La plupart des photographes déclenchent en vue par vue : une pression sur le déclencheur = une prise (une photo). Mais il existe bien sûr d’autres modes de déclenchement. Quels sont-ils ? Comment et quand les utiliser ? Quelles sont leurs particularités ?

Autant de questions auxquelles cet article – et ceux qui suivront – va tenter de répondre, en tous cas pour ce qui concerne 2 boîtiers. Les autres boîtiers offrent peu ou prou les mêmes possibilités, avec parfois des paramétrages différents.

Quels sont les modes de déclenchement autres que vue par vue ?

Nous prendrons comme exemples les 2 boîtiers suivants :

  • un full frame (le seul de Pentax aujourd’hui) : le K-1 (au cas particulier le K-1 II)
  • un APS-C déjà ancien, le K-3 II

S’y ajoutera un paragraphe consacré aux boîtiers munis du Wifi.

 

Sur le K-1 II

Les modes de déclenchements (autres que vue par vue) proposés par le K-1 II sont :

  • rafale (rapide, moyen, lent)
  • retardateur (12s, 2s, combiné rafale+retardateur)
  • télécommande (simple, 3s, simple+rafale à distance)
  • bracketting (écrit « bracketing » – avec un seul « t » – dans l’appareil) : paramétrages possibles
  • Miroir levé (M.UP)
  • Surimpression (nombreuses possibilités)
  • Intervallomètre

Sur le K-3 II

  • rafale (rapide, moyen, lent)
  • retardateur (12s, 2s)
  • télécommande (simple, 3s, simple+rafale à distance)
  • bracketting d’exposition (écrit « bracketing » – avec un seul « t » – dans le menu de l’appareil) : paramétrages possibles
  • Miroir levé (M.UP)
  • Surimpression (nombreuses possibilités)
  • Intervallomètre (différents paramétrages)

Sur les boîtiers dotés du Wifi

  • déclenchement avec le logiciel Image Sync (partiellement comparable au mode télécommande).

Description des différents modes

Par convention, on décrira le mode dans ses généralités « universelles » du monde Pentax, en se basant prioritairement sur les possibilités offertes par le K-1 II. On signalera toutefois, autant que faire se peut, les particularités de paramétrage de chacun des boîtiers exemples.

Avertissement : ainsi que le précise le manuel d’utilisation du K-1 II, « Des restrictions existent dans certains modes de déclenchement lorsqu’ils sont utilisés en association avec d’autres fonctions ». Le lecteur est donc invité à se reporter au manuel de son boîtier pour plus de précisions à ce sujet.

Activation

Le choix du mode de déclenchement s’obtient en pressant la partie supérieure du « trèfle » à l’arrière du boîtier. Sur le K-1 et le K-1 II on peut utiliser aussi, pour ce faire, la molette « smart function » avec le choix « CH/CL »

Pour ce premier volet des modes de déclenchement autres que vue par vue, concentrons-nous sur le mode rafale.

 

Le mode rafale

Ce mode existait déjà du temps de l’argentique, mais, bien sûr, il était limité par la technologie et… les capacités des pellicules (12, 24 ou 36 poses le plus souvent en format 24×36). Je me souviens ainsi avoir « grillé », sans même m’en rendre compte, une pellicule de 36 poses en quelques secondes pour avoir voulu shooter en rafale une vague se brisant sur des rochers. À l’issue de cette rafale, le boîtier a rembobiné automatiquement le film, me laissant complètement ébahi : « quoi, déjà ? » ai-je pensé. Hé bien oui, c’était de l’argentique et le prix des développements de films et du tirage des images auraient dû m’inciter à plus de parcimonie dans l’utilisation de la rafale. Sans compter, bien sûr, le nombre de bobines de film qu’il était nécessaire d’avoir à sa disposition.

Le numérique lui a apporté un regain d’intérêt, la technologie moderne se prêtant beaucoup mieux à l’exercice : pas de film à faire avancer, pas de limitation aussi drastique du nombre d’images, vitesses d’obturation souvent bien plus rapides.

