Le prix de l’occasion photo : voilà bien une question que se posent tous les candidats à l’achat ! Acheter et vendre du matériel photo d’occasion est une pratique très courante qui peut s’expliquer par différentes raisons. Par exemple, et c’est évident, par l’économie financière que cette pratique peut permettre. Ou encore parce que l’on peut vouloir tester à moindre coût tel ou tel matériel, boîtier comme objectif ou accessoire. Ou, plus fréquemment que l’on pourrait le penser, parce que le matériel désiré ne se trouve plus dans les catalogues des fabricants et qu’il faut donc se « replier » sur le marché de l’occasion. C’est tout à fait volontairement que nous mettons des guillemets, car ce « repli » n’est pas obligatoirement un abandon de la volonté d’acheter du neuf.

Et en effet, acheter d’occasion implique pour le moins une partie de réflexion, sérieuse de préférence. Les pièges et chausse-trappes sont nombreux et les éviter chaque fois que possible est bien sûr primordial.

Le prix de l’occasion photo recouvre en réalité un nombre de notions bien plus large que le seul aspect financier des transactions. Essayons d’y voir plus clair.

 

La cote du matériel d’occasion

En matière automobile il existe le célèbre Argus de l’occasion. C’est une référence incontestable en la matière, acceptée comme telle par les différents acteurs, vendeurs, acheteurs, garagistes, assureurs, etc …

En photographie, il n’existe pas d’équivalent aussi net. Les acteurs du marché ont bien tenté de créer cet équivalent, avec plus ou moins de succès. Mais quand nous disons « les acteurs », il faut surtout comprendre « les acteurs professionnels ». Alors bien sûr ils tentent d’imposer leurs principes, leur propre cote, et parfois avec succès, car il faut bien trouver des références.

Il est clair cependant que l’élaboration d’une cote du matériel photo d’occasion est surtout le fait de quelques-uns, et qu’elle répond, avant toute chose, à des visées financières et commerciales. Une même chaîne de magasins utilisant cette cote estimera le matériel de la même façon, partout en France. C’est surtout intéressant, pour l’éventuel acheteur de matériel neuf qui voudrait qu’on lui reprenne un ancien matériel lui permettant ainsi d’abaisser le coût de son projet d’achat. Cela peut rassurer, certes, mais est-on certain de parvenir ainsi à une objectivité totale ? Pas si sûr, n’est-ce pas ?

Notre but n’est pas ici de dénigrer telle ou telle cote. Chacune a ses avantages – et ils sont tous ressemblants, d’une cote à l’autre – mais aussi ses inconvénients. Ainsi, les tarifs affichés par ces cotes, même s’ils sont différenciés selon l’état du matériel, ne peuvent pas prendre en compte toutes les particularités des objets. Et parfois, certains matériels produits en quantités infimes n’y figurent pas. Tout simplement parce qu’ils ne représentent qu’une part encore plus infime des transactions, quelles que soient par ailleurs leurs caractéristiques et leurs performances.

 

Les différentes cotes

Il en existe plusieurs, mais 2 d’entre elles sont particulièrement connues :

On peut y ajouter la cote Images-Photo qui se fonde sur celle de Chasseur d’Images.

Nous l’avons dit : les tarifs qu’elles indiquent s’appliquent principalement (avec leurs modalités particulières) pour les transactions entre vendeurs professionnels et acheteurs. Beaucoup de photographes amateurs souhaitant revendre ou acheter du matériel les considèrent aussi comme étant des références incontournables à utiliser dans chaque cas. Faut-il toujours agir ainsi ? La réponse est suggérée par la question : pas obligatoirement !

 

Comment les utiliser ?

Réponse : avec précautions et surtout pas de manière brutale.

Avec précautions

Parce que le matériel que l’on veut vendre ou acheter d’occasion doit être absolument, de façon incontestable, celui qui est visé par la cote. Il ne peut pas exister d’approximation, au risque d’appliquer de façon erronée un tarif qui correspond à un autre objet.

Pas de manière brutale

Considérés bruts, dans un barème qui ne différencie que sommairement l’état supposé du matériel (« moyen », « normal », « exceptionnel », ou qualificatifs similaires), les tarifs n’indiquent pas qu’ils seront amputés en réalité d’un certain pourcentage représentant les taxes et… la marge du repreneur professionnel. Pour les taxes cela se comprend généralement assez bien. Il n’en va pas toujours de même s’agissant de la marge du professionnel. Pourtant, cette activité de reprise du matériel est coûteuse pour un professionnel. Tout appareil ou objectif repris va faire l’objet d’un nettoyage, d’un stockage en attendant la revente et, selon les enseignes, se verra accorder une garantie.

