La routine photographique – S’en sortir.

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Nous connaissons tous la routine photographique. Soit autour de nous, soit en nous-mêmes. Qui ne s’est jamais surpris à refaire un cliché qu’il a déjà fait ?  Nous sommes tous susceptibles de capturer en boucle les mêmes sujets : les mêmes enfants, les mêmes passants, les mêmes personnages, stars ou « pipeuls », les mêmes rues, les mêmes villes, les mêmes destinations touristiques, quelquefois toujours sous le même angle, avec la même focale, la même lumière…

Et bien sûr, nous cherchons à améliorer nos performances techniques de photographes; nos cadrages, notre composition. Et forcément nous photographions de plus en plus d’une manière similaire, nous peaufinons à l’infini. Nous nous sommes forgé un style reconnaissable. Que nous reconnaissons en tous cas.

Nous appliquons, consciemment ou inconsciemment, mais toujours soigneusement, les recettes techniques que nous avons un jour considérées comme idoines ou valides et qui sont, de facto, notre mode opératoire préféré. Sur ce point il convient de distinguer la routine et les routines.

Les routines

Chacun de nous, photographe, a intériorisé des procédures :

  1. un mode ou des modes préférés, Av, Tv ou autre. Ils sont nombreux, plus nombreux chez Pentax que chez la concurrence. Vous pouvez voir le détail ci-dessous. On a tous un mode de prise de vue préféré, consciemment ou non,  de façon raisonnée ou non. On peut aussi être polygame ou polythéiste… et pratiquer plusieurs modes, selon les circonstances. Mais le plus souvent dans le cadre d’une routine donnée.
  2. à l’intérieur de chaque mode, les choix particuliers de paramétrage : une sensibilité préférée, soit générale, mais plutôt par type de photo. Et enfin, et j’allais dire surtout,
  3. l’objectif fétiche, focale fixe ou zoom.

Personnellement, j’ai surtout intériorisé le point 3. J’ai des objectifs fétiches, focales fixes ou zooms, selon des critères de qualité optique bien sûr, mais aussi de rendu, et de commodité. Leur nombre s’est réduit avec le temps. Preuve que ma pratique photographique a évolué, sans même que je me soigne… Ou que la technologie a évolué. Pour certains zooms, le passage d’un 2,8/70-200mm à un 4/70-210mm est surtout la preuve que je vieillis. Ce qui est une évolution inéluctable … et incurable.

Mode User
Modes Pentax

Ces routines sont une sorte de garantie de produire des bonnes images, en tous cas, des images de qualité régulière. C’est un garde- fou. Mais qui peut finit par devenir … triste.

La recherche du style

Je fais toujours les mêmes photos parce que, longtemps, j’ai cherché à me trouver un style à l’intérieur des contraintes que sont les bonnes pratiques des « bonnes règles ». Ces « bonnes règles » qui gouvernent le cadrage (*1) et la composition (*2) ont été quasiment indépassables dans l’autre siècle, le précédent.

*1 Eliminer du cadre tout ce qui peut l’affaiblir.

*2 Faire entrer dans le cadre ce qui peut l’enrichir. En gros…

Dans les années 60 du siècle dernier, plus exactement en cette année 1968 où les étudiants, ceux à qui l’on inculquait le plus de règles, ont secoué leur joug dans à peu près le monde entier : aux USA, en France, en Tchécoslovaquie … en Chine quelques 20 ans plus tard, pas mal de règles ont pris un sérieux coup dans leur superbe domination, ou simplement dans leur application rigide. Parce que l’application zélée de ces règles aide à produire toujours les mêmes clichés (photographiques ou pas).

Dire d’une expression, d’une image, qu’elle fait cliché n’est pas un compliment. Le mot cliché a alors le sens d’image passe-partout, d’image galvaudée. Appliquer ces règles de construction à des images photographiques garantit plus ou moins de produire des photos qui fonctionnent selon des significations communes, un langage commun. Ce langage est assez universel. Avec des variantes d’une culture à l’autre certes, mais il reste globalement commun à tous.

En contrepartie, l’application rigide et systématique de ces règles aboutit à des images dont la structure est le plus souvent identique à elle-même. Surtout si les goûts esthétiques personnels du photographe le poussent à photographier plus facilement les sujets qu’il aime et seulement eux.

