Les touches AF et AE-L : quelle utilité ?

De nombreux appareils photo numériques présentent deux touches, AF et AE-L, parfois confondues, qui interpellent souvent les photographes débutants. À quoi servent-elles ? Peut-on s’en passer ? Comment fonctionnent-elles ? Autant de questions qui vont permettre de défricher un peu le terrain.

Préambule
N’étant pas du tout convaincus par ce qu’il est convenu de nommer « l’écriture inclusive », nous rédigeons très souvent nos textes en employant le masculin pour désigner les individus, photographes ou pas. Il ne faut pas y voir un quelconque sexisme : dans notre esprit, le masculin est une implémentation du neutre, malheureusement absent de notre langue, surtout lorsque l’on parle des personnes. Mais il est évident que nous incluons dans nos propos les photographes et personnes de sexe féminin.

Les touches AF et AE-L sur le K-3 mark III
AFAEL
La touche AF/AE-L sur le KP

La touche AF

On le devine aisément : « AF » signifie « Auto Focus », mise au point automatique, en langue française.

En photo, la mise au point est cruciale, qu’elle soit automatique ou manuelle. Rappelons qu’elle s’est automatisée au temps de l’argentique, mais bien sûr avec moins de précision qu’aujourd’hui.

Un tout petit peu d’histoire

Il est admis que le premier appareil à bénéficier de ce système, fut le compact Konica C35 AF en… 1977, coupant l’herbe sous le pied à Minolta, qui œuvrait aussi sur un système AF. Le système de Konica était issu du « Visitronic », conçu par Honeywell pour ses caméras super-8. Nos lecteurs qui souhaiteraient avoir plus de renseignements sur ce système pourront utilement consulter cette page sur l’excellent site de Sylvain Halgand.

 

En 1978, Polaroïd mit sur le marché un appareil doté aussi d’un système autofocus. Un peu plus tard, en 1981, Pentax conçut le premier objectif autofocus pour le reflex ME-F. C’était un zoom 35-70/2.8, à l’esthétique, disons… discutable !

ME-F Auto Focus par l'objectif 35-70mm/2,8
ME-F Auto Focus par l’objectif 35-70 mm/2,8

 

L’AF aujourd’hui

Les choses ont beaucoup évolué depuis cette époque !

Généralement, la mise au point s’obtient en pressant le déclencheur à mi-course. Simple, efficace, cela ne demande pas une grande réflexion. Cependant, cette manière d’opérer nécessite un peu de doigté. On a tôt fait de presser un peu fort et/ou précipitamment et ainsi de prendre une photo… floue ou mal cadrée, voire les deux ! Certes, en numérique, c’est loin d’être dramatique, sauf si l’on est extrêmement pointilleux en matière d’écologie.

C’est là que certains trouvent utile la touche « AF ». Une pression sur cette touche permet de faire le point, le déclencheur servant alors… à déclencher, donc prendre la photo. A condition, bien sûr, d’avoir correctement paramétré le boitier dans ce but. Les adeptes de cette méthode affirment, sans que l’on sache si une pleine objectivité les anime, qu’elle apporte un vrai « plus » en termes d’efficacité et, surtout, de vitesse. J’avoue que, personnellement, 99 fois sur 100, j’en suis resté à la méthode des « 2 étapes » sur le déclencheur

Paramétrage

On notera que l’emplacement de cette touche sur le boîtier fait qu’elle tombe naturellement sous le pouce d’un utilisateur qui tient son APN « normalement ». Le temps de réaction et la précision sont, de notre point de vue, du même ordre qu’une mise au point faite sur le déclencheur. Mais tout est question d’habitudes et de choix personnels. À chacun, par conséquent, de vérifier pour ce qui le concerne.

Reste à paramétrer les réglages. Sur les boîtiers où l’on trouve 2 touches distinctes pour « AF » et « AE-L », pas de souci particulier : chacun pourra être paramétré pour l’usage auquel il est destiné.