Les principes

Sur les boîtiers exemples, 3 possibilités sont offertes :

1. un mode rafale rapide (H pour « High Speed »)
2. un mode rafale moyenne (M pour « Medium Speed »)
3. un mode rafale lente (L pour « Low Speed »)

 

(Les valeurs H, M et L répondent à des valeurs différentes selon les boîtiers. Se reporter à leurs caractéristiques techniques respectives pour connaître leurs possibilités dans ce domaine).

Les modes de déclenchement du K-1 II

Le menu des modes rafale du K-1 II

Le menu des modes de déclenchement du K-3 II

Le menu des modes rafale du K-3II est identique à celui du K-1 II (H, M et L)

 

Ce choix effectué, l’appareil déclenchera, à la cadence choisie, aussi longtemps que le doigt pressera le déclencheur et que le buffer ne sera pas plein (capacité variable selon les boîtiers – Voir là encore les caractéristiques de chacun).

À noter : si l’on éteint l’appareil juste après une prise de vue en rafale, ce mode de déclenchement reste actif au rallumage du boîtier.

Rappel : le mode de déclenchement est affiché sur l’écran arrière, juste en dessous du cartouche indiquant l’ouverture de l’objectif.

L’utilisation

Une première observation

Le réglage AF qui permet d’utiliser au mieux la rafale est sans doute le mode AF.C avec suivi par le collimateur central. Le point est alors constamment « recalculé », ce qui est quasiment une obligation pour les sujets en mouvement.

Et, bien sûr, une bonne luminosité favorisera cette utilisation.

Une autre observation

Il existe des adeptes inconditionnels de la rafale (surtout en photo de sport, mais pas seulement) et des opposants farouches à son utilisation. Qui a raison et qui a tort ? Probablement tous, mais chacun a des arguments particuliers à faire valoir.

 

Les adeptes

Les adeptes affirment qu’en shootant en rafale, au moins une image de la série sera bonne, tout particulièrement pour les sujets se déplaçant relativement vite. Et on pourrait en effet admettre que, si la rafale n’est pas trop courte (une dizaine de prises paraît être une bonne valeur) et si le sujet ne se déplace pas à la vitesse de l’éclair, le but de la netteté peut être atteint. C’est l’argument principal – et souvent unique – de ces adeptes.

Observons cependant que certains pratiques photo ne nécessitent pas d’utiliser le mode rafale : c’est par exemple le cas de la photo de paysage ou d’objets statiques (natures mortes).

En revanche, d’autres types d’images nécessitent ce mode ou bien sont favorisées par l’adoption de ce mode. On peut citer à cet égard la photo de meetings aériens : saisir le « feu » des réacteurs n’est pas chose aisée en mode vue par vue ! En photo animalière également et notamment pour prendre des oiseaux en vol, on peut singulièrement améliorer ses statistiques de réussite en utilisant le mode rafale.

 

 

Les opposants

Mais les opposants ont aussi des arguments que l’on peut entendre. En voici deux qui nous paraissent indiscutables :

  • Si la photo est nette, mais que l’exposition n’est pas bonne, l’intérêt de la rafale disparaît : en effet, on ne peut pas changer le mode d’exposition et ses réglages pendant la rafale. Dès lors, si on a fait une erreur, c’est toute la série qui sera à jeter ou quasiment (parfois le post traitement peut permettre quelques rattrapages). Ce n’est certes pas limité à la rafale, mais, en vue par vue, on a au moins la possibilité de rectifier les réglages entre 2 prises. Si on ne le fait pas, alors on persiste dans l’erreur ! N’oublions pas : « Errare humanum est, perseverare diabolicum » (traduction pour les non latinistes : Se tromper est humain, persévérer [dans l’erreur] est diabolique »).
  • Rien, absolument rien, ne garantit qu’on captera dans la série le moment idéal du mouvement du sujet et pas davantage le bon cadrage ou la bonne composition.

