Une des préoccupations essentielles de tout photographe est la maîtrise des paramètres de prise de vue. On sait que ces paramètres sont principalement :

  • l’ouverture de diaphragme de l’objectif
  • la vitesse d’obturation (temps d’exposition)
  • la sensibilité sélectionnée sur l’APN.

Si les deux derniers sont importants pour ce qui touche à l’exposition de l’image, ils n’interviennent pas sur la profondeur de champ, autrement dit la zone de netteté acceptable de l’image.

Bien sûr, c’est parfois sans grande importance, comme en photo de paysage, où cette zone de netteté est très étendue naturellement. Mais il est un domaine où la profondeur de champ est d’une importance capitale : la photo de près, qu’elle soit « proxi-photo » ou macro. Et tout particulièrement pour la macro. Et c’est donc dans ce domaine que s’utilise les plus souvent (mais pas exclusivement) la technique du focus-stacking.

Qu’est ce que le focus-stacking ?

Si l’on se limite à une traduction littérale de cette expression anglaise, ce serait « un empilement (stacking) de mises au point (focus) ». Le néophyte aura sans doute un peu de mal à comprendre comment on peut empiler des mises au point ! Il ne s’agit pas, bien sûr, de faire une seule photo avec plusieurs mises au point, ce qui serait rigoureusement impossible, mais plutôt plusieurs photos « identiques » avec pour chacune une mise au point différente des autres. Par « identiques », nous entendons des photos présentant le même sujet (évidemment) et surtout le même cadrage.

De fait, pour être vraiment précis, il vaudrait donc mieux parler, pour définir le focus-stacking, de superposition de plusieurs images d’un même sujet, prises à la même distance mais avec des mises au point différentes. Dit ainsi, ce n’est pas facile à placer dans une conversation ! « Focus-stacking » résume mieux le concept et de façon plus concise.

 

Quel est le but du focus-stacking ?

C’est d’obtenir une zone de netteté importante avec de grandes ouvertures, à une distance de mise au point faible. Par définition, la macro se pratique avec une distance de mise au point courte : selon les objectifs utilisés, elle varie, pour obtenir un rapport de grandissement de 1 :1, de 13cm environ à 30 cm environ avec les objectifs « macro » les plus courants.

Ainsi, pour rester dans la marque d’objectifs Pentax, la distance de mise au point minimale est de 14cm pour le DA 35mm Ltd Macro, de 20cm pour le D FA 50mm macro, de 30cm pour le D FA 100mm macro. Elle était de 50cm avec le fameux – le fabuleux, devrait-on dire – Pentax-FA* 200mm F4 Macro.

A ces distances, la zone de netteté est ridiculement étroite, de l’ordre de quelques millimètres.

Ainsi, avec le 35mm Ltd macro ouvert à f/2,8 et monté sur un boîtier Pentax APS-C, la PdC (Profondeur de Champ) à la distance minimale de mise au point (14cm) est d’environ 1mm. Le moindre bougé, du photographe ou du sujet, entraînera du flou.

Cette même PdC serait de 8mm avec un objectif ouvert à f/16 : ce que vous gagneriez en zone de netteté serait largement perdu en termes de qualité de bokeh (arrière-plan, pour les néophytes) : or la macro s’accommode mal de bokehs « chargés ».

En prenant plusieurs images avec des mises au point décalées en avant et en arrière du sujet, puis en « combinant » ces images, on augmente sérieusement les chances d’obtenir une zone nette recouvrant entièrement le sujet, tout en préservant la qualité du bokeh. Cela nécessite toutefois d’opérer avec méthode.

Comment procéder ?

Faire du focus-stacking nécessite au moins 2 étapes essentielles : prise de vue et post-traitement, contrairement au HDR (High Dynamic Range) que nous aurons l’occasion d’expliciter plus tard et qui, lui, peut ne nécessiter qu’une seule étape, la prise de vue.

 

Le focus-stacking à la prise de vue

Il n’est pas question de se dire, au tout dernier moment : « Tiens ! Et si je prenais cette fleur (ou cet insecte) en focus-stacking ? ». Non, ça c’est impossible : il faut un minimum de préparation.

Le matériel nécessaire

Le focus-stacking étant utilisé essentiellement en macro-photo, l’objectif à utiliser est bien sûr, prioritairement, un objectif macro. Toutefois n’importe quel objectif peut aussi être utilisé, pour peu que la profondeur de champ désirée ne soit pas trop importante : encore une fois, on ne fait que rarement du focus-stacking pour du paysage, surtout avec mise au point sur l’infini !