Attention cependant : sur le K-1 II, si l’on ne peut paramétrer la touche AF que pour l’autofocus, il existe plusieurs possibilités (voir menu « Appareil photo » – 5 – « Personnalisation des boutons » – « bouton AF » puis 2 appuis à droite du « trèfle » pour visualiser les options possibles). Il peut être utile d’expérimenter les différentes possibilités avant d’en choisir une, au moins provisoirement. Car il est bien entendu que ce paramétrage n’est jamais définitif et peut être modifié selon les besoins.

Sur un boîtier comme le KP, il faudra faire un choix, car un seul bouton « AF/AE-L » peut être utilisé : il faudra donc choisir entre une des différentes possibilités d’AF et la mémorisation de l’exposition. Oui, on ne l’a pas encore dit, mais « AE-L » veut dire « Automatic Exposure – Lock », c’est-à-dire verrouillage de l’exposition automatique. Important pour la réussite de la photo, mais peu de choses à voir avec la mise au point ! A ce propos, notons cependant qu’une exposition déficiente peut très souvent être améliorée en post-traitement (les zones « cramées » mises à part). Mais, si la mise au point (AF) est défectueuse, les post-traitement sera impuissant dans la plupart des cas.

Menu de personnalisation

Ci-après quelques images sur les possibilités de réglage, sur le KP, d’une part, sur le K-1 mark II d’autre part.

Nota : sur le KP, c’est le même menu qui, déroulé, permet le paramétrage des touches AF et AE-L.

 

Sur le K-1 mark II, le menu de personnalisation des boutons n’opère pas sur la touche AE-L. En revanche, il permet de nombreuses autres personnalisations des boutons Fx1, Fx2, AF et des molettes.

Remarque

Sur certaines marques d’appareils photo existe une touche « AF-L » (ou équivalente) qui permet de verrouiller la mise au point. Ce n’est pas le cas sur les boîtiers Pentax. Pour ces derniers, si l’on veut garder la mise au point (par exemple pour pouvoir recadrer sans perte du point), il faudra maintenir enfoncée à mi-course la touche du déclencheur. Voir aussi un de nos articles précédents.

Les effets du choix

Il est clair que tous les paramétrages permettent, a priori, et s’ils sont correctement harmonisés, de produire des images bien exposées et nettes (du moins où l’on peut choisir le point de netteté). Cela ne dépendra que du choix, et, surtout, des préférences du photographe. Certains préfèrent garder la mise au point sur le déclencheur, d’autres ne jurent, pour ce faire, que par la touche AF. Chaque manière de faire a ses avantages et ses inconvénients. Notre rôle n’est pas de conseiller une méthode de préférence à l’autre : à chacun de se faire son opinion par l’expérimentation de l’une et de l’autre. Pour ce qui me concerne, sur le K-1 II, la question ne se pose pas vraiment ! La touche AE-L sert à l’exposition (pas d’autre option), la touche AF… à l’autofocus. Et, pour moi, cette dernière touche, la seule à paramétrer le cas échéant, n’est quasiment jamais activée.

La touche AE-L

Nota : c’est pour illustrer le rôle des touches AF et AE-L qu’on a choisi une image de titre très mal exposée.

Une « redite » pour celles et ceux qui auraient court-circuité les paragraphes précédents : « AE-L » veut dire « Automatic Exposure – Lock », c’est-à-dire « verrouillage de l’exposition automatique ».

Les boîtiers Pentax sont, notamment, renommés pour leurs vastes possibilités de paramétrage, ce qui, aux yeux de certains esprits hostiles, les rendrait « complexes à utiliser ». Oui, mais voilà : les Pentaxistes peuvent aussi être des photographes exigeants, tout autant que les Canonistes ou Nikonistes (ou tout autre « iste ») et, par conséquent, apprécieront de pouvoir choisir aussi confortablement que possible leur manière de photographier. Et donc, pour y parvenir, de paramétrer à leur guise leur boîtier. Le faire intelligemment ne nuira pas, c’est évident, à l’efficacité ! Et si la rapidité est l’apanage de la technique (donc des machines), l’intelligence naturelle est bien l’apanage de l’humain. On ne peut à cet égard que souhaiter qu’elle ne soit jamais totalement remplacée par ce que l’on nomme l’intelligence artificielle. C’est un autre débat !

Comment utiliser la touche AE-L

Nos lectrices et lecteurs pourront se référer aux nombreux articles, les nôtres compris, bien sûr, relatifs à l’exposition en photographie (et non pas à l’exposition de photographies !) ou à l’éclairage.

