La photographie, étymologiquement graphie à la lumière, ne peut pas se faire «sans avoir la lumière». Et pour cela, il faut mesurer la lumière.

«Avoir la lumière» signifie le plus souvent «avoir la bonne ou la belle lumière». Celle qui détache les sujets crée du relief en soulignant les plans successifs, en donnant de belles couleurs, douces, cristallines. Or cette lumière crée aussi des contrastes. Et par là même des difficultés à la mesurer.

 

 

La mesure de l’AE

Elle est l’élément décisif de la photo, car de la valeur mesurée AE dépendent toutes les combinaisons possibles du couple ouverture / temps de pose : AE = À (Aperture-ouverture) x T (temps de pose). Un coup d’œil sur la photo d’un posemètre ci-dessous illustre très bien ce point : La lumière mesurée AE -en anglais EV ou LV (Light Value)- était indiquée par un chiffre sur fond jaune, ici entre 14 et 15.

En alignant le cadran sur ce chiffre, on affichait une série de couples A ( f: ) – T, parmi lesquelles le photographe choisissait celle qui lui convenait. C’est à lui que revenait ce choix. Techniquement, c’est assez simple, concrètement, sans une connaissance assez fine ou une pratique assez longue de la photo, ce n’est pas si simple que cela. C’est ce que nous allons voir ici. Et plus particulièrement les cas difficiles où cette mesure automatique peut être mise en défaut.

Commençons par rappeler quelques notions de base. Vous pouvez également consulter les articles déjà publiés sur cette question.

 

 

Les méthodes de mesures

  1. La mesure incidente. Elle consiste à mesurer la lumière qui tombe sur le sujet. Elle est infaillible en cas de sujet principal occupant une place importante dans la photo, et quand celui-ci est physiquement accessible. Cette mesure nécessite un posemètre. Les boîtiers TTL ne permettent bien sûr pas ce type de mesure. Elle n’est plus utilisée que par le cinéma et les studios photo professionnels.
  2. La lumière réfléchie. C’est elle qui s’est généralisée avec la TTL des boîtiers. Elle fut d’abord générale et indifférenciée, puis centrale pondérée, avec une prépondérance à une large zone centrale ayant la forme d’une porte voûtée ou plus simplement d’une ellipse horizontale. Sa surface représente ~75% de la surface totale du cadre. Avec les progrès de l’électronique, cette mesure est devenue multizone (ou matricielle, évaluative, intelligente). Le nombre des zones mesurées a augmenté régulièrement et a intégré des cas types, mémorisés dans le calculateur, permettant de proposer des choix pertinents. Le but de cette évolution est de réduire le plus possible les cas où la cellule se fait piéger.
  3. Il est enfin possible d’utiliser la mesure spot, centrée sur une zone de 3,5% de la surface du cadre. Ce qui nécessite une grande précision de la mesure. Concrètement cette méthode est à manipuler avec une grande prudence, ou sinon il vaut mieux s’abstenir.
La Lunasix 3 de Gossen, une des "cellules" les plus réputées au monde. Années 60

La Lunasix 3 de Gossen, une des « cellules » les plus réputées au monde. Années 60

 

Symboles des 3 modes de mesure de lumière

Symboles des 3 modes de mesure de lumière

 

La plupart de boîtiers actuels, particulièrement les boîtiers Pentax proposent les 3 modes matricielle, centrale pondérée et spot. Ces méthodes de mesure permettent au photographe d’obtenir des photos bien exposées. Mais pas toujours. Aussi les constructeurs ont-ils affiné la mesure de l’AE. Elle est devenue de plus en plus très fiable. Les deux premières font une moyenne des hautes et des basses lumières. Donc elles « rabotent » les contrastes. Par ailleurs, il reste, malgré les progrès impressionnants des systèmes de mesure, des cas où le photographe doit faire le choix ultime. C’est particulièrement vrai dans les situations «dures» que nous allons voir.

 

 

Les 3 cas de mesure de l’AE

Cas général

Lumière normale (ou moyenne, tempérée) Pas de forts contrastes. Aucun problème particulier. Mesure matricielle ou centrale pondérée classique. Pas de correction +/- ou faible selon le boîtier et selon la densité que vous aimez pour vos photos.

