Ce qui suit n’est surtout pas un guide de la gestion de la couleur. Tout au plus, il s’agit d’éléments de compréhension quant à la couleur, la façon dont elle est gérée. Tout est parti du fait que les reflex Pentax permettent de choisir entre les espaces colorimétriques sRGB et AdobeRGB.

Mais qu’est-ce que c’est et que doit-on choisir ?

 

 

Quelques notions de base

 

Le gamut

Le gamut représente l’ensemble des couleurs capables d’être reproduites avec des nuances par un certain type de matériel. Il n’est pas possible de reproduire toutes les couleurs perceptibles par la vision humaine.

Le gamut dépend des couleurs primaires qu’il emploie. C’est ainsi que le gamut d’un écran (basé sur les lumières RVB) sera différent d’un gamut d’une imprimante (basé sur les encres). Et un gamut d’une imprimante à 4 cartouches (CMYK) sera inférieur à celui d’une imprimante à 6 cartouches ou plus.

 

 

Espace colorimétrique

Un espace colorimétrique (ou espace de couleurs) représente l’ensemble des couleurs perceptibles (sous forme d’un volume géométrique, le gamut), utilisables ou reproductibles par un humain ou un appareil de restitution tels un écran ou une imprimante. Les espaces colorimétriques peuvent décrire, selon le cas :

  • les caractéristiques d’un périphérique comme un écran ou une imprimante (on parlera alors de profil ICC),
  • l’ensemble du spectre de couleur visible, sans tenir compte d’un élément de la chaîne graphique,
  • un espace de travail et de palettes de couleurs qui seront utilisés par les logiciels servant au PT.
Superposition des principaux gamuts

Superposition des principaux gamuts

 

Il existe plusieurs espaces colorimétriques. Et pour beaucoup d’entre nous, il est difficile de faire une différence. L’étendue du gamut n’est pas conditionné par l’élément essentiel du choix d’un espace de travail, mais plutôt par le support final auquel est destinée l’image. En effet, la complexité des nuances de couleurs d’une photo n’a que peu d’intérêt si l’écran ou le papier sont incapables de les retranscrire !

 

 

Modèle colorimétrique

La notion de modèle colorimétrique fait, quant à elle, référence à la façon de mélanger les couleurs et les façons dont on va utiliser leur nombre pour décrire une couleur. RVB et CMYK sont des modèles colorimétriques.

Il ne faut pas confondre ces deux notions. Un espace colorimétrique est l’expression d’un volume de couleurs restituées dans un modèle colorimétrique. Par exemple, l’Adobe RGB et le sRGB sont 2 espaces colorimétriques différents, basés sur le même modèle colorimétrique, le RGB.

 

 

Le modèle colorimétrique RGB

Le modèle RGB est un des modèles les plus connus, avec le CMYK (utilisé dans l’impression). Il est basé sur l’addition de la luminosité dans les mélanges de couleur (ce qu’on appelle la synthèse additive). Ce modèle RGB repose sur les trois couleurs primaires (RGB : Red, Green, Blue, soit en français RVB pour Rouge, Vert et Bleu). Ce sont leurs mélanges qui vont restituer toutes les autres.

Pour illustrer le principe, il faut imaginer 1 mur noir et 3 projecteurs (un de couleur rouge, un de couleur verte et un de couleur bleue). Quand on allume le projecteur rouge, le mur noir est éclairé en rouge. Si on allume en même temps le projecteur vert, alors le mur sera éclairé en jaune. Et si on allume aussi le projecteur bleu, alors l’écran sera blanc (ou gris selon la puissance lumineuse). Le noir est obtenu, lui, quand les projecteurs sont éteints.

C’est en variant la puissance lumineuse de chaque projecteur que l’on pourra obtenir les différentes nuances de couleurs. Pendant longtemps, en informatique, la « puissance d’éclairage » de chaque projecteur était codée sur 256 niveaux (de 0 à 255). Ce qui veut dire que chaque couleur primaire pouvait avoir 256 nuances de luminosité par couleur. Soit environ 16 millions de couleurs (256 x 256 x 256) pour le modèle RGB.

L’ensemble des couleurs du modèle RGB est donc basé sur une association des 3 couleurs primaires et de la puissance d’éclairage des projecteurs. Ce modèle RGB est très utilisé dans l’industrie, car l’œil humain utilise ce modèle colorimétrique. Les écrans (cathodiques au départ et LCD aujourd’hui) sont toujours basés sur ce principe.

