En 1967 est sorti le K 1000 qui succédait aux SPOTMATICs. La baïonnette K n’est pas devenue universelle, mais elle est solidement installée dans le paysage photographique. D’autres marques ont suivi Pentax : Ricoh, Chinon, Vivitar un moment. Ce sera le seul cas dans l’histoire de la photo d’une baïonnette adoptée par plusieurs marques.

Cette période de  deux décennies verra sortir une lignée de boitiers qui prolongent le fil tissé par les prédécesseurs, mais plus nettement: les ME-MX-LX.  Ce dernier se distingue des précédent, mais il garde les mêmes caractéristiques de lignes très pures, de compacité, tendues vers une une efficacité et une simplicité d’utilisation qui resteront la marque de Pentax.

 

Les MX et ME

En 1976 sortent deux boitiers M, une sorte de déclinaison, le MX et le ME: deux boitiers qui visent des publics différents. Ils ont en commun la compacité et une esthétique épurée très réussie.

Le MX est complètement manuel, doté d’un obturateur horizontal en soie allant de 1 sec. à 1/1000 sec., 1 flash synchronisé à 1/60 sec. Le réglage de l’exposition, vitesse et diaphragme, se fait à l’aide de 5 diodes situées dans le viseur. Celui-ci couvre 95% de l’image. L’affichage de la sensibilité va de 25 à 1600 ASA. La cellule à prépondérance centrale fonctionne de 1 à 19 EV. Le MX est motorisable par un winder (entraineur) ou un moteur (plus rapide et à vitesse modulable). Il peut être muni d’un dos dateur. Un cache amovible dans le boitier peut masquer un petit coin où s’inscrivent les données du dateur sur fond noir. Le MX existe en 3 versions: argent, noir et argent dateur.

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MX chromé

MX+flektogon

MX noir équipé d’un moteur

 

Le ME introduit une révolution: il est automatique en mode Av. Il comporte aussi un mode M manuel. Les paramètres sont visibles dans le viseur. Celui-ci couvre 92% de l’image. Il est muni d’un stigmomètre à 45°. L’obturateur métallique à défilement vertical va de 8 sec. à 1/1000sec., le flash est synchronisé à 1/100sec. La cellule à prépondérance centrale fonctionne de 1 à 19 EV. Le chargement de la pellicule se fait avec le système à « aiguilles magiques » qui rendent la fixation de l’amorce facile et sûre. Le ME est motorisable par un winder. Il existe en 3 versions: argent, noir et argent cuir brun.

Les 2 boitiers ont rapidement acquis une bonne réputation de solidité et de fiabilité exemplaires. En outre ils sont simples à utiliser et leur compacité les rend encore plus attrayants. On en trouvait encore 10 ans après, d’occasion, en parfait état de marche… Le parc optique étant très large c’était une excellente affaire. On en trouve toujours, en état de marche. Les 2 boitiers seront produits de 1976 à 1980. Au ME à succédé le ME Super avec le 1/2000sec. et la synchro flash à 1/125sec. il a été produit de 1980 à 1986. En 1981 est sorti le ME-F, premier appareil autofocus, conçu sur la base d’un ME-Super et doté d’un objectif 35-70/2,8 dont l’autofocus possédait sa propre motorisation/alimentation électrique logée sous l’objectif.

ME-F autofocus

Le ME F (similaire en ME super sauf pour le couplage du zoom auto focus)

L’appareil n’eut pas de suite.

 

Le LX

En 1980, Pentax sort un boitier professionnel qui va devenir mythique. Le LX, ainsi nommé pour saluer les 60 ans de la marque, est un boitier d’exception. De dimensions compactes, assez comparables à celles d’un Leica, il est un concentré de technologie. C’est un boitier à viseurs interchangeables (8), avec une couverture de 98% de l’image et 17 dépolis interchangeables (par l’utilisateur).

Il est automatique en mode Av, ou manuel, doté d’un obturateur à rideaux horizontaux en titane qui va de 1/2000sec. à 125 secondes. En mode automatique il peut poser beaucoup plus. En effet sa cellule, une centrale pondérée, a une sensibilité qui va de 20EV à – 6,5EV.

Cette sensibilité en basse lumière est unique au monde, elle le restera. Seul l’Olympus OM-4 Titane descendra à -4,5EV deux ans plus tard. Le Nikon F3 n’atteint que -3,5EV, la norme des très bons boitiers actuels.

L’autre particularité est que la cellule est installée dans le plancher de la cage reflex, orientée vers le rideau. Elle mesure la lumière avant la prise de vue par l’intermédiaire d’un miroir secondaire, placé derrière le miroir principal dont la zone centrale est semi-transparente. La mesure faite par la cellule est transmise à des diodes alignées sur le bord du dépoli placé sous le prisme. On connait ainsi la vitesse correspondant au diaphragme choisi, visible dans le viseur grâce à une fenêtre dotée d’une loupe, placée à l’avant du prisme.

La mesure de lumière se fait sur le rideau, noir orné de pastilles blanches qui équivaut à une charte à 18%, ou sur la pellicule en cas de faible lumière. Le second rideau n’est lancé que lorsque la lumière a suffisamment insolé la pellicule. Ce mode de fonctionnement, appelé IDM, s’applique également à la photo au flash. Ainsi, si plusieurs flashes (de professionnels en reportage) partent en même temps le LX envoie le second rideau dès que la lumière est suffisante. Il est le seul sur le marché.

Ce système présente d’autres avantages mécaniques et pratiques. En cas de pose B ou T (longue) il est inutile de mettre un cache sur l’oeilleton de visée, puisque le miroir relevé empêche toute entrée de lumière parasite dans la cage reflex où se trouve la cellule.

