Qu’est ce que organiser ses photos ? Derrière ce terme se cachent des activités comme le tri, le classement et l’archivage. S’il est des mots qui hantent bien souvent l’esprit des photographes, ce sont bien ces trois mots. Le casse-tête permanent pour le débutant, la corvée incontournable pour les autres, mais une nécessité pour tous.

Le présent article ne saurait être considéré comme LA pratique unique et incontournable que chacun devrait adopter : tout au contraire, il n’y est décrit qu’une façon de procéder.  Il importe que chacun trouve sa propre organisation, sa propre manière de procéder, pour une efficacité qui est toute personnelle.

 

Organisation des images

Déclencher est facile, mais cela entraîne bien des conséquences, variables selon la manière de chacun de photographier. On nous dit aujourd’hui que « shooter en rafale », pour multiplier les chances de succès, n’est pas coûteux, contrairement aux temps de l’argentique où le prix du développement et du tirage incitait largement à « penser » sa photo avant de presser le déclencheur. Certes, ce n’est pas coûteux – ou pas trop – en termes financiers ; en revanche, en termes de temps passé, ce n’est pas « la même chanson » !

Que la photo soit un loisir, comme pour la plupart d’entre nous, ou une activité professionnelle, personne ne peut échapper durablement à la nécessité de trier, classer, archiver ses images. L’avènement du numérique ne change rien à l’affaire : si l’on veut conserver ses meilleurs images, il  faut faire preuve de discipline, de rigueur et de sens de l’organisation, dans chacune de ces nécessités.

 

Trier

[Pour la suite de l’exposé on parlera, par pure convention, de « photographe » au masculin et de  carte mémoire au singulier, même si votre APN peut en accepter deux simultanément.

Par ailleurs, nous sommes bien d’accord : vous shootez en RAW ou en RAW+ (c’est à dire RAW + JPEG), comme cela vous a maintes fois été recommandé, que ce format RAW soit du DNG (norme Adobe) ou du RAW-propriétaire (PEF chez Pentax).]

 

Le tri des photos n’est certainement pas la plus excitante des occupations pour le photographe. Mais c’est une tâche indispensable si l’on ne veut pas être envahi d’images d’un intérêt parfois très discutable.

Vous venez de faire une sortie, seul ou avec des copains. Vous remarquerez que, lorsque l’on n’est pas seul, on est vite atteint de « déclenchite aigüe », motivée ou accentuée par le fait qu’on ne veut pas être en reste par rapport aux copains : tel angle que votre meilleur(e) ami(e) a adopté vous semble finalement plus judicieux que celui que vous aviez choisi ? Qu’à cela ne tienne, vous shootez une deuxième fois, voire une troisième, pour « assurer ». Et quand vous rentrez, vous vous rendez compte que vous avez plusieurs dizaines et parfois plusieurs centaines de nouvelles images sur votre carte mémoire.

Que faire de toutes ces images ? Fatigué, vous décidez que … vous déciderez plus tard : mauvais calcul ! Cela signifie souvent qu’avant de trier ces photos, vous aurez fait une ou plusieurs autres sorties, accroissant encore le nombre d’images et donc le travail à effectuer !

Et puis, soyez réaliste : personne ne vous a obligé à les prendre ! Vous DEVEZ donc commencer à les gérer.

Il est toujours préférable, après chaque séance, de copier le contenu de votre carte (du moins les photos du jour, au format RAW, évidemment) sur votre ordinateur, SANS POUR AUTANT LES EFFACER IMMEDIATEMENT de la carte : c’est une mesure de prudence élémentaire. En effet, personne n’est à l’abri d’une mauvaise manipulation, d’une défaillance technique de l’ordinateur, d’un changement d’opinion : si vous effacez immédiatement le contenu de la carte, vous risquez, plus tard, de le regretter. Alors, soyez prudent et prévoyant ! Mais, évidemment, même si vous shootez dans les 2 formats, RAW et JPEG, ce sont surtout les fichiers RAW qu’il faut sauvegarder. En photo argentique, on conservait soigneusement les négatifs, en photo numérique, on garde les fichiers RAW qui en sont presque l’équivalent.

