Apprendre à photographier, c’est, quand on le fait de façon sérieuse et méthodique, apprendre à composer et à cadrer. La plupart du temps, on apprend les cadrages académiques, ceux qui sont universellement enseignés. Ce sont ceux qui sont utilisés par une grande majorité de photographes. Chacun sait cependant qu’il est bon parfois de s’écarter du « droit chemin » et d’oser des cadrages atypiques, ceux que l’on a appris à abhorrer sur les conseils des « professeurs ».

C’est de ces cadrages atypiques qu’il va être ici question.

En tout domaine, l’art est fait à la fois de classicisme et de créativité. Il ne fait pas de doute que les cadrages atypiques ressortissent à la créativité. Il n’existe pas à proprement parler de manière de faire unique : chacun doit inventer la sienne, à partir de pratiques déjà éprouvées par d’autres ou, plus simplement, en osant ce que les autres n’osent pas.

Plongée et contre-plongée

Le cadrage en plongée

Généralement, il est préconisé de placer l’objectif de son appareil sur le même plan HORIZONTAL que le sujet. Pour des portraits, ce plan passe par le centre de l’objectif photo et les yeux du modèle.

La technique du cadrage en plongée consiste à placer l’objectif de son appareil photo au-dessus de ce plan et donc incliné vers le bas en direction du sujet. Jouer sur la distance et l’angle permettra de moduler l’effet.

Cet effet donne l’impression de dominer le sujet, de l’écraser ou de le tasser. Il le fait artificiellement apparaître en état d’infériorité. L’« écrasement » total s’obtient en plaçant l’objectif tout à fait verticalement au-dessus du sujet. La photo de titre a été réalisée de cette façon (le ciel que l’on y aperçoit n’est que son reflet dans l’eau).

En raison de cette impression d’écrasement, cette façon de procéder doit être limitée, ou utilisée avec parcimonie, principalement quand on photographie des personnes. Les faire apparaître en position d’infériorité ne se justifie que très rarement, pour des buts tout à fait particuliers. Le reste du temps, mieux vaut s’abstenir. Pour d’autres sujets, en revanche, cela permet différents effets selon le but recherché.

Ce type de cadrage se rencontre souvent en photo animalière : on ne peut malheureusement pas toujours regarder un animal (et le shooter) les yeux dans les yeux. Sans compter que, parfois, ce serait très dangereux, ce qui n’est pas le cas pour les exemples ci-dessous.

Amerrissage. Le photographe est, bien entendu, largement au dessus du niveau de l'eau.

Amerrissage. Le photographe est, bien entendu, largement au-dessus du niveau de l’eau.

Même observation que sur l'image précédente.

Même observation que sur l’image précédente.

Le cadrage en contre-plongée

Chacun l’aura compris, c’est exactement l’inverse du précédent.

Si l’on reprend le plan horizontal indiqué ci-dessus, la technique consiste cette fois à placer l’objectif de son appareil photo au-dessous de ce plan et donc incliné vers le haut. On valorise le sujet, on lui donne une impression de puissance, de domination sur le photographe. Par corollaire, ce dernier « apparaît » en état d’infériorité (ce qui est une façon de parler, puisqu’on ne le voit pas sur la photo !).

Évidemment, plus la distance entre l’appareil et ce fameux « plan » sera importante, plus grand sera l’angle d’inclinaison de l’objectif vers le haut. Et, dans ce cas, attention aux déformations que cela induit sur le sujet, encore une fois tout particulièrement s’il s’agit de personnes. Ce type de cadrage est parfois utilisé dans le domaine de la mode, où l’on donne l’impression que le sujet est plus grand, ce qui le valorise : c’est le but recherché ! Et ici, quand on parle de sujet, c’est moins le mannequin que le vêtement, évidemment. Cependant, l’effet n’est jamais très accentué afin de garder aux images des proportions de bon aloi.

Il est des domaines où le cadrage en contre-plongée est fréquent, voire normal parfois. C’est particulièrement vrai en macro où on ne peut pas toujours maîtriser son positionnement. Nous ne reviendrons pas sur la problématique consistant à savoir s’il faut ou non, en pareil cas, faire tout de même la photo. On la fait si l’on estime devoir la faire, dans les conditions du moment. Point.

