Le paysage urbain

Selon la définition de Wikipedia, le paysage urbain est un paysage situé en ville. Jusque-là, rien que de très logique. Si on continue à lire cette définition, on y lit qu’il est majoritairement marqué par une anthropisation marquée de l’environnement. Cependant il peut également être fortement végétalisé dans certaines banlieues aisées peu denses, ou dans les parcs urbains.

L’anthropisation est l’action conduisant à la transformation d’espaces, de paysages, d’écosystèmes ou de milieux semi-naturels sous l’action de l’homme. Un milieu est dit anthropisé quand il s’éloigne de ce qui est produit par la nature, avec des transformations d’espaces, de paysages, d’écosystèmes ou de milieux semi-naturels sous l’action de l’homme.

On pourrait croire que photographier un paysage urbain reviendrait à photographier un paysage classique, comme on peut en trouver en voyage. Par paysage classique on entend essentiellement les paysages géographiques ruraux, peu dénaturés par l’homme comme la montagne, les plages, les plaines.

Pourtant, il n’en est rien.

 

La Photographie de paysage urbain est-elle un acte politique ?

Comment définir la photographie urbaine ?

Quelques mots pour commencer, afin de tenter de définir ce qu’est la photographie urbaine. On peut y inclure beaucoup de choses, comme les photos de touristes prises devant les monuments.

Mais à bien y réfléchir, il n’y a pas que cela. Le paysage urbain est un nouveau territoire, avec ses codes propres, qu’il convient d’appréhender avant de le restituer. En effet, photographier un paysage urbain nécessite de poser les bases d’une discipline tout à la fois unique, mais plurielle, regroupant des pans entiers d’autres disciplines photographiques, faisant ainsi se chevaucher les frontières. Elle empruntera ainsi à la photographie d’architecture, à celle du paysage classique, à celle de la street et bien d’autres. Elle sera donc diverse, plurielle et unique.

Innondation (K-1, 1/125s à f/6.3, ISO 250)
Innondation (K-1, 1/125s à f/6.3, ISO 250)

 

Le paysage urbain est empirique, composé d’une diversité de « familles » différentes, d’éléments le composant. Au départ il n’y avait rien, et au fur et à mesure l’homme s’est imposé, modifiant le paysage originel. Des landes ou des forêts ont disparu au profit de champs et d’agglomérations. Des bourgs, des villages, des villes, des châteaux ont pris place, parfois au milieu de nulle part.

Une ville ou un bourg accueillent aussi bien de la végétation (parcs, coulées vertes, squares), des cours d’eau, des immeubles d’habitation, des maisons individuelles, des bureaux, des bistrots et autres restaurants. Il y a aussi la vie humaine qui apporte ses propres modifications suivant les catégories de population. C’est ainsi que des quartiers vont accueillir des graphes qui s’apparentent parfois à de vraies œuvres d’art. Il ne faudra donc pas oublier que les lieux n’existent pas indépendamment de ceux qui les habitent.

 

Décrypter le territoire

C’est ainsi que l’on aboutit à de vrais chocs des différents éléments urbains. Ces chocs peuvent avoir un caractère violent, agressif. Par exemple, une bâtisse commerciale moderne accolée à un centre-ville ancien formé autour d’une vieille église.

Le photographe qui souhaite faire de bons clichés de paysage urbain devra s’imprégner de l’énergie et de la magie qui se dégagent des villes. Tout peut être source d’inspiration pour celui-ci. Cela va des habitants aux bâtiments en passant par les rivières et les rues. Dès lors, la photographie urbaine qui vient au-dessus de la photo de paysage urbain va prendre inconsciemment une dimension sociale puisqu’elle va restituer aux habitants les lieux qu’ils habitent, ou qu’ils occupent temporairement.

Forme d'occupation du territoire (K-1, 1/160s à f/8)
Forme d’occupation du territoire (K-1, 1/160s à f/8)

 

Pour cela, il conviendra de décrypter ce qui nous entoure afin de restituer du mieux possible l’identité du territoire que l’on va photographier. Et parfois, il s’agira de rendre visible ce qui ne l’est pas.

On peut donc penser que la photographie urbaine a une dimension politique, au sens large de ce terme (organisation de la vie), puisqu’elle va montrer la vie de la cité, telle qu’on la perçoit. Ce qui induit qu’il conviendra aussi de regarder ces photos à travers ce prisme.

