Pentax est un nom bien connu dans le monde de la photo et ce depuis de longues années. La société qui fabrique les produits de cette marque a été fondée en novembre 1919, par Kumao Kajiwara sous le nom d’Asahi Optical Joint Stock Co. Elle a changé de nom en 1938 pour devenir Asahi Optical Co., Ltd. Basée à Tokyo, elle deviendra, en 2002, Pentax Corporation.

 

 

 

Les origines

A sa fondation, elle produisait des verres pour lunettes de vue, sous la marque AOCO (probablement l’acronyme de « Asahi Optical COmpany »). En 1923, elle a commencé à produire des optiques pour projecteurs de cinéma. Au début des années 1930, elle produit des lentilles et objectifs pour appareils photographiques, sous l’impulsion de ses dirigeants de l’époque, Kumao Kajiwara, son fondateur, et Matsumoto Saburō.

Ces lentilles, qui ne portaient pas la marque Asahi, étaient destinées à différents modèles d’appareils d’autres fabricants.

A partir de 1933, la société a produit des « OPTOR » et des lentilles achromatiques en forme de ménisque pour le fabricant Konishiroku (qui sera connu sous le nom de Konica) puis pour « Molta » et « Chiyoda Kōgaku Seikō », prédécesseurs de Minolta, dont les appareils étaient équipés d’objectifs Coronar et Promar.

Lorsqu’éclata la seconde guerre mondiale, l’activité d’Asahi Optical fut principalement consacrée à des contrats militaires pour la fourniture d’instruments optiques de pointe.

À la fin de la guerre, Asahi Optical a été dissoute par les forces occupantes. Elle ne sera autorisée à se reformer et à reprendre ses activités qu’en 1948.

L’entreprise reprit donc les mêmes activités qu’avant la guerre, produisant jumelles et optiques pour appareils photo pour les fabricants Konishiroku et Chiyoda Kōgaku.

 

 

 

Début dans la production d’appareils photo

 

1952, premier appareil photo

En 1952 Asahi Optical produit son premier appareil photo, le tout premier appareil mono-objectif à miroir japonais (reflex argentique) utilisant un film 35 mm : c’est le légendaire AsahiFlex, qui connaîtra plusieurs variantes (I, IA, IB, IIA, IIB).

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Un AsahiFlex

 

Cet appareil sera doté en 1954 d’un levier d’armement activable par le pouce droit : ce nouveau dispositif ergonomique restera un symbole des reflex argentiques. Il permet de réarmer l’obturateur et de faire avancer la pellicule d’un seul geste. Les premières versions, elles, ne comportent qu’un bouton d’avancement du film, solution moins pratique.

Evidemment, l’AsahiFlex n’a pas les caractéristiques des appareils actuels : sa monture d’objectif, à vis, est de diamètre 37mm que l’on ne rencontre pas chez les autres fabricants (par exemple, la monture Leica est de 39mm). Il est doté (à partir de 1954, AsahiFlex II) d’un miroir à retour rapide, nouveauté extraordinaire pour l’époque qui fait disparaître « le trou noir » d’après déclenchement. Ce trou noir était le principal obstacle qui rebutait les photographes habitués aux appareils télémétriques. Son objectif standard est de marque « Takumar », en hommage au peintre Takuma Kajiwara, oncle de Matsumoto Saburō.

Il a une focale de 50mm pour une ouverture de 3,5 sur le modèle initial, de 58mm pour une ouverture de 2,4 sur le modèle IIA (prochainement sur PentaxKlub, un dossier sera dédié à cet appareil mythique).

On notera que c’est avec l’AsahiFlex II, en 1954, qu’apparut pour la première fois le nom de PENTAX sur les appareils. Pourquoi « Pentax » ? Tout simplement parce que c’est Asahi qui a « démocratisé » le pentaprisme, largement utilisé par les appareils photographiques reflex. « Pentax » serait donc une contraction des mots « pentaprisme » et « reflex ». Toutefois, certaines sources affirment que ce serait plutôt la contraction de « pentaprime » et « Contax », l’appareil utilisant une monture à vis au pas de 42mm similaire à celle des appareils Contax S sortis en 1949.

