Ceux qui s’intéressent au domaine de la macro le constatent aisément : la macro à courte focale est rarement pratiquée. Nous partons d’un postulat – contestable peut-être – que, dans ce domaine, une « courte focale » est une focale inférieure à 50mm, celle-ci étant exclue.

La plupart du temps, les fabricants d’optiques, indépendants ou pas, proposent des objectifs macro dont la focale est proche de 100mm. Parfois un peu moins. Mais il est de plus en plus rare de trouver sur le marché des objectifs macro de focale supérieure à 150mm. Sauf sur le marché de l’occasion, où ils se raréfient aussi.

 

 

La macro by Pentax

Dans la gamme des objectifs pour la macro, Pentax propose depuis quelques années 3 focales :

  • 100mm
  • 50mm
  • 35mm

 

Notons qu’il a existé (en plusieurs versions) des 200mm macro qui offraient, pour qui savait les utiliser, des images de qualité supérieure. Mais c’était une autre époque et leur coût de fabrication, surtout pour les capteurs haute définition, est très probablement un obstacle majeur pour une résurgence de ces objectifs. Avec aussi un autre frein : un marché relativement restreint (pour rester optimiste).

À ceci s’ajoute une crise économique qui touche à coup sûr le domaine des loisirs dont fait partie la photo pour une grande majorité de photographes. Les professionnels, quant à eux, ne font généralement pas de la macro leur domaine de prédilection. Mais il existe des exceptions, évidemment ! C’est compréhensible : le rapport financier serait probablement trop faible pour la plupart d’entre eux !

 

 

La macro à courte focale chez les indépendants

Nous n’évoquerons ici que ce qui concerne la monture K, même si c’est parfois peu différent pour les autres montures.

Chez Sigma

Depuis quelques années maintenant, cette marque ne propose plus beaucoup d’objectifs en monture Pentax. C’est dommage, étant donné la qualité générale des optiques produites par ce fabricant. Mais c’est un autre débat.

Il a existé, pour Pentax, un 105mm f/2.8 et un 70mm f/2.8 également. Mais rien dans les focales plus courtes, si ce n’est des optiques abusivement qualifiées de « macro », mais qui n’offrent, au mieux, que des grandissements de 0,3 à 0,5 x. Or la macro ne commence réellement qu’à 1x. En dessous, c’est de la proxi-photographie. Ce n’est pas une injure, et c’est même ce que pratiquent en réalité de nombreux amateurs de « macro ».

À notre connaissance, rien n’a existé et* n’existe chez Sigma en dessous de ces 70mm.

*Mise à jour au 02/11/2017 :

Un lecteur nous a fait remarquer qu’il a existé un « Sigma 50mm f/2.5 EX DG macro ». C’est exact, à ceci près qu’il n’ouvrait semble-t-il qu’à f/2.8 ; nous réparons donc cette omission.

Nous avons également trouvé trace d’un autre Sigma 50mm f/2.8 macro sans autre précision (objectif probablement manuel, donc sans AF).

Ces objectifs ne figurent plus depuis longtemps au catalogue de la marque et on ne peut par conséquent les trouver, le cas échéant, que sur le marché de l’occasion.

 

 

Chez Tamron

Le constat est rigoureusement le même : rien (pour Pentax) en dehors de l’excellent 90mm f/2.8, maintenant ancien en monture K, qui ne bénéficie pas des évolutions réservées aux autres montures importantes. Aucune courte focale macro.

 

 

Chez Laowa (Venus Optics)

En dehors du 60mm f/2.8 (offrant tout de même un rapport de reproduction de 2:1), déjà testé par PENtax Klub, il existe aussi un 15 mm f/4 Macro, plus grand angle « macro » du marché. Nous n’avons pas eu l’occasion de le tester.

 

 

Chez Samyang

Seul objectif macro au catalogue : un 100mm F2.8 ED UMC MACRO. Pas d’objectif macro à courte focale.

Chez Zhonghi Mitakon

Enfin, le dernier arrivé sur le marché est le Zhongyi Mitakon 20 mm f/2 Super Macro 4,5 x, qu’il ne nous a pas encore été possible de tester. C’est réellement un objectif macro à courte focale. Et même très courte !

Chez les grands constructeurs

Canon propose un 35mm macro, Nikon un 45mm. Mais bien entendu ils ne sont pas compatibles avec la baïonnette K.

