêtre transparente: FA 1,1/50mm, DA* 2,8/200mm et 4/300mm en ont une également, mais un peu sommaire et donnant des informations approximatives. C’est moins grave pour les 2 télés. Sur les zooms il n’y a pas cette double échelle, c’est impossible pour des raisons mécaniques. La seule solution pratique est la prévisualisation, expliquée plus haut.

J’ai par ailleurs constaté à plusieurs reprises que l’hyperfocale utilisée en numérique ne fonctionne pas de manière satisfaisante, à mes yeux en tout cas. Je ne parviens pas à expliquer pourquoi. Sauf à dire que c’est dû aux capteurs actuels, très précis, qui montrent les moindres failles d’une photo, ce que ne faisaient pas les pellicules du dernier quart de siècle précédent. Toujours est-il que les clichés shootés à l’hyperfocale en numérique m’ont toujours donné des infinis flous, là où ils auraient dû être nets.

Aussi, je réitère le conseil que je donnais auparavant:

  • Définissez le diaphragme qui vous semble convenir,
  • Faites la MAP au point que vous avez choisi,
  • Recadrez si besoin, en gardant le déclencheur pressé à mi-couse, et déclenchez.

Vous aurez une photo avec une PdC répartie autour de votre sujet. Elle devrait vous satisfaire.

Force est de constater que l’avènement de l’auto-focus, renforcé par la montée en qualité des zooms, mais surtout l’arrivée du numérique ont relégué la PdC au rayon des antiquités curieuses. Ce phénomène est moins net chez Pentax, qui a remis en selle les focales fixes, mais il est néanmoins présent. Les indications de diaphragme, très sommaires sur les objectifs «à fenêtre» montrent bien que les concepteurs ont pensé qu’elles ne seraient pas utilisées, sinon elles ne seraient pas inutilisables ou presque. Et les plastic wonders en seraient peut-être doté; le coût de la sérigraphie n’étant probablement à ce point dissuasif.

Dans la pratique, l’hyperfocale n’est réellement intéressante qu’avec les familles de focales «standards» et surtout les GA et UGA. Le but de son utilisation étant d’allonger une PdC importante jusqu’à son maximum, le plus près possible du bout des chaussures du photographe. On constate que le gain n’est pas forcément énorme surtout du côté proche. Par contre il peut étendre la zone nette jusqu’à l’infini.

 

 

Le flou, le bokeh

De l’ouverture que vous avez choisie va dépendre la proportion de flou et de net dans votre photo. En APS-C comme en FF, la zone nette sera d’autant plus réduite que vous aurez ouvert, c’est à dire choisi un diaph plus proche de la PO. De manière générale, avec le format APS-C on cherche à avoir du flou (avec des transitions souvent rudes). De là, entre autres raisons, vient la course aux grandes ouvertures. Avec le format FF on cherche plutôt à avoir du net et les transitions net / flou sont le plus souvent bonnes, et peuvent même être superbes. La course aux ouvertures extrêmes a néanmoins contaminé le format FF. En gros, en APS-C vous aurez du flou de bokeh de la Po à 4-5,6; selon la focale.

Rendu général du 43 Ltd, mesure de lumière sur une zone plutôt sombre.

Cliché au 43mm Limited à f:6,3

Mise au point un peu en dessous de la ligne médiane, à ~25m = flou dans las lointains, très progressif.

 

Bokeh au 77Ltd à f:2,8 sur K-1

Bokeh au 77Ltd à f:2,8 sur K-1

mise au point rapprochée = PdC très courte sur le premier plan.

 

Au dessus, vous aurez beaucoup de net, voire que du net. En FF, au contraire, si vous voulez avoir de la PdC, du net, il vous faudra fermer à f:8, voire plus encore. Cette indication est variable avec la focale et la distance de MAP. Si vous faites une photo en ville, au 200mm, sans premier plan proche, avec une MAP à 150 mètres, même en FF, à f:8 tout sera net. Par contre si vous cadrez une rangée d’arbres en bord de route, dans l’axe vertical de la photo, le premier arbre à 4-5 m et et les autres se dressant jusqu’à 50 m, seuls seront nets les arbres entourant le point de MAP. Plus ce point sera éloigné, plus vous aurez d’arbres nets. Et inversement.

Attention, on parle beaucoup de puis quelques années de bokeh. Le terme, en japonais, signifie flou d’arrière plan (sauf erreur de traduction). Mais le flou lié à la PdC est derrière la zone de netteté, mais aussi devant. Et il donne de la profondeur à la photo, et ce faisant la structure. Il faut cependant éviter de laisser un premier plan trop flou. Méconnaissable, ce premier plan ne structure plus la photo, il devient une tache qui pollue la photo. La PdC, dont dépendent les zones nettes et floues, structure la photo dans la profondeur. La structure de chaque plan et l’agencement de ces plans les uns par rapport aux autres découlent, eux, de la composition. Cette dernière est beaucoup plus complexe que la maîtrise de la PdC.

La construction, la structuration d’une photo, outre les règles classiques de composition que vous pouvez consulter avec profit dans l’article (déjà paru sur ce sujet), varie selon la focale utilisée. La focale. En effet, le choix de telle ou telle focale ne découle pas seulement de l’angle de champ nécessaire pour saisir ce que vous avez sous les yeux. L’angle de champ d’une focale crée une géométrie de l’image qui lui est propre.

Cette géométrie implique des successions de plans dans la profondeur, spécifiques à cette focale. Cela explique que les très courtes focales, les UGA, donnent des images où la distance verticale entre l’horizon (∞) et la distance de 100-200m est très très réduite (voir les 3 premières photos ci-dessous). C’est à dire que cette zone, énorme dans la réalité (pour les paysages en particulier), est représentée par une étroite bande qui traverse le milieu de la photo dans toute sa largeur. C’est cette géométrie particulière qui rend très importante (et souvent difficile) la gestion des premiers plans (et des ciels) avec les focales courtes.