 

Des années très productives en inventions

Mais nous ne sommes là qu’au début : les apports d’Asahi-Pentax à la photo vont être considérables dans les années suivantes comme nous le verrons. Ces inventions (levier d’armement, pentaprisme) et surtout leur « industrialisation » sont déterminantes : leur présence sur un même appareil sera reprise par tous les constructeurs et s’imposera dans le design des reflex « modernes », avant l’invention des technologies électroniques et numériques.

Dès lors, la société est principalement connue pour ses produits photo, de préférence aux produits destinés à l’optique médicale.

Ces produits photo d’Asahi Optical furent importés aux USA des années 1950 au milieu des années 1970 par la société Honeywell Corporation sous la marque « Honeywell Pentax » plutôt qu’Asahi Pentax dans le reste du monde.

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Honeywell Pentax H1 vue de face

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Honeywell Pentax H1 vue de dessus

 

En 1958 fut dévoilé le Pentax K, modèle à diaphragme semi automatique et viseur à micro-prismes. En 1959 est lancé le H2, premier appareil fabriqué en série chez Pentax.

L’année 1966 vit la firme Pentax recevoir une première reconnaissance pour son appareil Spotmatic (article à venir dans PentaxKlub) qui intégrait le premier système de mesure TTL. Cette même année, le cap du million d’appareils 35mm produits (en 14 ans) est franchi par la société.

Trois années plus tard (en 1969 donc), le cap des 2 millions sera atteint. C’est cette même année que sera lancé le Pentax professionnel Moyen Format 6×7.

En 1976, ce sera le tour du Pentax ME, 1er appareil à supprimer le contrôle manuel de la vitesse. (voir plus loin).

 

 

 

Quelques apports de Pentax

 

Le levier d’armement (1954)

C’est une révolution car il permet de réarmer l’obturateur et de faire avancer la pellicule d’un seul geste très ergonomique du pouce de la main droite, sans avoir besoin de déplacer celle-ci. Auparavant il fallait faire tourner un molette verticale. Ce qui obligeait à lâcher le boitier pour libérer le pouce et l’index et faire 3 rotations successives jusqu’ au blocage du bouton. Manœuvre anti ergonomique au possible. Un tel levier avait été installé par les ingénieurs allemands sur l’Exacts Varex, mais il s’actionnait de la main gauche et exigeait une rotation de 220° se terminant sur la façade avant de l’appareil, contre l’objectif. C’était anti-naturel et ressemblait plus à de la rééducation fonctionnelle qu’à de la photographie !

Le levier d’armement de Pentax, grâce à un système d’engrenages internes, permet un geste naturel d’environ 180° qui coule de source.  Il permet de ne pas quitter l’œil du viseur et de passer à la photo suivante ; il va amener des avancées comme le miroir éclair permettant de vraiment shooter en rafale et conduira à terme à la motorisation.

 

 

Le Pentaprisme (1957)

Un pentaprisme est un dispositif optique à base pentagonale régulière qui permet de dévier un rayon de 90° (élément n° 7 de l’image ci-dessous).

Il comporte deux faces couvertes d’une matière réfléchissante. Celle-ci est nécessaire car, en son absence, l’angle d’incidence ne permettrait pas une réflexion totale du rayon lumineux. Ce rayon pénètre perpendiculairement à la surface, puis se réfléchit successivement sur les deux surfaces réfléchissantes, et ressort perpendiculairement au rayon incident sans inverser l’image.

pentaprisme

«SLR cross section» par en:User:Cburnett — Own work with Inkscape based on Image:Slr-cross-section.png. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons – https://commons.wikimedia.org/wiki/File:SLR_cross_section.svg#/media/File:SLR_cross_section.svg

Légende :

1. Objectif 2. Miroir abaissé (image visible dans l’oculaire / le viseur) 3. Obturateur focal 4. Capteur/Film 5. Verre dépoli 6. Condensateur 7. Pentaprisme 8. Oculaire/Viseur

pentaprisme

Pentaprisme

Avant le pentaprisme les photographes avaient 2 solutions :

