Un peu d’histoire

Avant

La surimpression consiste à enregistrer sur la même surface sensible plusieurs images. Cette pratique est apparue très tôt dans l’histoire de la photo, par hasard ou volontairement ; la première fois probablement par hasard. En effet, dans les premiers temps de la photo il suffisait de ne pas enlever la plaque déjà impressionnée et de refaire un cliché pour faire une surimpression. La surimpression a peut-être été inventée par un photographe distrait… Sur les chambres photographiques, l’armement de l’obturateur et le changement de la plaque n’étaient pas liés. Plus tard lorsque les pellicules ont remplacé les plaques dans les foldings, ces deux opérations n’étaient liées non plus. La surimpression était donc toujours aussi facile à faire.

Cette pratique est devenue plus difficile à partir du moment où l’avancement de la pellicule a été couplé à l’armement de l’obturateur. Grosso modo avec l’introduction de l’obturateur (le plus souvent à rideaux) monté dans le corps de l’appareil. Merci M. Barnack (père du Leica). À partir de ce moment pour faire une surimpression, il fallait débrayer l’avancement de la pellicule pendant le réarmement de l’obturateur. Mais cette manœuvre, que l’on faisait pour rembobiner la pellicule, avait le plus souvent pour résultat de laisser la pellicule se détendre. Cela rendait le positionnement des images multiples imprécis. Et les manœuvres pour éviter ce problème étaient pour le moins malcommodes.

Pentax, avec le LX va permettre la surimpression facile. Le système d’avancement de la pellicule et surtout le compteur de vues sont tellement précis qu’il est possible de faire plusieurs clichés sur le même cadre sans aucun déplacement de la pellicule. La chose est encore plus facile avec le moteur qui permet le débrayage de l’avancement de la pellicule. Le LX était, à ma connaissance, le seul boîtier capable de faire ça. J’ai même régulièrement changé de pellicule « en cours de route » pour changer de sensibilité, et repris ensuite à la même vue, sans perdre un seul cadre… et les intervalles entre photos étaient tous égaux ! Il suffisait seulement d’accrocher l’amorce toujours de la même façon.

Accessoirement, la même pratique permettait de faire 38 photos sur un rouleau de 36 poses, et certains labos ne coupaient pas à 36… mais ceci est une autre affaire et une autre époque.

 

Le numérique

Avec le numérique, Pentax va être la seule marque à proposer la surimpression à la prise de vue. Avec le K-10, K-7, K-5, K-5 II, K-3, K-3 II, K-x… K-50, K-500. Ce qui a soulevé les moqueries de certains magazines photographiques. « À quoi bon proposer cette fonction, alors que l’on peut faire ça dans Photoshop ? »

Cette réflexion montrait seulement une méconnaissance pratique de la surimpression, car on peut -on pouvait déjà- faire beaucoup de choses avec « Toshop », mais la spontanéité de la surimpression à la prise de vue disparaît totalement. La transparence et l’opacité obtenues par la combinaison des hautes et basse lumières à la prise de vue laisse une part à l’aléatoire, ce que la PT ne permet pas. Même avec la technique du « sandwich » antérieure au numérique la spontanéité n’était pas au rendez-vous . Dire cela n’est ni négatif, ni positif ; c’est un fait, sans jugement de valeur.

L’approche erronée des magazines venait de la confusion entre la surimpression « paradoxale » à la Méliès, et l’autre, la surimpression « globale » dans toutes ses variantes. (Voir plus loin).

Avec le numérique le problème devient facile à résoudre. Il n’est pas mécanique, mais informatique. On a donc la surimpression à la prise de vue, avec sa spontanéité, et ses surprises inattendues. C’est probablement son charme le plus évident, sinon le plus discret. Pentax a donc conservé cette possibilité dans ses boîtiers numériques à un chiffre. Le K-1 offre même 3 modes possibles.

Mais, avant de parler de ces 3 modes, revenons brièvement à…

 

 

Un peu de théorie pratique

Lorsque l’on expose plusieurs fois la même surface sensible, pour obtenir une photo correctement exposée, il faut réduire chaque exposition autant de fois qu’on fait de clichés. Si l’on fait 2 expositions (clichés), il faut diviser par 2 chaque exposition, soit -1 palier de Temps de pose, soit -1 palier de A (Aperture / diaphragme), soit -1 palier d’Iso, en gardant les autres paramètres inchangés. Lorsque le nombre de clichés est impair, le calcul impose une certaine imprécision sans conséquence vraiment visible, en tous cas facile à corriger en PT. L’électronique des Pentax, dans la pratique, permet de ne pas faire le calcul. Elle le fait elle-même. L’exposition est donc toujours bonne.

