Le partage des responsabilités – Partie 2

Le partage des responsabilités -2

Une deuxième partie de la part de responsabilités consacrées aux acteurs

 

La part de PENTAX

Pentax, au cours de son histoire (voir ici,  là et  là ), sera passé par les mêmes phases : Innovations successives avec le prisme, la baïonnette K, le miroir éclair, la TTL… Mêmes si certaines de ces innovations ont réellement été introduites un peu plus tôt par d’autres marques, elles ont été attribuées à Pentax. Et il semble évident que ce n’est pas Pentax qui se les est attribuées.

Un des traits caractéristiques de la marque est une constante dans la conception très photographique de ses boîtiers. Il paraît évident que ce qui est recherché est ce qui peut faciliter l’acte de photographier et que tout ce qui procède du gadget, fût-ce séduisant, est laissé de côté. Mais l’appréciation de ce qui est gadget peut prêter à débat.

Un exemple éclairant. A la fin des années 70, quand Pentax conçoit un boitier pro, sorti en 1980 pour les 60 ans de la marque et appelé LX, il a mis au point un système de mesure de l’AE situé dans le plancher de la cage du miroir. Cet emplacement signifie un miroir semi -transparent et un petit miroir secondaire fixé dessous qui renvoie la lumière sur la cellule. Ce positionnement est déjà utilisé par Olympus pour mesurer l’éclair de flash. Pentax en couplant les 2 mesures au même endroit permet de conserver l’automatisme de mesure de l’AE quel que soit le viseur installé (il y en a 7 dont 2 sans prisme). Ce système mesure la lumière sur le premier rideau avant le déclenchement et sur la pellicule pendant la prise de vue en cas de pose longue. Comme le miroir relevé occulte le prisme, il n’est pas nécessaire de mettre un cache sur l’oculaire, comme sur les appareils des autres marques (et les Pentax numériques) dont la cellule est installée dans le prisme.

Mais ce système présente un inconvénient, il ne permet pas la mémorisation de l’AE, présentée à l’époque comme un must par les concurrents qui font assaut de publicité sur la mémorisation. Pentax, très photographe, considère que si on veut mémoriser l’AE, c’est que l’on a des connaissances photographiques et donc que l’on peut travailler manuellement. Pour info, le Nikon F de base est totalement manuel et nécessite l’achat séparé du prisme Photomic pour devenir automatique débrayable. Les avantages du système IDM de Pentax sont indéniables et nombreux (et pas tous évidents). Nous ne les énumèrerons pas ici. Il n’est plus temps de faire la promo du LX. Notons quand même que l’incidence de la mémorisation de l’expo, comme on disait à l’époque, devait être assez peu significative statistiquement, étant donné que la mesure était une centrale pondérée. La matricielle n’est apparue que plus tard. Mais une certaine marque en avait fait un argument de vente-gimmick dont les vendeurs de certaines enseignes avaient plein la bouche.

A l’époque Pentax avait choisi des solutions intelligentes, pas des solutions marketing. Ce qui, visiblement, signifiait pour la marque, pas de pub ou quasiment pas. Et le LX a été un échec commercial, en Europe en tous cas. J’ai acheté mon LX en 1981, je suis tombé dessus totalement par hasard, à la Fnac de la rue de Rennes, dans une vitrine placée au milieu du passage, au ras du sol. J’ai dû me mettre à quatre pattes pour voir ce que c’était que ce boitier à prisme interchangeable que je ne connaissais pas. Est-il besoin de vous dire que pour passer à côté du Nikon F3 et du Canon F1, il aurait fallu avoir une canne blanche et un chien guide ?

Et le LX a été un échec commercial. Il est devenu un boitier mythique, dont la visée en 1980 est aussi lumineuse et confortable que celle du K-1 aujourd’hui ! Mais il ne s’est pas vendu comme il aurait pu et dû se vendre. Il est difficile de vérifier concrètement, mais il ne semble pas que Pentax ait beaucoup investi dans la promotion de ce boîtier, que tous ceux qui l’ont testé, à plus forte raison utilisé, jugent remarquable.