Tout d’abord, il est nécessaire de disposer d’un trépied.

Si vous êtes en extérieur et que vous ne l’avez pas emporté, eh bien c’est trop tard : le focus-stacking sera pour une autre occasion !

Pourquoi un trépied ? Tout simplement parce qu’il faut absolument que l’angle de prise de vue (donc le cadrage) ne varie pas, afin que les photos soient aussi parfaitement superposables que possible. Un décalage très léger peut être corrigé par le logiciel d’assemblage, mais s’il est trop important, il sera impossible à récupérer et toutes les images, le plus souvent, seront inutilisables.

Vouloir faire du focus-stacking à main levée relève de l’exploit que très très peu de photographes sont capables de réaliser… à moins d’avoir une chance insolente, ou … une technique très particulière illustrée par cet exemple. Ceci, pour la très simple raison que si l’on peut (peut-être !) réaliser 2 ou 3 images consécutives quasi identiques (attention, ce n’est pas seulement de la rafale ! il FAUT décaler la mise au point !), il est illusoire de penser, quand on fait partie du commun des mortels, que l’on pourra le faire pour davantage d’images. Or, il n’est pas rare de devoir « empiler » une dizaine d’images, et parfois bien davantage, pour réaliser un focus-stacking sans défaut. Alors, si vous voulez égaler Philippe Martin, le meilleur conseil à vous donner est de vous entraîner avec assiduité !

Pour l’heure, revenons à nos préoccupations de non spécialistes !

Une télécommande

C’est un accessoire quasiment indispensable qui vous évitera le flou dû aux manipulations, mêmes soigneuses, de votre boîtier. L’utilisation du retardateur n’est pas recommandée puisqu’elle oblige à manipuler les commandes du boîtier.

Pour certains, c’est suffisant en termes de matériel. Pour d’autres, un troisième « outil » vient compléter la gamme : un rail micrométrique. Il permet de faire varier la distance de mise au point sans toucher à la mise au point elle-même. A notre sens, il change aussi le cadrage de quelques « iotas », mais c’est rattrapable par des logiciels tels que PhotoShop. En plus de ce rail, certains – et c’est le cas de notre contributeur, « Myli » – utilisent un objectif macro couplé à un soufflet : le résultat est, comment dire ? – Regardez vous même au bas de ce dossier !

 

Le processus de prise de vues

Comme dans toute prise de vue de près et nécessitant beaucoup de précision, il est primordial de tout mettre en œuvre pour supprimer ou limiter au maximum tout risque de bougé ou de vibration entraînant du flou.

N’hésitez pas, si votre boîtier le permet, à opérer miroir levé. En effet, comme on sait, les mouvements du miroir peuvent générer des vibrations. Evidemment, ceci ne s’applique pas si votre APN est un « mirrorless » !

  • Installez votre APN sur un trépied bien stable, et apte à supporter largement le poids de l’APC muni de l’objectif que vous avez choisi ;
  • Choisissez, pour plus de latitude au post-traitement, le format de fichier RAW ;
  • Peaufinez les réglages de manière à trouver la bonne exposition (sensibilité, ouverture, vitesse d’obturation) ; quelques essais « pour rien » devraient vous y aider ; un conseil : choisissez une grande ouverture (petit nombre « f ») pour un bokeh agréable faisant bien ressortir le sujet photographié : par exemple (mais ce n’est qu’un exemple !) f/4 pour un objectif ouvrant au maximum à f/2.8. Sinon, si vous voulez « assurer le coup », choisissez une plus petite ouverture, par exemple f/8 : la zone de netteté sera plus grande (pour un 100mm monté sur APS-C Pentax, avec une distance de mise au point de 50cm, elle est alors de 6mm, contre 3mm à f/4. A vous de choisir en fonction de l’arrière-plan !
  • Passez en mise au point manuelle et composez votre image.
  • Essayez de déterminer, dans le viseur, la plage de netteté : pour cela, faites d’abord le point sur l’élément ou l’endroit de l’objet photographié le plus proche de vous et notez la valeur correspondante (vous la voyez, en principe, sur la fenêtre des distances de votre objectif). Faites de même pour l’élément ou l’endroit le plus éloigné et notez aussi la valeur correspondante. Si cette manœuvre s’avère impossible, alors vous devrez opérer « au pif », méthode qui, d’expérience, ne donne pas toujours les résultats les plus mauvais !
  • Si vous connaissez l’étendue en cm de cette zone de netteté, il vous sera plus facile de déterminer le nombre de prises de vue à faire, sachant qu’il est recommandé que les MaP se chevauchent. Ainsi, si vous opérez sur une zone de netteté finale totale de 4cm, dans les conditions ci-dessus (objectif 100mm ouvert à 8), vous devez prévoir au moins une image tous les 4mm (pour que les MaP se chevauchent) soit en tout 4/0.4 = 10 images. Si vous n’en faites que 4 (une par cm), le résultat final vous décevra, avec des zones bien nettes entrecoupées de zones plus floues. Si vous en faites davantage (plus de 10), le résultat n’en sera que meilleur, sous réserve, bien entendu, de l’absence de fausse manœuvre !
  • Pour opérer, déclenchez à la télécommande et modifiez délicatement le point entre 2 prises de vue de façon à respecter le plus possible l’intervalle indiqué précédemment.
  • Vous pouvez, au choix, partir de l’endroit le plus éloigné de votre sujet en remontant graduellement vers l’endroit le plus proche, ou l’inverse : le résultat de ces deux façons de faire sera similaire, l’important étant de ne pas « naviguer à l’aveugle » au risque de se perdre !