 

Cas délicat type 1

Lumière forte de grand soleil. En été, en hiver également, mais moins difficile à traiter. Forts contrastes. Il convient de prêter une attention particulière à la mesure de l’AE pour obtenir des photos équilibrées (matricielle classique) ou bien choisir la zone dont on privilégie le rendu (AE liée à AF), afin de minimiser le PT. Une des situations qui demande du doigté dans la mesure de l’AE est la lumière d’hiver par grand beau temps froid. Cette lumière donne des couleurs vives, mais aquarellées, des transparences très douces et nuancées. Le résultat final dépendra directement de VOTRE choix de privilégier les hautes ou les basses lumières, soit au Post-Traitement, soit à la prise de vue avec affinage en PT.

 

Cas délicat type 2

Situations «dures». Lumière très forte : contre-jour, contrastes extrêmes. Les différences d’AE sont de 4 Il ou plus. Un exemple caractéristique est le coucher de soleil avec l’astre dans le cadre. Celui-ci a une forte tendance à baver, à manger ce qui est autour. La solution est une sous-exposition franche (~3 IL au moins) que l’on rattrape en PT avec les curseurs hautes et basses lumières. Ce type de photo tourne facilement au N&B, au mieux à l’Orange & Blanc ; il rend incontournable le passage en PT. Et celui-ci exige un doigté fin. Voir les images commentées ci-dessous.

Dans de nombreux cas, il existe une solution moins globalisante que les moyennes, réductrices des contrastes et que la mesure spot, étroite, assez peu compatible avec la photo rapide.

C’est celle qui consiste à mesurer la lumière sur une zone dont on veut privilégier la lumière dans la photo. Cette méthode de mesure consiste à lier l’AE au point où l’on fait l’AF (la Mise Au Point effectuée par l’AF).

Le paramétrage de ce lien se fait dans le boîtier, dans le Menu, en C.

  • Pour le K-5, K-5II et IIs : en C-1-5 et C-1-6,
  • pour le K-3 et K-3II : en C-1-4 et C-1-5,
  • pour le K-1 : en C-2-5 et C-2-8. Dans tous les cas il faut choisir la position 2.
  • Pour le K-70 : en C-1-5 et C-1-6.
  • Pour le KP on ne sait pas encore…

Ce paramétrage permet de donner une certaine prépondérance à la mesure de la lumière de la zone du collimateur où vous avez fait le point, dans le cadre du mode de mesure que vous avez adopté, multizone ou centrale pondérée.

 

Mesure de AE liée à l'AF. Ici sur la zone la plus claire.

Mesure de AE liée à l’AF. Ici sur la zone la plus claire.

 

Mesure de AE liée à l'AF. Ici sur une zone moyenne.

Mesure de AE liée à l’AF. Ici sur une zone moyenne.

 

Mesure de AE liée à l'AF. Ici sur la zone la plus sombre.

Mesure de AE liée à l’AF. Ici sur la zone la plus sombre.

 

On remarque que les mesures faites sur des zones extrêmes donnent des clichés extrêmes. La méthode AE-AF lié demande de la nuance.

 

Mesure de AE liée à l'AF. Ici sur une zone claire.

Mesure de AE liée à l’AF. Ici sur une zone claire.

 

Mesure de AE liée à l'AF. Ici sur une zone assez sombre.

Mesure de AE liée à l’AF. Ici sur une zone assez sombre.

 

La mesure AE-AF lié permet de varier les ciels avec beaucoup de nuances possibles et de les rendre « tragiques », (menaçants, lourds d’orage …) avec une efficacité certaine.

Certains appareils MF -Hasselblad pour ne pas les citer- ont été dotés à l’époque argentique d’un système de mesure multi-spot, qui permettait de cumuler plusieurs mesures ponctuelles et d’en faire une moyenne AE. Le boîtier faisait – mais pas automatiquement- ce que l’on pouvait faire avec des posemètres à main haut de gamme de dernière génération.

