L’année avance tranquillement et la grisaille commence à laisser sa place à de la belle lumière. Comme par hasard, cela coïncide, pour de nombreux photographes, à la sortie du matériel. C’est donc le bon moment pour détecter quelques-unes de nos mauvaises habitudes ou certitudes photographiques, que l’on colporte autour de soi très facilement. Comme si c’était parole d’évangile !

La question est donc : « Avons-nous de mauvaises habitudes et comment peut-on les détecter ? ». À cette double interrogation, nous allons répondre par une liste de quelques habitudes qui semblent mauvaises si elles deviennent des certitudes trop ancrées.

Mais avant de commencer, il est nécessaire de rappeler un fait essentiel que beaucoup semblent oublier. Une photo se crée dès la prise de vue, pas en post-traitement. Composition ou exposition, il faut réfléchir à la photo avant de la prendre.

 

 

Les habitudes « techniques »

 

Le mode Manuel

Le mode M n’est pas le Graal. Certes, il offre la particularité de pouvoir tout contrôler : Ouverture, Vitesse, ISO. On peut donc régler finement, très finement par rapport aux conditions offertes par les conditions d’éclairage.

Quand on se trouve dans une situation où les réglages ne bougent pas (ou très peu) ou dans une situation où l’on a le temps de peaufiner les réglages, ce mode convient totalement. C’est même le mode parfait. Que ce soit en studio ou de nuit à l’extérieur, il s’avère approprié.

Mais quand on se doit d’avoir une certaine réactivité, alors le mode Manuel n’est plus vraiment adapté. Tout simplement parce que rectifier et harmoniser les 3 paramètres afin d’avoir une bonne photo prend du temps. Et que ce temps, on ne l’a pas forcément, les conditions changeant très vite : le soleil qui se cache derrière un nuage, le passant qui ne conserve pas son attitude très longtemps, etc.

Manuel, Av ou Tav ?

Manuel, Av ou Tav ?

 

Vous l’aurez donc compris, le mode Manuel est un mode lent qui ne vous aidera pas à prendre le cliché au bon moment. Un mode qui fait parfois (souvent ?) oublier le sujet. Ce qui est dommage, non ?

Sur votre boîtier, il y a d’autres modes qui sont peut-être mieux adaptés à vos pratiques de prise de vues. Il ne s’agit pas d’abandonner purement et simplement le mode Manuel. Juste s’offrir d’autres possibilités, plus réactives. Les modes Av (priorité à l’ouverture), Tv (priorité à la vitesse), Tav (priorité ouverture et vitesse) ou encore P (Hyper Program) doivent être envisagés. Surtout qu’on peut contraindre les ISO dans une certaine plage et donc être proche de ce qu’on pourrait obtenir en Manuel.

Le seul mode à éviter reste le mode Auto, où tout est décidé par l’ordinateur du boîtier.

 

 

Le collimateur unique

Un grand classique aussi que celui-là. Le photographe, croyant bien faire, se met dans le mode collimateur spot ou dans le mode de sélection unique (avec déplacement du collimateur à la main). Sauf que souvent, il oublie et ne fait pas la mise au point au bon endroit. Avec à la clé, le risque d’une image moins réussie. Le collimateur spot central est pratique pour certains types de sujet. Mais il ne doit pas devenir la règle.

Quant au collimateur unique à déplacer, il faut avoir le temps. Ce qui n’est pas toujours le cas pour des sujets « rapides ». Alors, pourquoi ne pas utiliser les possibilités de votre boîtier avec les collimateurs multiples ? Avec le K-3, le nombre de points AF a augmenté, passant de 9 à une trentaine. Et surtout, l’utilisateur a à sa disposition le mode 9 collimateurs groupés. Ainsi, le boîtier fera sa mise au point avec priorité au sujet le plus proche ! En termes de réactivité, le gain est non négligeable.

Sans oublier que les collimateurs « rose » en mode AF-C sont les seuls à assurer un suivi d’un sujet qui se déplace.

les modes de suivi de collimateurs sur 9, 25 ou 33 points.

 

Attention, cela ne veut pas dire que l’usage du collimateur unique doit être abrogé. Juste que ce n’est pas forcément le meilleur choix. Ce sera selon les pratiques photos.

 

 

La mesure d’exposition Spot

Utiliser la mesure d’exposition spot est parfois une bonne idée, en studio principalement. Malheureusement, en extérieur et en intérieur, et plus généralement, dans tous les endroits où le photographe ne contrôle pas la lumière, c’est une erreur. Qui va proposer comme résultat, des images soit trop claires, soit trop sombres !

Votre boîtier propose la mesure de la lumière en multizone. Adoptez la et au moins vous serez tranquille de ce côté. Et si vous souhaitez prendre la mesure de la lumière sur un point précis, adoptez la mesure AE-L. Une fois maîtrisée, vous gagnerez en temps !