Quand votre séance de prise de vue est terminée, rangez soigneusement votre matériel : il est temps de penser (et de passer) au post-traitement.

Voici quelques images où, manifestement, le nombre de prises de vue (13) est globalement insuffisant pour un rendu final sans reproche. C’est dû, surtout, à un sujet un peu trop long (une vingtaine de cm), qui aurait nécessité une bonne quarantaine d’images à assembler compte tenu des conditions et de l’objectif utilisé (Pentax F 50mm f/1.7 ouvert à f/4).

IMG0295IMG0296
IMG0297IMG0298
IMG0299IMG0300
IMG0301IMG0302
IMG0303IMG0304
IMG0305IMG0306
IMG0307

Le post traitement, réalisé d’une part avec CombineZP, d’autre part avec Focus Projets Professional, donne des résultats très proches.

Modified by CombineZP

Post-traitement avec CombineZP

 

IMGFocus

Post-traitement avec Focus Projects Professional

Focus-stacking et post-traitement

Il n’est pas question ici de post-traiter autrement que par l’intermédiaire d’un logiciel. Celui que vous utiliserez sera celui que vous maîtrisez le mieux parmi la kyrielle de ceux qui « savent » traiter le focus-stacking.

On peut citer (liste non exhaustive) :

 

Les possesseurs de Canon ont à leur disposition « Magic Lantern » qui, installé sur leur carte mémoire, leur permet de faire directement du focus-stacking sans avoir à se soucier des intervalles de MaP.

Un test comparatif de certains de ces logiciels est disponible sur ce site.

 

Il n’est pas possible de vous donner ici toutes les manières de procéder de tous les logiciels. Chacun des logiciels cités possède son manuel d’utilisation et souvent on peut trouver sur le Net des tutoriels soit sous forme de conseils écrits, soit sous forme de vidéos. A vous de trouver celui qui vous convient pour le logiciel de votre choix. Sachez, pour vous rassurer, que la façon d’opérer est très simple et que si vous fournissez au logiciel des images suffisamment travaillées à la prise de vue, il vous donnera en retour toute satisfaction pour le rendu final.

Si vous souhaitez aller plus loin, voir ici.

 

Galerie

Agrion par Myli.

Un agrion : Focus-stacking réalisé avec 2 images. Pour l’une, la mise au point est située sur l’oeil au premier plan, pour l’autre sur la zone entre les 2 yeux.

 

MyliFS

Focus-stacking réalisé à partir de 10 images. Matériel utilisé : Canon 7D + objectif macro MPE-65 + soufflet.

 

fleur_blanche2

FS réalisé avec 11 vues. De l’étamine jaune à l’avant gauche au bout de la tige à l’arrière droit, la « profondeur » est de 9,5cm. Pentax K-5IIs + Tamron 90mm macro

 

jet_d_eau

FS de 12 images (Pentax K-5IIs + 35mm Ltd macro à f/2.8 – 1/250ème s. – ISO 100)

Crédit photos : Myli – Micaz – cliquez sur les photos pour agrandir