Le photographe de 2016 est sans doute assez semblable à celui de 1986 et pourtant il n’assouvit pas sa passion dans les mêmes conditions. Ces conditions sont même assez éloignées : en 1986, l’argentique, quoique donnant l’impression d’être en perte de vitesse, dominait quand même nettement, écrasait, même, le numérique qui n’en était qu’à ses débuts. Cependant, dans les deux cas, on entend souvent parler de « l’objectif standard ».

Mais, allez vous dire, quel est le rapport des conditions évoquées avec ce que l’on appelle communément « l’objectif standard » ?

Le rapport n’est pas si éloigné que l’on pourrait le penser.

 

 

La focale standard

 

Au temps de l’argentique

Du temps de l’argentique, et même si c’était rarement le cas, tous les boîtiers pouvaient, comme aujourd’hui, être achetés nus. Mais, comme aujourd’hui aussi, on pouvait leur adjoindre un objectif de son choix. Dans l’écrasante majorité des cas, cet objectif, l’objectif standard , avait une focale de 50mm et une ouverture maximale de 1.7 ou 1.8. Les plus fortunés s’offraient un 50mm ouvrant à 1.4 avant, parfois, d’opter pour un « 1.2 », au prix « stratosphérique ». L’auteur de ces lignes avait opté, lui, pour un 135mm f/2.8, ce qui n’avait pas manqué d’intriguer le revendeur.

De fait, ce choix était dicté par le style de photo que l’on souhaitait pratiquer ; malgré cela, les fabricants mettaient en avant le 50mm. Ils affirmaient qu’avec cet objectif, qu’il qualifiaient « d’objectif standard », tous les types de photos, ou presque, étaient possibles. Avouons qu’ils n’avaient pas complètement tort, même s’ils n’avaient pas non plus totalement raison. Oui, mais, car il y a un « mais », ces considérations étaient généralisables car tous les appareils 35mm étaient basés sur un format de pellicule unique, le 24×36. Les « moyens-formats » étaient rares. Et, avec un tout petit peu de curiosité, on peut noter que la diagonale du format correspond, peu ou prou, à la focale qui, elle-même, correspond à une vision humaine normale, « naturelle ». Cela signifie donc que l’objectif standard diffère selon le format du support de la photo.

 

La diagonale du format

Retournons à nos cours de mathématiques : quelle est la diagonale du format 24×36 ?

Examinons le rectangle ABCD ci-dessous qui représente le négatif 24×36.

Objectif standard - Dimensions du capteur 24x36

Objectif standard – Dimensions du capteur 24×36

 

Par hypothèse :

AB = 36mm

AD = 24mm

DB est la diagonale du rectangle.

 

Considérons le triangle rectangle DAB (rectangle en A). On applique le théorème de Pythagore : « dans un triangle rectangle, le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des 2 autres côtés ». L’hypoténuse est le côté opposé à l’angle droit. Dès lors, le carré de l’hypoténuse DB est égal à la somme des carrés des côtés AB et AD.

Donc :

DB² = AB² + AD²

DB² = 36²+24²  =  1872

On en déduit que DB est égal à la racine carrée de 1872, c’est-à-dire 43,27 ou, arrondi à l’unité, 43mm. La diagonale du format 24×36 est donc très proche de 43mm.

Notons au passage que Pentax a dans sa gamme un objectif de 43mm de focale ouvrant à f/1.9. Hasard ? Certainement pas ! Aucun constructeur de fabrique des objectifs « par hasard » ! Mais il n’appelle pas « objectif standard » ce 43mm .

On sait que, pour des raisons pratiques, il est plus facile de calculer les formules optiques pour une focale de 50mm.  Ceci explique probablement pourquoi tous les fabricants de boîtiers ont un 50mm dans leur gamme. Cette focale est aussi la moins onéreuse en termes de fabrication, et celle qui permet la meilleure luminosité. C’est une des très rares focales, à notre connaissance, dans laquelle existent des ouvertures de 1,2, voire de 0,95*.

 

 

Les autres formats

Si nous extrapolons et appliquons le même principe à d’autres formats que le 24×36, nous pouvons ainsi observer que :

  • que, pour un moyen format de type « 120 » (4,5cm x 6cm), la diagonale est d’environ 70mm, la focale correspondante se situant à 75mm
  • que pour le format 6×6, la diagonale de 79,2mm correspond à une focale « normale » de 80mm.

