Chaque année, il y a des sujets traditionnels. C’est comme les marrons qui reviennent tous les ans à la même période. Parfois on essaye de passer outre, on tente de les décaler, voire les abandonner au détour de la route. Et puis, par fainéantise ou par manque de temps, on les ressort du placard.

Voici donc notre marronnier du début d’année, un article qui s’adresse essentiellement aux débutants, ou du moins à ceux qui n’ont pas utilisé leur appareil depuis longtemps et qui souhaitent (re) démarrer en douceur, par les bases. Car utiliser un appareil photo, ce n’est pas aussi simple qu’il y paraît. Sauf à utiliser un smartphone (ou équivalent), reflex et mirrorless présentent souvent moult réglages possibles. Il est donc facile d’utiliser les modes basiques. Si on obtient des photos correctes la plupart du temps, une certaine frustration peut intervenir.

Faire de la photo, c’est aussi (et principalement) faire des erreurs. Cela fait partie du processus d’apprentissage. Ce qui compte, c’est d’apprendre de ses erreurs et s’améliorer. Au fil du temps, elles deviennent plus rares… sans jamais s’estomper complètement. Certaines de ces erreurs viennent souvent d’idées reçues qui restent en mémoire. Abordons quelques-unes de ces idées reçues.

 

 

Votre appareil fait la photo

Dans l’imaginaire de beaucoup, l’appareil photo est responsable d’une bonne photo. Et si les photos sont ratées, c’est évidemment de sa faute aussi. Donc, si les photos sont mauvaises, c’est le boîtier qui doit être changé.

Cette façon de concevoir le problème est mauvaise. Il est vrai que certains boîtiers offrent plus de possibilités que d’autres. Et il est vrai que c’est l’appareil qui prend le cliché. Mais c’est vous qui en faites la composition. Pas l’appareil. C’est vous qui décidez de vous placer de telle manière et cadrer d’une certaine façon. Pas l’appareil. Ce qui veut dire que le premier élément à remettre en cause, c’est vous, le photographe. Une composition ratée sera synonyme de photo ratée. Même si les paramètres techniques sont bons.

En utilisant les modes « tout automatique », le boîtier va décider seul de nombreux paramètres. Mais vous restez à minima celui qui va se déplacer, se placer et appuyer sur le déclencheur. Il convient donc de se remettre en question. Apprenez à composer.

Nonobstant le temps d’apprentissage minimal d’un boîtier, un photographe devrait pouvoir pratiquer de la même façon, que ce soit sur un Pentax K-1 ou sur un Canon 5DS.

 

 

Le JPEG, c’est le vrai résultat, sans bidouille

Le JPEG n’est pas le vrai résultat. Il est assez effarant de voir comment cette idée reçue persiste dans l’imaginaire. Comme celui qui consiste à penser qu’avant, la pellicule donnait un résultat vrai, réel. C’est tout aussi faux. Avec une pellicule argentique, le résultat de base dépend grandement de la pellicule (une Fuji Velvia ne propose absolument pas le même rendu qu’une Fuji Provia ou qu’une Kodak Ektachrome). Ensuite, la qualité des bains, le papier et le doigté du développeur ont leur mot à dire.

En numérique, c’est pareil. Le JPEG propose UN résultat, fruit de l’ensemble de corrections (balance des blancs, luminosité, contraste, netteté, saturation, etc.) appliquées à l’image et dont vous n’avez pas la maîtrise. Le seul choix à disposition, c’est l’action sur quelques paramètres en amont de la prise de vue. Après ce Post Traitement, votre appareil photo compresse les données et enregistre l’image au format JPEG.

Un résultat JPEG à partir des paramètres de l'APN

Un résultat JPEG à partir des paramètres de l’APN

 

Ce Post-Traitement est le résultat de décisions prises par le logiciel interne de votre appareil photo, basées sur des choix faits par des ingénieurs au moment de la conception du boîtier.

Il convient aussi de conserver à l’esprit qu’en privilégiant le JPEG, il y a une perte des informations enregistrées par le capteur de l’appareil photo. En compensation, vous disposez immédiatement de photos « exploitables ». Elles peuvent être partagées immédiatement, sans traitement supplémentaire. Ce qui est bien pratique pour certains professionnels ou pour donner immédiatement les photos de la soirée de Noël à toute la famille.

Mais pour des raisons d’exigences, le format RAW s’impose.