Les écueils sont parfois nombreux, en fonction de la scène photographiée. C’est le cas lorsque de forts écarts de contraste existent, lorsque la lumière est globalement faible, ou au contraire trop forte. Bref, les situations sont nombreuses dans lesquelles il faudra prêter une attention particulière à l’exposition. Pourquoi ? Tout simplement parce que si l’on n’y prend pas garde, on pourra avoir des zones « cramées » sur la photo. Et ça, c’est généralement irrattrapable en post-traitement. Alors qu’une zone sous-exposée offre plus de latitude à cet égard, sans pour autant être dénuée d’inconvénients (bruit numérique, par exemple) et sans être rattrapable dans TOUS les cas.

Découpler AF et Exposition

Par défaut, les systèmes règlent l’exposition sur l’endroit où s’effectue la mise au point. C’est facile et efficace dans un certain nombre de cas. Et catastrophique dans d’autres cas. Un exemple ? Une photo de paysage en pleine lumière, l’été, le soleil au zénith. Comme souvent, on fait le point (donc aussi dans ce cas la lumière) sur le sujet principal de la photo. Très bien ! Il sera parfaitement exposé si l’on n’a pas fait de bêtise par ailleurs. Et on en oublie que le ciel, lui, déjà très clair, sera complètement surexposé. Un petit passage sur l’histogramme le confirmera sans l’ombre d’un doute !

Bon courage alors pour « rectifier ». Alors qu’il aurait été facile, dès la prise de vue, soit de sous-exposer pour avoir un ciel correctement exposé, soit de mémoriser l’exposition en visant ce ciel : la cellule aurait alors réglé l’exposition en tenant compte de cette forte lumière. C’est précisément ce qui s’est passé pour notre photo de titre : une partie importante de l’image est irrémédiablement surexposée.

Bien sûr, d’autres zones de l’image auraient sans doute manqué de lumière, mais on a vu que sur ce point, c’est plus facile d’en ajouter en post-traitement. Ce qui est vrai en forte lumière d’été se retrouve aussi avec des ciels « blancs » si peu agréables en photo ! Cela ne veut cependant pas dire qu’il faille, dans tous les cas, mémoriser l’exposition sur le point le plus lumineux de la scène en espérant qu’elle sera bien et uniformément exposée ! Par exemple, en cas de portrait sur un fond moyennement lumineux, il est bien plus judicieux de faire la lumière sur le visage du modèle (et le point sur l’œil le plus proche, si le modèle est de profil).

Un exemple

Dans les deux photos ci-dessous, la mémorisation de l’exposition (touche AE-L) a été effectuée sur la zone cerclée de bleu (attention : la cible réelle est bien plus petite que le cercle lui-même !).

Ici, le jet d’eau et le mur sont assez correctement exposés, mais le haut de l’image est notablement sous-exposé. La mémorisation de l’exposition sur une zone sombre a entraîné une forte surexposition du sujet principal (jet d’eau et mur)

Pour remédier à ces deux inconvénients, la seule solution envisageable est d’éclaircir les ombres dans la première photo. La deuxième, surexposée, n’est pas rattrapable. La meilleure solution aurait été de refaire la photo en l’exposant correctement cette fois.

Le procédure

En pratique, comment procéder pour découpler AF et exposition ? Cela dépend bien sûr des boîtiers, mais il faut passer par les menus de l’appareil. Sur un K-1 II, comme sur un KP et sans doute d’autres encore, c’est au menu C.1.5 « Lier point AF et AE » (Les images ci-dessous représentent le menu sur le K-1 II).

Sur le K-1 II, en position « Arrêt »,

l’exposition est réglée indépendamment du point de mise au point. L’utilisation de la touche AE-L s’impose alors : on vise le point sur lequel on veut « faire la lumière », on mémorise par appui sur AE-L. La mémorisation subsiste pendant plusieurs secondes, laissant le temps de recadrer et de déclencher.

Sur le K-1 II, en position « Marche »

l’exposition est mesurée par le collimateur de mise au point.