On pourrait ainsi poursuivre la démonstration pour tous les types de formats. Vous trouverez ces informations à cette adresse.

Tout ceci illustre, bien sûr, les différents formats de l’époque argentique. Et, en argentique, on peut dire que l’objectif « standard » existe vraiment : c’est le 50mm dans le cas général, mais on peut aussi considérer que tout objectif dont la focale (fixe) est comprise entre 40 et 55 voire 58mm peut être considéré comme un objectif « standard ».

 

 

Le « standard » en numérique

Le même principe de détermination de la focale « normale » peut aussi s’appliquer au numérique.

Ainsi, pour le format de capteur APS-C (24mm x16mm approximativement), la diagonale est d’environ 29mm : la focale « normale », telle que définie ci-avant (sensiblement la vision humaine), se situe donc entre 28mm et 35mm, pour ne parler que des focales les plus fréquemment utilisées et fabriquées.

Pour le format micro 4/3 (env 13 x 17,3 mm), la diagonale est de 22mm environ alors que, pour les formats inférieurs (2/3’’ et 1/8’’) la diagonale est respectivement de 11mm et 2mm.

Le format micro 4/3 est un monde un peu à part : il utilise des objectifs interchangeables, au contraire des petits formats chez qui la notion « d’objectif standard » n’existe pas. Et, en format 4/3, la gamme de focales dite « standard » est de 14-42mm, correspondant, en 24×36, à 28-85mm environ (facteur x 2)

Toutefois,  en numérique, on remarque que la notion « d’objectif standard » est assez floue.

 

La pratique des fabricants

De fait, il est extrêmement rare qu’un boîtier reflex APS-C soit vendu avec un objectif à focale fixe. Rare ne veut pas dire « jamais ». En effet, on a pu constater que certaines « promotions » initiées par un célèbre distributeur du Web concernaient un boîtier accompagné d’un 35mm d’entrée de gamme (mais excellent en ce qui concerne Pentax) et parfois aussi d’un 50mm de même gamme (tout aussi excellent chez Pentax). Mais c’est un fait relativement exceptionnel et, le plus souvent, les boîtiers reflex APS-C « grand public » sont – dans toutes les marques – vendus avec un zoom de type  18-55mm d’ouverture maximale modeste et surtout variable sur le « range ». Le plus souvent, cette ouverture varie de 3.5 à 5.6. Ce zoom d’entrée de gamme est ainsi présenté comme un « objectif standard ». Lequel est alors appelé   «objectif de kit».

Cela peut être différent, particulièrement sur les boîtiers APS-C « Expert », souvent dotés en kit d’un objectif d’une gamme un peu supérieure. Cette fourniture dès l’achat d’un objectif « standard » est aussi un argument commercial permettant d’attirer de nouveaux clients dans la marque : le prix boîtier+objectif zoom standard est largement inférieur au prix cumulé des deux objets achetés séparément.

Quant aux boîtiers FF, à capteur 24×36, principalement destinés soit à des photographes professionnels soit à des amateurs exigeants et/ou nostalgiques de l’époque argentique, ils sont le plus souvent vendus nus. Il appartient alors à l’acheteur de savoir quel objectif il désirera utiliser le plus souvent, et cet objectif sera acheté à part. C’est le cas notamment chez Pentax, pour le K-1 : aucun kit n’est actuellement prévu.

Pourquoi un zoom en « Objectif standard » pour un boîtier numérique ?

La réponse à cette question est relativement simple. Les objectifs à focale fixe ont continué de progresser grâce, notamment, à l’emploi de verres spéciaux, mais ils avaient déjà, au temps de l’argentique, un excellent niveau de qualité. Les zooms, eux, ont fait un bond gigantesque depuis cette époque et, aujourd’hui, ils ont comblé une grande partie de leur retard sur les focales fixes. La production en séries nettement plus importantes a fait le reste, en abaissant les coûts de revient. Il est alors devenu plus simple, certains disent « plus logique », de proposer un zoom en objectif standard, par sa plus grande adaptabilité aux diverses situations rencontrées par les photographes amateurs.

