L’histoire du format se confond avec l’histoire de la photographie. Histoire qui, assez rapidement, va devenir une marche à la miniaturisation.

 

Au début étaient les chambres

Noires évidemment. Le grand ancêtre, la Camera Obscura était déjà utilisée par Léonard de Vinci pour exécuter des dessins très fidèles à la réalité. Le principe est lumineux, bien que la chambre soit noire, ou plutôt parce qu’elle est noire. C’est celui du sténopé. Si, dans une boite opaque (noire), on perce un petit trou dans une paroi, sur la face opposée se dessine à l’envers l’image de ce qui est à l’extérieur, derrière le trou.

En 1540, Jérôme Cardan ajoute une lentille dans le trou légèrement agrandi et rend utilisable la Camera obscura. Cette chambre avait la taille d’une pièce où se tenait le dessinateur! Trois siècles plus tard, en 1827 Nicéphore Nièpce prend la première photographie. On ne dessine plus, c’est la lumière qui dessine. Les chambres ne contiennent plus le dessinateur. mais elles sont de taille respectable et produisent des positifs. C’est à dire des images où les noirs sont noirs et les blancs sont blancs. La surface sensible devient la photo, elle a la taille de la chambre, le plus souvent un carré ou un rectangle, dont un des côtés avoisine les 30cm. Ces chambres photographiques sont en bois.

En 1839 la France fait don de la photographie au monde entier. Pas de brevet verrouillé donc. La France est généreuse. William Henry Talbot, avec son brevet protégeant la calotypie ne sera pas aussi généreux. Ce qui ne portera pas chance à son invention.

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William Henry Talbot (à droite) devant son atelier

La révolution de la pellicule souple

Assez «vite» le format diminue. Les émulsions s’améliorent, elles sont toujours sur plaques rigides, mais moins grandes, elles arrivent à 13x18cm et même 10x12cm.

Puis en 1888 Kodak lance une box de 100 vues sur négatif papier en rouleau. Quand les 100 photos sont faites, on envoie l’appareil à l’usine qui renvoie les photos tirées … et l’appareil chargé avec un nouveau rouleau! Kodak invente en même temps le slogan: «You press the button, we do the rest.» Vous appuyer sur le bouton, nous faisons le reste. La chimie progresse, les pellicules remplacent les plaques. Elles deviennent moins gourmandes en lumière, plus «rapides», le pied devient inutile. Les boîtiers rapetissent. Ce sont des foldings, boîtiers plats que l’on ouvre pour dégager l’objectif monté sur un soufflet. Le format est devenu 9x12cm, puis 6x9cm. Ces appareils, pliés, tiennent dans une poche. A l’époque les poches des vestes sahariennes des hommes sont grandes, il est vrai.

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appareil folding 6x9 déplié

 

Le 24×36

En 1924 Oscar Barnack, ingénieur chez Leitz, conçoit un appareil pour tester la sensibilité encore irrégulière des films de cinéma de 35mm. Il invente le format 24×36. …

En 1929 commence la production en série du Rolleiflex, un boîtier reflex bi-objectif de format 6×6 à visée par le dessus, qui deviendra un mythe et l’appareil référence des photographes professionnels.

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le premier Rolleiflex

En 1933 c’est au tour du Leica 24×36 à visée télémétrique d’arriver sur le marché. Lui aussi deviendra rapidement un mythe et la deuxième référence de professionnels européens. Dans un premier temps.

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Le premier Leica

En 1935 Kodak lance le premier film couleur 35mm, le Kodachrome 25. Sa généralisation mondiale se fera en en 1961.

En 1936 sort le premier 24×36 reflex produit en série de l’histoire: l’Exacta Varex.

En 1952 Asahi lance le premier reflex moderne : l’Asahiflex.

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L'Asahiflex de 1952

En 1959 Nikon lance le F qui va devenir assez vite LE boîtier des reporters de guerre.

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Le Nikon F de 1959

La maturité

On était entré dans la maturité du format 24×36. Les appareils étaient devenus petits, d’un poids acceptable, en tous cas accepté. Les objectifs interchangeables s’étaient généralisés. Le trio classique était 35mm, 50mm et 135mm. La marche au progrès s’est concentrée sur les objectifs. La progression s’est faite d’une côté de la gamme avec des 28mm, 24mm, 20mm, puis 18, 16… Et de l’autre avec des 85, 100, 180, 200, 300mm et plus.

La visée reflex rendait possibles toutes les focales sans la complication de viseur à changer, puisqu’on voyait à travers l’objectif. En contrepartie la visée s’assombrissait avec l’ouverture maximum qui diminuait. Donc sont apparus des objectifs lumineux. On est passé de 5,6 à 3,5, puis 2,8 pour voir apparaître des 50mm de 0,95, objectifs vitrines qui montraient ce que savait faire la marque. Parallèlement, la même tendance a vu les pellicules gagner en sensibilité, en finesse, en fidélité chromatique, en simplification du processus de développement. La sensibilité, d’abord mesurée en Din°(unités allemandes), puis en ASA (unités américaines), enfin en Iso (unités internationales) similaires aux ASA, est passée de 25 à 50, 100, puis pas à pas jusqu’à 1000 en N&B. Les boîtiers sont devenus plus fiables, la mesure de lumière est allée s’y cacher, devenue Through The Lens. Le miroir est remonté tout seul après le déclenchement. La pellicule s’est motorisée. Sa sensibilité prise en compte par le boîtier. La mise au point s’est automatisée. Les appareils sont devenus progressivement les petites merveilles de technologie miniaturisée que vous connaissez.

