Objectifs FF sur APS-C ?

La question « Est-il intéressant d’utiliser des objectifs FF sur APS-C ?» est apparue très vite avec l’arrivée du numérique. Car l’APS-C a d’abord été LE format du numérique. En fait la question n’a pas été aussi simple que ça.

Petit retour en arrière

Au tout début le parc optique disponible n’était pas très fourni, et de nombreux photographes ont utilisé au moins une partie de leur objectifs argentiques disponibles. Etant donné la définition des capteurs de cette période initiale, celle des objectifs FF dont ils disposaient ne posait pas de problème. Le problème qui occupait vraiment les photographes étaient plutôt l’absence des courtes focales.

En effet le coefficient de conversion x1,5 transformait un 18mm (objectif assez peu courant à l’époque) en un 27-28mm. Et l’offre en objectifs AF à ce moment était restreinte. Chez Pentax :

Focale et ouvertureFFFFAPS-C
ManuelsAFAF
14 et 15mmK 15mm f:3,5 - 1975DA 14mm f:2,8 - 2004
DA 15mm f:4 - 2009
18mmK 18mm f:3,5 - 1975
20mmK 20mm f:4 - 1975
M 20mm f:4 - 1977
A 20mm f:2,8 - 1985
FA 20mm f:2,8 - 1995
21mmDA 21mm f:3,2 Ltd -2006
24mmK 24mm f:2,8 - 1977
FA* 24mm f:2 - 1991
28mmK 28mm f:3,5 - 1976
M 28mm f:2,8 - 1977
K 28 mm f:2 - 1977
K 28mm f:3,5 shift - 1977
M 28mm f:2 - 1980
A 28mm f:2 - 1984

F 28mm f:2,8 - 1987
FA 28mm f:2,8 - 1991
FA 28mm f:2,8 soft - 1997

L’offre n’était donc pas inexistante. Mais la demande, chez Pentax en tous cas, n’avait pas l’air débordante. Le tableau ci-dessus le montre de façon évidente. Je me souviens avoir eu l’air d’un OVNI avec mon K 18mm f:3,5 acheté d’occasion à l’époque argentique. Relativement cher d’ailleurs! La plupart usaient du zoom 18-55mm/3,5-5,6, quitte (ah, ah) à en dire pis que pendre. Comme les magasines. Toutes les marques ont sorti des zooms équivalents à cette époque. En attendant d’étoffer leur parc optique numérique grand public.

Le problème grand-angle en APS-C

Les boitiers numériques « souffrent » de l’effet crop. De coefficient 1,5, voire plus. Donc un 20mm, enviable focale UGA, devient un 30mm, simple GA sans plus.  Le problème est que les objectifs n’aiment pas les rayons lumineux ayant un angle d’incidence important, les capteurs numériques encore moins. Les premières années du numérique ont subi ce problème de plein fouet. Cela se voit nettement dans l’offre de tous les constructeurs de l’époque. Dans le même temps, les objectifs produits par Pentax dans les années 70-80 jouissaient d’une solide réputation. Il est assez courant d’entendre l’antienne selon laquelle les objectifs des séries M, K ou A étaient meilleurs que leurs successeurs, dont la formule optique n’avait pas réellement changé. Réalité ou mythe ? C’est difficile à dire.

Les objectifs et la perception qu’on en a

Les traitements de surface ont fait de tels progrès depuis les années 70 que la comparaison est forcément brouillée d’une part. D’autre part la conviction que les objectifs récents sont forcément meilleurs est tellement implantée, solidement confortée par le confort et la précision bien réelle qu’apporte l’AF, que la comparaison est totalement biaisée. Au point que la découverte de très bons objectifs anciens laissent stupéfaits ceux qui font ces découvertes.

La réalité du terrain

La problématique de beaucoup de photographes, se résume le plus souvent à la question très simple : quels objectifs je vais mettre sur mon boitier ? La réponse découle de paramètres toujours les mêmes, mais mitonnés à la sauce personnelle de chacun. Quel type de photo m’intéresse le plus ? De quel objectif ai-je donc besoin ? Les plus légers ? Les meilleurs ? Les plus commodes ? Les moins chers ? Les plus classieux ? Selon les questions qu’on se pose et les réponses à ces questions, on vise tel ou tels objectif(s).