D’emblée, une première précaution s’impose : dupliquez vos images par copie sur un autre support (disque dur externe, carte USB, etc etc), surtout si vous les avez copiées dans une arborescence particulière de votre ordinateur, si donc vous avez fait un premier classement, traduisant ainsi votre sens de l’organisation : cette copie vous évitera d’avoir à le refaire en cas d’incident.

Après avoir vérifié que tous vos fichiers sont bien présents sur les 2 supports, vous pourrez les effacer de votre carte mémoire ou, selon votre manière de procéder, re-formater la carte.

A ce moment commence une opération indispensable : le tri, sur l’ordinateur, bien sûr, la carte étant sagement retournée dans l’APN et la copie sur son support. Oui, parce que vous avez beau être un excellent photographe, comme chacun sait, il peut parfois vous arriver quelques incidents, par nature involontaires : un bougé, un coup de vent, un passage impromptu devant l’objectif, un cadrage approximatif, et voilà votre talent mis en doute. Vos erreurs ? Rares, évidemment… mais pas forcément inexistantes !

Vous voilà donc, selon le nombre de photos à trier, pour quelques minutes ou quelques dizaines de minutes devant votre écran. Comment procéder ? Disons le tout net, il n’existe pas de méthode unique, chacun se doit d’établir la sienne, en fonction de sa personnalité. A ce stade, l’utilisation d’un logiciel de catalogage n’est pas indispensable et soyez bien conscient que la meilleure méthode sera la vôtre, parce que vous l’aurez choisie après mûre réflexion, et qu’aucun logiciel ne peut réfléchir à votre place : dans ce domaine, préférez l’intelligence naturelle à l’intelligence artificielle.

Rejetez sans pitié, fermement et définitivement les photos qui sont techniquement ratées comme les photos floues (sauf si ce flou est volontaire, évidemment), les images manifestement mal exposées (sauf si l’exposition peut être corrigée en post-traitement), les images en double sans nécessité. Cela vous oblige, évidemment, à ouvrir chaque image : de nombreux logiciels de visualisation existent, chaque système (Linux, Mac ou Windows) a le sien, peu importe celui que vous choisirez, il doit simplement vous permettre de bien voir la photo en taille suffisante pour en apprécier la qualité. Ne vous est-il jamais arrivé de considérer nette une photo visualisée sous forme de « vignette » et de vous apercevoir ensuite, en taille réelle ou simplement plus grande, qu’elle était floue ?

Peut-être ce premier tri sera-t-il rapide, soit que vous êtes expérimenté, soit que l’APN corrige lui-même de nombreuses erreurs. Il n’en demeure pas moins indispensable. Si vous ne rejetez ainsi qu’une ou 2 photos sur 10, ce sont autant d’images qui n’encombreront pas inutilement votre disque dur. Gardez à l’esprit que, si vous regrettez une suppression aussitôt après l’avoir effectuée, c’est parfaitement rattrapable. Si ce regret n’intervient que plus tard, après avoir écrit d’autres données sur l’ordinateur, alors la copie effectuée précédemment pourra vous être d’un grand secours.

Ce premier tri technique étant effectué, il va falloir passer « aux choses sérieuses », autrement dit au plus difficile : le tri qualitatif.

Un premier conseil, si l’urgence n’est pas avérée, est de ne pas y procéder immédiatement après le tri technique : votre esprit critique doit être utilisé à plein, il faut donc qu’il ne soit en rien influencé par le tri précédent. Attendez donc quelques jours avant de vous lancer dans cette opération.