La naissance de la routine

Il peut suffire d’un cliché réussi dans des circonstances aléatoires pour faire naître un sujet préféré, ou une manière particulière de traiter un sujet. Qui va petit à petit devenir sujet de prédilection, ou bien l’objectif utilisé ce jour là qui va devenir fétiche. Cela va être un incipit photographique. Il pourra en découler simplement une série photo ou même plusieurs séries. Mais aussi une routine. Pas au sens péjoratif de façon routinière de procéder, mais au sens de mode opératoire que l’on suit habituellement. Et ce mode opératoire habituel va devenir la routine.

A partir de là va se créer l’envie consciente ou inconsciente de produire non pas des images réellement similaires, mais des images du même type.

Le plaisir de réaliser un cliché réussi est parfaitement normal. C’est même la norme chez un photographe professionnel. Mais chez un professionnel cela touche tous les types de photos. Chez lui la photo réussie est la routine. C’est même ce qui peut à terme lui poser problème. Mais c’est une autre histoire.

Notre sujet concerne l’amateur qui reproduit les conditions ou les sujets avec lesquels il se sent à l’aise. Et dont il se retrouve, au bout d’un moment, prisonnier. Pour un amateur la zone de confort peut devenir un piège, un carcan. A partir du moment où l’on ressent cette impression de se répéter, il convient de réagir.

Sortir de la routine, mais comment ?

Dans un premier temps en prenant du recul par rapport à sa propre pratique routinière. En prenant son temps. Ce qui permet de se regarder photographier, de prendre conscience de ce que l’on regarde face à telle ou telle scène, de relever quelles parties d’un cadre donné on examine avec plus d’intérêt.

Ce premier changement de regard sur soi-même va permettre de développer plusieurs réactions possibles :

Systématiquement examiner

quel autre choix ou quels autres choix sont ouverts :

  1. sujet central différent des sujets habituels. Vous n’allez pas vous désintéresser de certains sujets sous prétexte d’en trouver d’autres ! Mais essayer de vous étonner.
  2. variante du précédent : faire plusieurs clichés (un par sujet), là où auparavant vous n’en faisiez qu’un.
  3. cadrage différent. Vous allez vous déplacer pour trouver d’autres points de vue, d’autres angles, d’autres perspectives. Là encore vous fonctionnerez par ajout, pas par remplacement. Cherchez le truc autre.
  4. compositions différentes. Au début cette démarche qui oblige à regarder plus « au dehors du cadre » vous prendra plus de temps. Mais avec la pratique la différence s’estompe. Dans cette prise de recul le numérique est évidemment un énorme avantage. Il s’agit tout d’abord de s’habituer à une autre façon de regarder. Ensuite dans un deuxième temps vous pourrez
Essayer une autre façon de déclencher
  1. Soit déclencher plus vite. Sur les sujets mobiles, dès que le point est fait, déclenchez. Selon que vous souhaitez du net ou du flou, vous aurez préréglé à votre goût vitesse (en mode Tv ou P), ou sensibilité, éventuellement les deux
  2. Soit déclencher plus lentement en attendant l’entrée d’un sujet dans le cadre, comme dans une sorte d’affût. La remarque précédente reste valide.

Vous allez progressivement vous forger un autre regard, une autre approche du réel. Cela aura concrètement assez peu de chance de remplacer votre façon de faire précédente, cela va en ajouter une autre. Donc vous enrichir.

Dans le même temps on peut dire que ce phénomène de routine est assez général, que ce problème ne concerne pas que vous. Ainsi, nombre d’écrivains se voient reprocher de se répéter, d’écrire toute leur vie le même roman, quel que soit leur talent ! Comprendre que ce problème ne nous est pas spécifique peut aider à ne pas en faire une obsession.

Comment je me soigne plus profondément ?