 

 

Couleurs L*a*b*

De son vrai nom CIE L*a*b*, souvent abrégé en CIE LAB ou Lab plus simplement. Il s’agit d’un espace de couleur pour la caractérisation des couleurs de surface. L’espace L*a*b* est l’ensemble des couleurs visibles par un œil humain « standard ». Trois grandeurs caractérisent les couleurs :

  • La composante L* est la clarté (dérivé de la luminance de surface), qui va de 0 (noir) à 100 (blanc),
  • La composante a* représente une gamme de 600 niveaux sur un axe vert (-300) à rouge (+299),
  • La composante b* représente une gamme de 600 niveaux sur un axe bleu (-300) à jaune (+299).

 

Les deux paramètres a* et b* expriment l’écart de la couleur par rapport à celle d’une surface grise de même clarté. L’existence d’une surface grise, non colorée, achromatique, implique d’indiquer explicitement la composition de la lumière qui éclaire la surface colorée. Cet illuminant est souvent la lumière du jour normalisée D65 (6 500 K).

Espace L*a*b*

Espace L*a*b*

 

Cette caractérisation de la couleur par la Commission Internationale de l’Eclairage (CIE) s’est rapidement imposée comme étant la norme de référence pour tous les espaces et modèles colorimétriques.

 

 

Profil ICC

Il s’agit d’un fichier numérique qui va décrire la manière dont un périphérique informatique restitue les couleurs (par référence aux couleurs L*a*b*). Ce fichier va donc proposer une table de correspondance qui contiendra la liste des valeurs tonales d’un espace colorimétrique reproduisibles par l’appareil de restitution et la correspondance, pour chacune des valeurs, de sa véritable couleur L*a*b*.

Le problème vient du fait que chaque appareil de restitution se comportera différemment. Chaque couleur véritable sera restituée différemment, ce qui fait qu’un rose peut apparaître plus rouge d’un côté et plus jaune de l’autre. Pour compenser cette dérive, chaque élément de restitution doit avoir son profil ICC dédié.

Ces informations peuvent être incluses dans un fichier (JPEG, RAW, TIFF) ou être disponibles sous forme de fichier externe (fichier avec une extension .icc ou .icm) pour les périphériques de restitution.

 

 

Espace colorimétrique et PT

En Post-Traitement, l’utilisateur va travailler à l’intérieur d’un espace couleur d’un modèle colorimétrique, afin de se rapprocher le plus possible de la réalité, et de proposer un résultat similaire, quels que soient les éléments de restitution.

 

 

sRGB et AdobeRGB

Le sRGB et l’Adobe RVB sont doute les espaces couleurs les plus connus pour le grand public. Et ce sont ceux qu’utilisent nos appareils photo numériques quand on choisit le mode JPEG. Mais il en existe d’autres, comme le ProPhoto 16bits. Le choix se fera alors dans DxO, Lightroom, Camera Raw ou autres.

Les espaces couleur se différencient par leur gamut, c’est à dire les couleurs qu’ils sont en théorie capables de reproduire. Il existe un socle commun de couleurs à tous ces espaces. La différence se fera uniquement sur les couleurs les plus saturées. En Adobe RVB 98, on pourra continuer à distinguer des nuances surtout dans les rouges et les verts alors qu’en sRGB on aurait un aplat de couleurs sans nuance et un poil moins saturé.

Mais attention, un espace peut contenir des couleurs qu’un périphérique sera incapable d’afficher ou d’imprimer par exemple. On peut donc dire que le choix d’un espace couleur sera fonction du support envisagé.

Il existe des différences essentielles entre les espaces couleur, mais que seuls quelques rares utilisateurs pourront réellement distinguer.

La première différence est évidemment leur gamut qui est, théoriquement, la plus parlante. Les autres différences étant la température du point blanc et la courbe gamma. Mais il convient de garder à l’esprit que tous les espaces possèdent des couleurs communes, que celles-ci sont très nombreuses, et que, tant qu’on n’effectue pas de saturation excessive, ces couleurs auront toujours le même aspect.

L’espace sRGB contient environ 2,5 millions des couleurs de l’espace de référence qu’est l’espace L*a*b*. Ce qui veut dire que seules les couleurs les moins saturées seront reproduites. Est-ce très grave quand on sait que ce sont les plus courantes ?

L’espace AdobeRGB est lui un peu plus grand, surtout les bleus, les cyans et les verts saturés.

 

 

De l’intérêt de choisir un espace

Le sRGB contient déjà de très nombreuses couleurs tandis que le gamut de l’Adobe RGB est plus grand que le premier. Alors, comment choisir de travailler dans un espace plutôt qu’un autre ?

En théorie, on va choisir le plus grand espace afin de pour pouvoir afficher plus de couleurs. En pratique, ces couleurs supplémentaires concernent essentiellement les nuances très, voire hyper saturées. Dans la grande majorité des photos, cela n’offrira que peu d’intérêt de choisir le plus grand espace, autre que le « moi monsieur, je travaille en AdobeRGB ! ». Cela ne sert à rien d’utiliser un espace de couleur contenant « trop » de couleurs pour sa destination.

