Troisième et dernier volet consacré au portrait. Les deux premiers volets ont abordé la composition avec les plans photographiques et les fonds. Évidemment, toutes les règles de la composition s’appliquent aussi en portrait. Pour ce dernier volet, c’est du portrait en lui même dont nous allons principalement parler.

Quand on pense au portrait, c’est souvent l’image d’un studio photo qui vient à l’esprit. Or cette pratique peut s’effectuer aussi en milieu que l’on qualifiera de naturel ! Il s’agit même d’une des plus courantes de la photo. Lors de réunions ou d’évènements familiaux, qu’on a des enfants, de la famille ou dans la rue dans le cadre de street photography, il est tentant d’appuyer sur le déclencheur. S’il existe de nombreux points communs entre ces deux sous-ensembles, il existe aussi des divergences. Principalement sur la lumière. En studio, c’est le photographe qui décide et gère la lumière. Hors studio, le photographe va devoir composer avec elle.

 

 

Le matériel photo pour du portrait

Commençons pour une fois par le matériel. Que ce soit studio ou extérieur, la problématique est la même et commence par un questionnement sur le matériel approprié. Ce dernier sera fonction du rendu que l’on souhaite obtenir. Lorsque l’on réalise un portrait, conserver des proportions harmonieuses est une des priorités. Il faut donc un ou des objectifs capables d’être fidèles à la réalité. Donc une focale comprise entre 50 et 135mm.

Pour le boîtier, un full frame dispose d’une longueur d’avance sur les boîtiers APS-C. Ces derniers disposant d’un capteur plus petit, un coefficient multiplicateur est appliqué à la focale et à l’ouverture, modifiant quelque peu la prise de vue :

  • Côté focale, un 50mm sur un APS-C aura un champ visuel équivalent à un 75mm sur un FF. Pour l’équipement, les focales utilisées pour le portrait seront donc comprises entre 30 et 90mm en APS-C au lieu de 50 à 135mm en FF.
  • Côté ouverture, la profondeur de champ va être aussi multipliée par 1,5 (pour Pentax). Une ouverture de 2,8 sur un APS-C offrira une profondeur de champ équivalent à l’ouverture 3.5 sur un FF. Il s’agit d’un détail qui peut avoir une importance selon la profondeur de champ qu’on souhaite obtenir.

 

 

La profondeur de champ

Il convient de rappeler qu’en photographie de portrait, détacher la personne prise en photo de l’arrière-plan est souvent primordial, car cela va lui donner une plus grande importance. Plus l’ouverture du diaphragme sera grande, plus la profondeur de champ sera petite et plus le sujet se détachera de l’arrière-plan. À l’inverse, plus l’ouverture du diaphragme sera petite, plus grande sera la profondeur de champ et donc plus importante sera la zone de netteté.

Comme indiqué précédemment, la taille du capteur a un impact sur la profondeur de champ. Si les APS-C sont défavorisés avec une profondeur de champ plus importante à ouverture égale, les Moyen-Format sont eux favorisés avec une profondeur de champ plus faible :

  • FF f/2.8 –> profondeur de champ f/2.8
  • APS-C f/2.8 –> profondeur de champ équivalent à f/3.5
  • MF f/2.8 –> profondeur de champ équivalent à f/1.6

C’est peut-être l’une des raisons qui explique la grande popularité de ce format auprès de nombreux photographes de studio.

Attention, si le format APS-C a une influence sur la profondeur de champ, il n’y a pas d’impact sur la quantité de lumière qui arrive au capteur. À f/2.8, l’objectif délivrera exactement la même quantité et qualité de lumière, quel que soit le format du capteur. L’impact est uniquement sur la profondeur de champ.

Pour rappel, les valeurs d’ouverture possible, avec en gras, les valeurs de diaph et en italique, les tiers de diaph :

1,0  1,1  1,2  1,4  1,6  1,8  2  2,2  2,5  2,8  3,2  3,5  4  4,5  5  5,6  6,3  7,1  8  9  10  11  13  14  16  18  20  22

 

Portrait dans la rue

Portrait dans la rue (Pentax K-1, 1/160s à f/5.6, ISO 100, focale 200mm) – © fyve

 

S’il est intéressant de détacher son sujet du fond, il convient de faire attention à la profondeur de champ. Il n’est pas rare que certains s’étonnent d’avoir un personnage dont les contours sont flous. Il faut garder en tête que plus l’ouverture du diaphragme est grande (donc plus le chiffre de l’ouverture tend vers le 1), plus petit est le plan de netteté.