Avec l’arrivée du numérique la question a changé. C’est devenu : quel boitier vais-je avoir ? Chaque boitier nouveau étant doté d’un capteur plus performant. On est arrivé au problème des objectifs devenus visiblement dépassés par les boitiers. Et on a retrouvé la question autour de laquelle tourne cet article. Celle de l’appariement optimal objectif-boitier.

Le couple boîtier-objectif

Ne nous voilons pas la face, cet appariement, ce couple objectif-boiter n’est pas seulement un problème de qualité, mais aussi un problème financier. Même si le contexte général a fortement évolué. En effet il est désormais celui de la coexistence de plusieurs formats : l’APS-C ou N), le 4/3, le FF. Sans oublier le MF.

Le cercle image

Chaque objectif, selon sa conception optique, produit à une distance donnée (tirage) une image d’un diamètre donné. Ce diamètre est appelé « cercle image ». Son diamètre doit être supérieur à la diagonale de la surface sensible.

Cette illustration montre un cercle image nettement plus grand que le capteur. Ce qui est positif.  Car si le cercle image n’est qu’à peine plus grand que le capteur il y a un risque de vignettage. Mais pour avoir un cercle image offrant une marge confortable, il faut une formule optique plus chère à produire.

On a un problème similaire avec les objectifs lumineux. Le DFA* 2,8/70-200mm a une lentille frontale de ø77mm pour 91,5 x 203 mm (ø x L) et 1755g, alors que le DFA 4/70-210mm a une lentille frontale de ø 67mm pour 78,5 x 175mm (ø x L) et 819g. Et ils sont tous les deux FF. Ils produisent donc le même cercle image. La différence ne vient que du saut de f:2,8 à 4. Avec le FA 20-35mm/4 et le DA 20-40mm/2,8-4 cela aboutit à une ouverture glissante et à un cercle image réduit APS-C.

La question décisive

Les objectifs sont souvent meilleurs au centre champ qu’en bord champ. Surtout à la fin de « l’époque argentique » dans les années 80-90 du XXe siècle. Donc si l’on utilise des objectifs FF (pour argentiques chez Pentax avant l’arrivée du K-1) sur un boitier APS-C, on va se servir de la partie centrale de l’objectif. C’est à dire la « meilleure » partie de l’objectif. Sur le papier cela peut paraître pertinent. Qu’en est -il en réalité ?

Un test américain

Les photographes & blogueurs américains Tony & Chelsea Northrup, ont publié une vidéo (en anglais) sur ce sujet ( voir ).  Cette vidéo est très fouillée. Elle n’a qu’un gros défaut – personne n’est parfait – elle s’appuie sur des essais faits avec du Canon du Nikon et du Sony. Dommage, dommage.

En très condensé – pour ceux que les commentaires en anglais sur des essais avec des matériels non-pentax ne passionnent pas – il ressort que le même objectif FF utilisé sur un boitier APS-C et un boitier FF, avec des focales réglées pour donner le même champ sur les deux photos montre systématiquement de meilleurs résultats avec les boitiers FF.

Comparaison Sony 2,8/16-35mm

 

Nous avons fait le même test avec un Tamron 2,8/28-75mm sur K-3II, un K-5IIs et un K-1II. Les résultats sont similaires.

K-3 II
K-1 II
K-5IIs – crop
K-1 (en mode APS-C) – crop
K-1 – crop dans le FF

T.&Ch. Northrup ont ensuite fait des tests croisés avec des objectifs pro sur des APS-C et des objectifs non pro sur des boitiers FF (1).

Leur conclusion est qu’il vaut mieux utiliser les objectifs sur les boitiers pour lesquels ils on été conçus. Ils livrent aussi une analyse détaillée des raisons pour lesquelles les clichés faits sur le terrain peuvent être faussés par des quantités de paramètres. En un mot on peut en conclure que les photos en labo avec des mires sont beaucoup plus simples à analyser que les clichés en extérieur.

