La macro, définition et rappel

Si l’on s’en tient strictement à la définition de la macrophotographie (en abrégé : « macro »), c’est une technique qui consiste à photographier des objets (ou des insectes, des fleurs, etc etc) avec un grandissement allant de 1 :1 à 10 :1. Ce terme désigne en fait ce qui devrait être nommé la « photomacrographie »

Explications : tout d’abord, on parle de grandissement et non de grossissement

Le rapport de grandissement 1 :1 signifie que ce qui est photographié a la même taille dans son environnement que sur le capteur (ou, en argentique, sur le négatif). En d’autres termes, une fourmi de 5mm de longueur aura sur le capteur une taille de 5mm…

Le rapport de grandissement 10 :1 signifie que ce qui est photographié a une taille 10 fois plus grande sur le capteur que dans son environnement… Difficile, n’est-ce-pas ? Mais ça existe !

Au-delà du rapport 10 :1 (11 :1, 12 :1 etc …), on ne parle plus de macrophotographie, mais de photomicrographie : c’est un domaine complètement à part, qui relève davantage de la science que de la photographie, l’une n’étant cependant pas exclusive de l’autre.

En deçà du rapport 1 :1, on est dans le domaine de la proxyphotographie : c’est ce qui est le plus pratiqué par les photographes.

Les constructeurs d’objectifs photo, vous l’aurez remarqué, qualifient souvent d’objectif « macro » tout objectif qui permet de «grandir » l’objet photographié, alors que seuls devraient être appelés « macro » les objectifs permettant, sans accessoire, un grandissement permettant d’atteindre le rapport 1 :1. Du reste, les objectifs de ce type ne sont pas très nombreux sur le marché. On remarquera, à cet égard, que les vrais objectifs macro ont des focales fixes, certains zooms se prétendant « macro » ne permettant, au mieux, que la proxiphotographie et dans des conditions peu optimales.

Si donc on veut s’adonner à cette pratique photo, on a le choix entre :

  • acheter un véritable objectif macro ;
  • utiliser des astuces et/ou des accessoires pour tenter de parvenir à un résultat semblable.

C’est cette dernière hypothèse que nous avons retenue pour ce dossier.

Une observation liminaire : la macro est un domaine particulièrement exigeant et nécessitant un soin extrême lors de la prise de vue ; il faut s’attendre, même avec un objectif dédié à cet usage, à beaucoup de déchet. L’utilisation d’accessoires « de substitution » ne fera qu’aggraver ce risque de déchet. Mais, en contrepartie, vous pourrez aussi obtenir des images très percutantes dont vous pourrez être fier (fière).

 

Les accessoires pour remplacer un objectif macro

les bonnettes

Les bonnettes sont en fait des lentilles convergentes qui se vissent à l’avant des objectifs. Elles existent donc en différents diamètres, comme les filtres. De plus, elles sont de puissance différente. Cette puissance s’exprime en dioptries. Quelques rapides notions d’optique  et définitions :

  • la dioptrie, selon le Petit Larousse, est « une unité de mesure de vergence des systèmes optiques équivalent à la vergence d’un système optique dont la distance focale est 1 mètre dans un milieu dont l’indice de réfraction est 1 »
  • la vergence est définie comme « l’inverse de la distance focale d’un système optique centré » (Petit Larousse).

Plus la puissance est importante, plus le grandissement sera important, la distance de mise au point diminuant.

 

L’avantage des bonnettes – outre qu’on peut les utiliser sur tout type d’APN, est qu’elles sont relativement peu onéreuses. Mais on en perçoit vite le principal inconvénient : la distance de mise au point et la profondeur de champ deviennent très courtes. Or, le photographe macro est souvent à la recherche de lumière (peu favorisée par la distance de mise au point) et de profondeur de champ pour assurer la netteté de son sujet. L’utilisation de bonnettes est donc assez difficile et nécessite une certaine pratique.

Bonnettes

Bonnettes

 

Un cas particulier, la bonnette Raynox qui est munie d’un « porte-filtre » (un peu à la manière des filtres du système Cokin) qui permet de la monter sur des objectifs de différents diamètres, de 52mm à 67mm.