Tout cela, vous l’aurez compris, signifie une procédure longue, qui exclut la prise de vue à main levée. On est donc dans une situation de travail au pied, de mise d’aplomb avec niveau à bulle, avec cadrage soigné, choix prémédité de la lumière et tout le tralala ! Autres temps, autres mœurs…

Vous aurez remarqué qu’il était beaucoup question de choix d’une zone de la photo pour mesurer cette lumière.

 

 

Le choix de la zone à mesurer

C’est un choix volontaire. C’est le choix du type de photo que l’on veut obtenir. Prendre la lumière sur une zone de la future photo, c’est décider à l’avance quelle sera la zone bien exposée. Ce choix expose le photographe à la possibilité d’erreurs, qui ne seront pas celles des automatismes de son boîtier, mais les siennes. Pour éviter ces erreurs, il convient d’avoir toujours présent à l’esprit que :

  • choisir une zone sombre donnera une photo claire
  • choisir une zone claire donnera une photo sombre.

 

Cette méthode, en vous permettant d’approcher mieux le résultat final recherché, allégera d’autant votre travail en PT. Mais elle ne le supprimera pas complètement. En PT vous pourrez faire ce qu’aucun boîtier ne fait : modifier l’écart entre les ombres et les hautes lumières. Vous pouvez ainsi éclaircir ou assombrir (densifier) les basses lumières et/ou les hautes lumières.

Un conseil général : il est plus facile de travailler sur les basses lumières que sur les hautes lumières. Ou plutôt moins délicat. En effet vous aurez plus de latitude d’intervention avec les basses lumières à « déboucher », l’apparition de bruit chromatique est plus tardive. Si vous faites des modifications modérées, vous pouvez ne pas avoir de bruit du tout.

Avec les hautes lumières, vous pouvez également éclaircir sans réel problème. Par contre, assombrir les hautes lumières fait vite apparaître un gris uniforme dans les ciels du plus vilain effet, sans pour autant « décramer » une photo. Donc vous aurez moins de problèmes à sous-exposer un cliché et à l’éclaircir ensuite, que le contraire. Tout cela, bien sûr, dans le cadre d’une photographie qui recherche un résultat réaliste.

 

Les automatismes intelligents embarqués facilitent la vie du photographe, permettent souvent de travailler sans avoir besoin de réfléchir, donc très rapidement c’est une aide précieuse. Renforcée par le fantastique parachute que représente le Post-Traitement. Il n’en reste pas moins que dans toutes les situations délicates, le jugement final quant au couple A x T appartient au photographe et à lui seul. Là encore la technologie vient à notre secours. Les cas délicats type 1 et 2 peuvent aussi être traités en bracketing automatique. Mais cela reste un secours. Car choisir à la prise de vue le cadrage ou la lumière (ou les deux), choisir une des photos obtenues par le bracketing, ou choisir un réglage de curseur en PT, c’est toujours choisir.

Le jugement final, jugement dernier, appartient au photographe, au seul photographe !

 

 

GALERIE

Marseille en août. Contraste dur. Lumière mesurée sur les façades centrales. PT léger sur les ombres.

Marseille en août. Contraste dur. Lumière mesurée sur les façades centrales. PT léger sur les ombres, juste pour rendre visibles quelques arêtes de marche…

 

Marseille en août en fin de journée. Fort contraste. Lumière mesurée sur la partie "sombre" des façades. PT très léger.

Marseille en août en fin de journée. Fort contraste. Lumière mesurée sur la partie « sombre » des façades. PT très léger.

 

Contre-jour moyen. Plusieurs zones de mesure de lumière possibles selon le résultat recherché.

Contre-jour moyen. Plusieurs zones de mesure de lumière possibles selon le résultat recherché.

 

Provence en août. Contre-jour moyen, contraste et tansparences. Mesure matricielle classique.

Provence en août. Contre-jour moyen, contraste et transparences. Mesure matricielle classique.

 

La Rochelle début de soirée. lumière mesurée sur le bord éclairé du bateau au fond. 12800 Isos. Quasiment pas de traitement.

La Rochelle début de soirée. lumière mesurée sur le bord éclairé du bateau au fond. 12800 Isos. Quasiment pas de traitement.

 

Crédit photographique Valia, sauf mention contraire.