 

 

L’enfermement dans l’habitude de la pratique unique

C’est un problème que j’ai principalement rencontré avec les photographes de studio qui ne font que cela (objet ou vivant, mais uniquement l’un des deux) ou les adeptes de la macro. Le risque est que, si on peut devenir rapidement un spécialiste de ladite pratique, on s’y enferme. Plus on se spécialise, plus la photo deviendra certes belle, voire parfaite. Mais plus elle deviendra ennuyeuse, le photographe se répétant inlassablement. Au risque de vous lasser, vous, sinon les autres. Il conviendra donc de varier les pratiques et même les sujets au sein de ces pratiques.

Jusqu'au bout de l'ennui

Jusqu’au bout de l’ennui

 

Alterner les styles, les pratiques, cela permet d’enrichir la façon de prendre des photos, d’apporter un plus dans les autres pratiques. De composer autrement, et pas mécaniquement.

 

 

Les habitudes de composition

La composition est un vaste sujet qui a été régulièrement abordé sous différents angles par l’équipe de Pentax Klub comme :

 

 

La recherche de la photo parfaite

On passe des heures à régler son appareil, à préparer sa composition en respectant à la lettre toutes les règles photographiques afin de rendre une photo esthétiquement sublime. Mais souvent tellement sans âme que, si on admire la virtuosité, on reste de glace.

Alors, soyez moins rigoriste et mettez dans vos clichés ce petit supplément qui la rendra humaine, qui fera qu’on ressentira une émotion en les voyant.

 

 

L’arrière-plan

Le massacre des arrières-plan est sans doute une des causes les plus courantes des photos ratées. Le photographe oublie de composer son arrière-plan, ce qui amène à avoir des choses parfois indigestes. Ce fait est aggravé, il me semble, par les automatismes de nos appareils photo. Ces derniers proposent en effet de s’occuper de la mise au point automatique, de corriger l’expo, etc. Ce qui installe le photographe dans la routine d’un simple clic, sans regarder, sans composer. Juste en regardant le premier plan qui est, aux yeux de certains, la seule chose à prendre en compte.

Arrière-plan sans intérêt

Arrière-plan sans intérêt

 

Ouvrez vos yeux, regardez autour de vous, regardez comment placer votre sujet afin qu’il rende le mieux. Si vous pouvez ne pas prendre une poubelle en arrière-plan, ce sera nettement mieux ! Sans oubliez de relire notre article consacré à ce sujet.

 

 

La toute puissante règle des tiers

Cette règle de composition est matraquée régulièrement depuis une bonne vingtaine d’années. Son ancrage se situe dans la peinture classique et permet d’éviter des compositions peu agréables à la vue. En appliquant basiquement cette règle, le photographe est à peu près certain de produire une photo propre. Mais trop souvent sans âme et stéréotypée.

Toujours respecter les tiers

Toujours respecter les tiers

 

Osez donc le déséquilibre, des portraits plein centre et autres. Prenez des risques et vous obtiendrez peut-être des clichés plus vivants, empreint d’un dynamisme trop souvent absent.

 

 

Il n’y a pas que le bokeh dans la vie

Faudra un jour qu’on m’explique comment le bokeh peut rendre une scène insipide en un sujet brillant ! Le bokeh doit servir l’image, doit apporter une dimension. Il s’agit là d’un des paramètres de la composition auxquels le photographe se doit de songer. En détachant un premier plan du reste de la scène, le bokeh va permettre un renforcement du sujet principal. Si une scène est ratée ou insignifiante, le bokeh sera comme le traitement en N&B, un simple palliatif sans intérêt.

Bokeh efficace ?

Bokeh efficace ?

 

Le bokeh n’est pas une fin en soi comme certains semblent fortement le croire. Il s’agit d’un des nombreux éléments qui sont mis à la disposition du photographe afin de composer son ou ses clichés.

 

 

Autres travers

 

Le Noir et Blanc n’est pas un moyen de sauver une photo

Le N&B se travaille, se mérite. Il convient d’y penser dès la prise de vue. C’est un vrai moyen d’expression visuel qui a tout un sens.

Désaturer une photo en espérant la « sauver » ou, du moins, la rendre plus attractive, c’est une vraie mauvaise solution. Or elle est malheureusement trop souvent utilisée par des photographes qui croient bien faire, pensant donner un cachet à une photo ratée.

Le N&B ne sauve rien

Le N&B ne sauve rien

 

Dans un premier temps, ne convertissez plus vos photos en N&B. Posez-vous la question d’un apport du N&B. Et surtout apprenez à penser et voir en N&B. Comme cela vous ne gâcherez ni votre temps ni la vue de vos amis.

