La stabilisation est un terme dont on entend régulièrement parler, mais que certains ne connaissent pas forcément. Et pourtant, il s’agit d’un procédé qui a révolutionné l’utilisation des boîtiers et apporté une nouvelle possibilité aux photographes : prendre des photos à des vitesses plus lentes que prévu, à main levée.

 

À quoi sert la stabilisation ?

Les photos floues

Une photo peut-être floue pour plusieurs raisons. Parce que le photographe n’est pas capable de rester immobile tout le temps nécessaire à la prise de vue. Ou parce que la vitesse d’obturation n’est pas assez rapide pour figer le sujet. Il existe d’autres types de flous, mais le seul concerné par cet article est celui du photographe. Or le flou de bougé est sans doute l’un des ennemis les plus redoutables du photographe, car si l’on est en mesure de rattraper bien des choses en post-traitement, mettre de la netteté là où il n’y en a pas est à l’heure actuelle impossible pour le grand public. Il existe bien des procédés technologiques qui commencent à poindre, mais il faudra attendre encore avant qu’ils puissent être déclinés « apacher ».

Certes, il existe des procédés pour se prémunir du flou de bougé, comme les monopodes, les trépieds ou la montée en ISO. Malheureusement les 2 accessoires cités sont encombrants et parfois malaisés à utiliser dans certains lieux. Quant à la montée en ISO, ce n’est pas la panacée, car elle reste limitée, des effets indésirables pouvant se produire (comme le bruit ou la perte de la colorimétrie). Ce sont tous ces inconvénients qui ont conduit les fabricants à imaginer un système pouvant compenser le déplacement du photographe. Et ceci au moment de la prise de vue.

À l’aide d’outils spécifiques, comme des capteurs de mouvements dédiés, il est possible d’analyser la vitesse et la direction du bougé de l’appareil afin de déplacer un composant, à déterminer, dans le but d’annuler ou régulariser l’effet du mouvement de l’appareil. La stabilisation est donc un procédé permettant de corriger des mouvements de faible ampleur que commettrait le photographe. Et uniquement lui. En aucun cas, elle ne corrigera les mouvements des sujets. Si le ou les sujets bougent trop, il faudra certainement augmenter la vitesse pour compenser les mouvements et tenter de les figer.

 

Intérêt de la stabilisation

Pour rappel, il existe une règle qui dit que pour éviter tout flou de bougé (sans stabilisation évidemment), il ne faut pas utiliser une vitesse inférieure à 1 / la longueur de la focale. Donc si vous avez un 200mm, il ne faut pas être plus lent que 1/200s. Si vous avez un 50mm, il ne faut pas avoir une vitesse inférieure à 1/50s.

Pour vous montrer l’intérêt du stabilisateur, voici 4 séries d’images à 4 vitesses différentes, avec et sans stabilisation. Ces clichés ont été pris à main levée, avec l’objectif D FA 24-70 monté sur un K-1 mk II, ouverture f/7.1 et focale à 50mm.

1/125, avec stabilisation

1/125 cropé, avec stabilisation

1/125, sans stabilisation

1/125 cropé, sans stabilisation

1/80, avec stabilisation

1/80 cropé, avec stabilisation

1/80, sans stabilisation

1/80 cropé, sans stabilisation

1/40, avec stabilisation

1/40 cropé, avec stabilisation

1/40, sans stabilisation

1/40 cropé, sans stabilisation

1/13, avec stabilisation

1/13 cropé, avec stabilisation

1/13, sans stabilisation

1/13 cropé, sans stabilisation

 

On remarque que à 1/40s, la photo prise sans stabilisation commence déjà à avoir du flou de bougé. Et c’est encore plus flagrant à 1/13s.

De manière générale, les photos avec la stabilisation en marche sont plus souvent nettes, jusqu’à une certaine vitesse où elle n’est plus en état de compenser les mouvements. Suivant les procédés, ils permettent de gagner entre 2 et 6 vitesses, ce qui est un gain appréciable. Par contre, pour des vitesses supérieures à 1/125 s, la stabilisation devient inutile car, au delà, les mouvements du photographe sont (généralement) plus lents que la vitesse d’obturation et donc sans impact sur le cliché.