Ainsi considérée et appliquée, cette marge paraît moins « scandaleuse ». Il faut en prendre conscience et l’accepter. Si ce n’est pas possible, alors il sera préférable de renoncer et de se tourner vers des solutions alternatives. C’est-à-dire conserver son matériel, le donner à un tiers, ou l’évaluer soi-même pour le vendre entre particuliers. Mais, que soit pour la vente ou pour l’achat, ce n’est pas aussi simple qu’il y parait, comme nous allons le voir.

 

Évaluer son matériel

À ce stade, beaucoup de questions se posent, bien des situations différentes se rencontrent, rendant l’opération d’évaluation peu simple à réaliser.

Convenons, dans un premier temps, que vendeurs et acheteurs ne poursuivent pas les mêmes buts. Le vendeur veut vendre le plus cher possible, l’acheteur veut acheter le moins cher possible. Cela se traduit parfois par une sorte de jeu de « poker menteur ». Disons-le tout net : aucun des 2 protagonistes agissant ainsi ne possède la bonne méthode, en tous cas la méthode la plus honnête et la plus objective.

 

La démarche du vendeur

Généralement, le vendeur se fait une idée précise du prix du matériel qu’il veut vendre. Mais il n’a que beaucoup plus rarement une idée de sa valeur réelle. Prix et valeur ne sont pas, en effet, des notions parfaitement identiques.

Dans le prix, le vendeur inclut bien souvent des notions très subjectives. Sa « cote » n’est alors non pas une valeur objective, mais bien plus une cote d’amour. Dont l’acheteur éventuel n’a évidemment que faire dans la plupart des cas. La sincérité du vendeur, si elle n’est pas à mettre en cause a priori, devrait toutefois l’inciter à faire abstraction de ces notions « affectives ». Certains vendeurs en ont conscience, d’autres pas, ou beaucoup moins !

Évaluer le matériel dont on souhaite se séparer n’est pas obligatoirement chose facile quand on veut faire preuve d’objectivité.

 

Comment procéder ?

Consulter les cotes disponibles

C’est évidemment un moyen d’approche. Non pas pour connaître la valeur intrinsèque de l’objet, mais plutôt pour obtenir une base de départ. Encore une fois, ce n’est pas une base incontestable, mais une première approximation qui comporte des limites. Pour les objets très répandus, on peut estimer que la valeur de la cote tient compte du marché, sans pour autant en avoir la certitude. Pour les objets rares, en revanche, on risque de ne pas trouver de cote pour l’objet, voire, si elle existe, obtenir une valeur estimée par l’auteur de la cote en fonction de critères sans doute moins objectifs. En pratique, cela ne servira donc pas à grand-chose. Et pour les matériels de collection, on ne les trouve généralement pas sur ces cotes.

 

Consulter les forums et les sites spécialisés d’annonces ou d’enchères

C’est aussi un moyen intéressant pour fixer un prix. Les forums regorgent souvent d’annonces de ventes. Mais évidemment, on n’y trouve pas obligatoirement le même matériel que celui qu’on envisage soi-même de vendre. Dès lors, la consultation de sites d’annonces ou d’enchères peut offrir une base plus large pour les recherches.

Pour autant, les prix que l’on y rencontre doivent inciter à la prudence : certains vendeurs ne sont pas pétris de scrupules et annoncent des prix démesurés, en décalage total avec le marché. D’autres annoncent des prix si bas que l’on est en droit de se poser des questions sur l’origine du matériel : sur ces sites, les arnaques, même si elles ne constituent qu’une infime partie des annonces, doivent inciter à la clairvoyance pour qui veut vendre du matériel (le prix n’est pas toujours signifiant) et… à la prudence pour l’acheteur.

Quand, par exemple, on voit une annonce de vente pour 1000€ d’un boîtier K-10D avec son objectif standard et qu’on sait, dans le même temps, qu’un K-70 neuf, plus récent et bien plus performant, est vendu autour de 600€, on peut estimer à juste titre que le prix du K-10D est déraisonnable.

