Participer au Salon de la Photo de Paris à Saint Sulpice ?

Salon de Saint Sulpice - stand installé

Pour savoir comment participer au Salon de la Photo, qui se tient place Saint Sulpice à Paris, j’ai interviewé un photographe qui l’a fait.
Ce photographe, Christophe, est un amateur, pentaxiste, habitant en région parisienne. Cet article est une transcription, la plus fidèle possible, de l’échange réel. Les codes de la discussion sont : V = l’auteur posant les questions ; C = Christophe, l’interviewé.

 

Les débuts

V : Quand as-tu commencé à faire de la photo ?
C : Vers l’âge de 15 ans environ, si je ne me trompe pas.

V : Avais-tu un contact avec la photo à ce moment ?
C : Mon père pratiquait la photo. Il avait un Praktica. À la maison, dans la buanderie, il y avait un laboratoire avec un agrandisseur, de mémoire avec un corps cylindrique et une grosse tête ronde. Il me semble qu’il venait d’Europe de l’Est. Mais je ne pourrais pas dire de quel pays.

V : Ton père t’a initié à la photo ?
C : Il m’a appris à faire des tirages. Mais je n’ai jamais fait de développement de négatifs.

V : Avec quel appareil as-tu commencé ?
C : Mes parents vivaient correctement, mais ne roulaient pas sur l’or. Mon père a donc regardé avec moi ce qui présentait le meilleur rapport prix/ performance. Le choix s’est arrêté sur un boîtier Ricoh avec un objectif Pentax, un 50 mm. Puis ensuite sur un 2,8/100 mm. Je me suis acheté quelques années plus tard un 35-70 mm, Ricoh, tout petit.

V : Et ensuite ?
C : Ensuite, j’ai fait des études, une « grande école », dont je suis sorti ingénieur. Et j’ai commencé ma vie professionnelle. Je me suis marié, j’ai eu des enfants et je n’ai plus fait que des photos familiales, avec des compacts Ixus. Je suis revenu en 2006 à un boîtier reflex, numérique cette fois, avec un Pentax K10, le meilleur rapport prix/performance du marché, encore une fois, et avec la stabilisation.

La motivation pour montrer mes photos

V : Et quand as-tu été tenté par le fait de montrer tes photos ?
C : Pour moi, la photo est une activité essentiellement solitaire, du moins dans la phase de production. Ça commence à la prise de vue, et ça se produit pendant le Post-Traitement, même sommaire, effectué seul devant son écran d’ordinateur. Il y a donc un moment où il faut aller voir les autres ! Je me suis assez rapidement inscrit sur Flickr, mais la qualité des échanges sur les réseaux sociaux orientés photo est très pauvre, et rares sont les gens qui passent un peu de temps à regarder et à critiquer les photos des autres. J’ai passé également quelques années dans un photo-club, celui du Val de Bièvres. Intéressant au début, j’ai vite été frustré par ce que j’en retirais. Et puis il y a le style de photo « photo-club » qui tourne en rond et qui tend à enfermer les photographes d’une manière qui ne me plaît pas. Cela vient probablement du type de photos que j’ai envie de faire. Quand j’étais lycéen puis étudiant, j’ai beaucoup dessiné, puis fait de l’aquarelle. Aujourd’hui mes sources d’inspiration sont plutôt des peintres, des illustrateurs ou certains dessinateurs de bande dessinée. Quand je fais de la photo, j’ai d’abord envie de faire une belle image, je suis plus dans la sensation que dans le message. Dans ces conditions, il est essentiel de partager et de voir le regard des autres sur sa propre production. Une solution a été de participer à un blog collectif d’amis photographes, avec lesquels j’ai d’ailleurs fait ma première exposition, collective du coup, à Bièvres. Première expérience intéressante, mais encore frustrante, puisque chacun d’entre nous ne pouvait exposer que 3 photos (perdues au milieu d’une vingtaine d’autres). Ma deuxième expérience d’exposition a eu lieu en 2011. Suite à des péripéties professionnelles, j’ai fait un passage dans un cabinet d’outplacement (sorte de Pôle Emploi pour cadres supérieurs) pour rechercher un autre job, et à cette occasion, on m’a proposé d’exposer mes photos dans les locaux. Cela n’a pu que renforcer l’envie de faire une vraie expo.

 

Le passage à l’acte

V : Et comment es-tu passé à l’acte ?
C : En 2017, je suis un jour tombé par hasard sur une pub de Joël Garcia Organisation (disparue depuis), qui organisait des salons et des « marchés », de photo, d’art contemporain, à Bastille, sur l’île des impressionnistes à Chatou, place Saint Sulpice à Paris. J’ai décidé de me lancer et j’ai pris contact avec JGO pour connaître les conditions de participation au salon de la photo de Saint-Sulpice.