Il en va autrement pour les photographes affectionnant les couleurs saturées, voire extrêmement saturées, dès la prise de vue ou en post-traitement (via des procédés HDR par exemple). Il y a les couleurs qu’on photographie et celles qu’on retouche…

La plupart du temps, vous ne verrez guère de différences sur un écran « sRGB » entre une image dans l’espace sRGB et la même dans l’espace AdobeRGB. Or, la plupart des écrans sont de ce type ! Si vous avez un écran « large gamut », alors vous pourrez percevoir de légères différences de détails dans les couleurs super-saturées. Toutes les autres couleurs seront strictement identiques !

L’espace couleur sRGB a le mérite de proposer un standard très largement utilisé lors de la diffusion sur de nombreux types d’écrans et donc du Web. A contrario, si la destination finale est l’impression, un espace colorimétrique plus large comme l’Adobe RGB peut parfois permettre une meilleure retranscription des couleurs, notamment dans les tons cyan et vert. Parce qu’il bénéficie d’un gamut plus élevé, il devrait être l’espace à privilégier quand on destine ses images à l’impression. Mais si vous ne faites pas de photos saturées, même pour l’impression, le sRGB suffit largement.

 

 

Quel espace choisir lors de la prise de vue ?

Choisir son espace colorimétrique sur son appareil photo n’a de sens que si vous prenez vos clichés en JPEG. En effet, un des nombreux apports du RAW est que ce format n’a pas d’espace colorimétrique à la prise de vue, prenant toutes les couleurs disponibles, saturées ou non.

Donc, quand on shoote en RAW, on a un libre choix pour choisir l’espace et le modèle colorimétrique que l’on souhaite, en fonction des usages de destination. Et privilégier, par exemple, l’espace ProPhoto 16 bits lors du développement, surtout en cas d’impression. Il suffit de conserver à l’esprit, que pour être diffusée ou utilisée dans un autre logiciel, toute image doit être convertie vers un espace colorimétrique de travail (tel que sRGB ou Adobe RGB) au gamut plus réduit.

Autre avantage de photographier au format RAW, si on utilise certains logiciels de développement, c’est de profiter :

  • du profil ICC de l’appareil,
  • des profils de la marque du boîtier (comme Camera Landscape)
  • et des profils par défaut (pour Lr par exemple, Adobe Standard).
Profils Standard ou issus du boitier dans Lr

Profils Standard ou issus du boîtier dans Lr

 

Pour être diffusée ou utilisée dans un autre logiciel, toute image doit de plus être convertie vers un espace colorimétrique de travail (tel que sRGB ou Adobe RGB) au gamut plus réduit. Encore une fois, vive le RAW, car peu importe le choix d’un espace colorimétrique au niveau du boîtier, tout se fera post prise de vue. Le choix s’effectuera alors en fonction de la destination de l’image.

 

Menu K-5, choix espace couleur

Menu K-5

 

Par contre, c’est quand on photographie en JPEG que le choix doit s’effectuer avant la prise de vue. Tout simplement parce que ce format est réducteur en nombre d’informations. Le format JPEG déterminant la palette de couleurs qu’il est possible de retranscrire, on ne pourra pas changer d’espace colorimétrique.

Au final, si vous prenez vos clichés en JPEG, à moins de faire régulièrement des photos en environnement de couleurs hyper saturées, vous pouvez rester en sRGB.

 

 

Ce qu’il faut retenir
  • Un espace colorimétrique représente un ensemble de couleurs, plus ou moins grand. Le plus grand de tous est l’espace L*a*b* (celui des couleurs que voit l’homme) et le plus connu est le sRGB.
  • Il existe deux grandes catégories d’espaces couleur :
    • Ceux dépendants des périphériques. C’est l’ensemble des couleurs RGB qu’un appareil photo, un écran ou une imprimante est capable de voir, afficher ou imprimer. Il est plus petit que l’espace L*a*b*. Il y a autant d’espaces couleur que d’appareils. On les appelle également profils ICC.
    • Ceux indépendants des périphériques. Virtuels, parfaits, plus ou moins grands, ils ne dépendent pas d’un appareil. Les plus connus sont le sRGB, l’AdobeRGB et le ProPhoto.
  • Un bon espace n’est pas forcément un très grand espace couleur. Un bon espace celui dont j’ai besoin pour restituer mes photos.
  • Choisir un espace colorimétrique au niveau d’un boîtier n’a de sens que si la prise de vue s’effectue en JPEG.