Martine Franck – photographe dans l’ombre

Martine Franck, née le 2 avril 1938 à Anvers, est une photographe belge.

Autoportrait

 

Elle passe son enfance aux États-Unis et en Angleterre. Elle étudie l’histoire de l’art à Madrid, puis à l’École du Louvre, à Paris. Ce qui représente un parcours assez similaire, à celui de nombre de photographes américains, mais dans des écoles européennes et plus variées géographiquement.

Avant la fin de ses études à Paris, elle part faire le tour du monde. Au japon elle retrouve une amie d’enfance, Ariane Mnouchkine. Ensemble, elles poursuivent le voyage, et décrivent comme une longue guirlande de Hong-Kong, au Cambodge, en Inde, Népal, au Pakistan, en Afghanistan, en Iran, en Turquie, en Grèce et enfin à Rome. Ce long voyage sera une sorte de thérapie pour lutter contre sa forte timidité. Car derrière son appareil photo elle se sent moins timide. C’est au Népal, en 1964, qu’elle découvrira son envie de devenir photographe.

Vie professionnelle

Revenue à Paris, elle montre des photos de son voyage à l’agence parisienne de Life-Time. Elle est engagée comme assistante des photographes Elisofon (photographe documentaire et photojournaliste américain) et Gjon Mili (photographe albanais émigré aux USA en 1923).

Enfants dans l’escalier d’une maison commune – Clamart 1965

La même année Ariane Mnouchkine lui propose de devenir photographe officielle de la compagnie du Théâtre du Soleil à La Cartoucherie de Vincennes.

Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine -Richard II – 1981
La rencontre

Elle rencontre Henri Cartier-Bresson en 1966, alors qu’elle couvre des défilés de mode à Paris pour le New York Times. Ils se marient trois ans plus tard. Ils ne se quitteront plus.

Martine Franck, Henri Cartier-Bresson et leur fille en 1973 à Paris.

Vie professionnelle – suite

Elle entre à l’agence Vu en 1970. Puis confonde avec 7 autres photographes dont Hervé Gloaguen, François Hers, Jean Lattès et Guy Le Querrec l’agence Viva en 1972, dans le droit fil de 1968. Viva veut dépasser le modèle traditionnel du photojournalisme. Martine Franck donne une inflexion sociale à son travail photographique.

En 1973, sur un sujet proposé par François Hers, sort le premier reportage collectif « Familles en France », auquel elle participe. Ce reportage fera l’effet d’un manifeste photographique. Mais il sera mal reçu par le monde de la presse. En revanche il débouchera sur de nombreuses expositions et une présentation aux Rencontres d’Arles.

Dans les années 80, elle affirme l’aspect social de son travail. Elle infléchit son travail dans le sens de « reportages longs » sur des sujets plus larges. Elle participe à un projet pour le Ministère aux Droits de la femme en 1983. Puis en 1985 elle travaille avec les Petits Frères des Pauvres.

En 1986, quand Viva bat de l’aile, avec Guy le Querrec, elle entre à l’agence Magnum.

Hospice d’Ivry -1975
À la cantine

 

Portrait du philosophe Michel Foucault

 

« Les Lubérons » – 1976

 

Les voyages

Martine Franck a un penchant marqué pour les voyages, elle fera, photographiquement, beaucoup « d’international ».

En 1987 elle adhère au Comité de soutien au peuple tibétain qui vient d’être fondé.

Après un séjour sur l’île de Toraigh en 1993 au nord-ouest de l’Irlande, où elle étudie les communautés gaéliques, elle part au Tibet pour un reportage sur le système éducatif des moines Tulku.

Inde – Plage de Puri – 1980

 

Irlande 1993

 

Irlande – Tory Island (comté de Donegal – 1995

 

Tibet – Apprentissage et jeu

 

Le peintre Balthus chez lui -1999

 

Portrait de l’actrice Maria Glubkina – Moscou-2000

 

En 2003-2004 elle fait un long reportage à la Comédie-Française sur Bob Wilson qui y joue les « Fables de La Fontaine ».

Elle décède le 16 août 2012 à Paris. Elle est inhumée dans le Luberon, auprès de son mari Henri Cartier-Bresson.

 

Son travail s’inscrit dans la grande nébuleuse de la photo humaniste française. Il apparaît évident qu’il a pâti de l’ombre portée de celui de Cartier-Bresson.

Rien n’établit la responsabilité de ce dernier dans ce phénomène. Certains témoignages de proches semblent le confirmer. L’ombre portée de Henri Cartier-Bresson sur Martine Franck serait plus vraisemblablement un effet de l’atmosphère générale de l’époque. Et probablement aussi une conséquence du caractère fort, mais réservé de Marine Franck elle-même, cumulé à l’aura importante que la société a faite à son mari.

  • JC Serres
    6 août 2020 à 10 h 28 min

    Pas toujours facile d’ être la compagne d’ une telle référence qu’ était Henri Cartier-Bresson, les photos que vous présentez montrent une belle justesse de l’ exposition et une grande sensibilité propre au mouvement humaniste de l’ époque.
    Merci pour cette mise en lumière.

    • Valia
      6 août 2020 à 12 h 30 min

      Les recherches, ne serait-ce que par la difficulté à trouver des renseignements montrent que tout le milieu photographique, très masculin, est probablement plus responsable que son époux HCB, lui-même. Du coup la découverte des qualités de Martine Franck est d’autant plus frappante. Merci pour votre commentaire.