Les erreurs photographiques rattrapables …ou pas !

Existe-t-il parmi les nombreux photographes, professionnels comme amateurs, des « spécimens » qui n’auraient jamais commis d’erreurs photographiques ? La réponse semble bien comprise dans la question : qu’il nous soit permis de douter de leur existence. Et d’en douter fortement.

Tout le monde est à la merci de l’erreur, que l’on soit très expérimenté ou débutant. Avec, cependant, des nuances importantes dans la gravité de l’erreur. Et c’est ce degré de gravité qui conditionnera, dans bien des cas, le sort à réserver à la photo incriminée.

D’emblée, nous écarterons les erreurs qui n’en sont pas réellement : ce qui est considéré par certains comme une erreur peut très bien être le résultat d’une action volontaire du photographe. Dans ce cas ce n’est donc pas une erreur, mais la recherche d’un effet particulier.

Qu’appelle-t-on des erreurs photographiques ?

Une erreur consiste à ne pas agir conformément aux règles, à outrepasser l’intention initiale du photographe, ou encore à « gâcher » le sujet de la photo par une technique inadaptée ou approximative. On peut trouver des litanies d’erreurs photographiques. Il n’est pas question de les énumérer ici, mais seulement de faire apparaître, parmi les erreurs que l’on rencontre le plus souvent, celles que l’on peut rattraper et celles qu’il sera très difficile de faire disparaître.

Bien évidemment, l’idéal est d’en commettre le moins possible. Ainsi on n’aura pas à se préoccuper de la nécessité et de la manière de les corriger. Mais quand elles existent, comment procéder ?

Les erreurs à la prise de vue

C’est bien sûr là qu’on peut véritablement parler d’erreurs. Nous verrons plus loin que les erreurs de post-traitement ne sont pas, à véritablement parler, des erreurs photographiques.

L’erreur de base

Cette erreur consiste à tout photographier en tout automatique. C’est l’appareil photo qui décide de tout, sauf du cadrage. On pourrait appeler cela une « simili-erreur », car si l’on s’intéresse vraiment à la photo, on abandonne assez vite cette façon de faire, tant elle est insatisfaisante dans de nombreuses situations. Mais elle est cependant très répandue chez les photographes débutants. Chez Pentax, c’est le « mode vert » que l’on choisit sur la molette des modes. À éviter dès que l’on a compris comment faire de meilleures images !

L’erreur de cadrage et/ou de composition

Cadrage et composition nous paraissant assez fortement liés, nous prenons le parti de ne pas les séparer.

PentaxKlub, comme bien d’autres, a évoqué, à de nombreuses reprises, les règles les plus couramment admises pour composer une image. Nous n’y reviendrons pas ici, nos lecteurs pouvant se reporter aux différents articles consacrés à ce sujet, notamment celui-ci et celui-là.

S’agissant du cadrage, selon le domaine photographique et l’intention du photographe, il pourra être horizontal, vertical, oblique, ou encore atypique. C’est souvent lui (mais pas toujours) qui donnera de l’intérêt à la photo.

Nous ne ferons pas ici un « cours de cadrage ». Pas davantage un cours de composition. Et d’autant moins que l’originalité d’une image se mesure aussi au talent du photographe pour se démarquer des « standards » couramment admis ou préconisés sans pour autant choquer le regard du lecteur de la photo.

Toutefois, force est d’admettre que, dans ce domaine, les erreurs photographiques sont très nombreuses. Certaines ne choqueront pas, d’autres viendront irrémédiablement gâcher l’image.

Un très mauvais cadrage
Un très mauvais cadrage

 

Dans cette photo de l’ascenseur de Santa Justa, à Lisbonne, diverses erreurs se cumulent. Pour ce qui concerne le cadrage, il aurait fallu laisser de l’espace en haut de l’image. Les touristes auraient pu, soit ne pas être cadrés du tout, soit être plus visibles au lieu d’être coupés. Bref, une image à ne surtout pas imiter !

Les règles de la composition

Le dogmatisme étant contraire à l’esprit de créativité, nous n’aurons pas non plus la prétention d’édicter des règles supplémentaires. Celles qui existent (règle des tiers …) suffisent bien ! Chacun sait que les respecter est recommandé au débutant, pour lui permettre d’aguerrir son regard… et ne pas choquer celui du lecteur ! Chacun sait aussi que s’en affranchir est parfois, pour un photographe plus confirmé, une bonne occasion de proposer une image originale. À condition cependant de ne pas faire n’importe quoi. Agir « au petit bonheur la chance » n’est sans doute pas à recommander. La probabilité, ce faisant, d’obtenir une très bonne image, serait faible, voire proche de zéro.