 

 

La macro à courte focale

Comme dit au début de cet article, nous considérons que seules les focales strictement inférieures à 50mm peuvent être qualifiées de « courtes focales ». Constatons alors que le choix est extrêmement réduit : notre « tour d’horizon » ci-avant n’en fait apparaître que trois pour la monture K… dont 1 Pentax tout de même ! Avec cependant une réserve : le Pentax est un DA. Son équivalent de focale en format APS-C est donc de 53mm environ.

(Rappelons, en effet, que toutes les focales sont exprimées par les constructeurs en référence au format de film ou capteur 24*36).

Les difficultés de la macro à courte focale

Elles sont nombreuses, et c’est probablement une des raisons pour lesquelles il existe peu de courtes focales macro.

 

Distance de mise au point

Si tous les objectifs ou presque permettent une mise au point à l’infini, en macro ce qui nous intéresse c’est la distance minimale de mise au point pour atteindre le rapport 1:1.

Le Mitakon 20mm fait exception (voir ci-après).

Pour le Laowa 15mm déjà cité, elle est de 12cm.

Pour le Pentax 35mm (HD DA 35mm f/2.8 macro), elle est de 13,9cm

Enfin pour le Mitakon 20mm, elle est de… 2cm ! C’est aussi, selon le constructeur lui-même, la distance MAXIMALE de mise au point. Avec cet objectif, on peut atteindre un rapport de reproduction de 4,5:1.

 

La lumière

Si nous parlons de la distance minimale de mise au point pour un rapport 1:1, c’est parce qu’à cette distance, la gestion de la lumière devient cruciale. Justement parce que la lumière manque souvent à cette distance. C’est beaucoup plus difficile qu’avec un 100mm macro dont la distance de MaP est de 30cm environ, soit plus du double. Et cela change tout !

En extérieur et par beau temps, le photographe parviendra souvent à trouver l’angle qui lui permettra tout à la fois de mettre le sujet en valeur et « d’accrocher » un éclairage propre à assurer une exposition adéquate. Souvent, mais pas toujours : tout dépend de l’environnement !

Si la lumière s’avère insuffisante ou en tout cas trop faible, il va être nécessaire de trouver des artifices. Cela peut être un ou plusieurs flashes, judicieusement répartis et réglés. Mais c’est assez peu pratique dans certains cas. En effet, si vous shootez un modèle vivant (par exemple un insecte) il va être délicat de lui demander de garder la pose pendant que vous procédez à votre installation. Les flashes annulaires, quant à eux, disparaissent de plus en plus du marché. On peut encore cependant en trouver sur le marché de l’occasion.

Cette seule question de la lumière peut donc vous amener soit à renoncer à prendre la photo, soit à user d’autres artifices. Parmi eux, la sensibilité. Plusieurs de nos articles ont déjà évoqué cette question. Monter en ISOs peut en effet vous autoriser une vitesse d’obturation suffisante, si toutefois les conséquences en termes de bruit ne sont pas trop négatives. Car, en macro d’insectes notamment, rien n’est pire que certains débruiteurs qui « plastifient » littéralement le sujet au point d’en faire une image qui n’est pas regardable. Prudence, donc !

 

La proximité du sujet

Si une courte distance de mise au point n’est pas gênante quand le sujet est mort, ou non susceptible de bouger (un objet, une fleur, par exemple), elle le devient quand il s’agit de photographier certains autres. Par exemple, il est particulièrement difficile pour la plupart des photographes d’approcher un papillon même posé sur une plante qu’il adore ! Pour autant, nous en connaissons qui y parviennent assez souvent. Ce qui d’ailleurs ne manque pas d’étonner les « ayatollahs » qui proscrivent péremptoirement les objectifs à courte focale pour de telles macros.

Pour autant, certains insectes acceptent parfois, si l’on sait s’y prendre, l’extrême proximité de l’objectif, les libellules et les araignées par exemple. Ainsi, il nous est arrivé d’en shooter à quelques centimètres. Mais c’est rarement au rapport 1:1. À ce rapport, on ne photographie que les yeux, ce qui n’est déjà pas si mal ! Ce rapport peut en revanche être obtenu avec, par exemple, des chenilles, des coccinelles, etc…

Araignée Pentax K-1 + DA 35mm macro f/2.8 limited (en mode APS-C)

Araignée
Pentax K-1 + DA 35mm macro f/2.8 limited (en mode APS-C)

 

Et quelques avantages aussi

Des avantages physiques

L’encombrement et le poids des objectifs macro de courte focale sont moindres que ceux des objectifs de longue focale. Ce qui peut apparaître un avantage pour les uns (le poids) peut cependant apparaître comme un inconvénient pour d’autres. On peut en effet estimer que le poids peut assurer une meilleure stabilité (c’est cependant relatif !).