Le LX avec la poignée porte flash permettant d'utiliser un Cobra. Cette poignée assure la synchronisation X et les vitesses lentes. Elle peut être montée à droite comme à gauche. Démontée, elle peut abriter le câble de connection ou bien des piles pour le flash. Cet acessoire permet un fort décentrement qui exclut les yeux rouges. Le cobra monté ici est un Cullman à double réflecteur, de nombre guide 40 extrêmement efficace.
Le LX avec la poignée porte flash permettant d’utiliser un Cobra. Cette poignée assure la synchronisation X et les vitesses lentes. Elle peut être montée à droite comme à gauche. Démontée, elle peut abriter le câble de connection ou bien des piles pour le flash. Cet accessoire permet un fort décentrement qui exclut les yeux rouges. Le cobra monté ici est un Cullman à double réflecteur, de nombre guide 40 extrêmement efficace.

 

Le plus grave est que cet échec a fortement impacté la marque et signifié un retrait important du marché professionnel. Le gros 6×7 représentait un marché marginal, même dans le monde pro. Et Pentax n’est jamais revenu sur ce marché.

Cette permanence du côté photographe de Pentax est tellement évidente que dans les années 2000, on lisait souvent dans les magazines photo que les boîtiers de la marque étaient les meilleurs pour «apprendre la photo». Comprenez : pour faire de la photo, par contre, les autres sont mieux.

Là où ce côté photographe devient un problème, c’est que nous sommes entrés dans une période où l’on consomme ce qui s’utilise facilement, ce qui est cool. Ce qui est intuitif. Comprenez : ce qui nécessite un mode d’emploi c’est prise de tête, c’est bon pour les intellos. Le mot est devenu une injure dans les collèges de France.

Pendant ce temps là Pentax met en avant des focales fixes, cela fait d’abord sourire (c’est ringard les focales fixes!), et puis les autres marques suivent.

Pentax propose des boîtiers WR (tropicalisé est devenu ringard aussi, à moins que ce ne soit un effet de la décolonisation bien digérée ?) Les autres marques suivent, plus ou moins selon les tarifs.

Pentax propose des boîtiers qui ont tous des caractéristiques de boîtiers dits «expert» quels que soient leur catégorie et leur prix. Là les autres marques sont plus circonspectes, on ne va pas non plus se mettre à respecter vraiment les clients, regardez ce que ça rapporte à Pentax, soyons sérieux.

Pentax a une surface commerciale réduite. Depuis quelques années, dans le contexte de crise qui perdure depuis la crise des sub-primes aux USA, les ventes de reflex reculent. De ce fait les investissements en Recherche & Développement deviennent, en valeur relative, plus lourds pour un produit similaire. Mettre au point un objectif coûte le même prix que l’on prévoie de pouvoir en vendre 20, 200, 2000 ou 20 000 exemplaires. Moins on prévoit de ventes, rationnellement calculées, plus les produits reviennent cher à l’unité. C’est ce qui arrive avec les DFA sortis pour accompagner le K-1. Aussi quand on lit sur des forums que «Les objectifs de Pentax sont devenus aussi chers que ceux de la concurrence», d’abord c’est souvent inexact et ensuite c’est profondément injuste. Car vu les probables chiffres de production, il est assez étonnant qu’ils ne coûtent pas plus cher. Ce qui ne veut pas dire, bien sûr, que nous voudrions qu’ils augmentent. On peut transposer le raisonnement au coût d’une campagne publicitaire. Si une campagne publicitaire à coût X peut au mieux rapporter une amélioration de vente de 1% d’un chiffre global réduit, ce coût peut être objectivement très élevé.

Dans le contexte sociétal actuel, ce qui n’est pas visible n’existe pas, ce dont on ne parle pas n’existe pas. Il est facile de comprendre que les acheteurs qui n’ont objectivement que peu de chances d’avoir vu et encore moins manipulé un Pentax, ne soient pas tentés de s’y intéresser et d’en acheter. Le plus souvent, quand il arrive de montrer, de faire essayer à un collègue non-pentaxiste notre boîtier, il est tout étonné de constater sa qualité de construction, son ergonomie, la discrétion de son obturateur. C’est comme s’il découvrait la lune. Et encore la lune est plus facilement visible que les Pentax sur les étagères de la distribution !

Cette constatation n’est probablement pas ignorée des décideurs de la marque. Ils doivent savoir que le petit Poucet ne peut pas semer de gros cailloux. Que pour gagner des parts de marché il ne suffit pas de produire de bons appareils, moins chers que leurs alter ego des autres marques.