C’est aussi notre opinion. Et cela nous conforte dans l’idée que les photos de mires ont l’avantage de fournir des indications sans ambiguïté, sur le piqué par exemple et l’inconvénient de ne fournir aucune indication sur des foules de points, comme le modelé, les transitions chromatiques, etc … Ainsi Tony Northrup explique-t-il de façon très pertinente que la modification de la focale pour obtenir le même champ avec les deux formats des boitiers modifie complètement la profondeur de champ, ce qui conduit à comparer l’incomparable. Donc l’utilisation d’objectifs FF sur des boitiers APS-C n’est peut-être pas la bonne solution que l’on pouvait croire. Moi le premier. Cependant la différence n’est pas toujours criante. Il ne faut donc pas s’interdire le choix de façon systématique.

Le rapport à nos objectifs

Pour refermer la boucle de ce sujet en m’appuyant sur une assez longue expérience de pentaxiste (de 1981 à 2020 – avec 24 ans en FF argentique, 11 ans en APS-C et enfin 4 ans en FF numérique), je dirais que si vous avez initialement choisi de bons objectifs,  pour leur piqué, pour leur chromatisme, pour leur modelé, bref pour leur rendu global, ils passeront aussi bien le test de l’APS-C que celui du FF. Peut-être seront-ils recalés par un capteur de 50Mp. Mais nous n’en sommes pas là chez Pentax…

Nos choix sont le fruit de notre rationalité (si possible), des effets de l’air du temps ( y compris à notre corps défendant), de nos goûts (notre attachement à certains de nos matériels est totalement subjectif même si nous affirmons parfois le contraire). Nos choix sont également liés à nos possibilités financières.

Le libre arbitre…

Nous avons le droit de chercher parmi le matériel qui nous est proposé, de nous tromper, de trouver ce qui nous convient, pas forcément du premier coup, mais qu’importe. C’est vraiment ça le libre arbitre.

Alors si vous avez de l’APS-C et des objectifs FF, récents ou anciens, que nous n’avez pas sous la main de K-1 pour voir ce que donneraient dessus vos objectifs FF. Que vous êtes satisfaits de leur rendu. Restez vous-mêmes.

Si vous avez un K-1 mark I ou II, que vous adorez le DFA* 1,4 /50mm, mais aussi le FA 1,9/43mm Ltd , restez vous-mêmes.

Si vous êtes un « vieux grognon » attaché à ses « objos tout manuels » qu’il n’utilise presque plus parce qu’il du mal à faire la MaP et qui aime bien son K10D et son 18-55, mais n’ose pas le dire. Restez vous-mêmes.

Si vous êtes un jeune élevé au numérique, mais que vous aimez bien les vieux cailloux M42 montés sur un Pentax argentique (c’est tellement top) ou numérique (la Map est plus facile quand même !) Restez vous-mêmes.

Faites vous plaisir avec le matériel que vous aimez. Parce qu’il vous convient.

N’oubliez pas, toutefois, que Pentax améliore pour vous les performances de ses produits. Patiemment, lentement certes. N’oubliez pas que certains objectifs Pentax récents sont partiellement non compatibles avec les boitiers anciens. Offrez vous du matériel Pentax récent de temps en temps. Pour votre plaisir et pour que la marque vive et nous accompagne encore longtemps.

 

crédit photo © Micaz et © Valia

  • JC Serres
    21 mai 2020 à 14 h 10 min

    Votre conclusion me plait bien, il ne faut pas oublier de laisser le plaisir de faire en avant, la quête du Graal est une course sans fin, le choix du matériel ne devrait servir qu’à accomplir ses envies personnelles.
    Merci pour faire vivre ce site toujours instructif

    • Valia
      21 mai 2020 à 15 h 45 min

      Merci pour ce message encourageant. Valia

  • CYv
    24 mai 2020 à 15 h 12 min

    Merci pour cet article et le lien vidéo.
    Beaucoup de choses intéressantes dans cet article.
    Sur le plan technique bien sûr, mais pas seulement…
    Le chapitre « Le libre arbitre… » est très pertinent.
    J’aime bien cette phrase : Faites vous plaisir avec le matériel que vous aimez. Parce qu’il vous convient.
    Jaime mon matériel high tech et j’aime mes vieux coucou. 🙂

    • Valia
      25 mai 2020 à 13 h 57 min

      Merci pour votre commentaire, Yves.