Elle existe en 2 puissances : Raynox DCR-150 et Raynox DCR-250.

raynoxDcr250

Bonnette Raynox DCR-250

 

Un autre inconvénient à l’utilisation des bonnettes : ces accessoires sont des lentilles, et, en tant que telles, surtout quand elles sont de modèle « économique », elles font perdre de la qualité optique à vos objectifs.

 

les bagues d’inversion

Voilà un accessoire qui ne prend pas beaucoup de place dans un fourre-tout !

Ce type de bague comprend, d’un côté un filetage mâle qui permet de la visser à l’avant de l’objectif, et, de l’autre, une baïonnette correspondant à la monture votre APN : impossible de monter, en l’état, une bague Nikon sur un APN Canon, par exemple. Sur Pentax non plus, bien entendu ! Première contrainte : elles ne sont utilisables que sur des APN à objectifs interchangeables, notamment les reflex.

L’objectif est donc utilisé « à l’envers ». Vous voyez tout de suite les inconvénients d’un tel montage :

  • la lentille de sortie (celle qui en position normale est la plus proche du capteur) se retrouve « à l’avant » et n’est plus protégée ;
  • si l’objectif ne comporte pas de bague de diaphragme – et c’est le cas d’une majorité d’objectifs de conception « moderne » – , il ne sera pas utilisable (comment, dans ce cas, régler l’ouverture ?). Bien entendu, il existe des bagues, pour certaines marques, extrêmement performantes et permettant de conserver certains automatismes des objectifs. Mais leur coût est à la hauteur du degré de « sophistication » et, dans ce cas, autant acheter, le cas échéant d’occasion, un objectif macro à l’utilisation bien plus confortable.
  • Il faut posséder autant de bagues d’inversion que de diamètres d’objectifs différents, ce qui est peu pratique.

 

L’utilisation d’une bague d’inversion permet d’obtenir des grandissements très importants, avec une distance de mise au point très rapprochée. Corollaire négatif : les objectifs n’étant pas faits pour travailler à de si courtes distances de MAP, la perte en qualité (bords de l’image) et en piqué est importante.

bague_inv1

Bague d’inversion

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Bague d’inversion

 

Quel objectif utiliser avec une bague d’inversion ?

Plus sa focale sera courte, plus important sera le grandissement ! Toutefois, en dessous de 35mm, la principale difficulté sera la distance de MAP, l’objectif étant beaucoup trop proche du sujet photographié. Est-il utile de préciser que s’il s’agit d’un insecte vivant, ce sera « Mission impossible ! » ? En revanche c’est envisageable pour des timbres, des pièces de monnaie, etc…

Les meilleures focales se situent donc entre 35 et 100mm, les « vieux » 50mm manuels pouvant constituer un choix des plus judicieux.

 

Sachez, mais cela reste anecdotique, qu’il existe aussi des bagues permettant de coupler deux objectifs, le premier en position normale, le second en position inversée sur le premier. Ces bagues possèdent donc 2 filetages mâles.

On peut de cette façon obtenir des grandissements importants qui se calculent en divisant la focale de l’objectif le plus « long » par celle du plus « court ». Ainsi, un 300mm couplé à un 50mm donnera un rapport de 6:1 (300/50). Toutefois, on note très souvent l’apparition de vignetage, le « meilleur » de l’image se situant au centre.

2 obligations pour ce montage : l’utilisation obligatoire d’un trépied (muni d’un rail pour une mise au point précise) et un éclairage suffisant, difficile à obtenir en raison des ombres portées par le montage sur le sujet situé très très près.

Les images publiées et issues d’un tel montage n’ont pas convaincu l’auteur de ces lignes.

 

Comment procéder en pratique ?

Cela ne demande pas une grande technicité, mais beaucoup de soin :

  • Choisissez une ouverture entre 5.6 et 8
  • Régler la MAP sur l’infini, le boîtier étant en mode priorité à l’ouverture (AV chez Pentax) ou en manuel (M)
  • Avancer ou reculer par rapport au sujet jusqu’à l’obtenir parfaitement net (il est probable qu’une partie seulement sera nette).
  • Déclenchez

Evidemment, il vaut mieux ne pas être atteint de tremblote. Le mieux est d’opérer sur trépied muni d’un rail avec vis micrométrique

 

Les bagues-allonges (ou tubes allonges)

Ils se présentent sous la forme de tubes plus ou moins « techniques », c’est-à-dire pourvus (rarement) ou pas (le plus souvent) d’électronique, et d’épaisseurs (longueurs) diverses, et s’intercalent entre le boîtier et l’objectif. On les trouve le plus souvent en jeux de 3, dans des longueurs comprises généralement entre 12 et 50mm. Ils peuvent bien entendu se combiner entre eux.

