L’opposition qu’est le contraste entre deux ou plusieurs éléments d’une photo peut revêtir des formes différentes.

 

 

Le contraste général

C’est celui du rapport des hautes et des basses lumières dans la photo. Il diffère naturellement en fonction de la lumière, de son intensité (indiquée en IL), c’est-à-dire des conditions de prise de vue (temps et heure). (voir article) Ce contraste général peut être modifié par l’utilisation de filtres colorés, en photographie N&B. En argentique, le contraste pouvait/peut être augmenté, « poussé » au tirage, en masquant les zones claires de la photo et grâce à ce masquage en allongeant le temps d’exposition de zones sombres de la photo.

Cette photo contrastée a eu ses heures de gloire avec le noir et blanc de l’époque expressionniste, après la première Guerre Mondiale dans les années 20-30. Avec l’arrivée de la photo couleur, après la Seconde Guerre Mondiale le contraste recule. La photo couleur ne pratique que marginalement la chambre noire. Exit les tirages poussés, beaucoup plus délicats à obtenir à cause des 3 filtrages à traiter.

Contraste dur. Hautes lumières et tons sombres accentués

Contraste dur. Hautes lumières et tons sombres accentués

 

Contraste atténué. Hautes lumières et blancs accentués (pour noyer le fond). Basses lumières et noirs éclaircis.

Contraste atténué. Hautes lumières et blancs accentués (pour noyer le fond). Basses lumières et noirs éclaircis.

 

Avec le passage au numérique, le contraste va retrouver des couleurs. Déjà, à la prise de vue, vous pouvez gérer ce contraste. Par exemple en optant pour le paramétrage  » lier point AF et AE » et « AEL avec AF bloqué » (sur le K-1 : Menu C-1-5, position 2 et C-2-8, position 2. Sur le K-3 : C-1-5, position 2 et C-1-4,position 2. Sur le K-5 : C-1-6, position 2 et C-2- position 2).

Ce paramétrage vous permet de privilégier la lumière d’une zone sur laquelle vous ferez l’Æ. Très efficace, mais nécessite de bien déterminer la zone. Les erreurs sont possibles. Heureusement rattrapables en Post Traitement.

Ce dernier offre des possibilités énormes. Il permet d’éclaircir ou d’assombrir la photo. Ce qui équivaut à modifier la sensibilité, ou bien à pousser ou retenir tout le négatif, très facilement. Il offre encore mieux : la possibilité de « travailler » le fichier pixel par pixel pour modifier séparément les zones sombres ou claires (curseurs Hautes lumières et Ombres et/ou tons sombres). Ce qui permet d’agir sur le contraste. Comme la manipulation peut être faite très précisément, elle ne fait pas revenir à l’expressionnisme pur et (surtout) dur. Cette pratique numérique a pour conséquence de permettre d’intervenir sur les contrastes spécifiques évoqués ci-après.

 

Photo initiale. Lumière mesurée sur la mousse de café, dans la tasse.

Photo initiale. Lumière mesurée sur la mousse de café, dans la tasse.

 

Contraste accentué au maximum dans LR5.

Contraste accentué au maximum dans LR5.

 

Contraste (clarté) diminué au maximum dans LR5.

Contraste (clarté) diminué au maximum dans LR5.

 

Ce même travail peut se faire en N&B, avec toutefois des nuances propres à la monochromie.

Cliché traité en NB Auto dans LR5

Cliché traité en NB Auto dans LR5

 

Cliché traité en NB par désaturation manuelle dans LR5.

Cliché traité en NB par désaturation manuelle dans LR5.

 

Contraste général moyen. Les basses lumières (ombres) ont été légèrement éclaircies.

Contraste général moyen. Les basses lumières (ombres) ont été légèrement éclaircies.