 

La réalisation concrète

V : Et quelles étaient ces conditions ?
C : Les frais d’inscription étaient de 350 €, débitables dès l’acceptation de celle-ci. Il n’y avait pas de sélection, les inscriptions étaient enregistrées au fur et à mesure de leur arrivée, jusqu’à épuisement des places. Je pense que le montant des frais faisait office de sélection.

V : Et quelles étaient les prestations obtenues en échange ?
C : Un stand de 3 m x 3m sur une place magnifique de Paris, avec 3 spots, 1 table et 2 chaises, pendant 2 jours, de 12h à 20h environ

V : Je suppose que cela impliquait d’autres frais.
C : Bien sûr. Mais avant d’impliquer des frais, il faut parler de l’organisation que cela signifie. En tous cas que cela a signifié pour moi.

 

La préparation

V : C’est à dire ?
C : D’abord une indication sur les dates. J’avais pris contact en novembre 2017, mon dossier a été enregistré en décembre 2017. Et j’ai eu confirmation de son acceptation en janvier 2018. Dès le départ, il était dit que ça aurait lieu en mai ou juin. La date précise n’a été connue que bien plus tard. J’ai donc commencé à faire le choix des photos, progressivement. J’ai d’abord fait un choix à 200 photos. Puis une seconde sélection à 100 photos. Et enfin un choix final de 30 photos environ. J’avais décidé dès le début que la surface des cimaises n’en permettait pas plus. En fait je me suis arrêté à 32. Les dimensions que j’avais choisies étaient de 30x45cm (29 photos) et 60x90cm (3 photos). Je me suis fait aider dans ce travail de sélection par ma filleule qui était en école de photo. Ce choix a pris environ un mois. Il a été fait avant même la publication de la date exacte. À la même période, j’ai créé un site par Photodeck (~12 €/mois), j’ai fait des cartes de visite, un catalogue, une maquette de flyer (affichette que je pouvais imprimer moi-même) et une scénographie préalable de l’accrochage. J’ai même investi dans un petit terminal sans fil pour prendre les cartes de paiement.

 Pages du catalogue mis à disposition des visiteurs

 

Salon de Saint Sulpice - carte de visite -avers et revers
Salon de Saint-Sulpice – carte de visite – avers et revers

 

Salon de Saint Sulpice - certificat d'authenticité collé au dos des photos
Salon de Saint-Sulpice – certificat d’authenticité collé au dos des photos

 

                            Scénographie =  maquette            préalable de l’accrochage prévu       sur les 3 panneaux du stand

 

Flyer pour l'expo.
Flyer pour l’expo.

 

V : Ça fait beaucoup de travail tout ça !
C : Oui, mais ce n’est pas tout. J’avais prévu de faire tirer mes photos le moment venu chez PICTO on line. Mais pour ne pas me planter dans le choix du type de papier et de finition, j’ai fait tirer en petit format 2 photos différentes (1 couleur et 1 N&B) en 3 qualités. Le choix du papier, essentiel, a été finalement plus difficile que je ne l’imaginais. Par ailleurs je pensais que les 3 spots fournis ne suffiraient pas. Je me suis mis en quête de spots légers, faciles à accrocher, réutilisables, avec des ampoules fournissant une bonne lumière et… pas trop chers. J’ai pas mal cherché dans mon coin (Vélizy 2) sans trouver. Et puis par hasard j’ai trouvé ce que je cherchais au BHV Paris, mais j’en voulais 6, il n’y en avait que 5, j’ai donc dû y retourner une deuxième fois. J’ai acheté aussi des ampoules à LED à 4000 K (et IRC>90). Le tout a coûté environ 200 €.

V : Et les tirages ?
C : Oui les tirages. Finalement, en mars est tombée l’information : le salon se tiendrait les lundi 28 et mardi 29 mai 2018. J’ai donc fait tirer mes photos chez Picto, sur du Dibond avec barres horizontales d’accrochage. C’est à mon avis ce qu’il y a de mieux pour une expo de ce type. Chaque tirage en 30×45 m’est revenu à 55/60 € environ et à 120/130 € pour les 60×90. Ce qui représente une somme importante pour un amateur. Et enfin j’ai édité chez moi les certificats à coller au dos des photos avec le N° /30 du tirage, etc., et quelques autres documents que je jugeais indispensables en cas de vente. Parce que ce salon était explicitement orienté vers la vente.

Le jour J à Saint-Sulpice

V : Le jour du Salon, comment ça s’est passé ?
C : Bien. Mais parce que j’avais fait tous ces préparatifs en amont. Entre le moment où on a eu accès aux stands et l’ouverture du salon, il n’y avait que trois heures. Je n’ai pas eu trop de problèmes, car mon fils et ma filleule ont pu venir m’aider, par exemple pour garder le stand et commencer à mettre en place pendant que j’allais garer ma voiture, ce qui dans le quartier de Saint Sulpice n’est pas une mince affaire. Le plus délicat a été finalement le montage des spots. Les photos ont été faciles à accrocher parce que j’avais déjà défini très précisément comment elles seraient disposées sur les 3 murs (« scénographie » en PowerPoint). Mais j’ai vu plusieurs de mes chers voisins galérer et perdre beaucoup de temps à choisir sur place la disposition des photos. À l’ouverture du salon, j’étais prêt, pas eux… Et enfin il y avait à installer les incontournables du vernissage, à grignoter et à boire (à la charge des exposants).