Si l’on parle de se soigner, c’est que l’on pense déjà qu’il y a quelque chose « à soigner ». Ce qui est déjà un bon point de départ. Généralement on a déjà commencé à regarder autour de soi d’une autre manière. A ce stade-là il y a deux démarches possibles et assez efficaces :

L’auto-analyse

  1. D’abord, l’examen de ses anciennes photos avec ce regard distancié qui a commencé à se mettre en place. Cet examen permet de voir plus facilement ce que l’on peut faire d’autre à partir de son regard ancien. Il permet aussi de voir ce qu’il y a de bien dans ce que l’on faisait auparavant. Ce qui est tout aussi important. Car le but n’est pas de faire table rase des acquis précédents.
  2. Ensuite on peut regarder autour de soi ce qui se fait sur des sujets similaires ou comparables. Ce que font les autres. Il ne s’agit bien évidemment pas de faire comme eux. Mais d’observer d’autres références. Pour les comparer aux siennes. Pour sortir d’un modèle « unique » dont on se sent captif, en faisant en sorte qu’il cesse d’être unique. Cette comparaison/cohabitation peut sortir des frontières et s’élargir à des photographes d’autres pays, issus d’autres cultures, ayant des références culturelles différentes.

Ce qui peut se faire en feuilletant des albums dans les rayons photo de bonnes enseignes, en allant visiter des expositions. Ou en allant fureter sur la toile, pour trouver des photographes connus ou moins connus et aller voir leurs photos.

Une fois encore, il ne s’agit pas de remplacer sa routine par celles d’autres photographes. Cela demanderait d’ailleurs beaucoup de travail et très vite s’avèrerait  inutile. Le pire qui peut vous arriver est d’enrichir votre sensibilité de celles d’autres photographes. Ou du moins d’une parcelle de leur sensibilité. Où est le mal ? Le résultat restera votre sensibilité.

L’ouverture sur les autres

A notre époque de réalité augmentée, il est plaisant de penser que depuis bien longtemps les musiciens, les peintres , les poètes connaissent des centaines de partitions, de tableaux, de textes de leurs prédécesseurs ou de leurs contemporains et enrichissent ainsi leur capacité à créer. C’est une sorte de réalité augmentée avant la lettre.

Cette ouverture sur le regard des autres est un très bon moyen de dépasser sa routine, ses propres routines « paralysantes » et de construire de nouvelles façons de photographier, de renouveler sa vision. Le fait de regarder les photos des autres, ne signifie pas s’inspirer de ce qu’il font, mais enrichir son propre regard. C’est à dire le contraire exact de l’enfermement sur soi-même. C’est un moyen très efficace de tricoter son regard avec d’autres regards. Et d’obtenir quelque chose de neuf.

Qui de toutes façons restera vôtre, car le socle de votre regard est trop profondément issu de votre vécu pour être si facilement modifié. Nous sommes tous le produit de ce que nous avons vécu. S’ouvrir sur le regard des autres ne peut pas mettre en danger le nôtre. Seulement l’enrichir. En toute confiance. Enfin il reste encore une solution pour « se soigner » : c’est de voyager dans des pays qui nous sont étrangers, dans lesquels notre regard sera différent, où nous avons la possibilité permanente de photographier autrement que « à domicile ».

A condition toutefois de ne pas suivre « les chemins à touristes » et de pouvoir disposer du temps nécessaire pour le faire. Donc cette possibilité là, assez fantastique, n’est pas forcément toujours accessible, et a fortiori pas à tout le monde. Dans ce cas, il reste la possibilité des régions mal connues ou inconnues de notre propre pays. Peut-être moins exotiques, mais tout aussi efficaces sur le plan de la rupture de routine photographique. A considérer comme une aide extérieure à une démarche essentiellement intérieure.

GALERIE

crédit photographique ©Valia. Pour agrandir cliquer sur les images 

1965 (argentique)

Etretat-1965-argentiqueRouen-vieille ville-1965-argentique

1970 (~) (argentique)

Montmartre ~1970Avenue Fremier ~1970

2014 Numérique (toutes photos faites à Paris)

Paris-rue des écoles- 2014Paris-Bastille-2014

2015

Paris- rue des martyrs-2015Paris-rue des martyrs-2015

2015

Paris-St-Michel-2015Paris-rue des écoles-2015

2016

Paris-Denfert-2016Paris-rue des écoles-2016

2020

Av de France-2020Austerlitz-2020

 

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