Les photos expliquées, série 1

photos expliquées

PentaxKlub vous propose une nouvelle série d’articles, à parution épisodique, dans le but de comprendre des images et la façon dont elles ont été prises. Ce sont les photos expliquées.

Le cadrage n’est pas une chose aisée. Il faut entraîner son regard à comprendre ce qui se passe autour de soi. Car c’est lui qui vous permettra de faire des choix de composition précis. Pour cela, il faut en passer par une phase d’analyse de ses propres photos. Mais comment ? C’est ce que nous proposons avec cette série, apprendre à avoir un regard analytique.

Les photos proposées ne correspondront pas forcément à votre univers, ce qui n’a pas d’importance. Non, ce qui compte c’est d’aborder des thèmes variés et de comprendre. Pour chaque photo, nous répondrons toujours aux mêmes interrogations. Et si votre propre analyse est quelque peu différente de celle de l’auteur, c’est normal et ce n’est donc pas un problème. Nos sensibilités sont différentes, nos ressentis aussi.

 

Pour la première série, c’est Valia qui a choisi 4 photos et qui les explique.

 

Boston – La femme en rouge

Données EXIFs
Boston - femme en rouge - photos expliquées
Boston-the loop-1991- Femme en rouge
BoîtierPentax LX (argentique)
Objectifsmc 18mm f:3,5 M
Distance focale18 mm
Distance focale (35 mm)18mm
Vitesse1/60 s
Ouverturef/5,6
Iso50
ProgrammeAuto (équivalent Av)
Contexte

Un séjour d’un mois aux USA, 2 semaines à New York, les 2 autres partagées entre Washington, Chicago et Boston dans cet ordre. Boston, dont le centre-ville est une des plus vieux de toutes les villes américaines, où l’on marche sans problème. Parmi beaucoup d’immeubles des 30 premières années du XXe siècle. C’est du patrimoine historique pour les États-Unis. Le temps est couvert, mais le soleil n’est pas loin. Boston est une ville musée, il y a des gens qui s’y promènent, d’autres y travaillent. Tout est sujet à photo pour un Européen. Les immeubles, et les gens dans la rue.

L’intention créative
L’ensemble des immeubles devant moi m’inspire. Leur variété qui symbolise bien les US. Ceux du premier plan, des années 30, dont les façades de pierre ressortent, les gratte-ciel plus récents derrière qui s’intercalent bien. Le camion blanc au premier plan qui amène de la lumière dans le bas de la photo, les deux personnages de l’avant-plan que je laisse avancer pour qu’ils se trouvent devant le camion. À ce moment arrive la femme en rouge ; j’attends qu’elle entre dans la photo et je déclenche avant qu’il ne soit trop tard !
Procédé pour guider le regard

Les conditions particulières des villes américaines, avec la hauteur comme élément constitutif des photos urbaines, ne permettent pas d’utiliser les règles comme celle des tiers. Pour être parfaitement placée la femme en rouge aurait dû grimper sur le lampadaire dans la rue de droite !  Tant pis ! Elle est passée, elle était dans la boîte. La photo est là, trente ans après.

lignes de force - Boston
lignes de force de la photo « Boston La femme en rouge »

 

Dans cette photo, l’immeuble de granite rose joue évidemment un rôle important. Sa position en oblique, comme l’étrave d’un bateau allant sur la femme en rouge, la désigne au lecteur de la photo. Il est aussi important qu’elle et inversement. Lui immuable, elle de passage…

Cadre et angle de vue

L’angle de vue est frontal. Mais comme l’immeuble est vu sur l’arête, la photo n’est pas frontale.

La photo est un scan de diapositive Velvia (50 ASA = Iso) non post traitée après numérisation.

Matériel utilisé

J’ai pris ce cliché avec un Pentax LX sur lequel était monté un grand angle smc 18 mm f/3,5 extrêmement bien adapté aux USA. Il accompagnait un Zenitar 16 mm f/2,8 fisheye et un Horizon 202 panoramique.

Traitement

Comme dit plus haut, cette photo, une fois devenue fichier numérique, n’a pas été retraitée. Mais le retraitement d’un (bon) scan) de diapo argentique est parfaitement possible, aussi étonnant cela puisse paraître.