Accessoirement aussi celle des flous. Aussi a-t-on le plus souvent des clichés avec une PdC très importante qui couvre pratiquement toute la photo (point évident sur les 3 premières photos ci-dessous) . C’est la même raison qui pousse à retailler ces photos pour en faire des panoramiques en évacuant le trop plein de ciel et de premier plan. Ce propos s’applique aux focales de 14-15mm à 20-22mm -en FF (7-8mm à 13-14mm en APS-C). On a une autre géométrie avec le focales de 28 à 40mm (18 – 26mm).

Ce n’est pas un hasard si les constructeurs distinguent le UGA et les GA et mettent la frontière aux alentours de 20-24mm.

Angle et champ à 14mm sur un FF

Angle et champ à 14mm sur un FF

 

Angle et champ sur 20mm en FF

Angle et champ sur 20mm en FF

 

Angle et champ à 24mm sur un FF

Angle et champ à 24mm sur un FF

 

Cette géométrie est encore différente entre 35-40 et 60mm (26 – 40mm-. Elle devient proche de celle de la vision humaine consciente (j’entends par là la partie centrale, en permanence traitée par le cerveau, et différente de l’image plus large qui lui parvient, mais n’est traitée que sur commande par chacun d’entre nous. Ce phénomène peut se vérifier en faisant le test des mains écartées, pouces en l’air, conçu pour vérifier si la vision est altérée par l’alcool.

Angle et champ à 35mm sur un FF

Angle et champ à 35mm sur un FF

 

Angle et champ à 35mm sur un FF

Angle et champ à 40mm sur un FF

 

Angle et champ à 55mm sur un FF

Angle et champ à 55mm sur un FF

 

Enfin on a encore une autre géométrie avec les téléobjectifs à partir de 75-85mm jusqu’aux focales qu’un homme peut transporter sans caddie. Sans distinction fondamentales toutes ces focales donnent une géométrie qui a en commun d’être étrangère à la vision humaine. Ainsi on a des images où le ciel est quasiment absent, si on cadre avec l’axe longitudinal horizontal, et où les plans sont empilés les uns derrière les autres avec des flous très présents. Cette géométrie présent une unité forte, sans vraie rupture entre une image donnée par un 100mm (150mm) et celle donnée par un 300mm (450mm), à part la taille de certains objets.

Angle et champ à 77mm sur un FF

Angle et champ à 77mm sur un FF

 

Angle et champ à 135mm sur un FF

Angle et champ à 135mm sur un FF

 

Angle et champ à 300mm sur un FF

Angle et champ à 300mm sur un FF

 

Angle et champ à 560mm sur un FF

Angle et champ à 560mm sur un FF

 

Cette géométrie particulière à chaque famille de focales signifie d’appliquer de façon différenciée les règles de composition, d’utilisation de la PdC… et aussi selon les goûts très différents de chaque photographe. Ces goûts commencent d’ailleurs avec l’attirance de chacun d’entre nous, pour tel ou tel type de focale. L’extension de la zone de netteté du côté proche, même si elle moins impressionnante peut aussi être importante dans des cas comme une prairie piquée de pâquerettes, où une bande floue de 40cm de fleurs floues oblige à retailler la photo.

 

 

Modifier la PdC naturelle

Il y a deux voies pour contrecarrer la PdC naturelle. La première est un effet de PT qui permet de rendre floues des parties choisies d’une photo. Plus particulièrement l’arrière plan. C’est faisable dans un certain nombre de logiciels comme Lr, Photoshop, Guimp, ACDsee, pour ne citer que ceux-la. De façon générale ce travail de PT permet d’améliorer le flou d’un fond et éventuellement de rendre flou des parties de la photo. Ce n’est que de l’accentuation qui peut réparer une erreur de choix du diaphragme.

La seconde est d’un tout autre ordre. Elle s’appelle Lytro Illum. C’est un boitier qui fait des photos dont on peut, après coup, choisir le plan de MAP dans une zone plus ou moins large située autour du point de MAP. Le Lytro Illum est un bridge plénoptique qui enregistre des images de 4MP, mais des informations beaucoup plus larges (50MP) permettant de choisir plusieurs plans de netteté(et les perspectives qui correspondent par reconstitution informatique.

Une prouesse technique, sans aucun doute. Mais sur le plan de la construction d’une photo, une absurdité. Un jeu qui considère que l’on peut choisir le plan de netteté indépendamment de la composition de la photo. Comme si c’était un élément isolé du reste, sans influence sur le reste de la photo, d’une importance secondaire. Comme si cette idée avait été conçue par des techniciens qui ont une piètre opinion de la photo, qui n’ont, semble-il, jamais vraiment réfléchi à la photographie. Une prouesse technique évidente, mais une aberration photographique, artistique.

Mais ce n’est qu’un avis personnel. Cet avis est confirmé par les promoteurs de l’appareil. L’un d’entre eux, présentant l’Illum, dit « Forcément, quand on sait que les images ne font que 4MP, on se dit que c’est l’éléphant qui accouche d’une souris». Mais si l’on pense à la quantité d’information que contient chaque image, la performance s’avère remarquable. pour l’instant, le principal débouché de l’appareil est donc l’écran, et rien que les perspectives offertes sur ce support sont assez larges pour offrir un nouveau moyen d’expression aux plus inventifs des photographes». C’est bien une performance, quant aux»photographes inventifs», c’est plus flou, mais rhétorique. En fait, on peut douter de la pérennité de cette performance. Toutes les géniales idées du concours Lépine ne sont pas toujours de bonnes idées, hélas.