 

Les désavantages

Ce procédé a un désavantage et un inconvénient, qu’il faut connaître pour savoir en tirer parti.

 

La stabilisation peut engendrer du flou

Ce qui est paradoxal puisque justement il est là pour l’atténuer. Mais comme dit précédemment, la stabilisation compense le flou du bougé du photographe et lui seul.

C’est assez idiot en fait. Le stabilisateur, quand il est en action, cherche toujours à compenser des mouvements. Même s’ils sont inexistants ! Il va donc bouger pour compenser et introduire du flou de bougé quand il y en avait pas. Il convient donc de désactiver le mode stabilisation quand vous utilisez un trépied ! Heureusement que les constructeurs fabricants ont mis en place des procédés détectant si on utilise un trépied ou une télécommande et qui désactive la stabilisation. Un procédé qui fonctionne dans 90 % des cas.

 

Consommation électrique

Ce procédé consomme du courant électrique. Il a un besoin pour fonctionner d’énergie qu’il ira prendre sur la batterie de l’appareil photo. Et une consommation plus importante que prévue va réduire la durée de vie de la charge.

La consommation supplémentaire va intervenir à l’activation du procédé. Ce qui veut dire qu’il conviendrait de l’éteindre dès qu’on n’en a plus besoin. Mais à force de passer toujours son temps à l’activer puis le désactiver, on arrive à oublier de le remettre en fonction quand on en a besoin. Or, dans la pratique, cette surconsommation reste malgré tout assez réduite pour la stabilisation mécanique. Un peu plus pour la stabilisation optique. Le gain que permettrait son arrêt n’est pas suffisamment important pour qu’on s’en passe.

Alors, lorsque l’on shoote à main levée, autant la laisser enclenchée en permanence. Si elle ne sert à rien pour des vitesses rapides et n’altère pas le piqué pour ces vitesses, elle joue un grand rôle pour des vitesses plus lentes et, ainsi, vous sauver le cliché.

 

Les procédés de stabilisation

La stabilisation optique

La rolls… pendant très longtemps. Ce procédé est apparu chez Nikon en 1994, suivi l’année d’après par un dispositif similaire chez Canon. Il fait appel à une lentille supplémentaire, flottante, contrôlée par des électroaimants qui sont eux-mêmes pilotés par des accéléromètres. Cette lentille spécifique, en se déplaçant, corrige le mouvement.

Si on parle de rolls, c’est que ce procédé a été longtemps le seul vraiment efficace. De plus, elle était spécifiquement adaptée à chaque optique et donc s’avérait être plus précise. Mais le meilleur des avantages, surtout maintenant, c’est qu’avec la stabilisation optique le mouvement de l’appareil est compensé à l’intérieur de l’objectif. Les vibrations sont donc réduites à la visée, ce qui facilite la composition et la précision de la mise au point.

Mais ce procédé n’est pas exempt de défaut :

  • La stabilisation optique ne compense généralement les mouvements que sur deux axes,
  • Pour des photos sur trépied, elle doit être désactivée, car la lentille flottante génère des corrections qui n’ont plus lieu d’être.
  • La lentille supplémentaire induit à la fois un surcoût financier et un surpoids.
  • La lentille supplémentaire ajoute un intermédiaire supplémentaire lors du passage de la lumière et donc réduit la qualité visuelle. Sur un téléobjectif, la perte est comprise entre un demi et un diaph.

Il n’empêche que la stabilisation optique a longtemps été la seule proposée par le duo Canon/Nikon côté constructeurs. Et donc la seule reconnue par les « experts intégristes » reconnus du microcosme de la photo. De plus, aux dires de certains, la stabilisation optique permettrait de mieux « pointer » un point précis (par exemple l’œil et pas l’oreille du coup) où sera faite la MaP et le cliché. Ce qui, avec un 500mm par exemple, serait un vrai plus. Il est vrai que chaque centimètre de précision gagnée augmente la probabilité d’un cliché réussi.