Les plus évolués comportent les contacts nécessaires à la transmission des automatismes boîtier/objectif et s’avèrent particulièrement onéreux. Il n’en existe pas pour Pentax à l’heure actuelle.

A une extrémité, on trouve une entrée au format de la baïonnette de la marque sur laquelle on peut fixer soit une autre bague allonge, soit l’objectif lui-même. A l’autre extrémité, bien évidemment, se trouve la monture à baïonnette de la marque permettant la fixation au boîtier…. ou sur une autre bague allonge.

 

Le gain en grandissement s’obtient en divisant la longueur de la bague par la longueur focale de l’objectif. Par exemple une bague (ou plusieurs) de longueur totale de 25mm placée(s) entre le boîtier et un objectif de 50mm, permettra un gain de grandissement de 0,5x (25/50).

Si l’objectif avait, tout seul, un grandissement de 0,15x (c’est le cas du DA 50mm f:1.8 de Pentax), le grandissement total sera de 0,15 + 0,50 soit 0,65x (on se rapproche donc du rapport 1:1).

Ceci permet de constater que les tubes allonges, pour une longueur donnée, sont plus efficaces avec des objectifs de courte focale et peuvent, dans ce cas, permettre de dépasser le rapport 1:1.

On peut, bien entendu, les utiliser avec des objectifs macro.

 

Il existe de nombreuses marques fabricant des bagues allonges et ces bagues ne sont pas toutes, loin s’en faut, de qualité irréprochable. Dans ce domaine comme dans d’autres, faire confiance à des fabricants sérieux et connus s’avère primordial, même si le coût d’achat est plus élevé.

Les tubes allonges ne contiennent aucun élément optique et, par conséquent, n’altèrent pas les qualités optiques des objectifs. En revanche, ils diminuent très sensiblement la quantité de lumière qui parviendra au capteur, et il sera bon d’avoir un sujet bien éclairé.

D’un point de vue pratique, il faudra la plupart du temps opérer en mode manuel, donc avec un objectif muni d’une bague de diaphragme.

Comme toujours aussi dans le domaine macro, la profondeur de champ et la distance de mise au point se trouvent réduites, rendant la prise de vue assez difficile et méticuleuse. Une fois encore, l’utilisation d’un trépied est recommandée.

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Jeu de 3 tubes-allonges

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Bague-allonge Asahi Pentax 50mm

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Pentax K-5IIs + Pentax F 28-105mm+Bague allonge 50mm Photo prise en manuel à main levée sans flash à f:8 – 1/125ème – 1600 ISO

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Pentax K-5IIs + F50mm+Bague allonge 50mm Photo prise en manuel à main levée sans flash à f:8 – 1/125ème – 1600 ISO

On remarque aisément le grandissement plus important obtenu avec un objectif de focale plus courte.

 

Une variante « moderne »  des tubes allonges est le convertisseur de focale qui a l’immense mérite d’augmenter la longueur focale de l’objectif sans modifier la distance minimale de mise au point, au prix d’une perte de luminosité. Il permet donc aussi d’obtenir un « grandissement » plus important qu’avec l’objectif utilisé seul. Le prix de cet « accessoire » est à la hauteur d’un bon objectif. Par exemple, le convertisseur PENTAX-DA AF 1.4x AW est au prix de 389€ à la boutique Pentax. Sa qualité a été louée par l’ensemble des utilisateurs qui jugent ses performances excellentes.

