Le recadrage : pour ou contre, pourquoi, comment ?

En photographie numérique, le recadrage d’une photo ne demande pas beaucoup de technicité. Tous les logiciels de post-traitement le permettent facilement. Même certains logiciels « légers » en termes de fonctionnalités s’avèrent aptes faire ce « travail ».

Cette facilité amène par conséquent à se poser une question principale : à quoi sert le recadrage ? D’autres questions, découlant de celle-ci, pourront aussi se poser.

Avis aux lectrices et lecteurs : de nombreuses photos de ce dossier ont été recadrées. Heureusement, sinon je n’aurais pas eu de quoi illustrer mes propos !

Avant le recadrage était le cadrage

Tout photographe (au sens de « personne qui fait des photos soit par plaisir soit parce que c’est son métier ») sait d’emblée, même sans formation particulière, qu’il faut correctement présenter son sujet. Certains n’y parviennent pas toujours et les sujets coupés sont légion ! Pas très grave, en numérique : on jette, même si ce n’est pas très sain écologiquement et économiquement ! Il en allait autrement en argentique : aucun cliché mal cadré ne pouvait trouver une place décente dans un album familial ou une collection digne de ce nom. Et encore moins dans un dossier de presse (pressbook pour les franglicistes). La perte était donc plus importante.

Le cadrage est étroitement lié au support de l’image (pellicule ou capteur). Mais cadrage et composition sont évidemment liés aussi. Si la composition d’une image c’est (principalement) ce qu’on met dans cette image, le cadrage, lui, exprime COMMENT on le met. C’est un choix essentiellement artistique. Beaucoup de grands photographes du passé recadraient leurs photos sous l’agrandisseur. D’autres se refusaient à le faire. C’était, notamment, le cas d’Henri Cartier-Bresson, qui disait : : «  il est très rare qu’une composition faible à la prise de vue puisse être sauvée par une recomposition ». Du reste, il faisait tirer ses images avec un liseré noir pour bien indiquer qu’elles n’étaient pas recadrées.

Une célèbre photo d’Henri Cartier-Bresson

 

On peut le croire sur parole, mais on peut aussi observer que « très rare » ne veut pas dire « jamais ». Et, pour tout dire, qu’est-ce qu’une photo : l’image que l’on a cadrée dans le viseur (électronique ou pas !) ou celle que l’on veut montrer ? Vaste débat ! D’autant qu’aujourd’hui, en numérique, les viseurs en montrent parfois moins que ce que voit l’œil dans la réalité.

Bien cadrer

Avant de déclencher

Clairement, un bon cadrage dès la prise de vue est à privilégier dans tous les cas ou presque. « Presque » parce que parfois il est très difficile d’obtenir ce que l’on souhaite dès la prise de vue.

S’habituer à bien cadrer dès la prise de vue implique de respecter une certaine rigueur sans laquelle il est difficile de progresser. C’est du reste ce que l’on faisait quand, en argentique, on pratiquait en diapo et non en négatif. Il était difficile, voire impossible, de demander un recadrage de diapo. Mais aujourd’hui, si l’on se dit : « je ferai cela en post-traitement », alors c’est s’autoriser à faire tout et n’importe quoi, bref à ce comporter en simple « presse-bouton ».

On ne refera pas ici tous les articles déjà écrits sur ces sujets. Cependant, s’il est important de savoir de quoi on parle avant de décider si on doit recadrer une photo et comment on peut le faire, il est encore plus important de bien cadrer dès la prise de vue. En tous cas, le mieux possible.

Un bon cadrage

Un bon cadrage vise, avant tout, à mettre le sujet en valeur. Ce sujet, ce n’est pas obligatoirement et seulement un individu, un objet, un animal, un végétal, ou que sais-je encore ! C’est aussi, surtout en photo de rue – mais pas seulement – une scène, un ensemble d’objets et/ou de personnes, etc. Et c’est là que se situe la difficulté d’un cadrage réussi : l’art de combiner tous les éléments de la scène afin d’en faire un ensemble logique, harmonieux et plaisant. Bien entendu en les intégrant dans leur environnement.