 

 

Le RAW, c’est la panacée

Disons-le clairement, le RAW, ce n’est pas la panacée. Un fichier RAW est inutilisable en l’état. Il nécessite donc l’acquisition d’un logiciel de Post-Traitement (même si Pentax fournit un logiciel gratuitement), un investissement en matériel (un RAW issu d’un K-1, c’est environ 50Mo, soit 2 à 3 fois plus qu’un fichier JPEG) et surtout un investissement en temps. Au mieux, quelques secondes par photo, mais souvent (nettement) plus. Et le JPEG a quelques qualités, dont la disponibilité immédiate des images.

 

Alors, pourquoi l’engouement pour le RAW ?

Pour rappel, un fichier RAW n’est pas une image. Il s’agit des données brutes issues du capteur et qui nécessitent une interprétation pour donner une image. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle une miniature de la photo au format JPEG est intégrée au fichier RAW, afin de permettre une visualisation rapide. En compensation de la « lourdeur » du fichier, il y a beaucoup plus d’informations qui sont à disposition (chaque couleur primaire est codée sur 12, 14 voire 16bits au lieu de 8bits pour du JPEG). Cerise sur le gâteau, la balance des blancs peut être ajustée.

Et si le RAW est très souvent privilégié, c’est qu’il permet au photographe de redevenir acteur du Post-Traitement, comme pour le développement argentique. Il n’y a plus à subir le diktat des corrections appliquées par défaut par l’appareil photo.

Lr, à droite les principaux outils servant au développement du RAW

Lr, à droite les principaux outils servant au développement du RAW

Comme il n’y a pas eu de compression (ou très peu et sans perte, selon les marques), vous disposez également d’une plus grande souplesse en Post-Traitement. Par exemple, l’un des nombreux avantages du format RAW concerne le réglage de la balance des blancs que l’on pourra fixer et changer à sa convenance. Et comme il y a plus de données disponibles dans les blancs et les noirs, il est possible de « récupérer » un ciel ou éclaircir les ombres.

 

 

Le mode Auto ne se trompera jamais

Les appareils photo actuels disposent de pléthores de réglages automatiques. Les sous-modes automatiques sont légion, selon les gammes de boîtiers. Ils côtoient des automatismes pour l’autofocus, la contrainte des ISO et bien d’autres. Le photographe est tellement assisté qu’il en oublie l’essentiel, perdu dans un confort ouaté.

Mais à quoi sert le mode Auto, à part avoir un compact gros et lourd ?

 

Sur le mode Auto, alias le mode vert sur la molette

En Auto, vous ne contrôlez rien. Ni l’ouverture, ni la vitesse, ni les ISO. L’ordinateur du boîtier décide de tout, vous laissant juste la possibilité de bien cadrer. Très sympa au début, ce mode s’avère vite frustrant, car, pour compenser le manque de lumière, à son avis, il va compenser par de basses vitesses. Et on ne parle même pas de la BdB. Vous aurez donc droit, à Noël, à Tata Ginette et Tonton Albert bien flous, dans un décor tirant sur le jaune. Adopter une vitesse de 1/50s pour des personnes qui bougent, donnera droit à des tableaux parfois surréalistes. Un boîtier, si perfectionné soit-il, peut faire de mauvais choix, car ce qui compte pour lui, c’est que la triplette choisie permette un déclenchement.

Mode Auto sur le K-70

Mode Auto sur le K-70

 

Si, pour un néophyte, le mode Auto semble presque obligatoire le temps d’assimiler quelques basiques, il est nécessaire d’évoluer rapidement. Et si les modes Av, Tv, TAv ou M vous rebutent ou semblent compliqués, Pentax a prévu le mode P. Ce mode hyper-programme est spécifique à Pentax, souvent copié, mais jamais égalé par les autres marques. Avec ce mode, vous entrez dans le monde de l’automatisme contrôlé.

Grâce aux molettes, vous pouvez contrôler la vitesse, l’ouverture et les ISO. À chaque fois que vous modifiez l’un des 3 paramètres, il recalcule automatiquement les 2 autres paramètres pour s’adapter. Donc, le soir de Noël, en mode P, on choisit une vitesse d’au moins 1/100s et ouverture/ISO vont s’adapter. Finis les flous (de vitesse).

 

Sur l’Autofocus

La mise au point rencontre le même problème. Par défaut, il décide de faire la mise au point sur le ou les collimateurs qui lui semblent préférables. Mais sur quels critères ? Souvent sur une absence de mouvement. Ce qui fait que si on laisse l’appareil choisir l’endroit où la mise au point doit être faite, il y a de grandes chances pour qu’elle ne s’effectue pas sur votre sujet, mais à côté, derrière ou devant…

27 collimateurs actifs (AF tout automatique sur K-3)

 

Apprenez donc à réduire le nombre de collimateurs (sur un K-1, passer de 33 à 9 par exemple), voire choisir le collimateur où la map devra s’effectuer. Et à vous un sujet net !