Il faut aussi proposer des objectifs qui puissent équiper les boîtiers. Et puis il faut aussi communiquer les informations sur les améliorations apportées aux nouveaux modèles. L’exemple récent de l’AF du K-1 est un triste exemple de non-communication qui a permis une petite campagne de pentax bashing sur les forums ! Arrivés à ce stade, qu’il nous soit permis de passer au chapitre suivant.

 

La part des intermédiaires : Les médias, la distribution

Comme il faut bien prendre le problème par un bout et que nous en sommes aux objectifs, commençons par eux.

Il est régulièrement reproché à Pentax par la plupart des magazines photo d’offrir une gamme photo étriquée. Ces magazines photos s’adressent dans leur grande majorité aux amateurs.

Une des méthodes qui permet de dire que «la gamme est étriquée», est de considérer et de qualifier comme obsolètes tous les objectifs qui ont plus de 10 ans. Si l’on faisait avec eux la même chose dans leur rédaction, ils pousseraient à juste titre des hurlements. Ainsi les Limited sont considérés comme des vieux trucs inutilisables. Quand on discute avec des pros qui les ont pratiqués et les pratiquent toujours, quand on les a soi-même essayés, on sait ce qu’ils valent. Bien sûr leurs qualités sont différentes de celles des optiques récentes, ils sont moins « chirurgicaux ». Bien sûr, ils sont petits, relativement légers, pas « tendance » en un mot. Bien sûr, ils ne sont pas excellents dès la pleine ouverture, ils peuvent avoir des AC – mais ils ne sont pas les seuls, loin s’en faut – cependant ils sont parfaitement capables de faire le job. Surtout pour des amateurs. Mais « la gamme étriquée », les « objectifs obsolètes » restent gravées dans les oreilles des amateurs.

Souffler à ces derniers des discours et des jugements, audibles dans la bouche des professionnels, qui ont d’autres contraintes de temps, de nécessité de se plier aux exigences des clients, lesquels baignent jusqu’aux narines dans les goûts du mainstream, est au fond assez peu professionnel. Mais ces jugements, dans les colonnes de médias, c’est caresser les amateurs en question dans le sens du poil en se disant,  consciemment ou non, «En faisant ça je les flatte, il faut toujours flatter le lecteur». Bien sûr, c’est plus payant que de leur dire les choses dans le détail ou de leur fournir les informations fines, sans formules à l’emporte-pièces. C’est une façon de les considérer comme immatures. Flatter quelqu’un, c’est le considérer comme immature, voire pire; de toutes façons c’est le mépriser.

Quand sortent des DFA nouveaux, touiller le fait que le 15-30 et le 24-70 soient produits par Tamron est plus facile que de gratter un peu pour savoir dans quelles conditions et apprendre que les lentilles sont produites et fournies par Pentax, avec un traitement de surface spécifique et que le cahier des charges est l’objet d’un contrat spécifique. Ce qui fait que dire : « c’est produit par Tamron », oui, c’est  sous-entendre sans l’affirmer que ce sont des clones des Tamron livrés sous label Tamron ou autres. Et ce n’est pas non plus spécialement professionnel. Surtout quand on apprend sur des forums dédiés que des Tamron 24-70 Canon ont présenté des problèmes de décentrement… Jamais rencontrés sur les Pentax (Tamron) 24-70. No more comment.
Quand sont publiées des listes vérifiées d’objectifs DA, parfaitement compatibles avec le K-1, les ignorer souverainement et ne mentionner que les DFA, ce qui donne une liste évidemment squelettique, est également assez peu professionnel, au sens rigoureux du terme.

Mais il est certainement plus facile d’affirmer, avec ou sans vérification sérieuse, que le parc optique est restreint, plutôt que de compter les objectifs, leur compatibilité. Quand on travaille dans une publication photo on n’a pas que ça à faire, que diable ! Alors qu’il serait simplement indiscutable de dire telle marque propose tant d’objectifs, telle autre tant, avec les années de sortie. cela permettrait au lecteur de se faire une idée objective et le prendrait pour un individu majeur. Disons simplement que ce serait plus rationnel, par exemple une fois par an, dans le numéro «guide d’achat» que pratiquement tous les magazines publient.