Facile à dire… moins facile à réaliser : ici interviennent le temps dont on dispose, l’angle de champ, la position des personnages, bref une foule d’éléments à gérer, tous en même temps.

On comprend mieux, dès lors, que l’on n’y parvienne pas toujours et que puisse venir à l’esprit l’idée d’un possible recadrage. Mais après avoir pris la photo, bien sûr !

Notons cependant que souvent les viseurs de nos APN proposent des repères visuels (règle des tiers par exemple) pouvant faciliter le cadrage.

Recadrage : le contre et le pour

Le contre

Fixons d’abord quelques éléments qui concourent à éviter un recadrage.

  • La rigueur de cadrage et composition dont tout photographe devrait faire preuve, surtout avant de déclencher. Nous en sommes bien d’accord. Toutefois, entre faire du recadrage une attitude systématique et chercher à « sauver » un élément d’une photo pas très réussie, mais à laquelle on tient, pour diverses raisons, il y a tout un monde. Et si je garde la photo recadrée pour mon usage personnel et non pour l’exposer, je ne trompe personne d’autre… que moi ! J’assume !
  • La perte de pixels. Couper dans une image numérique, c’est bien sûr lui ôter une partie plus ou moins importante de sa « substance » : une image en 7360×4912 pixels soit en tout 36 152 320 pixels (cas du plein format Pentax) à laquelle on enlève une partie, comportera bien évidemment moins de pixels à l’arrivée ! Est-ce un inconvénient ? Oui et non, cela dépend de l’usage auquel on la destine. Si c’est pour de l’impression grand format, il est certain que la perte sera préjudiciable. Mais pour la présenter dans un article de PentaxKlub, cela n’aura strictement aucune importance. L’avantage, au contraire, c’est qu’une image recadrée et/ou redimensionnée s’affichera bien plus vite et occupera moins de place sur les serveurs.

En argentique, le phénomène était accentué par le fait de la répartition hétérogène des grains : certains endroits pouvaient en contenir plus que d’autres. Ce n’est pas le cas en numérique où les pixels sont uniformément répartis. Toutefois, les progrès technologiques font qu’une image numérique, pourvu qu’elle comporte une quantité suffisante de pixels (i.e. 16 Mpx), pourra être imprimée dans des formats respectables.

  • Un risque de dénaturation du sujet. Si l’on veut couper une partie d’une image, il faut veiller à ne pas en entraver ensuite la lecture par la suppression inopportune d’un élément concourant à cette lecture. Et veiller aussi à ce que la composition reste harmonieuse. Ce n’est pas parce qu’on recadre une photo qu’il faudrait faire fi des règles habituelles (règle des tiers, nombre d’or, spirale d’or ou la suite de Fibonacci. En pratique, on sait bien ce qu’il en est : souvent, on oublie !

Le pour

  • Recadrer permet d’éliminer des objets indésirables, sous la réserve exprimée ci-avant. Rappel : si on peut le faire AVANT la prise de vue, ce n’est que mieux !

(ci-dessous, des photos du Monastère des Hiéronymites à Lisbonne)

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Le ciel en haut de l’image et le sol en bas n’apportent rien : le recadrage les élimine avec un tracé légèrement différent de celui présenté.
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Après recadrage

On peut aussi, compte tenu de la forme du monument (toute en longueur), envisager un recadrage en format panoramique :

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simple essai en panoramique
  • Le recadrage permet parfois d’éliminer ou de rattraper des erreurs de composition ou… de cadrage
  • Le recadrage peut permettre une meilleure mise en valeur du sujet : si on élimine des éléments autour de lui qui peuvent détourner l’attention, alors il est évident que celle-ci peut mieux se concentrer sur le sujet principal. Encore une fois, pour autant que cela ne se fasse pas au détriment de la lecture de l’image. Cela arrive, notamment, quand on prend une photo alors que l’objectif adapté n’est pas monté sur le boîtier. On est amené à cropper pour isoler l’élément intéressant. Évidemment, et on le comprend, cette façon de faire est absolument proscrite par les puristes : « si tu n’as pas le bon objectif, tu ne fais pas la photo ! ». Un peu péremptoire, de mon point de vue, surtout si l’on s’apprête à saisir une situation peu fréquemment rencontrée.
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Photo initiale : la partie droite concurrence (mal) la partie gauche
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En recadrant en carré, l’accent est mis sur l’attitude similaire des 2 flamants. Un recadrage en portrait était aussi envisageable.