Acte politique ? (K-1, 1/250s à f/7.1)
Acte politique ? (K-1, 1/250s à f/7.1)

 

Photographier le paysage urbain, un projet à part entière

Avant de démarrer la partie conseil, une petite mise au point s’impose. La photographie urbaine ne peut guère s’effectuer quand on passe rapidement dans une ville. Si vous visitez Rome ou Paris pour la première fois et, surtout si c’est pour peu de temps, vous allez tous vouloir photographier les principaux lieux touristiques. C’est humain et logique. La photographie urbaine en général nécessite du temps et de s’y intéresser. Généralement, elle a tendance à s’inscrire dans un projet, comme un de ceux que nous proposons ci-dessous.

Sommet (K-1, 1/125s à f/8)
Sommet (K-1, 1/125s à f/8)

 

N’oubliez pas aussi que ce sont les petits détails qui font l’identité d’une ville. Passez du temps à vous documenter sur l’insolite des villes que vous allez visiter. Ils peuvent offrir de belles photos, pour peu qu’on cherche un angle intéressant !

 

Raconter une histoire

Une ville est un creuset où se côtoient, s’entrecroisent des milliers d’histoires. Explorer une ville revient dès lors à s’intéresser à ces histoires. Le premier projet que nous proposons est de s’approprier l’une ou plusieurs d’entre elles et de tenter de les restituer. Évidemment, il conviendra d’ignorer les sites touristiques grand public, au profit de lieux plus confidentiels.

Départ (K-1 mk II, 1/250s à f/5.6)
Départ (K-1 mk II, 1/250s à f/5.6)

 

Il vous faudra aussi trouver un point de vue narratif qui plongera vos futurs lecteurs dans l’univers de vos photos. Il peut s’agir de la transformation de terrains en friche à Paris (on peut penser ici aux sites d’Austerlitz ou à ceux du 17e) ou de la vie nocturne d’un quartier animé à Barcelone. Votre objectif sera d’exprimer ce que la ville évoque pour vous, d’arriver à en saisir son essence en quelques clichés et raconter une histoire. À travers ces clichés la curiosité des lecteurs devra être suffisamment titillée afin qu’ils aient envie de plus, beaucoup plus.

Assemblage (K-1 mk II, 1/100s à f/8)

 

Le paysage urbain au travers du mouvement

Ce sont les gens, les véhicules et tout ce qui est en mouvement qui font battre le cœur des cités urbaines. D’ailleurs on dira souvent qu’une ville sans mouvements, sans agitation est une ville morte. Même si vous n’avez jamais été dans les villes citées, dans l’imaginaire des gens, Amsterdam est associée aux vélos tandis que quand on parle de Bangkok, on pense aussitôt aux marchés flottants.

Silhouette (KP, 1/80s à f/8)
Silhouette (KP, 1/80s à f/8)
Plaisir de touristes (K-1 mk II, 1/100s à f/7.1)
Plaisir de touristes (K-1 mk II, 1/100s à f/7.1)

 

Les villes sont en mouvement et pour les photographier ainsi, rien ne vaut que d’être en mouvement vous-même, à pied évidemment. N’hésitez pas à les parcourir jusqu’à ce que vous tombiez sur LA scène en mouvement, à l’instar d’un carrefour très fréquenté. Cherchez alors l’angle qui vous offrira le meilleur point de vue et déclenchez. Sans avoir oublié évidemment de régler correctement votre boîtier !

Et là vous avez au moins les 2 possibilités suivantes :

  • Adopter une vitesse d’obturation réduite (1/50 s par exemple) afin d’avoir la ville nette et la foule/la circulation en mouvement. Les boîtiers Pentax proposant un système SR performant, il est possible d’effectuer ce type de prise de vue sans trépied. Mais il reste toujours possible d’utiliser ce dernier (avec une télécommande).
  • Faire la photo contraire, c’est-à-dire avec le mouvement net, mais l’arrière-plan flou. Ce qu’on appelle l’effet de filé. Il faut déplacer votre appareil photo en même temps que l’objet (ou la personne) en mouvement afin que ce dernier soit net. Ce type de prises de vue nécessite de l’expérience, mais produit des résultats intéressants.

 

Une ville la nuit

Pont (K-3 II, 13s à f/11)
Pont (K-3 II, 13s à f/11)

 

La nuit, la ville ne va pas offrir le même visage que le jour. Il s’agit là, sans nul doute, d’une des particularités les plus intéressantes de la ville qui offre, à la nuit tombante, un terrain de jeu parfait pour le photographe en quête de scène urbaine. La plupart des villes changent de visage dès que l’obscurité paraît. Et, contrairement à la nature où l’absence de lumière est criant, la ville se pare d’atours lumineux divers et variés. Les sources sont multiples et apportent des atmosphères très différentes d’un lieu à l’autre de par la qualité des éclairages et leurs températures. Néanmoins, pour beaucoup il sera difficile d’en saisir l’ambiance en raison non pas d’un manque de lumière, mais plutôt de la luminosité si particulière.

