Après notre article sur la macro en courte focale, quoi de plus naturel que d’exposer ce que l’on peut faire en macro-proxi longue focale ?

Chez la plupart des constructeurs d’optiques, la gamme des objectifs destinés à la macro est majoritairement située autour de 100mm de focale. Parfois un peu moins, rarement plus. Parmi ces « plus », notons cependant le Sigma 150 mm F2,8 EX DG APO OS HSM. Malheureusement pour les pentaxistes, cet excellent objectif n’existe pas en monture K.

Les focales supérieures, pour la macro, n’existent plus. Pentax a bien eu à son catalogue le légendaire SMC Pentax-FA* 200mm F4 Macro ED [IF]. On ne le trouve plus que très rarement sur le marché de l’occasion. Et rappelons que « tout ce qui est rare est cher ! ». Sigma avait aussi un 180mm f/3.5 macro, hélas plus fabriqué et très difficile à trouver en occasion.

Ce qui caractérise ces objectifs, c’est qu’ils sont construits pour la macro et donc qu’ils permettent des grandissements de 1:1. Notre propos, aujourd’hui, est d’essayer de déterminer ce que l’on peut photographier dans ce domaine avec une longue focale. Et, par exemple chez Pentax, avec le smc PENTAX-DA* 1:4 300mm ED [IF] SDM.

 

 

Rappels sur le Pentax DA * 300mm f/4.

Précisons que ce téléobjectif n’est pas du tout conçu pour la macro, et pour cause :

  • sa distance minimale de mise au point est de 1,40m
  • son rapport de grandissement est de seulement 1:4 environ (0,24x).
  • son poids, un peu supérieur à 1 kg, et ses dimensions, surtout avec le pare-soleil, n’en font pas un modèle de légèreté et, par conséquent, de maniabilité quand il s’agit de se coucher dans les herbes pour shooter un papillon situé…trop loin !

Nous ne reviendrons pas sur ses caractéristiques complètes, elles sont exposées dans les tests que nous lui avons consacrés ICI et LA.

Ce télé, conçu pour les capteurs de type APS-C, cadre donc, sur un boîtier de ce type comme le ferait un 460mm sur un capteur 24×36. Mais il est compatible FF, avec le K-1 il cadre donc comme un 300mm.

Que peut-on photographier en macro-proxi longue focale ?

Il va de soi que, puisqu’on ne fait pas de la vraie macro avec une longue focale, tous les sujets qui en relèveraient exclusivement sont à éliminer. Envisageriez-vous, par exemple, de photographier, dans votre salon, des timbres-poste au moyen d’un 300mm ? Sans doute pas !

Tous les petits animaux sont aussi à exclure : collemboles, fourmis, etc. … Non que ce soit complètement impossible, mais ce serait un véritable casse-tête et le crop nécessaire (voir ci-après) dégraderait complètement le résultat. Pour eux, l’objectif macro s’impose.

Dès lors, les sujets de prédilection seront de petits insectes (libellules, papillons, par exemple) dont l’approche présente une certaine difficulté. À 1,50m, ils sont beaucoup moins farouches. D’autres petits animaux (escargots, scarabées, etc.) entrent aussi dans le champ de ses possibilités.

Les végétaux constituent une autre catégorie de sujets possibles : fleurs, parties de plantes, par exemple.

 

Alors, faut-il abandonner toute idée de macro avec un 300mm ?

La réponse est clairement « OUI » si on veut pratiquer de la vraie macro (rapport 1:1). Mais elle est « NON » dès lors que l’on n’ambitionne que la pratique de la proxiphotographie. Il est communément admis que la proxiphotographie propose des grandissements compris entre 1:10 et 1:1. C’est une amplitude très vaste ! Ce qui, par ailleurs, nous fait sourire quand des zooms qui proposent de type de photo se qualifient assez abusivement de « macro ».

 

 

Comment photographier en proxi avec un 300mm ?

Que l’on opère avec un boîtier APS-C ou un boîtier 24×36 n’est pas d’une grande importance. Cela ne change pas la distance minimale de mise au point, mais seulement le champ embrassé par l’objectif. Et de toute façon, ce champ sera bien trop vaste pour qualifier votre image de « macro ». Pour que le sujet se détache bien, qu’il soit bien identifié, vous devrez « cropper ».

Le « crop » consiste à recadrer l’image de manière à n’en conserver que la partie souhaitée. Et en pareil cas, le sujet se trouvera donc artificiellement agrandi. Ce que vous garderez de la photo sera parfois une toute petite partie de l’original. Vous comprendrez, dès lors, qu’il faudra soigner la prise de vue. Pourquoi ? Parce que ce « crop » nécessaire fera apparaître irrémédiablement tous les défauts de la prise de vue.

Image entière sans recadrage

 

Image recadrée

 

 

La mise au point

Si elle n’est pas parfaitement maîtrisée, le crop révélera à coup sûr des zones de floues disgracieuses. Ce n’est pas forcément très grave.

Mais, par définition, le sujet lui-même DOIT présenter une zone de netteté. Pour autant, il n’est pas obligatoire que TOUT le sujet soit parfaitement net. S’il s’agit d’un papillon, par exemple, les yeux doivent ne présenter à cet égard aucun défaut. Sauf si vous voulez montrer le détail du dessin sur ses ailes. Mais alors, pourquoi le faire en mode proxi ? Vous réussiriez probablement mieux en mode macro vraie !