 

Apporter des corrections à la cote…

Si réellement l’objet est dans un état différent de ceux envisagés par les cotes disponibles, il est impératif d’en tenir compte, que ce soit en moins ou en plus. Un objet dans un état neuf (si, si ! ça existe !!), parce que très peu utilisé, voire pas du tout, justifie une élévation de prix par rapport à la cote. Inversement, si l’état est mauvais (nous exagérons à dessein…), baisser drastiquement le prix de la cote la plus basse est assez normal ! À chacun de s’arranger avec sa conscience pour le montant de la diminution ! Sur ces points cependant, nos lecteurs doivent avoir conscience que cette manière de procéder ne peut en pratique concerner que les vendeurs individuels : un professionnel s’en tiendra soit à la cote disponible ou admise, soit à sa pratique commerciale. Il est alors important de se renseigner sur le prix d’un modèle similaire neuf. Le professionnel corrigera éventuellement le prix de l’objet d’occasion trop cher. Il sait qu’il n’est en effet pas possible de vendre du matériel âgé ou déjà utilisé à un prix égal ou supérieur à celui du matériel similaire neuf.

…et rester vigilant

Souvent, sur certains sites d’annonces, voire d’enchères, on voit d’étranges propositions de particuliers. Sans la moindre retenue, ces annonces affichent des prix de vente sans commune mesure avec ce qu’on pourrait appeler du « réalisme ». La vigilance et un peu de bon sens commandent de ne pas donner suite à ces annonces, sauf cas particulier : s’il s’agit d’un objet « collector ».

Il ne faut cependant pas oublier que tout vendeur, même professionnel a pour objectif de… vendre et par conséquent le prix demandé pour l’objet ne peut pas sortir des « zones raisonnables », du moins pour les valeurs hautes. Car, pour un prix inférieur à la cote, ce n’est pas le prix qu’il faudra expliquer, mais plutôt le « pourquoi » de ce prix ! C’est vrai aussi pour les particuliers : un prix trop élevé par rapport à la cote ne permettra pas, dans la plupart des cas, une vente rapide de l’objet. Un prix trop bas entraînera inévitablement des doutes, des questionnements.

 

En pratique, pour le vendeur occasionnel

Après s’être fait une idée en utilisant les différents moyens ci-dessus, il faut examiner attentivement son matériel. Et se montrer impitoyable et donc, objectif ! Toute trace de choc entraînera une décote de l’objet. C’est tout aussi vrai pour les rayures (boîtiers comme optiques), qu’elles aient ou non une influence sur les images produites.

 

Les boîtiers

S’agissant des boîtiers, le nombre de déclenchements est un critère à prendre en considération. Pas de façon stricte et uniforme, mais plutôt en fonction des données du constructeur. Il indique la plupart du temps le nombre de déclenchements prévus pour l’obturateur, différent selon les gammes de boîtiers. Encore une fois, l’appréciation ne peut pas être automatique ou mathématique. Un boîtier avec peu de déclenchements, mais qui aura subi des dommages sera, normalement, moins bien coté qu’un autre ayant un peu plus de déclenchements que la moyenne, mais dans un état impeccable.

Bien sûr, ce n’est pas le plus facile à apprécier, mais c’est indispensable pour aboutir à un prix final réaliste et acceptable par un éventuel acheteur.

 

Les objectifs

Là encore, il faut avoir une idée extrêmement précise de l’état de l’objet afin d’aboutir à un prix juste. Toute trace de choc doit être considérée, toute rayure sur les lentilles aussi. Et il en va de même pour les poussières internes et les éventuels champignons qui, parfois, prolifèrent sur certains objectifs anciens. Ce qui peut apparaître comme négligeable par le vendeur (par exemple des rayures sans incidence sur les photos) peut apparaître comme rédhibitoire pour l’acheteur éventuel. Qui aimerait acheter un objectif rayé ? Le prix demandé doit absolument tenir compte de ces « défauts ». Ajoutons que l’honnêteté commande évidemment de ne pas les cacher à l’acheteur, surtout s’il est à distance.

Un exemple en images

Pentax FA 28-80mm f/3.5-4.7

Pentax FA 28-80mm f/3.5-4.7

Dans cette image, l’objectif Pentax FA 28-80mm, qui est loin d’être un foudre de guerre en termes de qualité optique, a une présentation plutôt flatteuse qui semble démontrer un état impeccable… (Bon, avouons que l’esthétique des objectifs de l’époque n’a plus cours aujourd’hui, et on ne la regrettera pas !)

Pentax FA 28-80mm f/3.5-4.7 - Face cachée

Pentax FA 28-80mm f/3.5-4.7 – Face cachée

Moins d’un quart de tour et voici son état réel, la « face cachée » en quelque sorte :

On constate que le bouton « switch » du power-zoom (présent sur la photo suivante d’un FA 28-105mm de la même génération) a disparu. Évidemment, dans cet état, l’objectif est quasiment invendable, ou alors à un prix nettement inférieur à la cote ou à l’estimation « normale ».