La cellule n’est pas non plus influencée par le type de viseur, comme c’est le cas d’autres boitiers, sur lesquels il faut corriger la mesure de la cellule selon le viseur.

Le LX est le coeur d’un système optique complet qui comporte :

8 viseurs différents :

  • 2 pentaprismes FA-1 et FA-1W à griffe flash dotés de grossissements différents. (0 /-1,5 et +1 / -3 dioptries)
  • 1 pentaprisme FA-2 sans griffe flash (0 /-1,5)
  • 1 pentaprisme FB-1 à face arrière à 45° muni d’une baïonnette permettant de monter 3 viseurs différents: 1 oculaire FD-1 standard 1 oculaire FD-2 à fort grossissement (-4,5 /+3,5) 1 viseur coudé pivotant FC-1 permettant une visée à hauteur d’oeil ou une visée par le dessus , dans les deux cas avec un fort recul d’œil (6cm)
  • 1 viseur de poitrine FF-1 avec loupe retractable
  • 1 viseur vertical oculaire FE-1 à fort grossissement (-5 /+4)

2 motorisations :

  • 1 winder
  • 1 bloc moteur + 1 bloc d’alimentation pouvant se raccorder par un câble et alimenter le moteur tout en étant conservé au chaud dans un anorak par exemple.

3 dos :

  • 2 dos dateurs différents: Dial LX et Dial data back
  • 1 dos magasin de 250 vues.

2 modèles de poignée à monter sur la face avant droite du boitier, la courroie se fixant alors du coté gauche.

Des flashs TTL dont le AF400T, un gros modèle professionnel à tête orientable et nombre guide de 60 (à 100ASA) se montant sur une barrette assurant la synchro et permettant avec une poignée hot show de monter n’importe quel cobra compatible en déporté. (voir photo ci-dessous)

LX-FC1-FD1-18mm

LX avec le prisme FC-1+ viseur FD-1 en position poitrine et le smc 3,5/18mm

LX porte-flash

LX avec la barrette porte flash et un cobra Cullmann CX40

Le LX était tropicalisé et conçu pour fonctionner jusqu’à -20°.

Enfin, le compteur de vue était d’une précision extraordinaire qui permettait très facilement les sur-impressions et surtout le changement de pellicule «en cours de route» et la reprise ultérieure de la pellicule sans perdre de photo. L’accrochage de la pellicule était facilité et rendu sûr et précis par un système d’aiguilles multiples permettant de ne pas avoir à faire tourner la bobine réceptrice. Ces détails peuvent paraitre saugrenus à l’époque numérique où le changement de sensibilité peut être instantané, mais à l’époque des pellicules, cette possibilité était rarissime et précieuse.

Sur le terrain c’était un appareil de rêve, grâce à une ergonomie élaborée dans le moindre détail, grâce à un viseur très large (98%) et très lumineux, avec le dépoli standard, et encore plus lumineux avec le dépoli SC26 pour focales > 400mm. Sa cellule était très précise et ne se faisait piéger que par les forts contre-jours, comme tous les appareils de l’époque. Il était d’une polyvalence incroyable et d’une souplesse merveilleuse. On pouvait tout faire avec ce boitier. Ses possibilités en basse lumière étaient sans limites. Mettre aujourd’hui l’œil dans le viseur d’un LX, c’est être ébloui et le rester un bon moment. Aucun photographe qui a utilisé le LX n’en est sorti indemne.

Pourtant le LX n’a pas eu un succès commercial époustouflant. Mais il a été un mythe sur tous les continents. Que s’est-il donc passé ?

Un élément peut expliquer ce phénomène. Le système de mesure de lumière ne permet pas la mémorisation de l’AE, puisque celle-ci se fait pendant la prise de vue, sauf à travailler en manuel. Or au moment de la sortie du LX la mode est à la mémorisation. C’est la marque des «appareils performants». C’est le cheval de bataille des publicitaires. La pratique montre que c’était un argument uniquement publicitaire, mais qu’importe.

L’autre élément est que le LX est extérieurement très sobre, ses façades comptent 3 boutons visibles: 1 bouton-levier sur la façade avant droite (relevage du miroir, contrôle de la profondeur de champ et retardateur, le bouton de blocage de l’objectif. Sur le capot supérieur, 1 bouton de déblocage du viseur. Le bouton de blocage du tambour des vitesses est quasiment invisible. Celui de la couronne des sensibilités également… Dans le même temps, sur les boitiers de même catégorie, la moyenne est plutôt de 6 à 8 boutons visibles, et c’est vu comme un signe de haute technologie. Les gros boitiers sont perçus comme de «vrais appareils de vrais photographes». Le LX est gracieux…

 

LX+ZenitarK16

LX avec le prisme FA-1 et Zenitar K 2,8/16mm

Peut-être était-il trop «photographe» et pas assez «visible», pour faire dans l’euphémisme. Quoi qu’il en soit, certains considèrent, de toute évidence à juste titre, que le déclin de Pentax coïncide avec le paradoxal échec du LX. Pas qu’il vient du LX, juste qu’il coïncide avec le LX. Il est aisé de comprendre que le non-succès commercial d’un tel boitier ait pu atteindre le moral de ses concepteurs. Après tout, l’argentique s’effondre 15 ans après, pour tout le monde, les Nikons F, les EOS, les Dynax. Cet effondrement avait commencé avant. Le LX a peut-être été le premier marqueur de ce déclin qui venait.

J’ai travaillé pendant une quinzaine d’années avec un LX. Le boitier ne fait pas un bon photographe, mais il peut faire un photographe heureux. J’en ai gardé un souvenir de bonheur photographique ineffaçable, un souvenir qui me fait comprendre que cet appareil soit un mythe, et ne pas comprendre qu’il n’ait pas mieux marché.