Sur le KP

c’est le choix de personnalisation des boutons qui va primer : soit AF soit AE-L. Si le choix a été « AF » l’appui sur la touche AF/AE-L fera la mise au point. Pour mémoriser l’exposition, il faudra alors avoir lié AF et AE dans le menu C-1.5, ou bien avoir assigné cette fonction à l’un des boutons qui le permettent : Fx1, Fx2 ou Fx3 (ce n’est pas leur fonction par défaut : voir le menu).

Au contraire si on a choisi AE-L, un appui sur la même touche mémorisera l’exposition et la mise au point sera obtenue par appui à mi-course sur le déclencheur, ou bien, pour obtenir la fonction « AF » sur un bouton, il faudra l’avoir programmé à cet effet.

Ces manœuvres sont bien plus simples à exécuter en réalité qu’à décrire. En fait, la seule « difficulté », pour l’utilisateur, c’est de retenir ses préférences et donc ses réglages. Car, le libellé (par exemple) du bouton « Fx1 » ne passera pas, par magie, à « AF » si on l’a programmé pour faire la mise au point !

Pour finir

Seule l’expérimentation des différentes solutions permettra de déterminer celle qui convient le mieux à la personne qui utilise l’APN. Mais si elle le prête à une autre personne, celle-ci n’aura pas forcément les mêmes préférences. On imagine tout se suite les complications au retour du prêt : il faudra refaire le paramétrage de l’appareil, chose pas forcément simple avec les nombreuses fonctionnalités et personnalisations permises (expérience vécue !).

D’un autre côté, comme nous l’avons évoqué plus haut, si certains confient au déclencheur le soin de faire la mise au point ET, dans le même temps, de régler l’exposition sur ce point (option possible par le menu C.1.5), nous insisterons sur un point : c’est un choix possible dans de nombreux cas et situations, mais cela n’en fait pas pour autant la solution universelle et idéale dans tous les cas de figure.

  • Serres Jean Claude
    10 février 2022 at 11 h 47 min

    Merci pour cet excellent article, complet et utile.

    • Micaz
      10 février 2022 at 13 h 53 min

      Merci pour votre sympathique commentaire !

  • Youri
    13 février 2022 at 16 h 54 min

    Bonjour,

    Merci pour cet article.
    J’imagine que l’intéret du bouton AE-L est lorsque la mesure de l’exposition est une mesure spot.
    Dans le cas d’une mesure multizone, le bouton AE-L n’a pas d’incidence sauf à tromper le boitier en mesure l’exposition en dehors du cadre de la photo pour sur ex ou sous ex.
    Si le menu C.1.5 « Lier point AF et AE » est sur arrêt, et qu’on prend la photo sans utiliser le bouton AE-L, l’exposition sera calculé comment dans le cas d’une mesure spot ?

    • Micaz
      18 février 2022 at 15 h 01 min

      Bonjour
      Et pardon pour le retard à répondre à votre commentaire.
      L’appui sur la touche AE-L permet de mémoriser l’exposition, quel que soit par ailleurs le système de mesure choisi sur le boîtier : mesure matricielle (ensemble de l’image), mesure centrale pondérée (ensemble de l’image avec prépondérance au centre), mesure spot (mesure au centre de l’image). Il suffit alors de pointer au centre du viseur la partie de la scène sur laquelle on veut « faire la lumière » et de presser alors la touche AE-L : c’est la partie de l’image visée qui bénéficiera de la mesure. Un astérisque « * » s’affiche dans le viseur et sur l’écran LCD. On peut alors recadrer et prendre la photo. Cette façon de procéder évite de devoir changer ponctuellement le mode de mesure pour y revenir une fois la photo faite. C’est un gain de temps certain.
      Bien sûr, si l’on a choisi de lier AE et AF au menu C.1.5, alors la mesure de l’exposition sera calculée uniquement sur l’endroit où est faite la mise au point. Cela peut parfois (souvent ?) être une erreur. Pour ma part, je ne lie pas point AF et point AE, mais cela ne m’interdit pas d’autres erreurs pour autant ! 😉
      D’ailleurs tout ceci résulte de ma pratique personnelle : le manuel de mon APN (K-1 II) est remarquablement discret sur l’utilisation de la touche AE-L !