Il s’agira alors de sélectionner les images que vous considérez comme intéressantes, à des titres divers : soit par les personnages qui y figurent, soit par le sujet lui-même, soit encore en raison des circonstances de la prise de vue, autant de critères personnels sur lesquels personne ne peut vous remplacer. Pour autant, ne jetez pas encore les images qui « vous parlent » moins. Dans cette première étape de tri qualitatif, distinguez les images que vous considérez comme les meilleures en les renommant, par exemple en les préfixant d’un « s_ » pour « sélection », « s » suivi d’un « underscore », pour mieux les distinguer dans la longue liste de vos fichiers ; car il ne fait pas de toute, bien entendu, que cette liste de très bonnes images est aussi … très longue !

Laissez encore passer quelques jours, et revenez sur ces images : cela vous permettra de confirmer ou d’infirmer votre jugement précédent, d’accepter à cette « session de rattrapage » des images précédemment écartées et, au contraire, de rejeter (en les renommant « à l’envers ») des images que vous aviez sélectionnées.

Vous allez dire que ça peut durer éternellement, cette façon de faire, tant il est vrai qu’on peut changer d’opinion en changeant de jour, d’humeur, etc … C’est vrai ! Mais comme en toute chose, il faut vous laisser une chance de reconsidérer une position puis enfin d’en affirmer une qui sera définitive.

Si vous vous êtes montré suffisamment exigeant avec vous-même, il ne devrait vous rester que la moitié environ des images initiales (avant tri technique). Ce sont ces images, et elles seules, que vous allez traiter dans votre logiciel favori. Celles qui n’auront pas été sélectionnées, parce que « moins bonnes » à vos yeux ne sont pas obligatoirement à effacer tout de suite. Laissez leur une chance pour plus tard, en les supprimant de votre ordinateur, MAIS en les conservant sur la copie de secours (disque dur externe), où, bien entendu, vous pourrez effacer les images victimes du tri technique.

Pour les images à traiter, vous pouvez leur affecter une « note », de 1 à 5 par exemple, en fonction de leur qualité, la meilleure étant, à votre choix 1 ou 5, mais il faut que la norme choisie soit TOUJOURS la même. Changez alors le préfixe de chaque nom de fichier : « s_ » peut alors devenir « s1_ » à « s5_ ».

A ce stade, il n’est pas souhaitable de changer la suite du nom de fichier : en cas d’erreur ou d’incident, il sera ainsi plus facile de retrouver l’image sur la copie de secours. A noter aussi que si vous hésitez dans votre sélection, vous pouvez vous faire assister d’un ami, un vrai, de ceux qui disent la vérité, pour vous conseiller. Fuyez dans ce cas les personnes dont l’objectivité serait altérée par des liens affectifs avec vous. Mais bien sûr, il faut que cet ami ou la personne choisie ait quelques compétences en matière photographique.

Et ne perdez pas de vue que le tri doit être fait en fonction de la finalité que vous réservez à vos photos : si elles doivent rester dans la sphère personnelle ou familiale, le tri peut être un peu moins rigoureux que si vous avez l’ambition de les exposer publiquement, que ce soit sur le web ou dans une galerie. Qu’on s’entende bien : « Un peu moins rigoureux » ne veut pas dire que vous pouvez être négligeant mais seulement un peu plus tolérant. Prenez l’habitude, toutefois, de critiquer vos images avec impartialité, ne vous cherchez pas d’excuse si elles présentent des défauts, attachez-vous plutôt à corriger ces défauts dès la prise de vue et non pas sur l’ordinateur.

 

Classer

Jusque là, les images sont sur votre ordinateur, dans un dossier éventuellement temporaire. Il est évident que si vous les y gardez indéfiniment, même après post-traitement, ça va vous poser rapidement des problèmes : un classement s’impose.

Ce tutoriel ne prend pas du tout en compte le post-traitement : par voie de conséquence, si, par exemple, vous utilisez un logiciel comme Lightroom, le catalogage des images ne fait pas partie de notre étude. Si vous utilisez un logiciel qui assure cette fonction de catalogage, alors reportez vous aux conseils que son mode d’emploi peut vous dispenser.

Il ne sera question, ici, que du classement que vous voulez assurer sur l’ordinateur, avant même de songer au catalogage des images.

