Le reportage photographique

Même si rien n’interdit de baptiser « reportage photographique » tout dossier comportant un exposé écrit et des images sur un sujet déterminé, le reportage n’est sans doute pas la discipline photographique la plus répandue chez les amateurs de photo.

De quoi retourne-t-il dans la pratique ? Qu’est ce qui peut constituer un reportage et dans quel domaine ? Comment y parvenir et avec quels moyens ? Autant de questions à se poser et … de réponses à trouver ! Si c’est possible.

Caractéristiques du reportage photographique

La première phrase ci-dessus pourrait constituer une définition de ce qu’est un reportage photo. Mais il ne suffit pas de la dire ou de l’écrire pour s’en satisfaire.

Quels types de reportages ?

Tout évènement susceptible d’intéresser une partie de nos semblables  peut constituer un reportage. Ceci étant posé, on se rend bien compte qu’on ne fait pas un reportage pour soi-même. « Reporter » [prononcer « reporté »] implique une transmission à d’autres. Alors que « reporter », mot anglais, approximativement prononcé « reporterre » avec un très mauvais accent, est la profession (ou le travail ponctuel) de celle ou celui qui reporte. Mais les mots doivent être bien compris : c’est « reporter » au sens d’apporter des informations et non de différer quoi que ce soit. On pourrait aussi dire « rapporter » des informations, sans crainte pour autant de passer pour un « rapporteur ». D’ailleurs, ne devrait-on pas dire plutôt « reporteur » , mot existant et qui, lui, est bien du français et non du franglais ? Bon, j’aime bien jouer avec les mots, et nos lecteurs s’en sont probablement déjà rendus compte. Mais hélas je suis loin d’atteindre le niveau du regretté Raymond Devos.

Pour ma part, je suis un tenant résolu de la défense de la langue française. Aussi, chaque fois que possible en tous cas, je ne parlerai que de « reporteur » ou « reporteur-photographe »,bien que ce groupe de mots ne soit pas reconnu ainsi orthographié par les dictionnaires. Ou encore de « photo-reportage » ou de « reportage photo »pour nommer la pratique.

Ceci posé, quels sont les domaines accessibles au photo-reportage ? Tout sujet ou presque ! Parmi eux :

Les plaquettes publicitaires

Elles peuvent constituer des « mini-reportages » pour mettre en valeur un produit. Des images suggestives, accompagnées du texte « qui va bien » pour vanter le produit. Ricoh n’y échappe pas :

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Extrait d’une plaquette publicitaire de Ricoh
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Autre extrait d’une plaquette publicitaire de Ricoh

On notera, au passage, qu’il s’agit toujours du même personnage dans différentes situations.

La photo de mariage

Dans ce domaine, le reporteur-photographe n’aura pas la même vision de l’évènement que le photographe de mariage. Ce dernier a généralement des « obligations » vis-à-vis des mariés que n’aura pas, en principe, le reporteur-photographe. Par exemple l’échange des anneaux, s’il y a lieu, ou les aspects particuliers de la cérémonie particulièrement s’il s’agit d’une cérémonie religieuse. Dès lors, ce reporteur-photographe d’un mariage de célébrités, agissant pour le compte d’un magazine ou d’autres media, prendra des images différentes de celles du photographe « officiel ». Les buts sont totalement différents ! Son action se rapprochera davantage de la photo-témoignage, toutefois avec un but d’information, quelle qu’en soit la forme (éventuellement dans le stype « paparazzi » !)

La photo de paysage

Le reportage photo sur le paysage oblige à choisir avec soin le sujet. Il oblige aussi à s’assurer qu’il offre suffisamment de « matière » pour justifier. Quoi de plus banal qu’une longue plage de sable n’offrant aucune particularité ? Il serait à notre sens difficile d’en tirer des photos très originales si elle-même ne présente aucune originalité. Il oblige aussi, après avoir choisi le paysage, d’en prendre des images sous des angles originaux ou inattendus. On sombrerait dans une affligeante banalité et un total désintérêt si l’on présentait les images de « Monsieur tout le monde ».

La photo de guerre

Lorsque l’on parle de reporteur-photographe, ou de photojournaliste, terme équivalent, on pense souvent aux correspondants de guerre qui, malheureusement, ne manquent jamais de « matière première » pour ces sujets.

On comprend donc que ce domaine est l’apanage de professionnels, envoyés sur place par des journaux ou des magazines. On notera en effet que les média audio-visuels sont de nos jours demandeurs d’images animées plus que d’images fixes. Ce qui, du reste, n’interdit pas de faire les deux ! On y reviendra plus loin.

