Photographier les reflets est une question presque angoissante. En effet, cette pratique pose immédiatement au photographe une question sur son identité.

Chacun de nous a commencé sa vie en croyant que son image dans un miroir était une autre personne, en cherchant à la toucher pour vérifier qui c’était. Un petit enfant ne sait pas qui est ce bébé qui le regarde ! Ni pourquoi il le regarde ! Quand ce petit enfant, devenu adulte, se regarde dans un miroir, il sait qu’il se voit, mais ce n’est que son image à l’envers qu’il voit.

Photographier des images-reflets pose donc un problème existentiel. Plus que d’autres pratiques photographiques. Dans un autoportrait au miroir, nous nous reconnaissons parce que nous avons l’habitude de nous voir comme ça, mais nous nous photographions avec un xatneP ! (voir l’image ci-dessous)

 

Autoportrait xatneP

Autoportrait dans un miroir , avec boitier xatneP

 

Et quand nous retournons le fichier numérique grâce au miracle (au sens historique du mot) du Post-Traitement, xatneP redevient Pentax, mais le reste de la photo est gauche à droite, si celle-ci fusionne le reflet et ce qui est de l’autre côté de la vitre ou autour du miroir. Le problème serait-il insoluble ? La question « Qui suis-je ? » « Qui sommes-nous ? » n’a effectivement pas de réponse univoque.

Par contre la question « Quelles photos j’aime faire ? » peut avoir des réponses précises. Quelles sont-elles ?

Dans la pratique, ces réponses sont les suivantes :

  •  Les reflets simples;
  •  Les reflets simples paradoxaux;
  •  Les reflets mixtes;
  •  Les photos en abîme.

 

 

Les reflets simples

Ce sont des images du type : un objet et son reflet dans un plan d’eau (par exemple) qui se trouve entre l’objet et le photographe. La photo va donc toujours être double : le sujet et son image inversée dans un cadre horizontal ou vertical. Au moment de la prise de vue, vous aurez à prendre une décision :

Où faire la MAP ? Sur le sujet ou son reflet. Car si l’énorme majorité des photographes fait le point sur le sujet sans même y penser, on peut très bien faire le point sur le reflet.

J’entends déjà les remarques « Mais il a une idée derrière la tête ! ». En effet, en choisissant la MAP sur le reflet, on montre qu’on a choisi de privilégier l’image virtuelle plutôt que la réelle. Ce qui n’est pas sans signification. Le fait que vous ayez choisi une MAP originale n’est pas sans signification non plus.

Ces reflets peuvent se faire dans un plan d’eau, premier miroir qui vient à l’esprit et surface réfléchissante la plus courante. Mais ce peut être aussi une carrosserie de voiture, un toit tout particulièrement, une vitrine, une façade d’immeuble, une flaque d’eau, et un miroir bien évidemment. Cette surface réfléchissante peut avoir des dimensions qui vont du rétroviseur de moto à l’immense vitrine d’une grande boutique. Enfin cette surface peut donner une image fidèle ou modifiée sur le plan géométrique ou/et colorimétrique ; comme les carrosseries des voitures.

Les règles de composition de ces images restent les mêmes que pour une image classique. Simplement l’image double peut faciliter la composition en offrant une « autoroute » aux principes de symétrie et aux diagonales. Par contre la MAP requiert plus d’attention que d’habitude et peut présenter des difficultés en AF. En effet, l’AF peut ne pas parvenir à faire tout seul le point tel que vous le souhaitez, même celui des Pentax, réputé pour sa précision. Cela provient du problème de physique optique de la distance à l’objet virtuel que l’AF confond avec la surface où se forme son image. Dans tous les cas où la surface où se forme le reflet est assez proche, il est conseillé de fonctionner en MF et de faire la MAP qui convient à vue. (voir photo).

 

Reflet simple - La Rochelle

Reflet simple dans une vitrine – La Rochelle

 

Reflet simple dans un toit de voiture

Reflet simple dans un toit de voiture – Lille

 

Les reflets simples paradoxaux

Le paradoxe réside dans le traitement de présentation du cliché. Celui-ci, en inversant le sujet réel et son reflet (virtuel), rend la photo étonnante, questionnante, car le lecteur se demande ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. Le plus souvent le spectateur se rend compte que quelque chose ne va pas, mais pas (tout de suite) quoi. Ces reflets simples paradoxaux peuvent aussi être le résultat d’une surimpression (voir article) où le reflet est une image du sujet tête-bêche, c’est-à-dire un reflet inversé dans l’axe vertical et pas seulement horizontal ! Le reflet est en diagonale, mais cela ne se voit pas immédiatement. L’effet d’étrangeté fonctionne bien.