Le principe physique de la surimpression est assez simple : les hautes lumières « priment » sur les basses lumières. Une image en hautes lumières va se détacher sur une image en basses lumières. Lorsque le contraste est marqué, c’est assez simple à imaginer avant la prise de vue. Lorsque le contraste est moins net, le « cocktail » devient plus subtil, avec plus de 3 expositions, il devient nettement plus aléatoire, au niveau lumière comme au niveau graphique, et donne des résultats plus inattendus.

Globalement il est plus facile de faire des surimpressions dans des endroits sombres ou moyennement éclairés qu’en pleine lumière. Dans ce dernier cas, on peut utiliser la sous-exposition pour chaque cliché. Jusque à sous-exposer le résultat final et ensuite retravailler en PT.
Pour ce qui est de l’exposition, le numérique rend les possibilités quasi-infinies. Les boîtiers Pentax permettent l’exposition automatique ou pas, la compensation ou pas. La PT permet la retouche comme avec une photo classique.

 

 

 

Les innovations du K-1

Elles viennent de la présence de 3 modes : 1-« moyenne » 2-« additif » 3-« lumineux ».

  1. Le mode « moyenne » est classique et simple. Chaque photo est également exposée de façon que la somme des expositions de tous les clichés soit correcte.
  2. Le mode « additif » est plus surprenant. Chaque exposition est correcte. Le résultat global est donc clair, voire surexposé, mais moins qu’attendu. Le calculateur additionne, mais doit sous-exposer légèrement chaque cliché. L’aspect clair est notable dans les zones de hautes lumières.
  3. Le mode « lumineux ». privilégie les hautes lumières, mais zone par zone dans la photo. C’est-à-dire que là où il retient la haute lumière d’un cliché, on ne voit pas l’image non-retenue de la même zone. On obtient donc des images « kaléidoscope » étonnantes, même quand on est habitué aux surimpressions !

 

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K-1 surimpression mode lumineux

K-1 surimpression mode lumineux

 

K-1 surimpression mode lumineux

K-1 surimpression mode lumineux (x2)

 

COQUELICOTS - K-1 & FA 20-35/4 - 1/100 à F:9 - ISO 100 - Focale : 35mm [surimpression x2]

K-1 surimpression mode lumineux (x2)

 

 

Un peu de pratique

Paramétrage de la surimpression

Sur les boîtiers K-7, K-5 et K-3, il se fait par le menu K1_Menu_1-2-5. On choisit le nombre de vues souhaité et IL auto ou non (auto conseillé). On appuie sur OK. C‘est parti. Par défaut après le shooting, le boîtier revient en mode « single shot ».

 

Sur les boîtiers K-x et suivants, procédure similaire, mais au K1_Menu_1-2-4.

Le numéro de la ligne peut varier d’un modèle à l’autre dans la série K-chiffre comme K-lettre.

 

Sur le K-1, on passe par la touche supérieure du trèfle dédié aux modes de déclenchement. À l’aide des boutons du trèfle et de la touche INFO (indication donnée par l’écran), on peut paramétrer le mode et le nombre de clichés souhaités. Le nombre des clichés paramétrables est 9999 ! Astronomique, mais peu réaliste. Appuyer sur OK. C’est parti. Attention, après le shooting il faut retourner dans la fenêtre déclenchements pour revenir au mode « single shot » (!).

 

 

La composition en surimpression

Il y a plusieurs approches possibles

 

L’approche « paradoxale »

Elle nécessite un pied. Elle permet de photographier le même sujet en plusieurs endroits sur la même photo. Cette méthode se fit le plus souvent en 2 clichés. Elle donne les meilleurs résultats sur fond noir (avec ou sans cache noir pour masquer l’autre partie de la photo) en mode moyenne (et probablement également en mode lumineux). Cette approche a connu un grand succès pour créer des trucages dans l’esprit de Georges Méliès. Le photographe coréen Atta Kim l’a remise au goût du jour avec ses nus sur fond noir, mais en faisant des prises de vue multiples qui donnent des images « brouillées » plutôt que « paradoxales », un peu à la façon du cubisme analytique (cliché 0).