 

 

Le génie n’est pas dans la pellicule argentique ou dans une marque

Non, acheter du Canon ou du Leica ne fera pas de vous un génie photographique sous le prétexte que « c’est les grands photographes qui investissent dans ce matériel si haut de gamme ». Non, ce n’est parce que vous avez un viseur électronique que vos expositions seront enfin bonnes ! Et non, ce n’est parce que vous osez la pellicule argentique, devenue mythique, que ce même génie se penchera enfin sur vos œuvres. Ce retour à la pellicule ou le snobisme du Leica a un côté bobo bien prononcé. Attention Leica n’est pas snob. C’est l’attitude de certains autour de cette marque qui relève du snobisme.

Développement dans le style de la pellicule Agfa Vista 100

Développement dans le style de la pellicule Agfa Vista 100

 

Oui, la pellicule argentique a un charme qu’on ne retrouve pas facilement avec le numérique qui offre une image si parfaite, si propre. Mais si vous souhaitez retrouver le charme des pellicules, alors investissez dans un logiciel (ou des filtres) capable de redonner ces rendus. Et qu’on n’en parle plus.

Oui Leica est une marque mythique qui vaut très cher. Si vous êtes prêt à payer entre 5000 et 10000€ pour de vraies bonnes raisons, c’est bien. Si c’est pour le génie, repassez plus tard, il n’est pas disponible.

Oui les hybrides sont plus légers et leurs viseurs promettent des merveilles. Malheureusement, la pellicule est « phagocyteuse » de temps ; le gain en poids des hybrides est « phagocyteur » en batteries question autonomie ; le viseur électronique peut engendrer une fatigue visuelle importante.

 

 

Changer de matériel à chaque nouveauté

En espérant que, miraculeusement, vos photos vont s’améliorer ! C’est comme en informatique où le principal générateur d’erreur se trouve entre la chaise et le clavier. C’est à dire vous. En photo, c’est pareil. Changer de boîtier ou de marque ne rendra pas vos photos intrinsèquement meilleures. Cela vaut aussi pour les objectifs. Tout cela ne représente ni plus ni moins qu’une course à l’échalote.

La seule façon de progresser est pratiquer, encore pratiquer et se confronter au regard des autres. Accepter aussi les critiques, même si elles ne sont pas toujours justifiées. Car elles permettront toujours de progresser. Et surtout, arrêter d’accuser votre matériel, car, sauf gros pépin, il n’y sera pour rien.

 

 

Le selfie

Évidemment que vous y étiez puisque c’est vous qui avez pris la photo ! Alors, mis à part le fait de devenir un peu plus narcissique encore, à quoi servent les selfies ? J’avoue ne pas avoir eu de réponse. Cette mode photographique est sans doute le résultat de notre civilisation actuelle où une partie de la population a besoin désespérément d’une reconnaissance sociale. En se diffusant au travers de toutes ses activités sur les réseaux sociaux, on se persuade d’exister. Triste civilisation dans laquelle on vit !

Le syndrome "J'y étais"

Le syndrome « J’y étais »

 

Sans compter que cette mode peut-être dangereuse pour soi-même (comme se faire croquer par un crocodile, tomber d’une falaise ou d’un pont) et l’entourage (destruction de toiles dans des musées).

 

 

Devenir évangéliste d’une marque

Il s’agit là d’une « sale » habitude qui consiste à ne croire qu’en dehors de sa marque préférée, il n’y a point de salut. Ils trouveront toujours des arguments pour dénigrer les autres. Les meilleurs objectifs c’est sa marque qui les conçoit, ou si c’est un constructeur indépendant, c’est pour sa monture. Le ton devient assez vite condescendant vis-à-vis des autres.

Alors, si vous avez une marque fétiche, apprenez à respecter les autres. S’affranchir de la pensée unique vous rendra meilleur, plus ouvert aux autres et donc vous ouvrira des portes.

 

 

Se fier à l’écran de votre boîtier

Pour terminer, une dernière habitude tenace qui consiste à se fier à l’écran du boîtier. À aucun moment il ne vous donnera de réelles indications sur votre photo. Certes vous aurez une image, mais elle ne sera que plus ou moins ressemblante à la réalité.

Donc, à moins que la photo soit franchement floue, ne l’utilisez plus pour valider vos images et ainsi supprimer celles qui vous semblent mauvaises.

 

 

 

La liste des mauvaises habitudes ou des certitudes mal placées est certainement plus longue que celle évoquée ci-dessus. Mais si vous prenez la peine d’y réfléchir un peu, vous trouverez matière à réflexion et autres pistes d’amélioration pour vos prises de vues.

 

© crédits photos ratées : fyve