Un trépied sera souvent utile afin d’effectuer des poses un peu plus longues que celles faites habituellement. Attention toutefois, il reste encombrant et il est nécessaire de respecter l’environnement dans lequel vous évoluez.

Alors que photographier la nuit ? Les idées sont nombreuses. Cela va d’un marché de Noël (comme celui de Strasbourg ou de Prague) à des quartiers connus pour les panneaux publicitaires (comme Time Square à New York). Sans oublier les quartiers très animés (Picadilly Circus et plus généralement Soho à Londres, Oberkampf ou Mouffetard à Paris). Les friches industrielles ou les tours, idées déjà abordées plus haut, sont aussi très photogéniques la nuit.

Quartier d'affaire (K-1, 13s à f/11)
Quartier d’affaire (K-1, 13s à f/11)

 

Côté réglages, les poses longues avec trépied sont à privilégier (avec une ouverture comprise entre f/6.3 et f/11, selon ce que vous avez envie d’obtenir, et les ISO entre 100 et 200). Les passants et la circulation offriront des effets parfois surprenants. Évidemment, les clichés « rapides » sont possibles pour réaliser des instantanés. Dans ce cas-là, il faudra augmenter les ISO afin de retrouver de la vitesse. Côté Pentax récents (K-3 II, K-70, KP, et les 2 K-1), vous pourrez monter jusqu’à 3200 ISO sans trop de dégâts (le bruit essentiellement), la dynamique des capteurs est suffisante pour permettre de belles prises de vue. Pour les boîtiers plus anciens, la limite se situera entre 800 et 1600 ISO.

 

Faire ressortir les contrastes

On ne parle pas ici du contraste que l’on rencontre dans le Post Traitement. Il s’agit de l’autre définition, l’opposition de deux choses dont l’une fait ressortir l’autre. Et une ville regorge de contrastes entre les bâtiments d’époques différentes par exemple, entre leur forme également, mais aussi les couleurs et les personnes présentes. Les possibilités de faire ressortir un élément qui n’a pas sa place dans le paysage existent. À vous de chercher et d’être patient.

Contraste (K-1, 1/125s à f/14)
Contraste (K-1, 1/125s à f/14)

 

Le contraste va aussi se chercher dans des tours en métal et verre si la ville que vous visitez en comporte. Vous pouvez utiliser les effets miroirs ou les reflets pour proposer une réinterprétation du contraste. De même en se plaçant au pied d’une forêt de tour et en shootant le ciel cloisonné dans un espace réduit de sommets de tours.

Quoi est quoi (K-1 mk II, 1/125s à f/7.1)
Quoi est quoi (K-1 mk II, 1/125s à f/7.1)

 

Il vous revient de donner votre propre interprétation à ce thème. Cela pourrait être un businessman sortant d’une vieille église baroque ou un « baba cool » devant la bourse. Les quartiers d’affaire où se côtoient souvent de vieux bâtiments et les gratte-ciel modernes sont aussi propices à des rencontres photographiques.

Vous pouvez aussi tenter la série photo, un comparatif d’endroits au petit matin et en début de soirée.

 

Quelques conseils

Avant que vous ne partiez photographier les paysages urbains, quelques conseils.

 

Ne vous chargez pas inutilement en matériel

Un ou 2 objectifs suffisent amplement. Soit un zoom trans standard de type 24-70/2.8 ou 16-50/2.8, accompagné ou pas d’une focale fixe, soit 2 focales fixes (un GA et une focale un peu plus longue comme un 77, un 85, voire un 200). Personnellement, j’ai 3 configurations types et je décide selon mes envies du moment :

  • DFA 24-70/2.8 seul,
  • FA 31/1.8 seul ou accompagné d’un FA 77/1.8 ou du DA ★ 200/2.8,
  • DFA ★ 70-700/2.8

Pour avoir pu utiliser fréquemment le dernier DFA ★ 50/1.4, cet objectif est aussi très intéressant pour l’urbain.

Ne pas oublier l’indispensable trépied (et la télécommande) pour certains types de photo.

 

La ville et ses heures

Vous n’aurez pas les mêmes rendus selon les heures de la journée. La population sera différente, la fréquentation le sera tout autant et la lumière également.

