Précisons d’abord qu’on devrait dire « objectif décentré » et non « objectif avec décentrement ». En effet, ce dernier terme implique toute autre chose.

 

Le Décentrement

Le décentrement est le processus qui permet de faire glisser tout ou partie d’un objectif dans le plan vertical, afin de redresser les lignes verticales. Ce décentrement est possible avec les objectifs spécialement conçus pour cela. Ce sont le plus souvent des objectifs de 35mm pour format 24 x 36. On les appelle « objectifs à décentrement » ou « shift », ce qui, en anglais, signifie ce mouvement de glissade dans un plan parallèle à la surface sensible. Les objectifs de ce type, sont souvent associés à leurs demi-frères, les « objectifs à bascule » ou « tilt », c’est à dire qui peuvent pivoter autour de leur plan focal grâce à un coulisseau courbe placée devant la baïonnette. Cette manœuvre permet d’augmenter la profondeur de champ.

Ces objectifs se trouvaient à l’époque argentique, on ne les rencontre plus trop (on peut supprimer « trop ») depuis l’avènement du numérique. C’étaient le plus souvent des 35mm, des 28mm. Ils étaient bien sûr manuels et le sont restés. La pratique du décentrement et de la bascule perdure avec les chambres, dont la structure assure les déplacements de l’objectif (et du plan sensible). Pour mémoire Samyang propose un 24mm à bascule et décentrement. Canon et Nikon aussi, mais pas au même prix !

 

Objectif Pentax 3,5/28mm Shift 1975/1977

Objectif Pentax 3,5/28mm Shift 1975/1977

 

Le même objectif sur un Super A argentique (24x36)

Le même objectif sur un Super A argentique (24×36)

 

Samyang 24mm en position décentrée et basculée

Samyang 24mm en position décentrée et basculée

 

Cliché au smc pentax 3,5/28mm shift sans correction

Cliché au smc Pentax 3,5/28mm shift sans correction

 

Cliché au smc pentax 3,5/28mm shift corrigé.

Cliché au smc Pentax 3,5/28mm shift corrigé.

Cet objectif pivote sur son axe longitudinal et permet donc le décentrement sur 360°, tous les 30°. Il est malheureusement rarissime sur le marché de l’occasion.

Maintenant que ce point est précisé, passons au sujet qui nous intéresse : l’objectif « décentré ».

 

 

Le Défaut de centrage

Le terme correct pour ce qui nous intéresse devrait plutôt être « défaut de centrage ».

Ce défaut affecte une lentille ou un groupe de lentilles, pas correctement placé(e) dans l’ensemble optique qu’est l’objectif. Normalement toutes les lentilles d’un objectif doivent être alignées dans le(s) fut(s) de celui-ci de façon qu’elles soient rigoureusement perpendiculaires à l’axe de l’objectif. Cet alignement doit rester rigoureux, quelle que soit la position des blocs qui composent l’objectif. Cette position varie avec la mise au point et le zooming.

 

Défauts de centrage

Défauts de centrage

 

Légende schéma : = objectif correctement centré / = lentille décentrée latéralement / = lentille décentrée axialement

Le 3ème cas (c) est le cas le plus courant de lentille décentrée.

 

 

 

Comment le repérer ?

Ce défaut amène un défaut de netteté dans une partie de l’image, en général sur un bord. Si le défaut n’est pas très important, il ne se verra pas vraiment, surtout si c’est un objectif à focale courte et avec lequel on diaphragme souvent pour des prises de vue lointaines. Si vous constatez un défaut de netteté local, il y a des chances que ce soit un mauvais centrage.

 

 

Comment s’en assurer ?

Commencez par vérifier vos clichés suspects avec un grossissement de plus en plus fort pour acquérir la certitude du défaut. Ensuite le plus simple consiste à faire un cliché et immédiatement après à refaire le même cliché en tenant l’appareil la tête en bas. Puis vous examinez les deux images l’une après l’autre. Si les deux clichés présentent la même zone floue, mais l’une d’un côté, l’autre de l’autre côté, les deux étant diamétralement opposées, c’est bien un défaut de centrage.

Le plus simple dès que vous avez un doute consiste à confirmer votre diagnostic en faisant un cliché avec un pied photo et une mire ou une page de journal fixée bien à plat sur une surface verticale. Veillez à ce que les plans (de la mire/journal et du dos de l’appareil) soient bien verticaux et parallèles. Le résultat sera sans appel, sans même avoir besoin de faire plusieurs clichés.

 

 

Que faire si le défaut de centrage est avéré ?

À l’époque argentique, avec les objectifs simples, totalement manuels, la réparation par ses propres moyens était faisable, l’outillage adéquat étant accessible et abordable. Ces objectifs comportaient le plus souvent 4 à 6 lentilles, voire 7. L’intérieur des fûts comportait des berceaux où devaient reposer les lentilles. Repérer celle qui était incorrectement placée était facile et la remettre en place pas beaucoup plus difficile. Il fallait n’avoir pas froid aux yeux, être soigneux et méticuleux, avoir les mains propres, et travailler dans un endroit sans poussière.

Actuellement, avec les pièces mobiles du système AF, de l’OS (stabilisation) et les 12 à 15 lentilles, je vous déconseille de tenter l’aventure. D’autant plus que l’outillage nécessaire n’est désormais plus aussi facilement accessible ni bon marché.

Il n’y a donc guère que la solution du SAV de la marque de votre objectif. Si celui-ci est sous garantie, une visite à votre vendeur sera suffisante. Il sera soit réparé, soit remplacé. Si votre objectif n’est plus sous garantie, cette mésaventure vous permettra de connaître le tarif d’un recentrage.

Mais en général on découvre le défaut rapidement, donc bien avant la fin de la garantie. Si vous l’avez acheté d’occasion, vous pouvez contacter votre vendeur. Soit il a besoin d’un ophtalmologiste (*1), soit d’un professeur de morale (*2). Dans le premier cas, il est possible qu’il reprenne l’objectif ou qu’il assume la réparation. Sinon faites-vous prêter des kleenex…

Statistiquement, vous devriez connaître les délais du SAV. Mais rassurez-vous, les défauts de centrage sont très rares, quelle que soit leur cause, défaut d’origine ou choc(s). C’est d’autant plus fâcheux quand ça tombe sur vous. Sauf si c’est l’objectif qui est tombé.

 

 

(*1) parce qu’il ne l’a pas vu, et qu’il est de bonne foi.
(*2) parce qu’il l’a vu, qu’il est de mauvaise foi et qu’il cherchait un pigeon honnête. D’où le conseil au sujet des kleenex…