Les filtres sont apparus très tôt dans la pratique photographique. Avec la photographie numérique, ils sont devenus en quelque sorte des OVNIs. Ils ne sont certes pas volants, mais ils sont désormais non identifiés. Le phénomène est tellement massif que même les filtres non remplaçables par le Post Traitement comme les polarisants ont disparu de nombreux catalogues. Les seuls filtres que les vendeurs réels des rares points de vente réels du marché photo sont les filtres UV qui servent de protection à la lentille avant des objectifs. On devrait les appeler boucliers et non plus filtres. Tous les autres, ou presque, ont sombré dans les oubliettes de l’histoire. Mais quels étaient et quels sont ces filtres ?

Ils sont actuellement de 3 natures :

  • Les filtres physiques
  • Les filtres virtuels
  • Les filtres de Post Traitement

Les filtres des deux premières catégories sont utilisés au moment de la prise de vue. Leur action est sensible et visible dans le viseur et dès l’affichage du fichier par le boîtier.

 

 

Les filtres physiques

Ce sont les filtres-ancêtres. Ils sont montés sur l’objectif, devant celui-ci. Ils agissent sur la lumière, filtrent certaines de ses longueurs d’onde et modifient donc la composition de la lumière captée par la surface sensible.

Ces filtres se partagent en 3 groupes.

 

Les filtres colorés utilisés en photo N&B

  • Les filtres jaune – orange – rouge permettent d’augmenter le contraste, particulièrement dans les ciels et les nuages. Ils densifient les noirs. Les filtres rouge-carmin donnent le maximum de relief aux nuages.
  • Les filtres verts augmentent le détail et le contraste des verts, feuillages, frondaisons, et canopées de forêts.
  • Les filtres bleus améliorent le rendu des surfaces marines.

L’effet de ces filtres est proportionnel à leur densité, plus ils sont sombres, plus l’effet est marqué. La perte de lumière résultant de l’usage d’un filtre est elle aussi proportionnelle à sa densité. Quand elle n’est pas indiquée par le constructeur, elle est facile à mesurer et à mémoriser avec les boîtiers actuels. Autrefois les objectifs, les prestigieux… et les russes, étaient vendus avec un kit de 3 filtres du diamètre correspondant, voire plus de 3. J’ai vu des catadioptriques MTO (russes), dont le coffret en bois, garni intérieurement de velours vert (1), était 2 fois plus long que l’objectif. Car il comportait 5 filtres : 1 jaune clair, 1 jaune-vert, 1 orange, 1 rouge et… 1 gris (2) La monture de chaque filtre était épaisse de 2cm, le coffret faisait donc 15cm de plus que ce que nécessitait l’objectif !

(1) comme les bouchons d’objectif des Limited, nostalgie classieuse.

(2) voir plus loin filtres ND.

 

Plus tard, avec la couleur, on a vu fleurir les Wratten 1A, transparents, vaguement roses, utilisés avec les pellicules inversibles (diapositives) Ils assuraient une colorimétrie plus fidèle, disait Kodak. Et protégeaient l’objectif. Leur ont succédé les filtres UV dans les années 70. Les professionnels travaillant à la chambre usaient de filtres colorés, généralement des gélatines qui occupaient moins de place et coûtaient moins cher. Cela leur permettaient de corriger finement la BdB (3). Pour cela ils utilisaient un thermocolorimètre. Ce petit outil ressemblait à un flashmètre, il mesurait la température de la lumière. Il devenait possible de caler celle-ci sur celle de la pellicule.

À cette époque la BdB n’était pas corrigeable en labo. Ou très mal. Les amateurs exigeants utilisaient aussi des filtres – bleus et orangés – pour corriger la dominante lorsqu’ils étaient obligés d’utiliser des pellicules tungstène en lumière du jour (filtre orange) ou plus souvent des inversibles daylight en intérieur (filtre bleu). La plupart du temps, le résultat était satisfaisant.

(3) Balance des Blancs

 

 

Les filtres dégradés & autres filtres à effets

Ce sont des filtres colorés, conçus pour la photographie couleur. Leur coloration est variable. Ils ont été très à la mode dans les années 70 du dernier siècle de l’ère argentique. Ils permettaient, par exemple, de colorer un ciel gris en bleu … en brun tabac, ou en orange. On pouvait aussi plomber un ciel nuageux qui devenait très menaçant. Ces filtres pouvaient noyer un paysage dans un brouillard léger ou épais, au choix et d’autres pouvaient transformer en étoile chaque lampadaire de la place de la Concorde, etc… Ces filtres étaient proposés par la marque Cokin, qui commercialisait également le système de porte-filtres et bagues de fixation sur tous les diamètres d’objectifs de 49mm à 82mm. Bien conçu et rationnel, ce système a m^me été produit pour s’adapter aux compacts.  Ces filtres n’avaient que deux défauts: ils supportaient mal la prise de vue à main levée (pour tous les dégradés) et l’effet obtenu devenait vite lassant. On a vu à l’époque des quantités inimaginables de ciels couleur tabacs qui n’étaient pourtant pas des pubs pour Malboro.