Une évidence

On ne pratique la rafale, en bonne logique, qu’avec des temps d’exposition très courts, afin de figer les mouvements et obtenir ainsi la meilleure netteté possible. À quoi servirait-il, en effet, d’utiliser des temps d’exposition de l’ordre du 1/15s, en rafale, pour photographier un sportif en action ? Bien sûr, si c’est pour photographier une course d’escargots, le problème est différent. Pour des temps d’exposition habituels, mais pour suivre l’évolution de mouvements lents (l’éclosion d’une fleur, par exemple), la solution « rafale » s’appelle alors « intervallomètre ». Ce n’est pas exactement la même chose : nous y reviendrons.

 

Quelle cadence ?

Comme il est dit ci-dessus, il existe, au moins sur les Pentax, 3 possibilités de rafale, autrement dit 3 cadences : rapide, moyenne et lente.

Cela n’a bien sûr rien à voir avec le temps d’exposition : on peut très bien shooter au 1/8000s en rafale lente. Le temps d’exposition, même s’il peut être lié à la vitesse de déplacement du sujet, est aussi fonction d’autres paramètres tels que l’ouverture du diaphragme et la sensibilité. Ce sont les bases mêmes de la photographie. La cadence ne mesure, elle, que l’intervalle entre 2 prises de vue. Cela permet de l’adapter à la vitesse de déplacement du sujet, ou, plus prosaïquement, à ce que l’on souhaite obtenir de ce déplacement.

 

Cadences et capacités en rafale du K-1 II et du K-3 II

 

Une contrainte

Les APN (Appareils Photo Numériques) enregistrent les images, dès la fin de la prise de vue, sur une carte mémoire, ce qui demande un petit laps de temps. Dans le cas de la rafale, en raison du nombre d’images, ce laps de temps peut considérablement augmenter, rendant ainsi l’APN indisponible pendant plusieurs secondes.

Pour minimiser cet inconvénient, il est donc important :

  • Que l’APN soit doté d’une mémoire tampon (buffer) relativement importante
  • D’utiliser des cartes mémoires rapides en écriture afin de raccourcir autant que faire se peut ce délai d’enregistrement.

 

À noter aussi : un autre paramètre influe sur le temps d’enregistrement. C’est, comme on s’en doute, la taille du fichier produit, qui dépend :

  • De son format (à capteur égal, un Raw DNG ou PEF est bien plus volumineux qu’un JPEG)
  • Du nombre de pixels du capteur (un fichier Raw ou JPEG issu d’un capteur de 36 mégapixels sera bien sûr dans la plupart des cas plus volumineux que celui de même format issu d’un capteur de 24 mégapixels).

Faut-il utiliser le mode rafale ?

À vrai dire, s’il existe sur tous les reflex (et pas seulement) c’est sans aucun doute parce qu’il a une utilité (voir ci-avant). Mais ce n’est en aucun cas une obligation et j’avoue que, personnellement, je ne l’utilise que très rarement. Et quand c’est le cas, mes rafales ne dépassent jamais 5 images.

Cependant, mon cas particulier n’est pas intéressant et d’autres diront le plus grand bien du mode rafale. En fait, tout dépend de la dextérité et du savoir-faire du photographe, ainsi que du domaine dans lequel il pratique. On peut très bien faire du portrait sur le vif en rafale. Parfois, cela permet d’éliminer, dans la série, les clichés où le modèle ferme les yeux ou a une expression, disons peu flatteuse. Avec une prise en vue par vue, c’est sans doute moins facile.

Mais faire de la nature morte et shooter en rafale n’apparaît pas d’un intérêt majeur dans la plupart des cas. Du moins si l’on a bien préparé sa prise de vue.

Il n’existe pas de règle. Comme toujours pratiquer et surtout tirer les leçons de cette pratique permet de se positionner sur le sujet.