La photo d’évènements particuliers

Dans ce domaine, on toutes sortes d’évènements : par exemple des catastrophes naturelles, des accidents ferroviaires, ou, plus joyeusement, diverses manifestations culturelles (ou pas), fêtes, etc. Il serait fastidieux de tenter d’élaborer une liste exhaustive tant règne ici la diversité.

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Manifestation à Paris
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Autre vue d’une manifestation parisienne
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Inondations à Paris en juin 2016

 

Les buts du reportage

Comme il est précisé au début de cet article, on ne fait généralement pas un reportage photo pour soi-même. Le but véritable est tout de même d’informer le plus grand nombre possible de personnes qui ne vivent pas les mêmes moments que le reporteur-photographe et les « acteurs » auxquels il s’intéresse.

Mais chacun sait que « l’information » peut revêtir des formes diverses : elle n’est pas toujours totalement objective ni désintéressée. Certains reporteurs-photographes peuvent parfois prendre des libertés avec la vérité intrinsèque, et ne montrer, par exemple, que certains aspects de ce qu’ils voient. Et cela, pour des raisons très diverses, qu’elles soient politiques, philosophiques, sociales, etc. On pourrait trouver des centaines d’exemples illustrant ces propos, mais ce n’est pas notre but : ici, le seul mot important est « Information ».

Les règles du reportage photo

Si l’on édictait des règles strictes, tous les reportages photo se ressembleraient et cela provoquerait un ennui certain et finalement un total désintérêt chez les lecteurs.

Il est cependant nécessaire que le reportage photo en question comporte suffisamment d’images et de texte venant expliciter ces images ou d’autres éléments d’information non illustrés par des photos.

De plus, si, pour certains sujets, une totale objectivité doit être de mise (du moins c’est notre avis !), il peut aussi arriver que le reporteur veuille faire passer des messages dans son reportage. Dans ce cas, photos et texte doivent obligatoirement être en phase avec cette attitude. C’est une question de cohérence. Par exemple, l’attitude ou la position d’une personne que l’on photographie n’aura pas la même signification selon la manière dont elle sera photographiée. Ceci n’est toutefois pas propre au reportage photo. On peut aussi l’observer dans d’autres domaines (portrait, …)

Que peut-on photographier en reportage ?

A propos de tout autre chose, un humoriste des années 1950/1960 faisait répondre à un personnage de son sketch : « ça dépend … ! ». Eh bien il en va de même ici. Toutefois, cette question (essentielle) a déjà fait l’objet d’articles sur PentaxKlub, en 2016, 2017 et 2020, auxquels le lecteur pourra se… reporter (!) utilement. On se bornera ici à rappeler que cette question est, depuis quelques semaines, l’objet de controverses et des textes nouveaux seront bientôt à considérer : il s’agit de la proposition de loi sur la sécurité globale dont, notamment, l’article 24 est fortement controversé.

On pourra aussi consulter à ce sujet le blog constamment tenu à jour et les ouvrages de l’avocate-photographe Joëlle Verbrugge. Des mines d’or irremplaçables !

Reportage photo et série photo

A priori, il s’agit de deux choses totalement différentes.

Dans une série photo, l’important est de respecter une cohérence esthétique (par exemple de couleur) que l’on choisit de traiter de façon personnelle. Toutes les images de la série doivent avoir ce « dénominateur commun ». Elles ne sont pas obligatoirement en nombre important.

Dans le reportage photo, l’esthétique n’a pas de nécessité à être identique d’une image à une autre. En théorie (mais en théorie seulement) le point de vue personnel du reporteur-photographe n’a pas à être exprimé. Surtout s’il agit sur commande. Toutefois, comme il est dit plus haut, il arrive que l’on « oriente » le reportage. Les images doivent être suffisamment nombreuses (et fortes) pour bien rendre compte de l’évènement ou du sujet que l’on « photo-reporte ». Pour autant, si leur force n’est pas évidente, il faut, pour le moins, qu’elles illustrent la réalité dont on rend compte.

Déroulement d’un reportage

Avant

Préparation du sujet

Comme dans bien d’autres domaines, il est bon de préparer son sujet. Se documenter sur tout (lieu, moyens de transports, etc.) est primordial pour que cela ne devienne pas une préoccupation majeure une fois sur les lieux.