Complément.

Pendant toutes les années où la stabilisation optique était largement supérieure aux autres formes de stabilisation, il ne fait guère de doute que cette assertion était vraie, surtout pour les longues focales. Avec la montée en puissance de la stabilisation mécanique qui s’avère désormais de grande précision, ce n’est peut-être plus le cas. Ne pratiquant pas la photo animalière et autres, je ne saurais en dire plus.

 

La stabilisation mécanique

La stabilisation n’est plus ici dans l’optique, mais au niveau du capteur lui-même. C’est lui qui va bouger afin de compenser les mouvements du photographe.

Évolution du système SR de Pentax, du K-10D au K-1 mark II (© Ricoh Imaging)

 

Au début (en 2003), cette technologie proposée par Minolta était assez rudimentaire, mais paraissait déjà prometteuse. Avec le système SR proposé par Pentax en 2006 sur le K-100D, il était alors possible de gagner 2 vitesses. Depuis, la technologie a fortement évolué, passant par exemple d’une stabilisation sur 3 axes à une stabilisation sur 5 axes, les oscillations du bout de l’objectif pouvant désormais être prises en compte. On peut dire désormais qu’en termes de performance et de qualité, la stabilisation mécanique équivaut à la stabilisation optique. Ce qui n’est pas une mince performance. Le gain en vitesse atteint désormais 5 stops, ce qui est énorme !

À la disparition de Minolta, Pentax a continué sur cette voie afin d’améliorer sa stabilisation, avant d’être rejointe par Sony (qui exploite les brevets Minolta), Olympus ou Panasonic. Et en 2018, Nikon a créé une surprise en adoptant elle aussi la stabilisation mécanique à 5 axes pour sa série Z.

Le plus grand des avantages de cette stabilisation est que toutes les optiques en profitent ! Plus besoin d’avoir une optique stabilisée, plus lourde et plus coûteuse, pour y avoir droit. Une vieille optique des années 80 est éligible. Mais il existe un désavantage, c’est que l’image visible dans le viseur ne prend pas en compte la correction, ce qui peut fausser la composition

Attention, si vous utilisez une optique stabilisée sur un boîtier doté d’une stabilisation mécanique, il conviendra de désengager l’un des 2 procédés, sous peine d’obtenir une photo potentiellement floue. En effet, la stabilisation mécanique va chercher à compenser les mouvements de la lentille permettant la stabilisation optique. Ce qui aboutira à l’effet contraire.

 

La stabilisation électronique

La stabilisation électronique est un procédé purement logiciel, et donc d’un coût relativement bas, contrairement aux 2 autres procédés. Il existe plusieurs méthodes, de la prise d’images successives dont une seule sera conservée (la meilleure en principe) à la prédiction de mouvements par des algorithmes plus sophistiqués qui utilisent les informations de l’accéléromètre et du gyroscope. Certains constructeurs ont même proposé une montée en ISO comme procédé de stabilisation. Ce qui est honteux !

Mais si ce procédé est abordable financièrement parlant, il s’agit du moins efficace, car un capteur ne peut pas « inventer » une image nette s’il ne l’a pas captée. Il n’empêche que le développement logiciel est très impressionnant dans ces domaines. Alors que des algorithmes sont désormais capables de concevoir une image haute définition à partir d’une image basse définition ou de recréer des morceaux perdus, rien ne permet de dire que cela ne se fera jamais.

 

Dernier point, il convient de ne pas oublier la règle qui consiste à choisir une vitesse d’obturation supérieure ou égale à 1/focale (par ex. 1/200 ème pour un 200mm). Pour un APS-C ou d’autres formats de capteur, il convient d’appliquer le facteur de conversion pour obtenir la « focale équivalente » (pour un APS-C qui utilise un 200mm, la vitesse minimale sera de 1/350 s). C’est à partir de cette vitesse minimale que vous calculez votre gain avec la stabilisation. Selon le procédé, toujours avec un 200mm, vous pourriez atteindre une vitesse de 1/60 s. Dans la pratique, sans doute un peu plus.