En première approche, il faudra définir l’endroit, sur votre ordinateur, où vous allez mettre vos photos. D’aucuns affirment avec force que le système d’exploitation comporte tout ce qu’il faut dans son arborescence : par exemple, le dossier « Mes photos » dans le dossier de l’utilisateur sous Windows. Ce faisant, ils oublient de dire qu’en cas de gros « plantage » du disque système ou de l’OS (Operating System c’est-à-dire Système d’exploitation, pour les non initiés), l’ensemble des photos risque d’être perdu, surtout s’il faut réinstaller le tout. Mais, allez-vous dire (parce que vous êtes prévoyant), il subsiste les sauvegardes ! Certes, … il reste des sauvegardes, si on n’a pas oublié de les tenir à jour, chose beaucoup plus fréquente qu’on ne croit : nous en reparlerons plus loin dans la suite de ce dossier.

Plusieurs écoles s’affrontent : un classement thématique ? Un classement chronologique ?

Personne à cet égard ne détient LA Vérité. Le seul bon classement est celui qui vous convient, en fonction de vos habitudes, de vos goûts. Il faut juste, dans ce cas, avoir conscience aussi des inconvénients de ce type de classement, afin de pouvoir, le cas échéant, les contourner ou y remédier.

 

Le classement thématique

Si vous vous êtes spécialisé dans un domaine particulier de la photo (par exemple la macro), alors le classement sera relativement simplifié, il vous suffira, le cas échéant, de séparer les domaines :

  • fleurs et végétaux
  • insectes
  • petits objets,

chacun de ces domaines pouvant, évidemment, être aussi subdivisé. On peut bien entendu aller très loin dans cette subdivision, mais ce n’est pas forcément une bonne idée d’accroître le niveau de complexité du classement. On finit souvent par ne plus s’y retrouver quand on doit décider du dossier dans lequel doit être rangée telle ou telle image. Le niveau de précision est à définir par chacun. Au niveau le plus bas, la logique commande un classement chronologique des fichiers.

Ce qui est vrai pour la macro l’est aussi pour tous les autres domaines : à vous de décider jusqu’où il est utile d’aller.

Mais, si vous n’avez pas de domaine de prédilection, si tout vous intéresse, alors il vous faudra réfléchir à un système de classement qui vous permette, en toute circonstance, de retrouver aisément vos images.

 

 Le classement chronologique

Certains prétendent que le classement thématique n’est pas viable à long terme et lui préfèrent donc un classement chronologique, c’est-à-dire par date de prise de vue.

A ce stade, il faut se rappeler du nommage des fichiers par votre APN. Cela varie selon les fabricants.

Chez Pentax, par défaut, les images sont nommées « IMGPnnnn » nom dans lequel « nnnn » est un nombre de 0001 à 9999. Au-delà, la numérotation reprend à « 0001 ».

Vous pouvez changer cette façon de nommer les fichiers, du moins s’agissant des 4 premiers caractères, dans le menu de votre appareil. Ainsi, si vous possédez plusieurs APN de la marque, vous pouvez les distinguer par le préfixe en remplaçant « IMGP » par des caractères de votre choix, ce qui peut être un critère de classement.

Ensuite, l’APN crée, sur la carte mémoire, des dossiers contenant les images. Ces dossiers ont un nom sur 7 caractères, séparés par un « _ » (« underscore »), par exemple :

100_1906

Dans lequel :

« 100 » est le préfixe du dossier (ce préfixe n’est jamais inférieur à 100),

« 1906 » la date de création de ce dossier, ici le 19 juin (un nouveau dossier est créé à chaque changement de date, le préfixe par incrémentation de 1 à chaque fois, la date en fonction de la date du jour de prise des photos, gérée par le boîtier, d’où l’importance de l’initialiser correctement).

Organisation sur l'ordinateur

Arborescence sur l’ordinateur

Dans ces dossiers sont créées les images selon le nom indiqué ci-dessus, étant précisé que le n° de l’image ne dépend pas de la date.