Ce qui permettrait également de publier de façon critique une liste des manques, du point de vue des professionnels. De ce point de vue, il ne suffit pas de sortir un 15-30, un 24-70, un 70-200, un 150-450, un 560 que la marque a hésité à badger « compatible ». D’y ajouter un 100 macro de conception optique ancienne et à l’AF hésitant, gênant pour des travaux de reproduction (les pros pratiquent rarement la macro de petites bêtes allergiques au zonzon du screwdrive dans leur pratique professionnelle). Tout cela ne forme pas une gamme susceptible de satisfaire les pros. Une telle démarche serait, elle, indiscutable.

Bien sûr, on nous dira : « Cette réaction est une réaction épidermique de thuriféraire de Pentax. Nous parlons de Pentax objectivement, comme nous parlons des autre marques, certes au prorata des chiffres de vente des marques, mais objectivement ».

Nous pourrions entendre cela, mais cela n’a jamais été dit, crûment, cyniquement.

Quant à la distribution, la « grande » distribution : nous allons le dire crûment, dans leur très grande majorité, ses vendeurs ne sont pas des photographes, ils proposent donc ce qui se vend, ce qui est facile à vendre, ce qu’ils « connaissent » le mieux, c’est à dire qu’ils répètent le discours dominant, qui sonne souvent comme un discours appris. Ce faisant ils sont une caisse de résonance du discours dominant. Mais cette pratique ne concerne pas que le marché photo. Nous ne nous acharnerons pas à enfoncer une porte largement ouverte.

 

Puisque nous avons parlé de l’offre et de la distribution,  il nous faut parler de  la part des acheteurs dans cette affaire. Ce qui fera l’objet du troisième volet de cet article.

 

crédit photographique Valia©.

  • MamzelAmanda
    4 juin 2018 at 12 h 30 min

    Bonjour Valia,

    Je te rejoins sur les tarifs pratiqués par la concurrence qui ne sont pas meilleurs loin de là.
    D’ailleurs je me suis « amusée » en fin février à recenser tous les tarifs de vente des objectifs, compatibles 24×36, de trois « gros » constructeurs OEM (Canon / Nikon / Pentax), actuellement dans leur catalogue, afin de vérifier et comparer à focale équivalente (ou presque) ce qui existe et à quel prix. Dans mon comparatif j’ai mis de côté les options AF/WR/IF/IS…. de chaque objectif.

    Le constat qui apparait très clairement c’est que Pentax est bien positionné en tarif face aux autres et surtout il ne manque vraiment pas grand chose.

    • Valia
      12 juin 2018 at 1 h 20 min

      Merci Amanda. Très bonne idée ce comparatif des tarifs. A suivre…

  • Vaander
    5 juin 2018 at 12 h 26 min

    Bonjour, et merci pour la clarté des vos contenus.
    Je suis bien d’accord avec votre analyse. Les médias testent avec une certaine bienveillance les APN qui ont le vent en poupe de la distribution. Par contre ceci n’est plus tout à fait le cas de la marque Pentax. De ce fait certaines revues qui testent la marque font parfois apparaître des défauts qui sont vus comme des qualités sur d’autres APN. D’un autre côté, certaines des qualités originales des APN Pentax peuvent parfois passer à la trappe. L’amateur Pentax que je suis regrette cette iniquité. De plus des coquilles grossières dans ces revues aggravent la situation. Exemple : sur le test du K-3 une revue lui attribue un capteur de « 16MPixels ». Dans un numéro récent qui testait le K-1 Mark II, il lui attribue un prix de vente de 2200€ pour le comparer au prix d’autres APN. Alors stop à ces fausses infos et désormais trouver sur le web des contenus un peu plus sincères.

    • Valia
      6 juin 2018 at 0 h 55 min

      Merci pour votre commentaire. Nous avons nous aussi constaté des inexactitudes ponctuelles, des appréciations discutables dans les médias papiers comme numériques. Nous ne les avons pas relevés ici et simplement qualifiées de ce qu’elles sont : un défaut de professionnalisme. Le dernier exemple en date est édifiant : A la sortie du K-1 mark II plusieurs médias ont noté d’une même voix que le K-1 était un excellent boîtier auquel le mark II n’apportait pas beaucoup d’amélioration et que les 500€ d’investissement ne valaient pas le coup. Mais deux ans avant les mêmes médias n’avaient pas qualifié le K-1 d’excellent boîtier, comme si le K-1 devenait excellent a posteriori pour pouvoir mieux critiquer le mark II. C’est un tour de réthorique classique et assez vil.