« Certes, mais un papillon ne se laisse pas approcher aussi facilement ! » allez-vous protester. Et vous aurez raison : avoir ses ailes au rapport 1:1 direct implique de le photographier à la distance de mise au point minimale (environ 30cm pour un objectif macro de 100mm). C’est impossible avec un 300mm.

C’est pourquoi la mise au point en mode proxi est particulièrement délicate : le sujet est éloigné, la précision doit être de mise.

 

L’environnement

Par « environnement », nous entendons principalement le bokeh. Si la mise au point est délicate, elle risque d’être approximative. Cela signifie donc que les zones de flou peuvent être nombreuses, et le flou lui-même important.

Nous vous renvoyons sur ce point aux fondamentaux de la photo : la zone de netteté est étroitement dépendante de plusieurs facteurs :

  • la focale de l’objectif,
  • l’ouverture utilisée
  • la distance de mise au point.

 

Quelques exemples (sources : DOFMaster et FotoTool)

Avec un 300mm sur boîtier FF (24×36)
À la distance minimale de mise au point (1,40m)
  •  à l’ouverture maximale (f/4) : la zone de netteté s’étend de 1,398m à 1,402m soit 4mm
  •  à l’ouverture intermédiaire f/8 : la zone de netteté s’étend de 1,396m à 1,404m soit 8mm

 

Avec une mise au point à 2,5m :
  •  à l’ouverture maximale (f/4) : la zone de netteté s’étend de 2,493m à 2,507m soit 14mm
  •  à l’ouverture intermédiaire f/8 : la zone de netteté s’étend de 2,486m à 2,514 soit 28mm

 

Avec un 300mm sur boîtier APS-C
À la distance minimale de mise au point (1,40m)
  •  à l’ouverture maximale (f/4) : la zone de netteté s’étend de 1,399m à 1,401m soit 2mm
  •  à l’ouverture intermédiaire f/8 : la zone de netteté s’étend de 1,397m à 1,403m soit 6mm

 

Avec une mise au point à 2,5m :
  •  à l’ouverture maximale (f/4) : la zone de netteté s’étend de 2,495m à 2,505m soit 10mm
  •  à l’ouverture intermédiaire f/8 : la zone de netteté s’étend de 2,491m à 2,509 soit 18mm

Image non recadrée

 

La même image recadrée

 

 

Et avec une focale un peu moins longue ?

Nous avons tenté quelques approches avec le DA * 200mm f/2.8. Sa distance minimale de mise au point est de 1,20m. Son rapport de reproduction est de 1:5 (0,2x), c’est-à-dire moins favorable que celui du DA* 300mm.

Les résultats obtenus ne peuvent certes pas être qualifiés de franchement mauvais, mais ils sont inférieurs – dans notre expérience – à ceux du DA* 300 : le « crop » nécessaire dégrade davantage la qualité de l’image.

 

 

Et avec des focales plus longues ?

Nous pensons là à un photographe (pentaxiste, il se reconnaîtra peut-être s’il nous lit) qui utilise parfois un zoom Sigma 120-400mm à sa focale la plus longue et qui obtient des résultats remarquables, notamment sur les papillons (mais pas seulement). Il est aussi adepte du DA 35mm macro f/2.8 Ltd, ce qui démontre que la dextérité, le talent et l’expérience du photographe sont des éléments déterminants dans la qualité des résultats obtenus. Le matériel a moins d’importance que celle que beaucoup lui accordent.

 

 

Que faut-il en conclure ?

C’est simple, si l’on s’en tient strictement aux chiffres ci-dessus. Si l’on a besoin de profondeur de champ, il vaut mieux shooter avec un boîtier FF en évitant la distance minimale de MaP (c’était attendu) et en fermant un peu le diaphragme (c’était attendu aussi).

Cela battrait donc en brèche les « idées reçues » selon lesquelles un APS-C offre plus de profondeur de champ qu’un FF ? Attendez, on ne vous a pas tout dit !

Il nous faut avouer une chose : le calcul ci-dessus est incomplet et ne tient pas compte de tous les paramètres. En effet, cette profondeur de champ dépend aussi du cadrage. Dès lors, les comparaisons ne sont utiles que si l’on a un cadrage identique. Et on sait que, si l’on ne change pas d’emplacement de prise de vue, le cadrage en 24×36 n’est pas le même qu’en APS-C. Si on changeait d’emplacement pour obtenir un cadrage identique, alors la profondeur de champ suivrait « le sort » de la focale : elle serait 1.5 fois plus grande en APS-C qu’en format 24×36. Les conclusions hâtives sont rarement celles qui conviennent !

Cependant, il faudrait aussi se pencher sur la qualité du bokeh pour pouvoir apprécier pleinement la profondeur de champ.

Nous avons observé, depuis quelques mois au cours de nos « promenades » sur le Web que de nombreux photographes, non spécialistes de macro, s’adonnent désormais à la proxi-photographie. La focale de 300mm fait partie des plus utilisées dans ce domaine. Ce ne doit pas être un hasard !

 

 

Galerie

Crédit photo : Micaz – Cliquez sur les images pour les agrandir.

 

Pentax K-1 + Pentax DA * 300mm

 

 

On perçoit nettement la difficulté de la mise au point : seul est net le cœur de la fleur.

 

Pentax K-1 + Pentax DA * 300mm en mode APS-C