Organisation des fichiers d'images dans un dossier

Liste de fichiers d’images

 

On ne copie généralement, sur l’ordinateur, que les images et non les dossiers dans lesquels elles sont contenues. Aussi, pour un classement chronologique, on ne peut pas se contenter du nom du fichier, puisqu’on se trouvera, à partir de la 10 000ème image, avec un doublon. Il faudra prendre en compte la date. Et, pour un classement chronologique croissant, il faut penser à l’inverser, et passer d’un modèle « JJMMAAAA » à un modèle « AAAAMMJJ » dans lequel AAAA est l’année, MM le mois et JJ le jour. Ce « modèle » peut constituer le nom du dossier dans lequel seront rangées les images sur l’ordinateur. Toutefois, si vous « shootez » un peu tous les jours, je vous laisse apprécier le nombre de dossiers au bout de 5 ans de photos : 1826 dossiers s’il n’y a dans ces 5 ans qu’une seule année bissextile, 1827 s’il y en a 2. Difficilement lisible, non ? Il est donc préférable de créer un dossier par année, lequel comprendra 12 sous-dossiers (1 par mois), chacun contenant les images du mois. Cette granularité sera largement suffisante, une gestion de 60 dossiers sur 5 ans (5 x 12) étant nettement plus facile qu’une gestion de plus de 1800 dossiers !

En revanche, chaque dossier comprendra davantage d’images : mais, si vous avez effectué un tri sérieux et rigoureux, ce devrait être assez facilement gérable.

Une question se pose toutefois avec ce système : comment retrouver une image par son seul nom « natif », quand on sait seulement que c’était un portrait ? Impossible, à moins de les ouvrir l’une après l’autre… ou d’avoir une mémoire d’éléphant !

Il est donc important de compléter ce classement chronologique, par exemple en incluant, dans le nom de l’image, l’évènement auquel elle se rapporte.

Nous passerons volontairement sous silence, ici, d’autres modalités de classement fondées, notamment, sur les métadonnées, et qui nécessitent absolument l’utilisation d’un logiciel spécialisé.

 

Archiver / Sauvegarder

Vos images sont correctement identifiées et classées. Reste éventuellement à les traiter, certes, mais surtout à les sauvegarder.

Avez-vous déjà été victime d’une perte de données ? L’auteur de ces lignes, qui a fait une bonne carrière dans l’informatique, s’est trouvé une fois victime du fameux adage « Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais ». Il recommandait les sauvegardes mais n’en faisait que rarement pour ses propres données, jusqu’au jour où une panne de son disque dur lui a fait perdre tout un tas de données auxquelles il tenait. Et, comme dans la fable, il a « juré, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus ! ». Alors ne l’imitez surtout pas !

Lorsque l’on met en place un système de classement, il importe de s’y tenir avec rigueur et de sauvegarder régulièrement son contenu. Mais, direz-vous, on les a déjà sauvegardées avant de les trier ! Oui, mais ce ne sont pas exactement les mêmes images, ni surtout avec le même nom. Il va donc falloir une nouvelle sauvegarde, mais, par prudence autant que par efficacité, sur un support différent, un autre disque externe, par exemple. Eh oui, la photo numérique est exigeante en espace disque. Vous vous dites qu’un disque dur tombe rarement en panne, que son « MTBF » (Mean Time Between Failure en français « Temps moyen entre deux pannes ») étant de près de 300 000 heures, il s’écoulera des dizaines d’années avant une panne. Sauf que si l’on convertit ce nombre en taux de panne annuel, on se rend compte qu’environ 3 disques sur 100 rendront l’âme et vous n’avez aucune certitude que ce ne seront pas les vôtres ; d’où l’intérêt de sauvegarder sur plusieurs supports différents : les chances, ou plutôt les risques, que tous tombent en panne en même temps sont bien plus faibles.

L’organisation d’une stratégie de sauvegarde est une bonne idée.