 

Moscou – La petite fille au ruban bleu

Données EXIFs
Moscou - la petite fille au ruban bleu - photos expliquées
Moscou ~1965 -Parc Gorki- La petite fille au ruban bleu
BoîtierStart (KMZ ) Zenit de luxe à prisme interchangeable) (argentique)
ObjectifHélios 44 58mmf/2 synchro
Distance focale58mm
Distance focale (35 mm)58mm
Vitesse1/60 (très vraisemblablement)
Ouverturef : 5,6
Iso50 ASA (=Iso)
Programmetout manuel – cellule externe
Contexte

Dans les années 60 (1963 et suivantes), j’ai effectué des voyages d’études en Russie (URSS à l’époque) pour apprendre le russe. Quand je n’avais pas cours, dès que j’ai pu aligner 5 phrases, je me suis baladé sans guide dans Moscou, avec mon appareil photo. Très vite j’ai acheté un appareil à caractères cyrilliques, un Start, Zenit à prisme interchangeable avec un Hélios 58 mm/2 à diaphragme synchronisé et baïonnette quick lock. Une particularité rarissime à l’époque, même en Occident. Avec ce matériel russe, je passais inaperçu. Ce jour-là, je me promenais dans le parc Gorki, gigantesque parc d’attractions et de loisirs le long de la Moskova. Quand j’ai aperçu ces deux filles, la plus grande, mère ou sœur (?) et la petite avec son énorme ruban bleu dans les cheveux. J’ai instantanément tilté , fait rapidement le point et déclenché.

L’intention créative

Je n’ai pas eu le temps de formuler quoi que ce soit de cet ordre. La seule intention était de les cadrer et de déclencher. Je n’ai même pas pensé au fait qu’elles pouvaient me voir. Je n’étais pourtant à guère plus de 6 à 8 mètres !

Procédé pour guider le regard

Il n’y a pas vraiment de procédé, c’est leur silhouette et leurs deux robes à carreaux qui attirent le regard. Je n’ai eu que le temps de les caler sur la gauche du cadre pour leur laisser l’espace « libre au déplacement ». Tout le reste, ouvrir le diaphragme pour assurer le flou d’arrière-plan et éventuellement éviter les personnages clairs derrière n’était pas possible.

Cadre et angle de vue

J’aurais (peut-être) pu m’accroupir pour les dégager plus du fond.

Matériel utilisé

Un boîtier Start (premier modèle) doté d’un prisme et d’un viseur de poitrine et vendu avec son Hélios 44 de 58 mm/2 à diaphragme à 13 lames, synchronisé (à la façon de l’Edixa allemand)<

Traitement

Le cliché d’origine est une diapositive Kodachrome II (50ASA = Iso) scannée à 3010 x 4500 pixels. Le fichier n’a pas été post-traité. Le visage de la plus grande pourrait être légèrement éclairé…

 

Moscou – Procession religieuse de nuit

Données EXIFs
Moscou -procession religieuse - photos expliquées
Moscou -1993- procession religieuse nocturne – église de la Nativité à Poutinki, en plein centre de la ville
BoîtierPentax Z-1 (argentique AF)
ObjectifFA 28-105mm f: 4,5-5,6
Distance focale35mm
Distance focale (35 mm)35mm
Vitesse~ 1/15
Ouverturef :4,5
Iso50 ASA (=Iso)
ProgrammeAv (priorité à l’ouverture)
Contexte

Après une coupure de 10 ans, je retournais en Russie. Le pays avait changé, mon matériel aussi. Mon Z-1 permettait d’être rapide. Ce soir-là, dans le centre de Moscou, je tombe sur la fin d’un service religieux. Ils sont devenus plus nombreux depuis la chute de l’URSS, mais encore assez rares en nocturne et au centre de Moscou. L’église est très belle, refaite à neuf, bien éclairée. La procession sort, je suis aux premières loges. Ce qui n’est pas forcément bien, les orthodoxes russes supportent très mal qu’on les regarde comme des attractions pour touristes et deviennent très vite agressifs. Je dois donc travailler vite et discrètement.

L’intention créative

Elle était de concilier le côté esthétique possible et celui solennel de la procession. J’attends donc, sans trop manifester mon intention de photographier, que la procession occupe une partie notable du cadre devant moi. Lorsque je vois les premières icônes portées à bout de bras et la croix s’approcher, je cadre et je déclenche rapidement. Il me faudra attendre le retour à Paris et la réception de mes diapos pour constater que mon projet (objectif plutôt ?) a été atteint.

Moscou-procession - Sens de lecture et dynamique
Sens de lecture et dynamique

 

Procédé pour guider le regard

La procession occupe une moitié de la photo., sous la diagonale HautGauche – BasDroit. Cette diagonale est souple et arrondie, mais elle est présente. La partie lumineuse à gauche de la croix évite que la masse sombre ne soit trop massive. La photo conserve un élément dynamique auquel participe le flou de mouvement. L’autre diagonale existe, comme un fantôme.

Cadre et angle de vue

Le cadre s’est construit tout seul, avec la procession devant le monument, les deux éléments constitutifs de la photo s’équilibrent et interagissent.