De même, en cas de manque d’espace pour shooter, une courte focale peut mieux « passer » qu’une longue. De fait, tout ceci est très dépendant des conditions de prise de vue et il n’y a pas d’inconvénient (et encore moins de honte !) à disposer d’une longue et d’une courte focale macro. Les passionnés de macro le savent bien.

 

La profondeur de champ

Que voilà un sujet d’importance en macro !

 

NOTA : Les calculs ci-après ont été réalisés sur le site DOFMaster, bien connu des photographes. Les boîtiers Pentax y sont faiblement représentés, malheureusement. Nous avons pris pour base de boîtier APS-C, le K-7 et, pour les FF, le Nikon D800E qui est celui qui se rapproche le plus du K-1. Ce qui différencie les APS-C des FF dans ce domaine, c’est la valeur du cercle de confusion : 0,02 pour les APS-C, 0,03 pour les FF. Mais bien sûr ce n’est pas sans influence sur les résultats !

 

Prenons 3 objectifs macro Pentax utilisés seuls à f/5.6 et à leur distance minimale de mise au point (en deçà, la photo serait floue).

 

Profondeur de champ en APS-C

Avec le 35mm (voir plus loin *) : la zone de netteté s’étend sur 2,5mm de 13,77cm à 14,02cm

Avec le 50mm dont la distance minimale de MaP est de 19,5cm, la zone de netteté s’étend de 19,38cm à 19,62cm soit environ 2,5mm ! Identique au 35mm, donc !

Enfin, avec le 100mm dont la distance minimale de MaP est de 30,3cm, la zone de netteté s’étend de 30,235cm à 30,365cm, soit 1,3mm !

 

Profondeur de champ en format 24×36

Si l’on utilise les mêmes objectifs, dans les mêmes conditions, mais sur boîtier FF (le K-1, chez Pentax), les résultats seraient les suivants :

Avec le 35mm : PdC de… 3,4mm (eh oui ! supérieure à ce qu’elle est en APS-C ! c’est une surprise, non ?)

Avec le 50mm : PdC de 3,6mm

Enfin avec le 100mm : PdC de 2mm !

 

 

Dans les mêmes conditions (f/5.6) le FA* 200mm f/4 macro ED [IF] (sublime et introuvable) donnerait une profondeur de champ de 1,3mm à sa distance minimale de mise au point (51cm).

 

On croyait savoir que la PdC était plus grande en APS-C qu’en FF, toutes choses égales par ailleurs. Ces calculs démontrent qu’en macro, il n’en est rien !

Observons, cependant, que la vision de la profondeur de champ varie, pour un même objectif, selon la nature du boîtier. Ainsi la PdC qui apparaît, pour le 100mm macro, à une ouverture de 2.8 sur FF, correspond à la PdC d’une ouverture de 4.2 sur APS-C. Dans le même temps, cet objectif cadre alors comme un 150mm.

Ces calculs confirment, en revanche, que pour un type donné de boîtier, la PdC est plus importante avec les courtes focales qu’avec les plus longues. Pour une même donnée d’ouverture, bien sûr.

* Le Pentax HD DA 35mm macro f/2.8 Limited est réputé inutilisable sur FF en raison notamment du cercle optique. Nous l’avons cependant utilisé, en mode FF sur le K-1, mais en n’utilisant que la partie centrale de l’image obtenue.

 

 

Pour terminer

Si ces quelques considérations sur la macro à courte focale pouvaient convaincre certains de réviser leur jugement sur cette pratique, ce ne serait que justice : les courtes focales méritent toute l’attention des photographes, même celle des adeptes de la macro.

Pentax K-1 + DA 35mm f/2.8 macro Limited en mode APSC

Pentax K-1 + DA 35mm f/2.8 macro Limited en mode APSC

 

Pentax K-1 + DA 35mm f/2.8 macro Limited en mode FF

Pentax K-1 + DA 35mm f/2.8 macro Limited en mode FF

 

Pentax K-5 + DA 35mm f/2.8 macro Limited

K-5 + DA 35mm f/2.8 macro Limited

 

crédit photo : © Micaz