Bien sûr, vous pouvez copier à intervalles réguliers tout le contenu du dossier « Images » de votre ordinateur vers un autre support. Dites-vous quand même que cette opération, assez rapide quand on a peu d’images à sauvegarder, devient une véritable galère lorsque l’on doit sauvegarder quelques milliers de fichiers RAW dont le « poids » unitaire, pour un APN à capteur de 24 Méga-pixels, se situe autour de 30 méga-octets, et atteint ou dépasse les 50 Mo pour un capteur « plein format » de 36 méga-pixels. Même avec les taux de transfert de la norme U.S.B. 3.0, ça vous prendra des heures ! Si l’opération est répétée chaque jour, c’est infernal voire impossible à faire ; toutes les semaines, c’est contraignant, et une fois par mois, ça peut être très insuffisant. Dans ces cas là, il est plus expédient de ne sauvegarder que le différentiel depuis la sauvegarde précédente, ce qui, dans la plupart des cas, implique l’utilisation d’un logiciel spécialisé. Sur Mac, « Time Machine » peut remplir ce rôle, sur PC Windows (notamment à partir de la version 7), il existe des équivalents, mais moins performants, pour accomplir la tâche et sous Linux, le mode « console », si vous le maîtrisez, vous sortira de toute difficulté.

Mais il est bien plus efficace de passer par des logiciels spécialisés, qu’ils soient payants ou gratuits. Un des meilleurs, dont il existe une version de base gratuite et qui peut fonctionner sur les 3 systèmes cités précédemment, est CrashPlan, édité par Code42 (www.code42.com/crashPlan). Un autre, malheureusement plus maintenu, sous Windows, est Cobian Backup (https://www.cobiansoft.com/cobianbackup.htm) que l’auteur de ces lignes a fortement apprécié. Ces logiciels ont l’avantage de proposer des stratégies diverses vous déchargeant de tout le travail contraignant (vous le planifiez, il l’exécute quand vous l’avez décidé), ce qui ne veut pas dire qu’il faut leur faire confiance les yeux fermés ! Surveiller l’espace disque nécessaire et disponible doit être une préoccupation de l’utilisateur et non du logiciel qui, si cet espace disponible est insuffisant, « plantera » lamentablement et ne sauvegardera rien !

Une autre solution, tentante, est d’utiliser un NAS (Network Attached Storage), c’est-à-dire un serveur dédié à cette tâche qui pourra aussi héberger, sur plusieurs disques dédiés, toutes vos sauvegardes « domestiques ». Mais outre que cette solution n’est pas, techniquement, à la portée de tout le monde, elle nécessite des soins tout particuliers qui n’entrent pas dans le cadre de cette étude.

Si vous ne voulez pas sauvegarder les données sur disque externe, ni sur NAS, alors il vous reste la solution du « cloud ». C’est peut-être l’avenir, mais pour l’heure c’est surtout assez onéreux quand on veut disposer d’un espace de quelques Téra-octets ! De plus, il vous faudra disposer d’une solution réseau particulièrement performante, ce que n’offre pas vraiment l’ADSL. Ce n’est envisageable que si l’on dispose de la fibre, encore assez rare.

Mais gardez à l’esprit que la panne d’un composant électronique est inéluctable à plus ou moins long terme, ce que n’ignorent pas les professionnels. C’est pourquoi la sauvegarde est pour eux un composant essentiel de leur système. A un degré moindre, c’est la même préoccupation qui doit animer les « amateurs » que nous sommes, ne serait-ce que parce que les matériels que nous utilisons sont bien moins performants que ceux des professionnels et… moins chers aussi ! Il n’en demeure pas moins que si l’on tient à ses données il faut penser à leur conservation : on n’a pas forcément l’occasion de revenir faire des photos dans des endroits déjà visités et, de toute manière, on ne pourrait jamais refaire les mêmes, tant la photo est, le plus souvent, étroitement dépendante d’une multitude de facteurs environnementaux et humains uniques à un moment donné et quasiment jamais reproductibles même dans des conditions identiques. Un bon sens de l’organisation est donc nécessaire comme l’a démontré cette brève étude.