Et à f/1.2, celui-ci est très faible. Avec un FF, si la mise au point s’effectue sur le nez, au-delà de l’orbite de l’œil le flou se fera sentir de plus en plus.

 

 

Le matériel d’éclairage

Avant qu’on évoque les différents matériels, il y a quelques principes de bases à retenir :

  • Plus la taille de votre source est grande et placée loin du sujet, plus la lumière sera douce et diffuse.
  • Plus la taille de votre source est petite et proche du sujet, plus votre lumière sera dure.
  • Si le nombre minimal des sources est 1, il n’y a pas de limite réelle à ce nombre. Hormis les limites physiques (celles de votre installation électrique par exemple ou celles de la taille de la pièce). Mais plus on ajoute de sources lumineuses, plus on va complexifier la zone à photographier. Et donc, ajouter des risques dans le rendu (avec des possibilités d’artefacts lumineux. En général, on se limite à 4 sources au maximum, ce qui est déjà beaucoup.
  • Si à 1m le sujet reçoit 100% de la puissance d’éclairage, à 2m il ne recevra que 25% de la puissance reçue à 1m. Et ainsi de suite. La lumière suit la loi du carré inverse. Et pour que l’exposition soit toujours correcte à différents plans, on doit en tenir compte.

 

 

En studio : la lumière continue et ses accessoires

La lumière continue (flood) est une lumière différente de celle produite par le flash. Si le second produit un éclair très puissant pendant un laps de temps très court, le premier produit une lumière moins puissante, mais en continu. Une ampoule, une bougie ou un spot d’éclairage de chantier sont des exemples de lumière continue.

Portrait en ampoule à LED

Portrait en ampoule à LED (Pentax K-1, 1/60s à f/8, ISO 2000, focale 77mm) – © fyve

 

Corollaire, le temps d’exposition nécessaire à avoir la bonne quantité de lumière risque d’être plus important que pour de la lumière flash.

Les accessoires utilisés en lumière continue peuvent être les mêmes que ceux utilisés par les flashs (cf. ci-dessous).

 

 

En studio : les flashs de studio et ses accessoires

Un flash est un système qui génère des éclairs. Le flash de studio est de type monobloc et a une puissance maximale qui fait référence à l’intensité lumineuse qu’il produira. (par exemple 400 W pour 400 joules ou 400 Watts-seconde, car 1 joule = 1 W.s). Par défaut, la lumière délivrée par le flash est équilibrée lumière du jour. Sa température est donc comprise entre 5200 et 5500 degrés Kelvin.

Flash Studio Elinchrom DLite RX 4

Flash Studio Elinchrom DLite RX 4

 

Un éclair est produit très rapidement. Nettement plus que le temps d’exposition généralement utilisé. Le boîtier sera donc réglé sur un temps compris souvent entre 1/125s et 1/250s (pour quelques rares boîtiers).

Les accessoires pour les flashs sont essentiellement des accessoires servant à modifier la diffusion de la lumière. Si les parapluies et les boîtes à lumière (softbox de forme carrée, rectangulaire ou octogonale plus ou moins grande) vont proposer des lumières assez douces et réparties, les bols réflecteurs, les snoots ou les coupe-flux proposeront des lumières différentes. Grâce à ces derniers, la lumière pourra être orientée vers une zone plus précise.

Les grilles « nid d’abeille » sont essentiellement combinées avec les bols réflecteurs et les snoots. Ces grilles permettent de « casser » la lumière dans le but de l’adoucir quand la source est proche du sujet. Et plus les alvéoles sont proches, plus la lumière sera concentrée et douce.

 

 

En extérieur : les flashs de studio autonomes et ses accessoires

Il s’agit de flash de type studio, mais capable de fonctionner avec des batteries. Parfois, ils sont allégés en étant scindés en 2 parties, ce qui permet de déporter la partie produisant l’éclair sur une perche par exemple.

Les accessoires sont les mêmes que pour le studio.