Erreurs de cadrage : l’arrière-plan

L’arrière-plan est parfois négligé : on essaie de mettre en valeur le sujet, et on ignore un élément disgracieux à l’arrière. S’il est dans le flou total, pas de problème. Mais sinon ? Pourtant, il suffit parfois de changer d’angle pour le faire disparaître !

Nous avons déjà évoqué ce problème dans un article. Il peut être utile de s’y reporter.

Autres erreurs de cadrage : l’horizon

Pour un paysage marin, par exemple, il est impératif de veiller à l’horizontalité parfaite de … l’horizon ! Sinon, cela donnera la désagréable impression que la mer va se vider « du côté où ça penche ». Malaise assuré pour le lecteur.

Bien d’autres erreurs de cadrage

Il en existe bien sûr beaucoup d’autres : à chacun d’examiner ses photos pour éviter ensuite de commettre les mêmes erreurs.

En photo d’architecture, par exemple (ou plus généralement de bâtiments), il est recommandé de respecter l’équilibre des masses, la verticalité et l’horizontalité. Surtout s’il s’agit d’un travail de commande. On peut cependant agir autrement dans le cas de recherche artistique particulière.

Ce bâtiment de la Bibliothèque François Mitterand semble se pencher vers le personnage
Ce bâtiment de la Bibliothèque François Mitterrand semble se pencher vers le personnage

 

Point commun à toutes les erreurs de cadrage, ou presque toutes : on peut les corriger en post-traitement. Mais pourquoi attendre le post-traitement quand on peut éviter l’erreur dès la prise de vue ? Il suffit d’un peu de soin et de réflexion avant de presser le déclencheur. Et, si l’on sait déjà que, quoi qu’on fasse, il faudra recadrer en PT, alors il faut le prévoir en cadrant plus large : on évitera ainsi, au post-traitement, de couper ou tronquer des éléments de la photo.

L’erreur d’exposition

C’est un point crucial.

Les photographes un tant soit peu avertis, savent que le « fameux » triangle l’exposition est la clé de voûte d’une exposition normale. Rappelons, pour les moins aguerris, qu’il se compose de :

  • La sensibilité ISO du capteur (qui, pour les APN, se règle sur l’appareil).
  • L’ouverture de l’objectif (nombre f) : elle représente la dimension de l’ouverture du diaphragme (aussi appelé « Iris ») de l’objectif. Selon les objectifs, elle se règle soit sur le boîtier, soit sur l’objectif lui-même (bague des diaphragmes).
  • La vitesse d’obturation, aussi nommée « vitesse », « temps de pose », « durée d’exposition » (tous ces termes recouvrent la même réalité), c’est le temps pendant lequel l’obturateur de l’appareil reste ouvert pour laisser passer la lumière.

C’est la combinaison de ces 3 valeurs qui détermine l’exposition générale de la photo. Notons, à ce propos, qu’il existe plusieurs combinaisons possibles (en jouant sur les paramètres) pour parvenir à une exposition « correcte », adaptée au sujet photographié.

Il est fréquent de voir des photos sur ou sous-exposées. Lorsque le différentiel par rapport à une image exposée correctement n’est pas très important, cela peut s’admettre. Mieux vaut, toutefois corriger. Soit en prenant la même photo (si c’est possible), mais en corrigeant l’exposition, soit en post-traitement.

Sous exposition du bas de l'imageExposition correcte

La première image de ce diptyque est clairement (si l’on peut dire !) sous-exposée. Le personnage assis, à droite, est difficilement décelable alors qu’il apparaît nettement dans l’image corrigée.

 

Croire que toute erreur de prise de vue peut se rattraper en post-traitement

C’est là une erreur fondamentale. Y céder, c’est refuser de progresser en photo. Se dire « Oui, je fais des erreurs, mais je verrai ça en post-traitement » fait perdre du temps, d’une part, et, d’autre part, incite à la paresse à la prise de vue. C’est un comportement à bannir absolument.

Et on verra, plus loin, que justement, certaines erreurs de prise de vue ne sont absolument pas rattrapables en post-traitement. Elles se traduiront par la mise de la photo à la corbeille. Que cette photo ait été faite à l’autre bout du monde, ou à l’occasion d’un événement exceptionnel ne changera rien : si elle est vraiment mauvaise dès le départ, rien ne pourra la sauver.