Ci-dessus : on met en valeur le sujet par un recadrage en carré supprimant les parties inutiles (flamants coupés et flous à droite) et en conservant une diagonale passant par les pattes et les têtes des flamants.

On peut même prévoir un recadrage en cercle beaucoup moins conventionnel et donc, il faut bien le dire, rarement utilisé :

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Recadrage en cercle

 

  • L’élimination, par recadrage, d’éléments superflus améliore de fait la lisibilité de la scène. Combien de fois a-t-on inclus sur sa photo des éléments indésirables que l’on n’avait pas remarqués à la prise de vue ? C’est chose courante, mais qui mérite parfois une correction, surtout si la photo est bonne par ailleurs, ou unique dans son sujet.
  • Pour changer de format. La plupart du temps, il est préférable de garder le format de la photo d’origine. Si on a composé et cadré une scène en format 3/2 (rectangle, donc), il vaut mieux la garder dans ce format. Pour ne pas changer les règles que l’on s’est fixées avant de déclencher. Parfois, cependant, ce n’est pas possible. Recadrer en format carré peut être une bonne solution (voir aussi ce sujet).

Comment recadrer

Recadrer consiste toujours à amputer l’image d’origine d’une partie de sa substance, par suppression d’éléments ou de parties d’éléments.

Le format de l’image

Dans la mesure du possible, comme nous venons de le voir, il est préférable de conserver le format d’origine. Si on en change, cela contraint, bien sûr, à changer la composition d’origine : si on avait choisi d’incorporer « dans le cadre » un certain nombre d’objets, les retirer conduit inévitablement à une nouvelle composition. Si on garde les mêmes proportions, cela veut dire aussi un changement de composition : les objets ne sont plus à la même place. Dès lors, on peut s’interroger sur l’opportunité de la photo d’origine !

Quelles opérations sont du recadrage

Tout ce qui touche à la géométrie de l’image, à ses proportions, à ses dimensions constitue une opération de recadrage.

Une retouche de l’horizon, même minime, est elle-même une opération de recadrage. Légère, peut-être, mais absolument indispensable quand l’horizon penche, elle n’en est pas moins réelle. Rien n’est plus désagréable en effet qu’un horizon qui penche. En revanche, sauf cas extrêmes (et on ne voit guère lesquels), cette retouche n’entraînera pas un changement radical de composition. Alors il est préférable, par exemple, de ne pas laisser des étendues d’eau « en pente ». Cela ne servirait à rien pour d’éventuels skieurs… nautiques !

Le recadrage en macro

Voilà bien un domaine sujet à controverse.

En macro pure, c’est-à-dire au rapport de grandissement de 1 pour 1, il est bien difficile souvent de recadrer : généralement, le sujet occupe toute la place sur le capteur et, sauf à l’amputer lui-même, il ne reste aucun espace à supprimer pour recadrer.

En revanche, c’est une pratique relativement courante en proxiphotographie, abusivement appelée macro. Là, à la prise de vue, et surtout si le sujet est petit, on a la fâcheuse tendance à le photographier en le plaçant « plein centre » dans le viseur. Cela se comprend : le collimateur central, y compris quand on opère en MaP manuelle avec assistance, est le plus sensible et le plus précis. Et c’est bien souvent le seul utilisé pour la mise au point. Une telle composition serait banale et, surtout, dans la plupart des cas, « noierait » le sujet dans un environnement peu intéressant. Aussi, décentrer le sujet à la prise de vue s’avère osé, voire présomptueux, tant la profondeur de champ est réduite.

Recadrer devient dès lors le seul moyen de « sauver » la prise de vue.