Il n'est pas toujours simple de photographier une araignée "les yeux dans les yeux" !

Il n’est pas toujours simple de photographier une araignée « les yeux dans les yeux » !

L'air "hautain" de l'autruche est accentué par le cadrage en contre-plongée

L’air « hautain » de l’autruche est accentué par le cadrage en contre-plongée

Photographié en contre plongée, le kiosque prend plus d'importance.

Photographié en contre-plongée, le kiosque prend plus d’importance.

Les effets des cadrages en plongée et contre-plongée

Il va de soi que l’angle de champ de l’objectif (donc lié à sa focale) n’est pas sans incidence sur les effets produits sur le sujet, tant en plongée qu’en contre-plongée. Si on les connaît et qu’on les assume, pas de problème. Dans le cas contraire, si l’on ne les maîtrise pas, attention aux réactions ! Les déformations induites, tant par le cadrage que par la distance de prise de vue et l’angle de champ, doivent absolument être maîtrisées quand il s’agit de modèles humains. Les insectes et autres « bébêtes » ne viendront pas, eux, se plaindre du mauvais cadrage, et ce, même s’il ne les met pas en valeur !

Le portrait de dos

Le portrait se pratique généralement face au sujet, parfois latéralement ou de trois quarts, mais très rarement de dos. Peut-on d’ailleurs, dans ce cas, parler réellement de portrait ? On photographie alors une personne dont on ne veut pas dévoiler les traits du visage. On peut bien sûr, trouver des cas qui peuvent justifier cette manière de procéder, mais ils sont relativement rares ou répondent à des besoins bien particuliers : attirer le regard vers l’anatomie du modèle (qu’il soit dévêtu ou non !), quel que soit le but poursuivi dans ce cas, ou bien vers les vêtements qu’il porte. Un autre but est de montrer une personne dans l’exercice d’une activité et dans un angle particulier. Ce ne sont là que des exemples, il est tout à fait possible d’en imaginer d’autres.

3 versions d’un portrait de dos :

Format carré

Format carré

Format horizontal (paysage)

En Format horizontal (paysage)

Format vertical (dit portrait)

Format vertical (dit portrait)

Le cadrage au ras du sol

Il se justifie notamment quand le sujet est lui-même au ras du sol, et que le point d’intérêt y est situé aussi. Il est important de se tenir à hauteur du sujet. Un exemple : un bébé qui ne marche pas encore, et rampe au sol pour attraper un objet (jouet, balle, etc.). Bien évidemment, dans ce cas, impossible de cadrer en contre-plongée : il faudrait creuser le sol et trouver un angle improbable de prise de vue. Resterait alors la solution de shooter en plongée, au risque de dévaloriser encore le sujet. En tous cas, il est important de se poser la question avant de faire la photo. Puis de décider en fonction du résultat que l’on souhaite obtenir.

Cadrage très près de sol - Premier plan proche et légère contre plongée. (Photo Valia Ouvrier)

Cadrage très près du sol – [GR III – 1/500 à f:5,6, ISO 200 – ©Valia]

Un autre cadrage au ras du sol ou plutôt, ici, au ras de l’eau :

Juste au dessus [K-1 + Samyang 20mm - 1/125s à f/5.6, ISO 100 - © fyve]

Juste au dessus [K-1 + Samyang 20mm – 1/125s à f/5.6, ISO 100 – © fyve]

Le cadrage en oblique

Ces cadrages en oblique se rencontrent souvent dans les photos de rue. Soit que le photographe ait cadré « au jugé » pour différentes raisons, soit qu’il ait voulu donner une dynamique particulière à sa photo. C’était une pratique courante de Garry Winogrand, photographe américain trop tôt disparu.

Personnellement très peu ouvert à ces cadrages, j’avais été très étonné (et séduit) par l’exposition que lui avait consacrée une célèbre salle parisienne en 2014/2015.

Cadrage oblique. Photo : Garry Winogrand (série : Women are beautiful). Le personnage appuyé contre le bâtiment, à gauche, est bien vertical.Cadrage oblique. Photo : Garry Winogrand. On remarque, à gauche et au fond, des personnages bien "verticaux".
Cadrage oblique. Photo : Garry Winogrand (série : Women are beautiful). Le personnage appuyé contre le bâtiment, à gauche, est bien vertical.Cadrage oblique. Photo : Garry Winogrand. On remarque, à gauche et au fond, des personnages bien « verticaux ».

