Quand on lit des comptes-rendus de tests d’objectifs, sur la « toile » comme dans les magazines, inévitablement un paragraphe est consacré au « flare ». Et généralement, les commentaires ne sont pas positifs : le flare (aussi appelé « facteur de flare ») est considéré comme un défaut de l’optique testée. Faut-il pour autant rejeter les objectifs qui « souffrent » de cette « maladie » ? Et d’abord, le flare, qu’est-ce en réalité ?

 

 

Qu’est-ce que le flare ?

Le flare [pour la prononciation, écouter sur ce site] est un terme anglais, comme souvent dans le langage technique, et pas seulement celui de la photo.

Si l’on en croit la traduction qu’en donne une édition (déjà ancienne) d’un célèbre dictionnaire Anglais-Français, ce serait, en photo :

  • une tache centrale par réflexion (flare-spot)
  • un spectre secondaire
  • une vague image du diaphragme sur la plaque (aujourd’hui, le capteur).

Par définition, c’est donc quelque chose que l’on n’a pas voulu photographier. Et c’est pour cela que c’est associé à une notion de défaut.

 

 

Comment se manifeste le flare ?

Le flare fait partie de ce que l’on appelle « les aberrations optiques ». Il provient de réflexions parasites de la lumière à l’intérieur de l’objectif. Alors même que la lumière devrait traverser les lentilles et non s’y refléter. Bien sûr, ces effets ne sont pas systématiques et dépendent de plusieurs facteurs :

  • les conditions d’éclairage
  • l’angle de prise de vue
  • le nombre de lentilles à traverser : plus elles sont nombreuses, plus le risque de réflexions parasites est élevé, et donc plus le flare devient lui-même un risque.

Le flare a pour effet d’atténuer le contraste de l’image et d’en perturber la lecture en produisant parfois des images fantômes du diaphragme.

 

Parfois aussi, il génère des lumières inattendues, très difficiles à corriger :

Flare : une lumière parasite sur la partie gauche.

 

 

Quand le flare se produit-il ?

Nous l’avons souligné : l’angle de prise de vue par rapport à la source de lumière est d’une grande importance.

En extérieur

La source principale de lumière est le soleil. Pour éviter le flare, il faut donc éviter certains angles de vue : il n’est pas possible de donner des indications générales absolues. Mais certains éléments sont favorables à la génération de flare : par exemple au travers d’un feuillage pas trop touffu : la lumière prend des angles inattendus, les rayons sont déviés par les feuilles. Et peuvent donc générer des effets eux aussi inattendus.

 

En intérieur

Attention aux sources de lumière artificielle : elles peuvent avoir les mêmes effets que le soleil.

En particulier, les spots et projecteurs des salles de spectacles, que l’on ne peut pas du tout maîtriser en tant que photographe, sont des grands générateurs de flare. Il faut en tenir compte si l’on est amené à photographier lors de tels spectacles.

Il en va de même dans certains monuments (édifices religieux par exemple) où la lumière parfois violente, entrant par des ouvertures ou des vitraux, peut provoquer des traînées lumineuses sur les images.

 

 

Existe-t-il des objectifs sensibles au flare ?

La réponse est indubitablement « OUI ».

En premier lieu, on peut citer les objectifs n’ayant subi aucun traitement des lentilles Autant dire qu’ils étaient très fréquents il y a quelques décennies, mais beaucoup plus rares aujourd’hui. Parmi ces objectifs, ceux qui ont le plus de « chances » d’être sensibles au flare, sont ceux qui bénéficient des plus grandes ouvertures. Eh oui ! On ne peut pas tout avoir !

Cela n’occulte cependant pas le fait que les capteurs numériques sont aussi plus sensibles à ce phénomène que les pellicules du temps de l’argentique. Toutefois, en rencontrait aussi du flare à cette époque :

Portrait de jeune fille russe. Photo argentique à l'Hélios-40. 1967. Combinaison de flare de contre -jour avec un objectif au traitement des années 50 et au flou de bokeh prononcé. L'effet était voulu, avec une certaine approximation.Portrait de jeune fille russe. Photo argentique à l'Hélios-40. Combinaison de flare de contre -jour avec un objectif au traitement des années 50 et au flou de bokeh prononcé. Effet voulu, avec une certaine approximation.

Portrait de jeune fille russe. Photo argentique à l’Hélios-40. 1967. Combinaison de flare de contre-jour avec un objectif au traitement des années 50 et au flou de bokeh prononcé. Effet voulu, avec une certaine approximation.