 

Reflet paradoxal - Inversion de sens -Saint Petersbourg

Reflet paradoxal – Inversion de sens -Saint Petersbourg – Argentique au LX

 

Reflet paradoxal - par surimpression - Saint Petersbourg

Reflet paradoxal – par surimpression – Saint Petersbourg – Argentique au LX

 

Ces 2 dernières photos peuvent être montrées telles quelles ou tête-bêche, sans différence.

 

 

Les reflets mixtes

Ce sont des photos qui mélangent images-reflets et image de la réalité se trouvant de l’autre côté de la surface miroir, en général une vitre. On obtient alors des clichés dans lesquels ce qui est de l’autre côté de la vitre et ce qui se reflète dans cette vitre se mélange. Le résultat peut être très imbriqué, rendant difficile la distinction entre image réelle (derrière la vitre) et image virtuelle (reflet).

Ce type de prise de vue est nettement plus facile avec un filtre polarisant (circulaire). Celui-ci permet de doser la part de reflet et d’image réelle, sans avoir besoin de modifier l’angle d’incidence de l’axe de l’objectif par rapport à la vitre. Cette manœuvre a l’inconvénient d’être d’une efficacité limitée et de modifier le cadrage. L’usage du polarisant est passé de mode, mais on peut néanmoins en trouver assez facilement, sinon à bon marché. En tous cas, c’est le seul outil permettant vraiment de jouer avec le mélange réel/virtuel.

 

Reflet mixte - tiré de la série "A lens au pays des merveilles"

Reflet mixte – tiré de la série « A lens au pays des merveilles » – Argentique au LX

 

Reflet mixte - tiré de la série "A lens au pays des merveilles" -2

Reflet mixte sans polarisant -Anvers- tiré de la série « A lens au pays des merveilles » – Argentique au LX

 

Reflet mixte - tiré de la série "A lens au pays des merveilles" -3

Reflet mixte sans polarisant- tiré de la série « A lens au pays des merveilles » – Argentique au LX

 

Reflets mixtes sans polarisant - Paris Gare du Nord

Reflets mixtes sans polarisant – Paris Gare du Nord

 

 

Les reflets en abyme

Cette quatrième catégorie de reflets est la plus difficile à produire. Elle nécessite deux ou plusieurs miroirs (ou toute surface réfléchissante) se faisant face ou se reflétant les uns les autres. Cette situation est naturellement assez rare. Avec 2 miroirs se faisant face, ce qui permet des images à l’infini, il est pratiquement impossible de ne pas figurer sur la photo, car pour avoir une image en abyme il faut être sur la ligne qui joint les deux miroirs. On fait donc un autoportrait démultiplié.

Si c’est le but recherché, c’est parfait. Sinon, c’est dommage. On peut également obtenir un abyme (partiel) avec les miroirs disposés en oblique qui donneront un abyme partiel. Et parfois peuvent créer une image dans l’image. En fait l’image en abyme est un cas extrême d’image(s) dans l’image. Personne ne s’étonnera que des artistes comme Magritte ou Eisner aient pratiqué ces formes d’images multipliées.

Reflet mixte à effet d'abîme.

Reflet mixte à effet d’abîme – Numérique au K-5

 

Reflet en abyme - Paris Brasserie Zeyer

Reflet en abyme – Paris Brasserie Zeyer

 

Pour terminer, voici une image à reflets « complexes », où sont mêlés des reflets simples, mais de personnes différentes, dans des plans différents. Ces reflets créent des images dans l’image qui s’ajoutent aux cadres de la vitrine, créant tout un damier d’images séparées les unes des autres. Tout comme si ajoute aux reflets du photographe et du barman, le visage direct du client qui regarde l’objectif…

 

Reflets multiples en abyme et images dans l'image.

Reflets multiples en abyme et images dans l’image.

 

 

De manière générale les images miroirs, les reflets donnent souvent des images complexes. Des images dont la structure est parfois peu recevable directement. Elles nécessitent parfois une reconstruction mentale pour être déchiffrées. Troublantes parce qu’elles nous interrogent sur notre vision de l’espace et de nous-mêmes dans l’espace, elles ne sont pas rassurantes et donc souvent pas très populaires.

 

 

Crédit photographique Valia. Cliquer sur les photos pour agrandir.