 

 

L’approche « multicouche »

Elle consiste à enregistrer des images semblables ou proches les unes sur les autres. Elle donne, avec des personnages, des images de type cubisme analytique. Pour un résultat non sauvage, elle demande un repérage assez strict des images successives. Le pied facilite les choses, même si la main levée est possible.

Convient bien aux sujets à motifs répétitifs comme les forêts, les éléments architecturaux (clichés 1, 2 et 3). Cette approche permet aussi les angles (cliché 3b). On peut encore faire pivoter l’appareil dans le plan du capteur, de façon pendulaire autour d’un axe situé au-dessus du boîtier (cliché 4), ou au-dessous. Ou bien encore par rotation autour de l’axe de l’objectif (cliché 5). Ce dernier mode de surimpression donne des résultats intéressants entre 4 et 8/9 clichés (cliché 6). Il demande une bonne maîtrise des axes de cadrage. Il n’existe pas de pied adapté à cette pratique à notre connaissance.

 

 

La composition « tête-bêche »

Une variante de cette approche est la composition de 2 images tête-bêche (clichés 7, 8 et 9). Elle demande un repérage strict de la position de cette image, facilitée par les lignes du dépoli (merci le grid du K-1). Elle est possible à main levée. On peut globalement distinguer les surimpressions à 2 clichés et les surimpressions multi à plus de 2 clichés (cliché10).

De façon générale, la multiplication des clichés peut rendre la lecture du résultat difficile, voire impossible. Il faut donc volontairement se limiter.

Le portrait supporte difficilement plus de 2 ou 3 clichés. Le paysage, s’il est fouillé n’en supporte pas plus. S’il est nu, on peut aller jusqu’à 4-5. La rotation, parce qu’elle apporte un effet de spirale rend presque la lisibilité secondaire. Elle supporte donc plus de clichés, de 6 à 10, cliché 6.

 

 

L’approche « papier peint »

Elle consiste à faire 2 clichés, l’un avec un sujet, l’autre avec un motif floral, de feuillage,… qui fera office de fond.

Le ciel, l’eau peuvent aussi jouer ce rôle. Dans ce cas, le fond apporte sa structure et sa couleur (particulièrement pour le ciel) et amène un éclaircissement et une sorte de voile, qui n’est pas du flare, mais un effet global d’« aquarellisation » des couleurs. La composition peut permettre également que le « fond » ne soit pas simplement un fond.

 

0- Atta Kim nu

0- Atta Kim- nu

 

LX - double exposition avec pied

1- LX – double exposition avec pied

 

LX 16mm double exposition avec pied

2- LX 16mm double exposition avec pied

 

LX35mm- quintuple exposition

3- LX35mm- quintuple exposition

 

Ho Fan 5 surimpression

3b- Ho Fan  surimpression

 

LX- 50mm triple expostition- main levée

4- LX- 50mm triple expostition- main levée

 

LX - 50mm quadruple exposition- main levée

5- LX – 50mm quadruple exposition- main levée

 

LX- 35mm entre 6 et 8 expositions - main levée

6- LX- 35mm entre 6 et 8 expositions – main levée

 

7- LX - 200mm double exposition- main levée

7- LX – 200mm double exposition- main levée

 

8- LX - 35mm double exposition- main levée

8- LX – 35mm double exposition- main levée

 

9- LX - 50mm double exposition - main levée

9- LX – 50mm double exposition – main levée

 

10- K-5 - triple exposition - main levée

10- K-5 – triple exposition – main levée

 

 

 

Les audaces

Il est possible de contourner le calculateur du boîtier en usant de la compensation d’exposition à chaque cliché, de variations de MAP. Les images floues ont tendance à rester visibles et donc à créer des halos qui contrecarrent fort les images nettes. Il est possible de les assombrir pour limiter le phénomène. Dans tous les cas, il convient de faire des essais préalables.

En fait les possibilités créatrices de la surimpression sont quasi infinies. Les 4 points sur la composition donnent une idée des possibilités. Ils ne sont évidemment pas exhaustifs… On ne photographie plus le réel pour ce qu’il est, on photographie le réel pour ce qu’il peut donner. On photographie avec du réel.

Avec cette façon de photographier on ajout le plaisir de l’aléatoire, le charme de l’inattendu et des ses (bonnes) surprises. Avec les 3 modes du K-1, que l’on retrouvera sûrement sur d’autres boîtiers à venir, Pentax a trouvé le moyen d’augmenter l’infini !

 

Crédit photographique Valia, sauf clichés 0 (Atta Kim-Corée) et 3b (Ho Fan-Chine)