Les erreurs de post-traitement

Peut-on les appeler des erreurs ? Oui, sans doute, dans la mesure où le résultat n’est pas satisfaisant pour quiconque a quelques exigences de qualité. Non, dans la mesure où elles sont sans grande conséquence ! Pourquoi ? Parce qu’elles ne sont jamais irrémédiables… si on a pris quelques précautions.

La première des précautions est de shooter en RAW. Ainsi, le développement erroné pourra être repris ou même recommencé. Une photo post-traitée se sauvegarde au format JPEG ou TIFF. Le fichier RAW doit, lui, rester intact. C’est, en quelque sorte, la base originelle de tous les traitements possibles. Et, s’il ne faut conserver qu’un seul fichier, c’est bien sûr ce RAW qui sera donc privilégié.

Napoléon 1er, qui – et pour cause – ne connaissait rien à la photo, avait déjà en quelque sorte tracé la voie en choisissant de sauver la mère plutôt que l’enfant.

Comment corriger les erreurs photographiques

On part du principe que l’erreur ne doit être corrigée que si elle n’est pas le résultat d’une action ou un paramétrage volontaire et conscient du photographe.

Corriger les erreurs « physiques » de prise de vue (cadrage/composition)

Ce sont celles qui, généralement, se corrigent le plus facilement. À certaines conditions, cependant :

  • Si on a cadré largement, il sera plus aisé de « croper » dans l’image initiale. Cela permettra, par exemple, d’éliminer des éléments indésirables ou encore d’ajuster ou d’améliorer la composition. Bien sûr, rien ne vaut un bon cadrage et une bonne composition dès la prise de vue,
  • si peu d’éléments sont à éliminer : encore une fois, il ne s’agit pas de refaire en post-traitement ce qui aurait dû faire l’objet de plus de soin à la prise de vue. Certes, un outil comme Photoshop permet toutes sortes de manipulations sur ce plan, mais on n’est alors plus dans le domaine de la photo : c’est plus de l’infographie, voire de la manipulation d’image.
Image confuse d'un voilier s'éloignant.
Image confuse d’un voilier s’éloignant.
Le voilier recadré (1/3 mer, 2/3 ciel)
Le voilier recadré (1/3 mer, 2/3 ciel)

Dans le pire des cas, il faudra peut-être changer le format de l’image, par exemple en passant d’un format 3/2 ou 4/3 à un format carré (1/1)

Corriger les erreurs d’exposition

Ces erreurs sont relativement répandues. Parfois corrigées, elles sont aussi parfois laissées en l’état par leurs auteurs. Avouons que les erreurs extrêmes sont difficilement rattrapables, et parfois tout simplement irrattrapables.

Pour les sous-expositions importantes, le risque de la correction est très souvent matérialisé par une montée du bruit parfois importante, elle-même parfois difficile à contrôler.

Les surexpositions importantes, quant à elles, sont caractérisées par un manque de « matière » (voire l’absence de matière) dans les zones « cramées ». Rien à faire en pareil cas, toute correction de ces zones ne pourrait éventuellement passer que par du clonage de zones correctement exposées. Et toutes les images ne le permettent pas.

Pour plus de précisions sur les corrections d’exposition en post-traitement, voir cet article.

Corriger les erreurs colorimétriques

Ce sont probablement, parmi celles évoquées, celles qui requièrent le plus d’attention, de savoir-faire et de doigté. Parce que s’il est important de savoir-faire, il faut aussi faire preuve de soin.

Ce sont aussi celles qui nécessitent un logiciel de post-traitement d’un niveau suffisant pour les traiter.

Pour ce faire, il est par ailleurs préférable d’opérer sur un écran calibré. À cet égard, nos lecteurs pourront se reporter à cet article ou encore à celui-ci ou encore celui-là.

Et c’est encore plus vrai si l’on souhaite ensuite imprimer soi-même les images corrigées. Et il sera alors AUSSI souhaitable de posséder une imprimante calibrée, de manière à ce que les couleurs corrigées à l’écran se retrouvent exactement sur la photo imprimée. Quand on vous dit qu’il faut du savoir-faire…

Bien sûr, dans le cadre de cet article, il ne pourra pas être question d’envisager des cas pratiques. Les situations sont quasi infinies et le modus operandi ne pourrait trouver à s’appliquer qu’à des images qu’on aurait déjà préparées, et non à celles des lecteurs.

Pour autant, des indications pourront être trouvées dans nos différents articles concernant le post-traitement et notamment ceux qui ont présenté différents logiciels de traitement des RAWs.