Pentax FA 28-105mm f/4-5.6 Power Zoom

Pentax FA 28-105mm f/4-5.6 Power Zoom

 

La démarche de l’acheteur

Selon son degré de volonté d’acquérir le matériel qu’il ambitionne, son attitude sera très différente. En premier lieu, bien sûr, il va regarder le prix de l’objet. Parfois, il ne regardera rien d’autre… et ce sera une erreur ! C’est pourquoi il est important que l’acheteur se renseigne afin d’atteindre une première approximation du prix possible de l’objet. Des sources de renseignements multiples (voir ci-avant) lui permettront d’affiner son évaluation.

Si cet acheteur veut absolument l’objet en question, quelles que soient les raisons subjectives de sa volonté d’achat, il risque les pires déconvenues. Il paiera peut-être un prix trop élevé eu égard à la valeur de l’objet et éventuellement à son état. Déception garantie à court terme !

Si, au contraire, il fait preuve de discernement, alors c’est un bon moyen pour aller vers une transaction équitable pour les deux parties. Mais qui dit « discernement » dit aussi examen attentif de l’objet. Nous y reviendrons.

 

Acheter à distance

Lorsque l’on envisage d’acheter au travers de petites annonces ou de sites spécialisés, il convient de se faire une idée précise de l’objet. Généralement, les sites spécialisés dans la vente de matériel d’occasion jouent franc-jeu et décrivent précisément les objets tels qu’ils sont. L’utilisation des références commerciales exactes y aide grandement. Le prix demandé correspond généralement à l’état de l’objet en question. L’acheteur éventuel peut donc être raisonnablement confiant.

Pour des annonces de particuliers, cela peut être très différent et il faut se montrer très prudent. Tout prix trop bas doit être vu comme suspect. Tout prix manifestement trop élevé doit être regardé avec dédain. Mais comment savoir que le prix – trop bas ou trop élevé – ne correspond pas à un prix juste ? Tout simplement en mettant en œuvre les mêmes méthodes d’évaluation que le vendeur. L’acheteur n’est pas exonéré de cette nécessité, dans son propre intérêt. Bien sûr, il ne voit pas physiquement l’objet, mais il peut en demander des photos, aussi précises que possible : le vendeur honnête ne les lui refusera pas. Ainsi il pourra se faire une idée plus nette.

 

Acheter « en direct »

On entend par là acheter avec un contact réel (et non à distance) avec le vendeur et, par conséquent, avec l’objet convoité.

Dans ce cas, un examen attentif de l’objet, avant achat, permettra de confirmer (ou non) son évaluation approximative. Mais alors on ne pourra pas évoquer la tromperie : si acheter à distance les yeux fermés est une grossière erreur, le faire « en direct » est une faute impardonnable.

Après, il est évident que d’autres considérations peuvent entrer en jeu et faire varier cette évaluation. C’est un peu la règle du jeu dans un monde où les prix sont libres, même s’ils sont parfois « conseillés » voire imposés. On peut toujours refuser d’acheter en raison d’un prix trop élevé. Mais on peut aussi toujours refuser de vendre au « vil prix » que souhaiterait l’acheteur éventuel.

 

En fin de compte

Il n’existe pas de barème intangible des prix du matériel photo d’occasion. Et c’est une bonne chose ! Si telle ou telle cote pratiquée par les professionnels ne donne pas satisfaction, rien n’interdit de s’en affranchir en vendant le matériel à un particulier. Il faudra juste trouver le « candidat » prêt à payer le prix demandé. C’est souvent une affaire de négociation. Et lorsque, sur un objet donné, l’évaluation du vendeur correspond peu ou prou à celle de l’acquéreur, ou que la négociation a permis de se mettre d’accord sur un prix, on peut légitimement en conclure que le prix ainsi établi n’est pas très éloigné d’une réalité admissible par tous. C’est le bon prix de l’objet, même s’il n’est valable que pour l’exemplaire en question et pas obligatoirement pour tous les autres exemplaires du même objet.

Reconnaissons cependant que la possibilité de reprise de matériel par un professionnel, sous une cote certes parfois peu satisfaisante, peut aussi se révéler confortable (pas de risque de contestation après la transaction). Et cela permet aussi de diminuer le prix d’un matériel neuf acheté « dans la foulée ».