Il est bon que le sujet soit précisément défini et qu’une ébauche de traitement soit préparée. Même si, parfois, il pourra arriver qu’on ne respecte pas les plans initialement mis au point et qu’on se laisse aller à une certaine improvisation. En effet, on ne maîtrise pas tout ce qui peut se passer quand on est sur place et la faculté d’adaptation du reporteur-photographe est toujours un atout. Cela peut rendre le reportage plus inattendu, sans doute, mais aussi plus vivant, plus original.

Choix du matériel de prise de vue

« L’avant » reportage est aussi l’occasion de prévoir et préparer le matériel qui sera utilisé. Chacun fera bien entendu ses choix en fonction de divers éléments comme le lieu du reportage, la nature de celui-ci, les conditions climatiques prévisibles, etc. Ce n’est finalement pas très différent de ce que l’on fait dans d’autres domaines photographiques. Mais, pour un reportage loin de chez soi, il faut se montrer judicieux dans ses choix car il ne sera sans doute pas facile de compléter un équipement insuffisant ni de remplacer un équipement inadapté ou non opérationnel. Il est impossible de donner quelque conseil que ce soit à cet égard, tant les situations de reportages peuvent être variées et surtout antinomiques les unes par rapport aux autres.

La prise de vue

Il semble évident que les photos que l’on prendra devront illustrer aussi nettement que possible le sujet du reportage. Elles devront aussi pouvoir être facilement utilisées selon les buts poursuivis (livre-photo, exposition, information pour un journal, …). Il est important de ne pas lésiner : trop peu de photos et le sujet sera mal traité ! Beaucoup de photos, cela demandera sans doute un tri important mais nécessaire (voir ci-après) mais au moins on sera sûr de « couvrir » tous les aspects du reportage. Surtout si l’on n’est pas amené à faire soi-même les commentaires explicatifs.

Nous abordons un peu tous ces aspects dans nos « carnets de voyages ». Toutefois, ceux-ci ne sont pas conçus comme de vrais reportages, même si, par certains côtés, on y retrouve des éléments similaires. Dans un carnet de voyage, on essaie de faire en sorte que le lecteur ait envie d’aller découvrir par lui-même les lieux dont on parle. Dans un reportage sur ces mêmes lieux, il faudrait couvrir un nombre plus importants d’aspects, par exemple en approfondissant la description des lieux culturels. Mais cela donnerait des articles à la volumétrie d’un livre entier.

Tout au long du reportage, le reporteur-photographe devra garder à l’esprit les buts de son reportage, afin que ses images le reflètent aussi parfaitement que possible. La force des images sera un atout essentiel, plus sans doute que leur esthétique, même si l’une n’exclut pas l’autre.

ReportagePhoto
Inondations à Paris en juin 2016
ReportagePhoto
Inondations à Paris en juin 2016

Ces deux images sont très semblables. Mais selon le choix que l’on fera dans le reportage, la présence de témoins dans l’image en modifiera sensiblement la signification et l’impact.

Même en décrivant une situation dramatique il n’est pas interdit d’y ajouter une touche de légèreté, humoristique ou cocasse :

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Inondations à Paris en juin 2016
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Drôle de façon de naviguer sur la Seine !

 

Au retour du reportage

Le choix des photos

Nous avons préconisé de « shooter » un maximum de photos, de manière à couvrir aussi largement que possible le sujet. C’est essentiel, mais le corollaire c’est que cela implique un travail de tri non négligeable. Si l’on fait soi-même le commentaire, on veillera à harmoniser images et texte. Le but est que le texte explique les images, ou que celles-ci illustrent parfaitement ce que l’on écrit.

Si le commentaire est fait par d’autres personnes que le reporteur-photographe, cela signifie que celui-ci n’a été que photographe. Il devra donc donner, au moins oralement, les explications nécessaires à la rédaction du texte et… veiller à ce que cette rédaction reflète bien ce qu’il a voulu montrer en images. Pas forcément facile !

Combien de photos ?

Nous le disons ci-dessus : un maximum. Même si cela contraint ensuite à un tri rigoureux. Car il faudra aussi tenir compte des photos ratées : selon les conditions d’exécution du reportage, elles peuvent représenter un nombre non négligeable.

Comment les trier

Il faudra, comme toujours, faire un « editing ». A ce propos je regrette qu’aucun terme français ne reflète exactement le contenu du mot « editing » et le travail qu’il recouvre. Mais là n’est pas l’essentiel.

Avec un minimum d’organisation et l’utilisation des logiciels « qui vont bien », cet « editing » devrait s’en trouver facilité. L’utilisation des « astuces » des logiciels (drapeaux, notes, couleurs, etc.) ajoutera à l’aide pour gagner du temps par la suite. Et toujours en gardant en tête les buts du reportage !