Procédé pour guider le regard

Le regard va du tiers supérieur gauche pour aboutir au tiers inférieur droit, en suivant le sens de lecture classique et celui de la procession.

Matériel utilisé

Le Z-1 était un boîtier évolué, qui à ma connaissance a connu un taux de retour en SAV proche de zéro. Très bien pensé ergonomiquement, son esthétique de gros poupon joufflu restait discutable. Il a été le premier boîtier Pentax AF abouti. Il préfigurait pratiquement tous les points positifs de Pentax actuels. Le FA 28-105, malgré son ouverture faible et de surcroit glissante, était un très bon zoom polyvalent et d’un poids raisonnable.

Traitement

Cette diapo Velvia scannée à 3637 x 2433 pixels n’a pas été post traitée. L’éclaircissement de la procession n’a rien donné de convaincant tout en faisant monter beaucoup de grain désagréable.

 

Vitrine de mode – Paris 2017

Données EXIFs
Paris - Gare du Nord - vitrine de mode - photos expliquées
Paris – Gare du Nord – vitrine de mode
BoîtierPentax K-1 (numérique )
ObjectifTamron 28-75mmf/2,8
Distance focale38mm
Distance focale (35 mm)38mm
Vitesse1/125
Ouverture5,6
Iso100
ProgrammeAv

 

Contexte

La maraude photographique est un de mes passe-temps favoris. Cette fois-là c’était du côté de la Gare du Nord. Dans le haut de la rue du Faubourg Saint-Denis, je suis tombé en arrêt devant une vitrine de mode et le reflet du monde extérieur dans la vitre. Le mélange des deux mondes était plaisant. Pas mal d’années plus tôt, à l’époque pré-numérique, j’avais beaucoup pratiqué cette discipline photographique avec un filtre polarisant. Mais on peut aussi obtenir des résultats plus limités, mais néanmoins intéressants (pour moi), simplement en jouant sur l’angle de la vitre et l’axe de l’objectif. C’est ce que j’ai fait.

L’intention créative

Mon intention était d’obtenir un mélange, une fusion entre le monde réel se reflétant dans la vitre et le monde fictif installé derrière cette vitre, dans la vitrine. Alors que le reflet est virtuel et que ce qui est derrière la vitre est réel. Inversion paradoxale qui me plait.

Paris - Nord - vitrine de mode - lieu de MaP
Paris – Nord – vitrine de mode – lieu de MaP, lieu d’aboutissement de la lecture.

 

Procédé pour guider le regard

Il est assez peu orthodoxe. Je me suis servi des lampes à l’ancienne dans la vitrine, qui forment une ligne, soulignée par les deux visages. En jouant sur l’inclinaison de l’objectif, j’ai dosé le reflet dans la vitre. Ainsi le reflet des immeubles est dominant. Et les deux femmes sont presque des fantômes. Les lampes jouent donc un rôle important.

Dans ce genre de photo, il n’y a pas toujours de procédé pour guider le regard. Ce sont souvent des photos complexes qui demandent au spectateur de bien scruter la photo pour rentrer dedans. Le photographe ne gagne pas à tous les coups ! Et la lisibilité facile n’est pas toujours au rendez-vous !

Cadre et angle de vue

Le cadre carré a été choisi pour sa composition posée, équilibrée et rassurante. L’angle de l’objectif m’a imposé un cadrage précis. Mais j’avais le temps, mes modèles étaient patientes.

Matériel utilisé

Le K-1 est un boîtier de rêve pour faire toute sorte de photos. Dans ce cas le viseur, large et lumineux est une bénédiction ! Le Tamron 28-75mmf/2,8 en est, à mes yeux, une autre. Ce n’est pas le meilleur zoom de cette amplitude du marché, le Pentax 24-70mmf/2,8 est meilleur, mais tellement plus lourd… Ce zoom a remplacé dans mon sac le 28-105 mm Pentax avec lequel j’ai fait la photo précédente !

Traitement

Cette photo n’a pas eu de post-traitement réel, juste un petit coup léger d’amélioration de micro-contrastes. Rien de bien sérieux

 

 

Crédit photos : © Valia – Les images sont la propriété de l’auteur – Cliquez pour agrandir

  • Dominique G
    9 décembre 2020 à 9 h 25 min

    Bonjour

    La photo commentée est un exercice toujours instructif, j’attends les prochaines avec intérêt, même si la photo de rue n’est pas quelque chose que je pratique fréquemment.
    Nostalgie oblige, le premier reflex que j’ai utilisé (on me l’avait prêté) était un Zenith D.

    • Valia
      9 décembre 2020 à 9 h 28 min

      Merci pour votre réaction. Et bienvenue « au club » pour le Zenit D.