 

Mais des objectifs relativement récents peuvent aussi, dans certaines conditions particulières d’éclairage, générer du flare. Qu’on en juge par ces images issues d’un Tamron 28-75mm XR Di f/2.8.

Lisbonne - "Padrão dos Descobrimentos"

Lisbonne – « Padrão dos Descobrimentos »

 

Cette photo a été prise à Lisbonne avec un soleil à environ 45 ° : on voit nettement les images fantômes du diaphragme. Et ce, malgré l’utilisation d’un pare-soleil.

Et cadrer plus « serré » n’est d’aucune efficacité : cela change seulement la couleur de l’image fantôme du diaphragme :

Lisbonne – « Padrão dos Descobrimentos »

 

 

Immeuble lisboète.

 

 

Peut-on éviter le flare ?

Oui, mais pas toujours, si l’on se réfère aux deux premiers points ci-dessus (éclairage et angle de vue. Toutefois, on ne peut pas intervenir sur le nombre de lentilles de l’objectif. C’est pourquoi, depuis très longtemps, les fabricants ont mis en œuvre des traitements antireflets. Ces traitements sont de plus en plus efficaces et les objectifs de dernière génération sont beaucoup moins sensibles au flare que leurs prédécesseurs. Ils sont toutefois variables d’un opticien à l’autre.

Mais les utilisateurs peuvent aussi agir, par exemple en utilisant plus souvent le pare-soleil, qui, cependant, n’est pas un gage d’efficacité absolue (voir ci-dessus). Il peut aider à limiter le flare, parfois, mais assez rarement, à l’éviter complètement. Encore une fois, tout est fonction des conditions de la prise de vue et surtout de l’angle par rapport à la source de lumière.

 

Doit-on l’éviter ?

La réponse est oui si l’on ne supporte pas les effets indiqués ci-avant. Mais ce n’est en rien obligatoire ! Le flare, quand on sait le maîtriser, et que l’on peut le maîtriser, peut aussi devenir un atout créatif intéressant.

Pour ce faire, il est préférable d’utiliser un objectif dont on sait qu’il n’est pas (ou pas bien) corrigé contre le flare. Ensuite, c’est une question d’expérience : on sait comment se placer par rapport aux sources de lumière pour avoir des chances de générer du flare. À défaut d’expérience, bouger et changer d’angle peut constituer un début de solution, d’autant que, souvent, les réflexions parasites seront visibles dans le viseur. Pas toujours, cependant !

En revanche, et contrairement à certains avis, je ne suis pas personnellement favorable à l’utilisation de logiciels pour générer du flare : cela fait très artificiel de mon point de vue.

Il est sans doute préférable de le provoquer à la prise de vue, par exemple, si l’objectif le permet, en générant de la buée sur la lentille externe : la diffraction de la lumière sur les gouttelettes de buée est susceptible de donner des effets de flare intéressants.

Flare dû à de la buée en passant de la rue dans un lieu chauffé. Ici l'église du monastère de Novodiévitchi à Moscou. 2018

Flare dû à de la buée en passant de la rue dans un lieu chauffé. Ici l’église du monastère de Novodiévitchi à Moscou. 2018

 

 

Savoir composer avec du flare

Savoir composer son image avec les « défauts » de l’objectif peut toutefois donner des résultats intéressants esthétiquement.

Cette composition doit être réalisée de façon à rendre esthétiques les effets du flare. Une « diagonale de flare » peut, par exemple, apporter un élément de composition intéressant. De plus, parfois, les couleurs générées par les reflets peuvent aussi s’avérer particulièrement esthétiques.

En photo, rien n’est « figé » (sauf l’image), ce qui est une façon de dire qu’une image avec des défauts peut présenter un intérêt. Il est parfois utile de le rappeler : osons sortir des sentiers battus !

Type d’image à éviter !

 

L’image ci-dessus est un contre-exemple des propos précédents. Elle est complètement ratée – mais pas à cause du flare – essentiellement en raison d’un cadrage manqué qui lui ôte tout intérêt. Indépendamment d’une exposition elle aussi défaillante. Et pourtant, c’était bien parti pour une « diagonale de flare » !

 

 

On le constate aisément : le flare, bien souvent, n’est pas recherché. Mais savoir l’utiliser peut conduire à d’intéressantes photos sortant de l’ordinaire. Expérimenter n’est pas coûteux en photo numérique : c’est une bonne raison d’oser se risquer à rechercher des images moins conventionnelles.

 

Crédit photo : © Micaz & Valia