Moscou-Kremlin - diapositive (argentique) avec filtre dégradé orange Cokin système P

Moscou-Kremlin – diapositive (argentique) avec filtre dégradé orange Cokin système P

 

Les filtres polarisants

Ils sont un peu passés de mode avec l’arrivée du numérique. Pourtant ce qu’ils apportent ne peut être obtenu par le PT numérique. Le polarisant circulaire(4) permet de corriger les effets miroir que la lumière oblique crée sur toutes les surfaces réfléchissantes comme l’eau, le verre, le métal… Ainsi on peut rendre transparente l’eau des surfaces maritimes ou fluviales transformée en miroir par le soleil. Et la modification de l’axe de polarisation permet de doser cette transparence. Enfin on peut densifier le bleu du ciel, naturellement plus clair dans une partie du ciel. Ce résultat ne peut être obtenu que de cette manière. Le PT est inopérant dans la plupart de ces cas. Mais les polarisants circulaires sont onéreux, de 30 € à 50 € selon le diamètre. S’il faut en avoir un par objectif on atteint vite des sommes rondelettes. En outre ces filtres occupent de la place. La seule solution plus rationnelle est « offerte » par le système Cokin qui propose un seul filtre de grand diamètre (couvrant le Ø 82mm) et des bagues pour porte-filtre des tous les diamètres de 49 à 112mm. Mais ce système est encombrant. 82mm, c’est énorme !  La marque a donc développé des filtres vissant classiques. Et elle n’est pas la seule. Manfrotto également… Cela marque probablement plus une volonté d’occuper le terrain commercial qu’un retour à la photo sophistiquée à la prise de vue. Malheureusement…

(4) le polarisant doit être circulaire avec les boîtiers reflex double miroir, sinon il est inefficace.

 

Système Cokin pour filtres-taille A

Système Cokin pour filtres-taille A

 

Système Cokin pour filtres-tailles anciennes (NB) et nouvelles (couleur)

Système Cokin pour filtres-tailles anciennes (NB) et nouvelles (couleur)

 

Filtre polarisant circulaire vissant Cokin

Filtre polarisant circulaire vissant Cokin

 

Photo sans filtre polarisant

Photo sans filtre polarisant

 

Photo avec filtre polarisant

Photo avec filtre polarisant

 

Les filtres gris ND

Ce sont des filtres neutres. Ils ont de multiples usages, dont 2 usages principaux :

  • Diminuer la lumière enregistrée par la surface sensible pour pouvoir rester dans une fourchette de temps de pose modérés. Indispensable pour faire des photos en milieu de journée sous les tropiques ou plus généralement dans les pays très ensoleillés.
  • Permettre une utilisation plus spécifique par lumière « normale ». Comme les filtres ND absorbent une partie de la lumière qui les traverse, le temps de pose nécessaire augmente et les objets mobiles ne sont pas visibles dans une photo ou seules les parties fixes sont représentées.  On peut photographier en lumière du jour des ensembles architecturaux sans que les passants ne laissent de traces sur la photo, et sans avoir à barrer les accès à l’endroit photographié. On peut aussi les utiliser de nuit ou pour du timelapse.

Les flitres gris ND ont un indice proportionnel à leur filtration. L’indice correspond au coefficient de réduction de la lumière, donc au même coefficient multiplicateur du temps de pose. Cet indice va de 2 à 1000. Un filtre ND 100 multiplie T par 100.

 

 

Les filtres UV

Evoqués dans l’introduction ces filtres qui protègent des UV trop forts, étaient beaucoup utilisés à l’époque argentique, ils avaient surtout une utilité avérée: celle de protéger la lentille frontale des objectifs. Avec la venue du numérique ils largement disparu de l’usage et tombent sous le coup du commentaire de l’introduction déjà cité.

 

 

Les filtres virtuels

C’est la solution apportée par les boîtiers numériques. Cette solution, nettement plus « couteau suisse qui fait tout », règle en outre le problème de l’encombrement.

Ils sont présents dans les programmes résultats. Ou encore dans les modes Si vous regardez dans votre boîtier Pentax – pétale de droite de la roue codeuse – vous pourrez voir les différences entre les rendus naturel, lumineux, paysage, portrait, éclatant… que l’on obtient en Jpeg. En RAW, il vous faudra reconstituer votre cliché en PT. Mais la consultation de ces données, que l’on retrouve quand on développe dans le boîtier, est très instructive pour comprendre certains éléments de base du développement numérique des RAW. Voir ci-dessous.

Paramétrages mode naturel

Paramétrages mode naturel

 

Paramétrages Mode lumineux

Paramétrages Mode lumineux

 

Paramétrage Mode éclatant

Paramétrage Mode éclatant

 

 

Les filtres de Post Traitement

On retrouve en PT exactement les mêmes possibilités qu’avec les filtres classiques, mais largement augmentées. En effet vous pouvez intervenir de façon

  • globale (-exposition -contraste -clarté -netteté -détails…)
  • sélective (-ombres -hautes lumières – noir – couleurs…) ou
  • locale (pinceau, avec les mêmes réglages que ci-dessus).

Vous pouvez transformer un RAW en Jpeg N&B, plus ou moins chaud, froid… colorer une photo, faire du cut out, etc.

Le terme filtrage serait plus approprié, car il s’agit d’un processus, avec tous ses réglages fins et non d’un objet unique apportant une modification unique.

 

Les possibilités, assez limitées en argentique, sont devenues quasiment infinies avec le numérique. Il n’y a pas grand chose à ajouter, sauf à faire un article sur le Post Traitement, un autre article.

 

L’usage des filtres n’a donc pas totalement disparu, comme tous les usages qui enrichissent une pratique. Ils sont toujours présents, parfois de façon insoupçonnée, comme pour les programmes résultats des reflex de gamme moyenne, ou dans les smartphones, parfois de façon visible, dans le paramétrage d’un mode User NB, par exemple, et le plus souvent dans la pratique incontournable du PT. La pratique a changé, les principes optiques sont restés les mêmes. Et le champ d’application des filtres est devenu moins visible, mais plus général.

 

paramétrages Mode User N&B

Paramétrages Mode User N&B