 

Contraste général accentué par l'angle de prise de vue (quasi contre jour-cour et soleil d'hiver)

Contraste général accentué par l’angle de prise de vue (quasi contre jour-cour et soleil d’hiver)

 

 

 

Le contraste de lumière

Entre zones éclairées et non éclairées. Dans sa forme la plus marquée, c’est le contraste de contre-jour. C’est celui qui détache une silhouette noire sur un fond plus clair, particulièrement quand le ciel entre dans le cadre. C’est un contraste qui donne des photos spectaculaires, mais qui peuvent être plates. Ce contraste est aussi celui du contre-jour latéral, celui qui accroche la lumière dans les cheveux et auréole le sujet d’une brume lumineuse rarement malvenue.

C’est également le contraste que donnent les ombres portées, avec leurs arabesques sombres qui se dessinent à même l’aplat clair du sol ou d’un mur sur lequel elles se projettent. C’est enfin le contraste extrêmement difficile à maîtriser des ouvertures laissant entrer la forte lumière extérieure dans une pièce sombre. Ce contraste a pour effet de transformer une fenêtre rectangulaire en ouverture ovale et baveuse de métal fondu qui aveugle. Il présente souvent une différence de 4 à 5 IL, voire plus. Ce qui est parfaitement ingérable en photographie.

Marseille - le Panier, escalier passant sous un immeuble

Marseille – le Panier. Contre-jour à effet de silhouette.

 

Contraste moyen dur - de contre-jour. Pas de retouche.

Contraste moyen dur – de contre-jour. Pas de retouche.

 

Lumière en semi-contre-jour, à environ 45°. Effet de de nimbe dans les cheveux. Ombres graphiques. Paris, rue Richelieu.

Lumière en semi-contre-jour, à environ 45°. Effet de nimbe dans les cheveux. Ombres graphiques. Paris, rue Richelieu.

 

 

 

Le contraste chromatique et de densité/intensité

Le contraste de couleur est classiquement celui des couleurs complémentaires. L’opposition la plus violente est celle de deux complémentaires, par exemple une zone vert franc voisine d’une zone rouge vif. La partie en contact semble vibrer, devenir floue. Ce qui est conçu comme disgracieux, désagréable à l’œil. C’est une question de longueur d’onde correspondant à la couleur. En effet, la proximité de deux couleurs complémentaires, mais d’intensités différentes, par exemple vert pâle et rouge sombre, ne crée pas le phénomène et n’est donc pas perçue comme « désagréable ». Ce contraste chromatique peut donner beaucoup de force à une photo minimaliste, graphique ou symbolique.

Contraste chromatique -couleurs complémentaires de même intensité et d'intensités différentes.

Contraste chromatique -couleurs complémentaires de même intensité et d’intensités différentes.

 

Un contraste chromatique « simple », sans usage des complémentaires, peut néanmoins donner de la force à un objet d’une couleur qui tranche sur le reste moins coloré de la photo. C’est bien entendu dans les travaux des grands coloristes que l’on trouve les plus belles illustrations de ces contrastes. Ces exemples montrent bien que la densité/intensité (que l’on peut simplifier en couleur claire/sombre) se conjugue le plus souvent avec le contraste lumineux ou chromatique.

Berlin - Noël 2015

Contraste entre les personnages et les lanternes – colorés ou simplement denses, et le fond gris clair. Berlin, Noël 2015.

 

Contraste chromatique: une tache de rouge vif au milieu d'un jeu de gris.

Contraste chromatique : une tache de rouge vif au milieu d’un jeu de gris. Marseille – MUCEM

 

 

Le micro-contraste

La possibilité du numérique de modifier ces divers types de contraste est complétée par une autre, dont l’influence n’est pas moindre. Il s’agit du micro-contraste. Cette dernière accentuation de la photo, la touche « clarté » dans les logiciels de PT, a pour effet premier de renforcer le piqué par augmentation du contraste très localisé des pixels des zones de passage d’une couleur à une autre. Mais aussi en assombrissant les zones de contour. Si cette accentuation est mesurée, elle est invisible sur la photo finale si l’on ne peut pas comparer au cliché brut de boîtier.