Au rayon des inconvénients : le grandissement est limité et toujours fonction de l’objectif utilisé.

convertisseur Pentax

Convertisseur de focale Pentax

 

Pour résumer :

  • les avantages des tubes allonges :
    • assez peu onéreux
    • assez bonne flexibilité (on peut combiner des longueurs différentes)
    • pas de perte de qualité optique
  • les inconvénients :
    • perte de luminosité (perte qui s’accroit avec la longueur)
    • relative inefficacité sur les téléobjectifs
    • mise au point à l’infini impossible : il faudra les retirer pour revenir à des prises de vue « normales »
    • n’existent, à notre connaissance, que pour les boîtiers reflex : s’il en existait pour des APN hybrides, merci à nos lecteurs de bien vouloir nous le signaler.

 

Comment procéder en pratique ?

Ce n’est pas très différent, sauf pour le montage sur l’APN. Pour le reste, la macro ne s’accommodant pas (ou très mal) de mises au point approximatives et de flou de bougé, mieux vaut les utiliser avec un trépied surtout si le grandissement est très important

 

les soufflets

Les soufflets agissent exactement de la même manière que les tubes-allonges. La différence réside dans le fait que la longueur est variable en continu (selon ses caractéristiques), de l’extension minimale à l’extension maximale, grâce à un dispositif à crémaillère. Cet avantage par rapport aux tubes allonges permet de mieux moduler le grandissement, d’autant plus que la longueur maximale peut atteindre voire dépasser 20cm, longueur qu’aucun jeu de tubes allonges ne permet d’obtenir ou alors au prix du cumul de plusieurs jeux : utilisation « sportive » garantie, dans ce cas !

Le gain en grandissement s’obtient de la même manière, les inconvénients en termes de perte de luminosité étant aussi les mêmes. Un inconvénient supplémentaire toutefois : l’encombrement et, par conséquent, la facilité d’utilisation. Ils ne sont réellement utilisables qu’en studio.

A noter qu’on peut aussi leur adjoindre, grâce à des bagues d’inversion, des objectifs en position inversée. Tout est possible, même le pire ! Si l’un de nos lecteurs a testé une telle combinaison, qu’il nous le fasse savoir, photos à l’appui.

 

Un montage un peu « spécial » :

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« MacroPlusRetrolens » par Christian Fischer. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons – https://commons.wikimedia.org/wiki/File:MacroPlusRetrolens.jpg#/media/File:MacroPlusRetrolens.jpg

Il s’agit d’un Pentax K-7 avec Tamron SP 90mm Di f:2.8 Macro, bague d’inversion et Pentax 28mm f:2.8 en position inversée. Ce montage permet un rapport de grandissement de 3.2:1, alors que l’objectif macro Tamron monté seul ne permet qu’un rapport 1:1.

 

Côté utilisation : convenons-en, c’est assez difficile, la profondeur de champ s’avérant la plupart du temps inférieure au millimètre (voire beaucoup moins). La mise au point est donc aussi très difficile même si, comme c’est le plus souvent le cas en macro, elle est effectuée manuellement. S’il existe des soufflets transmettant les automatismes des ensembles boîtiers/objectifs, ils sont extrêmement rares et très chers et ce n’est réellement intéressant que pour la transmission de la valeur d’ouverture, indispensable avec les objectifs ne possédant pas de bague de diaphragme.

Sinon (avec bague de diaphragme), il vaut mieux opérer en « tout manuel » pour éviter que la prise de vue ne soit systématiquement faite à pleine ouverture : c’est bien pour la luminosité, beaucoup moins pour la facilité de mise au point !

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Soufflet

soufflet

Soufflet

 

En conclusion

Au terme de ce dossier, on constatera que le photographe amateur de macro dispose de beaucoup de solutions pour s’adonner à sa passion : toutes ne sont pas égales en termes de résultats et de facilité d’utilisation. Le coût peut être très faible (bonnettes) ou plus élevé (soufflet) selon le degré de technique embarquée dans l’accessoire.

Mais, aussi bien en termes de résultats que de confort d’utilisation, rien ne remplace réellement un objectif dédié à la macro. Il en existe à l’heure actuelle 3 dans la gamme Pentax, en focales 35, 50 et 100mm. On regrettera toutefois qu’il n’existe plus de 200mm après l’excellentissime A*200mm Macro f:4 dont le prix sur le marché de l’occasion est à la hauteur de sa qualité et… de sa rareté ! Mais après tout n’est ce peut-être que partie remise ?