Dans les années 80-90 les ventes d’appareils 24×36 baissent. L’industrie photographique, Kodak en tête, lance le format APS-C, plus petit -15,5 x 24- * dont la pellicule est sans perforations. Donc elle est moins large,  moins gourmande en émulsion et par là-même en sels d’argent devenus plus chers avec le renchérissement du métal. Mais ce changement de format qui apporte des boîtiers et des objectifs plus petits et légers et des nouvelles cassettes à pellicule, avec des promesses d’amélioration de la qualité des tirages, ne passe pas. Les boutiques de photographie viennent de s’équiper en bancs de tirage papier, vendus en Europe par Kis, elles ne suivent pas. Le développement et le tirage des pellicules papier devient un parcours du combattant qui achève l’argentique malade. Et Minolta, en pointe sur les boîtiers APS, sombre dans la tourmente.

En 170 ans la photographie a vu passer le format de 30cm x 40cm à 15mm x 24mm. Mais à l’aube du XXIème siècle, la photographie argentique a vécu.

 

L’arrivée du numérique

Dès 1881 Sony, l’électronicien, avait lancé un nouveau type d’appareil photo dans lequel la pellicule était remplacée par un capteur CCD, le Mavica, avec un capteur de 570x 490 pixels. Cet appareil enregistrait 50 photos sur une disquette souple de 10cm x 10cm.

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le Mavica avec ses objectifs et disquettes

La mécanique du progrès est lancée sur une nouvelle piste. Elle va continuer sur une autre trajectoire, celle majeure de l’amélioration des capteurs, et celle «mineure» de l’amélioration de l’électronique embarquée. Le but évident est de rattraper la qualité des images argentiques. En 30 ans le but est atteint. La qualité des images numériques est exceptionnelle.

Dans le même temps les avancées «mécaniques» -automatismes divers, de plus en plus intelligents, capacités de mesures de plus en plus fines, rapides et répondant à de plus en plus de situations complexes- font des progrès colossaux. Les boîtiers intègrent des ordinateurs qui 20 ans auparavant ne seraient pas entrés dans un semi-remorque!

La production des objectifs a tellement progressé qu’il devient possible de produire des lentilles composées de verre et de «plastique» assemblés, asphériques, à très faible dispersion. Elles restent certes plus chères à produire que les lentilles «simples», mais tellement moins qu’autrefois, qu’elles apparaissent dans de nombreux objectifs et rendent leurs performances impressionnantes. L’industrie optique s’est automatisée, elle est pilotée par des lasers et des ordinateurs et peut produire des objectifs d’une précision étonnante. Les traitements de surface profitent des nanotechnologies.

La sensibilité utile des capteurs est passée de 800 à 12800 Iso. Elle grimpe actuellement jusqu’à 102400. La densité en pixels des capteurs a grimpé dans le même temps des 279300 du Mavica à 24 Mp. Cela pourrait donner le tournis.

 

Le retour du format roi

C’est alors que se produit un phénomène paradoxal.

Dans sa recherche de qualité, la photo revient au format 24×36. Pour des raisons économiques, liées au développement accéléré de la société de consommation, mais pas seulement. Les raisons sont également internes. Elles sont liées aux lois de la physique.

L’augmentation du nombre des photosites dans une surface qui reste inchangée, oblige à réduire la dimension de ces derniers. Or cette diminution amène autant de problèmes qu’elle en résout. Ce que l’on gagne d’un côté -définition de l’image- on le perd de l’autre -montée en sensibilité moins bonne et perte de qualité sur les bords de champ-. Le retour au format 24×36 apparait donc comme un solution. Il peut même être présenté comme une évolution inventive à ceux qui n’ont pas connu l’âge d’or du format.

Au moment du passage au numérique Pentax avait manifesté de la réticence et voulu produire des boîtiers argentiques et numériques en parallèle, au format 24×36. Mais la technologie à ce moment là n’est pas encore capable de produire un capteur 24×36.

Pentax a donc dû «rentrer dans le rang». Et d’une certaine manière a pris goût au format APS-C et à ses possibilités. Ce qui peut étonner de la part du seul producteur d’appareils photos allant du format 6×7 au 110 en passant par le 4,5×6 (645), le 24×36 et l’APS-C.

Tenter de répondre à cet étonnement signifie s’intéresser à la philosophie de Pentax, désormais Ricoh-Pentax. Le retour de Pentax à ses anciens formats avec le 645 et surtout le 645Z donne un premier élément de réponse.

Mais c’est une question passionnante qui sera traitée dans d’autres articles.

 

* Dans les années 70, des appareils demi-format (18-24) avait été produits. Ils permettaient 72 photos sur une pellicule de 36 poses. Mais cette réduction de format était restée anecdotique.