 

Il faut noter, quand on photographie des personnes marchant dans la rue, sans montrer le sol, qu’un cadrage oblique donnera l’impression (s’il est dans le bon sens, bien sûr) que ses personnes se hâtent vers leur lieu de destination. Si, au contraire, on cadre normalement, alors ces personnes donneront l’impression de se promener tranquillement dans la rue. L’erreur proviendrait plutôt, en pareil cas, d’un cadrage oblique « contraire » qui ferait croire que ces personnes regardent quelque chose… En contre-plongée !

Sur Garry Winogrand

Parfois, Garry Winogrand cadre tout à la fois en plongée et de façon oblique, comme sur les images ci-dessous.

Cadrage oblique et en plongée. Photo : Garry Winogrand
Cadrage oblique et en plongée. Photo : Garry Winogrand.Cadrage oblique. Photo : Garry Winogrand. On remarque, à gauche, le personnage vertical (en blanc).

 

Quelle(s) leçon(s) peut-on tirer de cette manière de faire ?

  • En observant bien les images cadrées en oblique de Winogrand, on constate qu’il y a quasiment toujours dans l’image un élément vertical que l’on attendrait volontiers penché lui aussi : un bâtiment, un (ou des) personnage(s)… Ce qui dénote un sens du cadrage et de la composition très avancé : le hasard n’y est pour rien !
  • Que ses cadrages obliques ne sont pas des erreurs.
  • Que si l’on ne possède pas ce talent du cadrage de Winogrand, alors mieux vaut s’abstenir de l’imiter. À moins de travailler d’arrache-pied afin d’apprendre sa technique ! (Une leçon de composition sur des images de Winogrand ICI)
Précautions à prendre

En cadrant en oblique, il faudra prendre garde à ne pas provoquer d’impression de déséquilibre, de trouble, chez le lecteur de la photo. Un cadrage oblique ne pourra pas dans tous les cas s’avérer « neutre » à cet égard. Encore une fois, tout dépend de l’effet recherché.

En revanche, ce type de cadrage est à éviter lorsque l’on photographie des paysages où l’horizontalité est de mise. Par exemple, une surface aquatique (mer, lac, etc..) : si l’on cadre en oblique, on va donner l’impression que la mer, le lac, etc. … se vide progressivement dans le sens de la pente. Pas très judicieux !

Le cadrage de très près

On le rencontre assez rarement, sauf bien sûr dans le domaine de la macro : il n’y aurait guère d’intérêt en effet à photographier un papillon ou une libellule de nos contrées situées à 30 mètres ! Même avec un téléobjectif.

Pour ce qui est des objets, c’est fréquent aussi : shooter de très près se justifie par la volonté de montrer les détails de l’objet photographié. En pareil cas, d’ailleurs, l’utilisation d’un objectif macro pourrait tout à fait être préconisée. Elle dépend essentiellement de la taille de l’objet. Pour ce qui est des personnes, c’est beaucoup plus problématique, du moins si l’on n’est pas dans un cadre médical où il s’agit d’isoler un détail à des fins thérapeutiques.

Portrait serré [K-3 II & DA 70 - 1/160s à f/13, ISO 100]

Portrait serré [K-3 II & DA 70 – 1/160s à f/13, ISO 100]

Sac [K-3 & DA* 200 - 1/250s à f/4.5, ISO 100]

Sac [K-3 & DA* 200 – 1/250s à f/4.5, ISO 100]

Ce qui est « visé » ici, ce sont essentiellement les portraits du visage. S’approcher de très près, surtout si l’on utilise un objectif grand-angle, va provoquer des déformations très peu esthétiques. Par exemple, le nez de la personne va se trouver démesurément grossi, jusqu’à emplir une grande proportion de la photo. C’est bien sûr à éviter, hormis dans le cas de photo humoristique… et si la personne ainsi photographiée a suffisamment d’humour pour l’accepter.

C’est donc généralement à déconseiller, même pour des portraits « en pied » : outre les risques de déformation de la personne, cela donne une impression d’étouffement par le manque d’espace autour du sujet : ce dernier semble vraiment étouffer et cette sensation se transmet souvent au lecteur de l’image.