Du fait que les conditions ne seront pas les mêmes, vous obtiendrez des atmosphères très différentes, ce qui fera ressortir des émotions qui n’auront rien à voir. Un café parisien au petit matin, vers 8h30 quand tout le monde part au travail ne sera pas le même qu’à 19h30, quand la plupart des personnes arrêtent leurs occupations et se retrouve entre amis.

Dans le même ordre d’idée, le matin aux aurores, la ville est vide ou presque. Avoir le courage de se lever tôt offre la possibilité d’avoir la cité pour soi tout seul, comme une exclusivité. L’absence de présence humaine vous permettra de réaliser des photos inattendues, et focaliser votre attention sur les bâtiments plutôt que sur les gens dans la rue.

 

Supprimer la foule

Il existe au moins 3 techniques pour supprimer la foule :

  • Prendre la photo à des moments de la journée où il n’y a personne. C’est à dire souvent au petit matin. Pour les lève-tard, le réveil est impératif, mais le résultat en vaut la peine.
  • Faire une photo en pose très longue, en utilisant des filtres ND. Les passants n’ont alors pas le temps d’être saisis dans l’image.
  • Prendre plusieurs images (avec trépied) et grâce à un travail important après le développement, on pourra supprimer les sujets mobiles sur le résultat final en ne gardant que les parties que l’on souhaite, vides de mouvement (technique de superposition à partir de plusieurs images avec masquages des zones).

 

Perspectives originales & savoir profiter des circonstances

La ville est pleine de lignes et de formes. Alors, partez à la recherche de perspectives originales en essayant des points de vue moins classiques (photo depuis les toits, des terrasses ou encore depuis le ras du sol). Bref, ne vous enfermez pas dans un carcan !

Point de vue différent (K-1 mk II, 1/200s à f/13)
Point de vue différent (K-1 mk II, 1/200s à f/13)

 

De plus, il arrive parfois que des évènements exceptionnels se déroulent dans la cité. Comme des phénomènes climatologiques. C’est alors le bon moment pour aller se promener, appareil photo en main et prendre des clichés d’une ville que vous connaissez, mais dans des circonstances qui ne sont pas habituelles. Un très bon moyen pour faire du paysage urbain différent.

Moins courant (K-1, 1/125s à f/11)
Moins courant (K-1, 1/125s à f/11)

 

Choisir l’emplacement

Le lieu de prise de vue est très important. Prenez votre temps, examinez les lieux et envisagez les différents points de vue. N’hésitez pas à revenir plusieurs fois au même endroit, à des heures, à des jours différents. Un lieu change, évolue. C’est toujours le même, mais modifié, transformé.

 

Et n’oubliez pas que parfois, il ne sert à rien de partir loin, des trésors existent près de chez soi.

 

Vers où ? (K-1, 1/100s à f/9)
Vers où ? (K-1, 1/100s à f/9)
Sans fin (K-1, 1/125s à f/7.1)
Sans fin (K-1, 1/125s à f/7.1)
Enseigne (K-50, 1/80s à f/4.5)
Enseigne (K-50, 1/80s à f/4.5)
Saint Michel (K-1, 1/125s à f/9)
Saint Michel (K-1, 1/125s à f/9)

 

Crédit photo : © fyve

  • Cariboudargent
    14 février 2019 at 21 h 02 min

    Les différentes correspondent à un équipement en FF, je suppose.
    ce qui revient à utiliser un 17-50; 35 ou 50-135 (lourd celui-ci) en APS-C

    • F.
      17 février 2019 at 10 h 38 min

      Les focales sont toujours exprimées par rapport à du 24 x 36. Que les objectifs soient pour du FF, de l’APS-C, du MF ou encore du micro 4/3. C’est la raison pour laquelle j’indique souvent le boîtier utilisé.

  • J-J Tatie
    15 février 2019 at 18 h 44 min

    Bonsoir, merci pour cet article très intéressant, ce «  »serpent de Fer » me procure toujours autant d’émotion, serait’il possible de m’indiquer quelle gare lui sert d’écrin ? Comme je lis attentivement TOUTS les articles parus sur PentaxKlub, je viens de dénicher, dans ce dernier, ce zoom : DFA ★ 70-700/2.8 Purééééée, j’en ai rêvé, Pentax l’a fait… Ou bien, la « relecture » l’a fait !!!

    Bien amicalement.

    • F.
      17 février 2019 at 10 h 36 min

      Il s’agit de la Gare d’Austerlitz à Paris. Le TGV était lui exceptionnel, suite à une situation de crise gare Montparnasse.

      Le DFA ★ 70-700/2.8 est un vrai monstre, je suis bien d’accord avec vous. Il devrait avoir un petit frère, un DFA 70-700/4, prochainement qui s’annonce lui aussi très intéressant.