Par contre, si cette accentuation est poussée, elle conduit à l’assombrissement des parties très légèrement ombrées des zones claires. Ce qui a pour effet de souligner les reliefs des visages, de les creuser. Elle est donc à utiliser avec beaucoup de modération, sous peine de rendre les photos assez irréalistes. L’accentuation appuyée par la touche contraste assombrit fortement la photo et conduit à des résultats assez proches d’une diminution de sensibilité. Voir les clichés ci-dessous.

Cliché original. Fond flou sur lequel se détache le sujet. Contre-jour diffus sur les doigts.

Cliché original. Fond flou sur lequel se détache le sujet. Contre-jour diffus sur les doigts.

 

Cliché accentué. Contraste +60 Ombres diminuées à +79 Clarté +59.

Cliché accentué. Contraste +60
Ombres diminuées à +79 Clarté +59 Les détails sont visibles sur les doigts.

 

Cliché fortement accentué. Contraste +100 - Ombres +25 - Clarté +100. Les détails sont visibles sur les doigts.

Cliché fortement accentué. Contraste +100 – Ombres +25 – Clarté +100. La clarté à 100 a fortement assombri la main.

 

Cliché accentué dans l'autre sens. Contraste -89 -Ombres 0 - Clarté -100

Cliché accentué dans l’autre sens. Contraste -89 -Ombres 0 – Clarté -100

 

À l’inverse la diminution de la clarté conduit à des photos plus claires aux teintes fondues, dans certains cas à des halos et à une sorte de flare général.

Avec des clichés N&B, si l’on ajoute à cette accentuation de contraste une accentuation par la touche clarté, on peut obtenir des clichés graphiques où ne subsiste que du noir et du blanc, ce qui est l’aboutissement absolu du contraste.

Photo mise en NB, puis traitée pour ne laisser quasiment que des noirs et des blancs.

Photo mise en NB, puis traitée pour ne laisser quasiment que des noirs et des blancs.

 

Enfin le contraste peut également concerner la netteté.

 

 

Le contraste de netteté

C’est le plus couramment utilisé, celui que l’on met en œuvre en jouant de la PdC et du bokeh. Il consiste à isoler le sujet du fond de la photo et à lui donner en cela plus d’importance. Ce contraste s’obtient facilement sans PT, en travaillant à grande ouverture avec des objectifs lumineux. C’est donc plus délicat à obtenir avec les boîtiers APS-C, dont la PdC est toujours supérieure d’un diaphragme nominal + un cran.

Un objectif utilisé à f:2,8 donne en APS-C une PdC équivalent à celle obtenue à f:~4 en FF. Une bonne méthode pour obtenir le bokeh recherché consiste à se placer assez près du premier plan, la mise au point faite sur lui. Ce qui correspond à la pratique la plus courante de la prise de vue de portrait. Les lois de la physique font bien les choses n’est-ce pas !

Portrait à travers la vitre

Portrait net. Contraste avec le fond flou.

 

En conclusion, on peut dire – certains diront que cela devient un refrain – Refrain assumé, si c’est le cas : Il n’y a pas de règles en photo qui ne soient faites pour être utilisées ou transgressées. Vous choisirez de « pousser le curseur » dans un sens ou dans l’autre, ou de ne pousser que certain(s) curseur(s). Ou même de ne pousser aucun curseur, selon que vous aimez les photos « expressives », au graphisme souligné, les photos denses comme de l’huile ou de la gouache ou biens les photos douces, comme des aquarelles, aux contours estompés, vaporeux, incertains…

De la même façon, vous pouvez décider de shooter en JPEG (ou en RAW+ JPEG) et pour le JPEG choisir votre type de photo – par la touche droite du trèfle – Dans chaque type, en actionnant la touche info, vous à 5 paramètres personnalisables : -saturation -teinte -ajustement clair/sombre -contraste -netteté (voire 7 pour le type Eclatant, mais un seul pour le type Diapo). Tous ces choix concernent de près ou de loin le contraste.

Chacun est libre de ses choix, ou même de ses non-choix.

 

Crédit photographique Valia ©