 

Le cadrage de très loin

Là encore, tout dépend de ce que l’on veut obtenir. Si le sujet, cadré de très loin, est trop petit, le risque est qu’il soit noyé dans son environnement, et qu’il perde ainsi tout son intérêt. Quand on veut cadrer de cette façon, c’est souvent pour montrer l’isolement du sujet. Mais l’espace qu’il occupe doit être suffisant pour montrer que c’est bien lui le sujet et non l’environnement. Subtil équilibre, pas toujours facile à trouver. S’agissant des personnes, la difficulté sera encore plus grande si le sujet est dans la nature, par définition incomparablement plus vaste.

Sans ce cas, le photographier de loin ne permettra pas de le reconnaître. Il s’agira seulement alors de montrer l’isolement de la personne dans le décor.

De notre point de vue, cette façon de cadrer est une des plus délicates, tant elle nécessite de soin pour équilibrer les proportions entre le sujet et son environnement. Ce n’est pas une question de technique pure, mais plutôt de conception de l’image. Cadrer de loin un éléphant dans la savane est nettement plus facile : le sujet est parfaitement identifiable, et donc identifié, et son environnement, qui lui est coutumier, ne l’écrase pas plus que cela.

 

Un exemple de mauvais cadrage de loin
Image confuse d'un voilier s'éloignant.

Image confuse d’un voilier s’éloignant.

 

Dans cette image, très mal cadrée, le sujet (le voilier) est éloigné. De plus, le regard est détourné par les installations portuaires à gauche. On sait bien sûr que c’est un voilier, mais rien de plus. En outre, l’image est mal composée. L’équilibre ciel/eau est trop égalitaire et donc trop banal : on sait bien qu’un voilier est fait pour naviguer et non pour évoluer dans la savane. Bref, aucune surprise et bien sûr aucun intérêt dans cette photo.

Une solution

Pourtant, même en étant éloigné du sujet, l’utilisation judicieuse du zoom pour parfaire le cadrage – ou le crop en post-traitement – aurait permis une image (un peu) plus intéressante :

Le voilier recadré (1/3 mer, 2/3 ciel)

Le voilier recadré (1/3 mer, 2/3 ciel)

C’est bien la même photo que précédemment, mais recadrée. Évidemment, elle ne porte pas le même sens.

 

Le cadrage portrait/paysage

Ce qui est évoqué ici, c’est l’usage « à contre-emploi » du type de cadrage. Ainsi, un paysage qui devrait être cadré… au format paysage, peut aussi être cadré en format portrait. On peut aussi traiter de la même façon, mais à l’inverse, le portrait d’une personne. Cela change considérablement la perception du lecteur par un changement profond de la perspective.

Un exemple :

Cascade de Lutour (Pyrénées) en cadrage vertical (format portrait)

Cascade de Lutour (Pyrénées) en cadrage vertical (format portrait)

Même sujet, en cadrage horizontal (format paysage)

Même sujet, en cadrage horizontal (format paysage)

 

Encore un autre :

Site Archéologique de Glanum à St Rémy de Provence

Site Archéologique de Glanum à St Rémy de Provence

Site Archéologique de Glanum à St Rémy de Provence. Le cadrage format paysage change largement la perspective.

Site Archéologique de Glanum à St Rémy de Provence. Le cadrage format paysage change largement la perspective.

 

Le cadrage carré

Bien souvent – et d’ailleurs trop souvent – on recadre en carré en post-traitement. Le but est généralement de masquer une composition initiale erronée ou la présence dans le champ d’un élément indésirable. Il aurait été préférable, évidemment, de bien composer dès la prise de vue, le cas échéant en format carré, ce que ne permettent pas nativement tous les appareils photo. Mais, avec le K-1 et son successeur K-1 Mark II, impossible de se tromper. On voit dans le viseur le format de la photo et on peut donc composer sans erreur dans un cadre carré.

Cela implique qu’il faut « penser la photo » que l’on va faire dans ce format et l’organiser dans ce but. Le cadrage carré ne peut pas être un cadrage « par défaut ». Il doit répondre à la volonté expresse du photographe et se justifier par le contenu et la composition de l’image.

Nous ne pouvons que recommander au lecteur de se reporter à notre article sur le format carré.