 

Le choix de l’automatique

Bien que seulement 2 automatismes ont été abordés, il en existe d’autres. Si certains sont très intéressants et méritent d’être conservés en l’état (la contrainte des ISO par exemple), d’autres peuvent se révéler plus pénibles, comme la BdB auto (AWB) qui peut mal réagir.

Il faut conserver en tête que photographier en full auto, c’est fermer la porte à la créativité, en réduisant toute marge de manœuvre. Adieu flou d’arrière-plan, adieu les mouvements figés. Pour exprimer ses idées photographiques, il vaut mieux fuir le tout automatique.

 

Ne pas vérifier ses réglages

Attention, le danger qui guette le photographe qui abandonne le tout automatique, c’est l’utilisation de réglages qui ne conviennent pas aux prises de vues qu’il s’apprête à faire. Et parfois, c’est trop tard ! Le cas le plus classique, c’est celui des ISO. Par exemple, petite visite d’un château de la Loire. À l’intérieur de l’édifice, il va falloir forcer les ISO afin de récupérer de la lumière. Et quand on sort au-dehors, c’est des photos surex assurées ! Évidemment, l’inverse est tout aussi vrai. Et parfois, même si on n’est plus débutant, on oublie de vérifier.

Si on s’en aperçoit dès le début, on peut recommencer immédiatement, avec les bons réglages. Mais si c’est 3h plus tard, il y aura de très nombreux déchets. Sans possibilité de refaire. Un soir de Noël avec de mauvais réglages et il n’y aura pas de souvenirs pour Tata Ginette et Oncle Albert.

 

 

Sur-ex ou sous-ex, ce n’est pas grave

Non, non et non.

Photo sous exposée, manque d’attention aux réglages

 

En JPEG, si la surex ou la sous-ex est très légère, on peut l’atténuer, sans miracle. En RAW, la latitude est plus importante, surtout pour les zones sous-exposées. Si on peut récupérer plus, les miracles ne répondront pas présents. Il n’est pas possible de recréer de l’information inexistante (même si dans des labos, chez Google, Adobe et consorts, les ingénieurs s’y attellent activement). Il est nécessaire que, dès la prise de vue, vous soyez au plus près du résultat à obtenir. Vérifier votre exposition avant d’appuyer sur le déclencheur.

 

 

Trier ses photos sur l’écran de l’appareil photo

L’écran LCD se situant à l’arrière de votre boîtier ne vous permet pas de vous faire une idée juste sur la majeure partie de vos clichés. Sauf si :

  • C’est franchement flou,
  • Le blanc de la surexposition est omniprésent,
  • La photo est noire,
  • Il y a un ou des détails parasites,
  • Le cadrage est raté.

Bref, tout ce qui est franchement visible. Mais pour tout ce qui est du léger flou et autres petits points, à moins de zoomer à fond sur un détail, ce sera très compliqué. Utilisant des boîtiers numériques depuis 1999, malgré l’augmentation de la taille et la qualité des écrans, je reste encore aujourd’hui incapable de pousser de nombreuses photos à la poubelle.

Il y a très longtemps, j’ai pris la décision d’attendre l’import sur l’ordinateur pour effectuer un tri entre poubelle / conservé, mais non développé / à développer. Un écran de 16″, 24″ ou plus encore se révélera bien plus performant que le petit « machin » de 3cm…

Ce petit écran a comme utilité principale de vérifier si les paramètres de prise de vue sont corrects. Guère plus.

 

 

Croire qu’il faut absolument revenir avec des photos

Sauf si vous avez une obligation de résultat, vous n’êtes absolument pas obligé de revenir d’une séance shooting ou d’une sortie photo avec des clichés. Il arrive que les conditions ne laissent pas de choix. Parfois aussi, l’inspiration ne vient pas. Or la photographie, ce n’est pas qu’une question de technique. C’est aussi une question artistique, un problème d’inspiration, d’imagination.

Alors, plutôt que photographier n’importe quoi, autant de ne rien prendre. Et réfléchir à tête reposée sur une explication à apporter.

 

 

En ce début d’année, alors qu’on arrive à la fin janvier, il est bien de ressortir son appareil, le nettoyer et le remettre en service. Les jours se rallongent (on n’est pas loin d’avoir une bonne heure de lumière). Le printemps n’est pas loin et après un peu d’interruption, il faut recommencer ses gammes. Alors, pourquoi ne pas le faire en renonçant à quelques idées convenues ?

Que 2018 soit une belle et bonne année photographique. Bonnes photos !