V : Et après ?
C : Eh bien, le démarrage de chacun des 2 jours a été très « calme », et puis le public est arrivé en deuxième partie d’après-midi. Il y a eu finalement pas mal de monde. Des gens qui venaient spécialement pour le salon et des gens qui rentraient chez eux dans le quartier.

 

Le bilan

V : Qu’est-ce que tu en retires ?
C : D’abord une satisfaction évidente. Une vraie satisfaction. Les gens entraient dans mon stand pour voir mes photos. Ensuite l’observation des visiteurs est très intéressante. J’ai ainsi remarqué qu’il y avait plusieurs comportements types : ceux qui entraient, regardaient sans un mot, et ressortaient toujours muets, ceux qui entraient, regardaient les photos sans un mot, et disaient merci en sortant, ceux qui entraient sur le stand, et qui engageaient la conversation (avec celui, il y en a toujours au moins un, qui vient vous montrer ses propres photos sur son smartphone !), ceux qui m’abordaient pour me demander les prix, et puis ceux, moins nombreux qui ont été à deux doigts d’acheter.

V : Et… il y en eut qui ont enlevé leurs doigts ?
C : [sourire] oui, il y en a eu 3, dont 2 qui ont abouti. Deux Américains, une maman et son fils, qui n’ont renoncé qu’à cause du coût d’expédition (70/80 € pour expédier un gros paquet de 4 à 5 kg en Californie). Les deux autres ventes ont été : un couple qui m’a finalement recontacté plus d’un mois après et pour lequel j’ai expédié la photo au Portugal. Et une autre vente directe. Au passage, sur ces 3 cas, 2 portaient sur la même photo : la plage. Et une anecdote : une visiteuse, au moment de quitter le stand, a remarqué la photo de la plage. Elle m’a alors demandé : « tiens, vous peignez aussi ? ». Il m’a fallu quelques instants pour comprendre qu’elle avait pris cette photo pour une peinture. Il lui a fallu revenir mettre le nez sur la photo pour comprendre son erreur !… Enfin, dernière remarque : j’avais décidé d’être « discret » sur les prix de vente, avec une affichette donnant les prix par dimension. C’est bon dans les expositions en galerie. Là, j’aurais dû afficher le prix à côté de chaque photo.

V : Et financièrement qu’est-ce que tu en retires ?
C : Financièrement, j’ai récupéré une toute petite partie des dépenses (une photo 60×90 vendue 350 € et 3 photos 30×45 vendues chacune 150 €, face à 2500/3000 € de dépense). Mais si l’occasion se représente, je le referai. Le seul point noir, surtout quand on habite en appartement, c’est tout le matériel et les photos qui restent sur les bras : c’est passablement encombrant et il faut arriver à ranger tout ça convenablement quelque part.

 

GALERIE

Prise depuis le château de Cassis, qui surplombe la plage de Cassis
Prise depuis le château de Cassis, qui surplombe la plage de Cassis

 

Ciel
Ciel

 

Etude de ciel
Étude de ciel

 

Silhouettes d'arbres (VI)
Silhouettes d’arbres (VI)

 

Le Sacré Cœur
Le Sacré-Cœur

 

 

Nota : Les photos ont été faites avec deux boîtiers Pentax différents : un K-3 et un K-5 (les objectifs sont variés : Sigma 18-50 f/2.8 EX DC, Tamron 70-200 f/2.8 Di LD Macro, Pentax 50-200 f/4-5.6 SMC DA ED, Pentax 50 f/1.4 SMC A, Pentax 12-24 f/4)

 

Crédit photo : Christophe Debelmas © – Pour agrandir les photos, cliquez dessus.

  • LHOMME
    7 mars 2019 at 23 h 40 min

    BRAVO, je dis bravo à tous ceux qui osent exposer leur travail, mais aussi qui s’exposent à la critique qui n’est pas toujours constructive ni même sincère.
    Je connais cela pour avoir fait trois expos, pas à Paris, mais dans des villes suffisamment grandes pour y voir du monde et surtout 10 à 16 jours pour avoir l’impression de travailler pour quelque chose.
    Je présente des images au format 40×60 montées sur caisse américaine, ce qui représente des expos assez chères. Les images sont prises au PENTAX K-3 et optiques PENTAX DA exclusivement.
    Lorsque l’on commence on n’a plus envie de s’arrêter.

    • Valia
      8 mars 2019 at 9 h 15 min

      Congratulations, Man !