Accessoires : bols beauté, boite à lumière carré, boite à lumière stp pour plan américain, des snoots

Accessoires : bols beauté, boîte à lumière carrée, boîte à lumière stp pour plan américain, des snoots

 

 

En extérieur : le soleil, la lune et les éclairages conventionnels

Le soleil éclaire « directement » la terre et donc ceux qui s’y trouvent. La lune éclaire elle par réflexion de la lumière du soleil. Quand à l’éclairage électrique, il est le fait de l’homme. Souvent, le photographe ne pourra pas influer sur eux, mis à part l’éclairage d’une maison.

Le photographe devra donc compenser le manque ou l’excès d’éclairage par le temps d’exposition et la gestion des ISO. Car l’ouverture sera assez contrainte afin d’obtenir la profondeur de champ voulue.

 

 

En extérieur : l’apport des flashs cobra

Les flashs cobra sont de petits flashs que l’on monte directement sur le boîtier. La technologie évoluant, les flashs sont devenus annulaires (autour de l’objectif) ou pilotables à distance (plusieurs flashs déportés pilotés par un boîtier HF placé sur la griffe flash du boîtier.

Ils sont nettement moins puissants que les flashs de studio, mais ils dépannent très efficacement. Certains photographes n’utilisent même qu’eux pour des shootings en extérieur… ou en studio !

Flash cobra Pentax AF 540 FGZ II

Flash cobra Pentax AF 540 FGZ II

 

On laissera de côté le flash intégré au boîtier. Ce dernier est insuffisant en termes de puissance et sa portée utile n’excède pas les 4m. De plus, placé juste au-dessus de l’objectif, il peut créer divers artefacts, dont des ombres portées désagréables. Bref, un outil a éviter, sauf pour déboucher ponctuellement un sujet fortement dans l’ombre.

On pourra utiliser des accessoires très proches de ceux utilisés pour les flashs studio, mais à une échelle plus réduite.

 

 

Quelques conseils

Quand on fait des portraits, très souvent ce sera de profil ou de ¾. Et si on est attentif, on remarquera qu’il y a souvent un des 2 côtés qui est « meilleur » que l’autre. Pour ceux qui se souviennent de lui, le chanteur Julio Iglesias exigeait toujours d’être filmé du même côté. Le photographe devra donc regarder le visage de son modèle avec attention, afin de déterminer quelle partie du visage sera plus susceptible d’être mise en avant.

Le regard est aussi important. Si le modèle lève la tête lors d’une prise de vue, il aura des yeux plus petits qu’ils ne le sont. Surtout si le photographe n’est pas placé dans le même axe. Pour pallier ce défaut et donc agrandir le regard, il suffit de lui faire baisser un peu le menton.

 

 

Le traitement

Les traitements du portrait sont très nombreux. Ils dépendent de la prise de vue et des intentions du photographe. Et souvent ces intentions ont été traduites par le schéma des emplacements lumière choisi initialement (hors lumière naturelle of course).

Les plus connus sont les célèbres high-key et low-key avec des rendus très clairs ou très sombres.

Le high-key est un style d’éclairage qui favorise les hautes lumières. Le principe est d’adoucir, à l’aide de la dominante blanche, les détails d’une personne. Pour ce faire, on utilisera un plan d’éclairage particulier avec souvent 3 sources de lumière. Deux sources vont éclairer le sujet, dont un de face. La troisième source va éclairer le fond, avec plus de puissance que les deux autres. Puis, en Post-Traitement, on pourra soit conserver des détails de peau, soit aller jusqu’à faire disparaître à peu près toute la matière afin de ne conserver que les contours d’un visage, d’une silhouette. Ce choix va dépendre du photographe.

Portrait en high-key

Portrait en high-key (Pentax K-5, 1/125s à f/9, ISO 100, focale 120mm) – © fyve

 

Le low-key va proposer un rendu à l’opposé du high-key dans le but d’apporter un effet plus profond, plus dramatique diront certains. Il s’agit d’amener de la densité, des ombres larges et surtout denses afin de faire ressortir les traits d’un visage. La plupart du temps ce type de photo est réalisé sur des fonds tirant vers le noir et avec peu de lumière.

Le photographe peut aussi opter pour des traitements moins extrêmes, avec comme unique but de faire ressortir le teint et les traits de la personne dont on va tirer le portrait.

 

Maintenant, à vous de jouer.