La surimpression consiste à prendre plusieurs clichés sur la même surface sensible (pellicule) ou à enregistrer plusieurs clichés sur le même fichier.

 

De l’argentique …

Pour des raisons assez faciles à comprendre, la surimpression nécessite souvent l’utilisation d’un pied pour obtenir des cadrages précis, avec éventuellement un dépoli quadrillé.

A l’époque où l’armement de l’obturateur et l’avancement de la pellicule n’étaient pas couplés, la pratique de la surimpression était facile, elle pouvait même être involontaire. (1) Avec ce couplage, les choses vont devenir un peu plus difficiles, car il faut découpler armement et avancement de la pellicule, et les constructeurs ne le prévoient pas.

Pentax, avec le LX va permettre à la surimpression de redevenir facile.

Le système d’avancement de la pellicule et surtout le compteur de vues sont tellement précis qu’il est possible de faire plusieurs clichés sur le même cadre sans déplacement de la pellicule. La chose est encore plus facile avec le moteur qui permet le débrayage de l’avancement de la pellicule d’une seule manœuvre d’un seul bouton. Le LX était un des rares boitiers (le seul ?) capable de faire ça.  Il était même possible de changer de pellicule «en cours de route» pour changer de sensibilité, et reprendre ensuite à la même vue, sans perdre un seul cadre... et les intervalles entre photos étaient tous égaux! Il suffisait seulement d’accrocher l’amorce toujours de la même façon. La même pratique permettait de faire 38 photos sur un rouleau de 36 poses, et certains labos ne coupaient pas à 36… mais ceci est une autre  histoire.

 

… Au numérique

Pentax va être la seule marque à proposer la surimpression à la prise de vue. (2) Ce qui a soulevé les moqueries de certains magazines photographiques, qui ont écrit : « A quoi bon proposer cette fonction, alors que l’on peut faire ça dans Photoshop ? ». Cette réflexion montrait seulement une méconnaissance de la surimpression.

Car si on peut faire beaucoup de choses avec des logiciels de retouche, la spontanéité de la surimpression à la prise de vue disparaît  totalement. La transparence et l’opacité obtenues par la combinaison des hautes et basses lumières à la prise de vue laissent une part à l’aléatoire, ce que le PT ne permet pas.

Même avec la technique du «sandwich», antérieure au numérique, le résultat n’est pas le même que celui obtenu directement à la prise de vue. (3)

Dire cela n’est ni négatif, ni positif; c’est un fait, sans jugement de valeur.  L’approche erronée des magazines venait de la confusion entre la surimpression, que par commodité on peut appeler «surimpression Méliès» et l’autre «surimpression globale».

La surimpression «Méliès» consiste à ne pas exposer une partie de la photo grâce à un cache placé devant l’objectif pour le premier cliché, le sujet étant placé dans l’autre partie. Puis pour le second cliché, à inverser le cache et à placer le sujet de l’autre côté. On obtient le même sujet en double sur la photo définitive. Cokin a même produit un cache utilisable avec le système P pour ce faire. Ce type de photo qui permet par exemple de faire discuter un personnage avec lui-même est impressionnant ou amusant, mais devient vite un gadget.                                     Il s’est surtout pratiqué en studio et a eu son temps.

La deuxième approche, celle de la «surimpression globale» consiste à enregistrer plusieurs clichés sur le même cadre en superposant des images qui peuvent être différentes. Cette façon de faire nécessite de calculer les paramètres de chaque cliché pour que l’ensemble soit correctement exposé. Ainsi, pour 4 clichés il faudra diviser un des paramètres par 4 (en général la vitesse), ou bien diviser par 2 la vitesse et multiplier par 2 la sensibilité, en argentique.

 

Quelques bases de la prise de vue en surimpression

En numérique les choses sont nettement plus simples : le calcul est fait par le boitier, sauf si l’on veut le gérer soi-même. Sur le K-3 on a même 3 choix. Le nombre de clichés  est généralement limité à 9. Sage limitation.

Le principe physique de la surimpression est assez simple : les hautes lumières «priment» sur les basses lumières. Une image en haute lumière va se détacher sur une image en basse lumière. Lorsque le contraste est marqué c’est assez simple à imaginer avant la prise de vue. Lorsque le contraste est moins net, le «cocktail» devient plus subtil, avec plus de 3 expositions, il devient nettement plus aléatoire, au niveau lumière comme au niveau graphique, et donne des résultats plus inattendus.

Globalement, il est plus facile de faire des surimpressions dans des endroits sombres ou moyennement éclairés qu’en pleine lumière. Dans ce dernier cas, on obtient souvent des photos sinon surex, du moins très claires. Il est donc judicieux d’utiliser la sous-exposition pour chaque cliché. De façon à plutôt sous-exposer le résultat final et ensuite retravailler en PT.

Pour ce qui est de l’exposition, le numérique rend les possibilités quasi-infinies. Les boitiers Pentax permettent l’exposition automatique ou pas, la compensation ou pas. Le PT permet la retouche comme avec une photo classique.

Pour ce qui est de la composition, il faut avoir présent à l’esprit que la multiplication des clichés peut rendre la lecture difficile, voire impossible. Et que c’est souvent imprévisible. Il faut essayer, tâtonner, essayer encore… Le décalage peut se faire de multiples façons : dans un même lieu suivant un axe vertical, horizontal, oblique, par rotation centrale, pendulaire sur un axe non central. Dans plusieurs lieux différents.

Un dépoli à stigmomètre facile le repérage, un dépoli quadrillé encore plus. Un repérage des cadrages, puis une répétition du geste, préalablement à la prise de vue peut être utile.

 

Avec la surimpression on sort de la photographie purement réaliste. On entre dans la photographie onirique, poétique, étrange, voire irréelle. Un genre qui ne convient pas à tous les sujets, qui ne convient pas à tous ceux qui font des photographies, ni à tous ceux à qui on les montre.

Il faut surtout que ce genre de photographie soit pour vous une source de plaisir.

 

(1) C’est à cause d’un problème mécanique de ce genre que j’ai fait involontairement ma première surimpression !

(2) avec le K-10, K-7, K-5, K-5 II, K-3, K-3 II, K-50, K-500

(3) méthode qui consistait à mettre plusieurs négatifs l’un sur l’autre dans le passe-film de l’agrandisseur.

 

9005F.ChartresND1

Chartes- LX 2 clichés avec pied
/pivot décentré

ND ed Rouen transept sud
Rouen-LX 5 clichés sans pied
/rotation 

9105F.Saintonge12
Saintonge-LX 2 clichés sans pied
/inversion
Saintes, Eglise St Georges - Surimpression avec rotation pendulaire

Saintes, Eglise St Georges – Surimpression avec rotation pendulaire  x3

PIC00024
Saint Petersbourg-LX 2 clichés sans pied
/inversion

PIC00033
Saint Petersbourg-LX 2 clichés sans pied
/inversion
Chênes en hiver. Surimpression double.

Chênes en hiver. Surimpression double.

Paris-Bastille-5187
Paris-K-5 2 clichés sans pied AE-F auto
/juxtaposition


Crédit photographique Valia ©