Soigner la rédaction du texte d’accompagnement

C’est primordial ! Il ne sert à rien de faire de belles photos (sauf si le but est un livre photo ou une exposition) si l’on n’a rien à en dire, rien à expliquer. S’il s’agit d’un reportage d’information, on comprendra tout de suite cette nécessité de soigner le texte. Ce soin doit toucher à la précision du vocabulaire, bien sûr par la recherche du mot qui convient. Mais aussi à l’élégance de l’expression et à quelque chose que beaucoup trop négligent aujourd’hui : l’orthographe. A cet égard, se relire et se faire relire permettra de « baliser » strictement le terrain !

Si le photographe n’est pas destiné à être l’auteur du texte d’accompagnement, il est nécessaire qu’il fournisse les précisions de nature à lever toutes les possibles ambiguïtés.

Quelques grands reporters photographes

Il ne s’agit pas ici de réécrire des articles qui ont déjà été écrits (par nous ou par d’autres) sur tel ou tel reporteur-photographe. Récemment, nous avons parlé d’Henri Cartier-Bresson. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas ne change rien : il a été un très grand reporteur-photographe. Nous avons plaisir aussi à évoquer Sebastiaõ Salgado dont les différents ouvrages (« Amazonia », « Exodes », « Terres de café », « Génésis », entre beaucoup d’autres) constituent de magnifiques reportages sur les sujets traités.

Plus près de nous (géographiquement au moins), Raymond Depardon mérite aussi une attention soutenue, que ce soit pour ses documentaires, ses films, ses expositions, ses portraits. Un « touche à tout » assez génial.

Il en a existé beaucoup d’autres, en France ou ailleurs dans le monde, et un dictionnaire entier ne suffirait pas à leur rendre hommage. Chacun aura ses préférés, ce que personne ne contestera.

Le reportage photo en 2021

Nous l’évoquons à demi-mots ci-dessus : le reportage photographique n’est certes pas mort mais il est en nette perte de vitesse depuis quelques décennies.

Les publications sur papier

Ce qui subsiste, ce sont les magazines à vocation touristique, présentant souvent des images de paysages de rêve. Parmi eux, Geo, Grands Reportages, etc. Les photos y sont souvent de très bon niveau, l’impression sur papier glacé venant en renforcer l’impact sur le lecteur.

Subsistent aussi les magazines de la presse à scandale ou à sensation, dans lesquels le texte des titres est volontairement accrocheur. Mais, si le contenu « littéraire » n’a qu’une très faible importance, les photos se veulent volontiers « percutantes », pas toujours avec élégance.

Dans la première moitié du 20ème siècle (et même un peu plus), le reportage photographique a été principalement porté par de grands magazines-papier hebdomadaires ou mensuels, dont les noms viennent à l’esprit de chacun. Beaucoup de ces grands magazines ont disparu. C’est le cas de « Vu », fondé par Lucien Vogel, publié de 1928 à 1940.

Certains diront que c’est très ancien. Sans doute ! Mais ce magazine a été un précurseur. Son audience de l’époque a conduit à l’apparition d’autres titres. Parmi eux, on trouve, bien sûr, Paris Match, né en 1949, dont il existe aussi une version numérique depuis 2009. Pour ce qui est de l’étranger, on peut aussi penser à d’autres grands titres, « LIFE » par exemple. Ce grand titre a vu sa publication papier cesser en 2007. Il ne subsiste plus qu’une version en ligne

Les publications en ligne

Le développement des supports informatiques a porté un coup pas tout à fait fatal mais tout de même sérieux à cette presse écrite de reportage. Et la presse papier quotidienne a elle-même perdu de l’audience. Tout se passe aujourd’hui « en ligne », sur Internet. Cela ne manque pas d’avoir aussi un impact sur la pratique du photo-reportage. On rencontre désormais beaucoup plus de « vidéo-reporteurs ». Ne serait-ce que pour les besoins des télévisions et, à un degré moindre, des journaux en ligne. Ces média se nourrissent plus d’images animées, et moins d’images fixes.

Dans les rangs des amateurs, il existe toujours des mini reporteurs-photographes : toutes ces personnes qui photographient et filment avec les moyens qui sont mis aujourd’hui à leur disposition : les smartphones. Ainsi peuvent-ils poster à rythme soutenu des images (de qualité très inégale) et même des « mini reportages filmés » (des « stories ») sur différents sites, « stories » qui ne sauraient intéresser le plus grand nombre sauf quand elles émanent de célébrités. On peut le regretter ou l’approuver, mais c’est une autre histoire !

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