Cadrage carré, en légère contre-plongée

Cadrage carré, en légère contre-plongée

Que peut-on cadrer « carré » ?

Un cadrage carré ne se prête bien sûr pas à tous les sujets, même quand on veut sortir des sentiers battus.

Le sens de lecture dans un carré ne répond pas tout à fait aux mêmes « normes » que sur un format rectangulaire. Ce qui ne signifie pas qu’on peut négliger la composition. De fait, les meilleurs sujets seront ceux que l’on peut centrer sans choquer le regard. Par exemple un objet shooté de près, un élément du paysage que l’on veut isoler. Cela aurait pu aussi être le cas de la photo de titre, même si, dans ce cas, il eût mieux valu garder plus d’espace en haut et en bas. Mais, si l’on centre, alors il faut que ce centrage soit parfait. Dans un carré aux dimensions égales par définition, on ne peut pas se permettre, normalement, de détruire cette belle égalité par un centrage approximatif du sujet ou un décentrage maladroit.

 

Un portrait au format carré ?

Cela a longtemps existé en peinture sans être pour autant un dogme absolu. Et la photographie est en quelque sorte UNE héritière de la peinture. Faut-il donc suivre aveuglément la « tradition » ? En pareil cas, un décentrage est possible si l’espace « libéré » est choisi judicieusement dans le but d’apporter plus de force au personnage photographié, ou une approche et un éclairage différents.

K3 & Sigma 50-150 - 1/125s à f/9, ISO 100 (© fyve)

K3 & Sigma 50-150 – 1/125s à f/9, ISO 100 (© fyve)

 

D’autres cadrages atypiques

Inversion

Comme dit en introduction de cet article, l’art est fait de créativité. Et la créativité se nourrit d’intentionnalité : la démarche créative est volontaire, et non due au hasard.

Ainsi, parfois, un cadrage inversé permet de produire des photos très intéressantes. C’est par exemple le cas de la photo suivante :

Saint Petersbourg - Nouvelle Hollande ©Valia Ouvrier

Saint Petersbourg – Nouvelle Hollande ©Valia Ouvrier

Cette image (issue d’un tirage argentique) se lit très bien comme elle est présentée ci-dessus. Mais, à y regarder de plus près, on s’aperçoit qu’elle est prise « à l’envers » : en fait, le haut de cette image n’est que le reflet dans l’eau du bas. Le lecteur trouvera, en fin d’article *, la version « normale » que la créativité du photographe a voulu « travestir ». Si ce n’était l’ondulation sur le poteau de gauche, l’illusion est parfaite et on peut même affirmer qu’ainsi cadrée, elle est plus agréable : le haut du bâtiment n’est pas coupé !

 

Images tronquées

C’est une manière d’opérer de certains photographes, parfois pour s’exonérer du droit à l’image des personnes : on cadre en « coupant les têtes » (uniquement sur la photo, bien sûr !) de façon à ce que les personnes ne soient pas reconnaissables. Mais le but recherché peut aussi, plus simplement, de donner une ambiance morbide, voire macabre.

« Couper les têtes » n’est jamais recommandé quand on apprend la photo, tout comme couper les pieds quand on fait un portrait… « en pieds » ! Pourtant, nombreux sont les photographes célèbres qui ont procédé ainsi. Ainsi, William Klein, qui, parfois n’a pas seulement coupé la tête, mais beaucoup plus :

Photo : William Klein

Photo : William Klein

Photo : William Klein

Photo : William Klein

 

Là encore, ce ne sont pas des cadrages ratés, mais des choix pleinement assumés. N’oublions pas que William Klein a toujours été un photographe novateur et, si son style parfois provocateur a pu heurter, notamment aux États-Unis, cela lui a valu de remporter le prix Nadar en 1957. Nos lecteurs trouveront sur le site de son représentant en France de nombreuses images illustrant ces propos.

 

Le cadrage, notion essentielle en photographie, doit faire l’objet de choix assumés. Il n’est pas nécessaire de s’en tenir aux règles les plus draconiennes. Mais, si l’on s’en écarte, il faut que l’image conserve une harmonie qui ne viendra pas heurter le regard du lecteur.

 

* L’image dite normale serait :

St Petersbourg (©Valia Ouvrier)

 

 

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