 

Les besoins en objectifs des photographes

Notons que chez les photographes professionnels, la notion d’objectif standard, telle que définie par les constructeurs, n’existe pas. Un professionnel ne possède généralement que les objectifs correspondant à sa pratique. Le photographe de sports en extérieur n’aura pas les mêmes objectifs que le spécialiste de la macro. Et ils seront aussi différents de ceux du reporter-photographe de rue ou du photographe de studio.

Une constatation s’impose toutefois avec le numérique : la plupart de temps, ce que l’on considère comme un objectif standard ou que l’on a le plus souvent à l’esprit, ce n’est plus une focale fixe. Ce n’est plus un 35mm ou un 50mm. C’est un zoom, comme on l’a expliqué ci-dessus, et sa plage de focales va souvent de 24mm à 70mm, du moins en format 24×36. Ceci correspondrait approximativement, en APS-C à 16(ou 17)-50mm. Or, que constate-t-on ? C’est qu’en APS-C, les zooms de type 18-55mm sont largement plus répandus que les 16(17)-50mm. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils sont plus faciles à fabriquer et qu’ils sont produits en grandes séries. Ils sont donc bien moins chers.

 

 

Est-il judicieux de choisir un zoom en tant qu’« objectif standard » ?

La question est légitime. D’un strict point de vue de gestion de la lumière, la réponse est clairement « NON ». En effet, une focale fixe permet toujours de faire entrer dans l’appareil davantage de lumière qu’un zoom comprenant la même focale. Pour autant, la quantité de lumière n’est pas le seul critère de qualité d’une image. Loin s’en faut. Savoir la gérer, savoir composer son image sont des critères tout aussi importants. Et, dans ce domaine, les zooms peuvent rendre des services inestimables. « Zoomer avec les pieds » est une pratique recommandable et honorable, mais pas toujours facile à mettre en oeuvre. Toutefois, nous ne lancerons pas de débat sur ce thème : chacun a ses préférences et c’est très bien ainsi. Nous nous limiterons à constater qu’une focale fixe est bien souvent plus petite, plus discrète et plus légère. Les grands maîtres des débuts de la photo n’avaient pas de zoom à leur disposition. Et pourtant, ils ont produits des images remarquables.

Un cas particulier mais fréquent :  quand vous devez prendre des photos en intérieur, vous êtes souvent contraint par l’espace disponible. En pareil cas, un zoom « standard » de type 18-55mm en APS-C ou 24-70 en 24×36 vous offrira davantage de possibilités de cadrage qu’un objectif fixe de 35mm ou 50mm.

 

 

Quel objectif standard choisir ?

Ce qui est dit ci-avant donne les possibilités « techniques ». Reste la qualité des images produites ! Si l’on est rarement déçu avec les zooms de type 24-70mm, ce n’est pas exactement la même chose avec certains zooms 18-55mm. Certains de ces derniers donnent toutefois des images de qualité respectable, au prix de certaines concessions, sans doute. Et aussi, quand on sait leurs limites et qu’on les utilise à bon escient. Ce n’est pas, non plus, et de très loin, le même prix d’achat ! Il faut donc relativiser. Tout ceci pour en conclure qu’il n’y a pas de réponse unique à la question.

Objectif standard ?

Objectif standard ?

 

L’objectif ci-dessus (FA 31mm – f/1.8) constituerait un excellent objectif standard (fixe) sur capteur APS-C. Il apparaîtrait comme un semi-grand angle sur capteur 24×36.

 

Et, en guise de conclusion générale, on peut aussi estimer qu’il n’existe pas réellement d’objectif standard. Ce terme est plus une invention « marketing » qu’une réalité photographique. Chaque photographe agira en fonction de sa pratique. Il utilisera soit l’objectif correspondant au sujet dont il veut fixer l’image sur le capteur de son APN soit celui avec lequel il se sent à l’aise. Et pour lui, comme il est logique, c’est ce dernier qui sera son « objectif standard ».

 

(*) Il a notamment existé plusieurs objectifs Voigtländer ouvrant à 0.95 (Nokton 25mm, Nokton 10.5mm, …) pour d’autres systèmes.