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Le végétal à droite gâche un peu le reste de l’image…
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… mais on peut l’éliminer en recadrant tout en ajoutant une sorte de diagonale

Le recadrage en architecture

Les difficultés

Dans ce domaine, les difficultés de cadrage sont dues au fait qu’un humain au pied d’une tour de 40 étages (et même bien moins) ne pourra pas cadrer convenablement avec un objectif standard.

De nos jours, il n’existe plus chez notre constructeur préféré d’objectifs « SHIFT » (décentrement) et encore moins « TILT-SHIFT » (bascule et décentrement). Le dernier en date, à notre connaissance, est le SMC Pentax 28 mm F3.5 Shift, construit de 1975 à 2004.

Chez les opticiens indépendants, rien non plus, du moins dans la même monture. Ils auraient permis de shooter dès le départ en corrigeant les problèmes de fuyantes. Il y a quelques années, on trouvait encore ce genre de matériel, même, semble-t-il, en monture K,  fabriqué en Ukraine. Impossible de savoir s’il existe toujours. Dans l’affirmative, il serait difficile à importer de nos jours. Il a aussi existé un Samyang 24 mm TS f/3.5 ED : il a cessé d’être produit en monture K.

Si l’on veut avoir sur la photo la majeure partie de la tour évoquée ci-avant, pas d’autre solution, dès lors, qu’un objectif ultra-grand angle (UGA). Bien entendu, en acceptant les déformations qu’il génère. On pourrait sinon imaginer des prises de vues multiples à différentes hauteurs, à l’aide d’un drone, ou d’un hélicoptère, ou encore en se positionnant à différents étages d’un immeuble à proximité. Autrement dit, impossible dans la réalité.

Une solution

Une solution consiste, quand c’est possible, à ne pas s’approcher trop près de l’immeuble à photographier et surtout à ne pas chercher de « gros plans ». Ainsi, en acceptant qu’il n’occupe pas une place trop importante sur la photo, on peut laisser beaucoup d’espace autour de lui. Et c’est cet espace qui va servir au recadrage par redressement des perspectives et correction des distorsions. Le supprimer ainsi permettra de ne garder que l’essentiel, plus ou moins correctement redressé avec des fuyantes moins prononcées.

Ce redressement des perspectives correspond bien évidemment à un recadrage important. C’est ce qui a été évoqué dans ce sujet avec des exemples sur des vitraux. Pour que cela ait un sens, il faut que la correction frise la perfection. Cela implique une connaissance approfondie des outils qui permettent ce travail, en même temps qu’un soin extrême dans la façon de procéder.

Mais, avouons-le, ce n’est pas idéal et, le plus souvent, le résultat ne sera pas parfait. À moins d’être un post-traiteur de génie : il doit bien en exister ?

Pour terminer

En photo numérique, le post-traitement est une étape indispensable et très importante dans la production d’images aussi qualitatives que possible. On peut ainsi agir sur la lumière, le contraste, les couleurs, leur saturation et leur vivacité, et bien d’autres choses qui ne changent rien au format géométrique de la photo.

Mais il ne faudrait pas en déduire que tout post-traitement implique un recadrage, loin s’en faut. Un recadrage, c’est ce qui touche, de près ou de loin, à la géométrie d’une image. Ce qui n’est pas sans influence sur la composition de départ. Il doit rester aussi exceptionnel que possible, surtout si l’on espère exposer ses images à la manière des grands photographes du passé. Dans la vie de tous les jours, en revanche… c’est comme on veut, mais toujours aussi peu que possible et avec légèreté.

Cela étant, il faut bien se dire que chacun a son avis sur tout cliché. Sur son éventuel recadrage aussi. C’est à l’auteur de la photo qu’il appartient de recadrer, s’il le juge indispensable, mais seulement en fonction de sa vision personnelle et non pas de celle de tout autre lecteur de l’image en question.

D’autres recadrages :

pkb_recadrage
Cadrage très perfectible !
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Un premier recadrage favorisant la partie « ciel » et plaçant le voilier sur un point de tiers. Avec un changement de format vertical / horizontal.
pkb_recadrage
Élimination des installations industrielles en conservant le format vertical d’origine

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