Un cas particulier facile à résoudre

Si la colorimétrie est erronée à cause d’une balance des blancs inadaptée, il n’y a pas lieu de s’inquiéter… surtout si l’on a pris la précaution (que nous conseillons une fois encore !) de shooter en RAW. Il suffira d’ajuster la balance des blancs, soit en choisissant un des paramètres automatiques, soit en ajustant manuellement la température de couleur. Aucune difficulté dans cette manœuvre. Dans le cas d’une correction manuelle, il suffira de positionner les curseurs du logiciel de façon aussi réaliste que possible.

Plus difficile

Plus difficile est la balance des couleurs. Celles-ci peuvent être corrigées aussi bien dans leur teinte que dans leur luminosité et leur contraste. Subtil équilibre à trouver qui nécessitera bien souvent des tâtonnements. À chacun d’expérimenter sur son logiciel préféré ! (tout photographe numérique a sans doute un logiciel de post-traitement préféré ; ceux qui n’en possèdent pas peuvent aussi traiter leurs images en ligne sur certains sites, par exemple celui-ci).

Les erreurs vraiment irrattrapables

On le voit, beaucoup d’erreurs de prise de vue peuvent se corriger en post-traitement. Mais il en subsiste qui conduiront irrémédiablement à la « poubellisation » de la photo.

Il en est ainsi, par exemple :

  • Des photos où le sujet principal est flou : même si le flou est léger, il gâche le plaisir de regarder ces photos. Une augmentation du microcontraste ne parviendra même pas, le plus souvent, à l’éliminer. Et s’il est important, la question ne se pose pas du tout : direction la poubelle !
Papillon flou
Papillon flou
Papillon plus net
Papillon plus net

La première image est floue (décalage de la mise au point), la deuxième beaucoup plus nette sur le sujet principal. Le papillon a aimablement collaboré avec le photographe, lui laissant le temps d’une deuxième photo.

 

  • Des photos trop fortement surexposées. Une image surexposée uniformément peut souvent être traitée en « high key ». Mais si la surexposition est trop forte, rien ne pourra la sauver. L’insuffisance de matière est très différente de l’absence de matière : on peut faire quelque chose avec peu de choses, mais on ne fait rien avec rien !

 

Traitement High-Key
Traitement High-Key

 

Cette tentative de sauvetage de l’image par un traitement high-key est loin d’être pleinement satisfaisante.

 

 

Image nettement surexposée : il ne reste aucune matière dans le ciel
Image nettement surexposée : il ne reste aucune matière dans le ciel

 

  • Des photos trop fortement sous-exposées. Une sous-exposition peut généralement se corriger plus facilement qu’une surexposition. Toutefois, si elle est trop forte, la correction fera tellement monter le bruit numérique que l’image ne sera plus vraiment exploitable. Alors, bien sûr, si elle a une importance juridique, si elle constitue un moyen de preuve, on pourra la conserver. Mais si c’est une photo prévue comme photo « d’agrément », le côté « agréable » disparaît et la poubelle reste la seule destination à envisager.
A contrario, cette image est sous-exposée.
A contrario, cette image est sous-exposée.

 

Quelques solutions basiques pour éviter les erreurs

Outre ce qui a été dit ci-dessus, on pourra recommander quelques pratiques de bon sens, parfois oubliées :

  • Avant une séance photo, il est nécessaire de procéder à quelques vérifications : charge de la batterie, espace disponible sur la (ou les) carte(s) dans l’appareil : on évitera ainsi de se trouver rapidement bloqué. Cela peut paraître évident, et pourtant …
  • Avant de prendre une photo ou une série de photos, il faut bien vérifier que les réglages de l’appareil sont adaptés à la situation. Par exemple, éviter de se trouver à 3200 ISO en plein soleil… ça ne vous est jamais arrivé ? À moi oui… Dans un ordre d’idée similaire, vérifier que l’on peut faire la photo souhaitée avec l’objectif monté sur l’appareil et plus généralement avec le matériel que l’on utilise. Si l’on veut une bonne photo, il faut aussi utiliser du bon matériel, en tous cas, du matériel adapté. Dans certains cas, utiliser des accessoires (filtre polarisant, etc. …) peut aider !
  • Ne jamais supprimer une photo après visionnage sur l’écran de l’APN, sauf si elle est VRAIMENT ratée (complètement floue par exemple) : bien souvent (mais pas toujours, bien sûr), on s’aperçoit en faisant son editing sur l’ordinateur qu’il y a « quelque chose à en tirer ». Encore une fois, un écran calibré permet alors plus facilement de juger de la qualité de ses photos.

 

S’il fallait une moralité, ce serait : éviter de commettre des erreurs, cela reste le meilleur moyen d’éviter les pertes de temps pour les corriger.