  1. Les appareils reflex à visée à hauteur de poitrine, genre Rolleiflex, et à image redressée dans l’axe vertical seulement, le haut est en haut, mais la droite est à gauche. Dans le cas d’une image carrée, ce n’ est pas (très) gênant. Disons qu’on s’y habitue. Mais avec une image rectangulaire le cadrage vertical est un vrai calvaire, car l’image dans le viseur est alors la tête en bas. Caler les verticales avec un image la tête en bas est plus difficile que de conduire une voiture en marche arrière !
  2. Les appareils télémétriques qui ont une visée indépendante de l’objectif, basé sur un appareil qui mesure la distance séparant le sujet de l’appareil photo. Mais ces appareils présentent plusieurs inconvénients :

* Un défaut de parallaxe – le viseur ne voit pas exactement ce que voit l’objectif -,  négligeable à l’infini, mais qui devient gênant et même insurmontable quand on se rapproche de la MAP minimum. La correction de ce défaut nécessite des systèmes de correction mécanique du viseur avec des pièces optiques mobiles couplées à l’objectif. C’est très compliqué, lourd et onéreux. Cela n’a jamais été produit.

* Les changements de focale nécessitent l’ajout d’ un viseur correspondant à la focale, que l’on monte sur la griffe de flash. Ce qui ne corrige que partiellement le défaut 1. C’est cher et encombrant. Leica a trouvé une solution avec un viseur dans lequel sont gravés plusieurs cadres argentés, correspondant au champ de 35, 50 et 135 mm. C’est astucieux mais limité à 3 focales et ne résout pas le problème de la parallaxe.

* L’utilisation de gros téléobjectifs impossible.

La visée reflex que lance Pentax est redressée. Elle donne une image où le haut est en haut et la droite à droite. Cette visée permet de monter n’importe quel objectif sur le boitier et de voir ce que voit la pellicule. Tous les problèmes sont réglés en même temps. Et de façon élégante.

 

 

La mesure TTL (1964)

Si le pentaprisme permet de voir, dans le viseur, l’image telle que la « voit » l’objectif, la mesure de la lumière s’effectue toujours de manière traditionnelle  : un posemètre intégré disposant d’une fenêtre sur la face avant de l’appareil. En 1964, le Spotmatic devient le 1er appareil sur le marché à offrir une mesure de la lumière à travers l’objectif (TTL : Through The Lens). Déjà en 1960 avait été présenté à la Photokina un prototype intégrant la mesure spot. Mais Pentax avait jugé qu’elle serait difficile à mettre en oeuvre industriellement et avait opté pour une mesure moyenne de la lumière. Cette mesure TTL a évolué dans le temps pour offrir aujourd’hui 3 modes : la mesure spot, la mesure pondérée à prédominance centrale, la mesure matricielle.

En 1980, Pentax dote le LX d’un miroir secondaire derrière une zone semi-transparente du miroir principal, ce qui a pour effet de dévier une partie du flux lumineux vers la cellule de la chambre du miroir ; cette technique permet de contrôler l’éclair pendant l’exposition lors de l’utilisation d’un flash : c’est la mesure TTL au flash.

 

 

Le mode automatique (1976)

En 1976, le Pentax ME est le 1er appareil à supprimer le contrôle manuel de la vitesse d’obturation, ce qui, à l’époque, était révolutionnaire : l’utilisateur choisit l’ouverture de diaphragme et l’appareil détermine et choisit la vitesse nécessaire pour obtenir une exposition correcte.

 

 

La baïonnette K (1971-75)

Telemaco Corsi

Mais c’est en 1975, qu’eut lieu une révolution encore plus spectaculaire : l’adoption de la baïonnette K, qui a mis fin à la monture à vis M42. Cette baïonnette a, à elle seule, toute une histoire.

Créée en 1971 par Pentax, elle est conçue à partir de la baïonnette du RectaFlex (copie libre d’un Leica) qui fut mise au point par un ingénieur italien, Telemaco Corsi, qui a aussi inventé une des premières versions de stigmomètre. RectaFlex ayant fait faillite en 1953, le brevet est racheté par Asahi et par Nikon.

C’est en raison de ce rachat conjoint que les montures Pentax K et Nikon F (non-AI), sont presque compatibles : on peut monter et utiliser des objectifs Nikon sur un boîtier Pentax, mais, le sens de rotation étant inversé, ils ne se clipsent pas : les risques de chute sont alors très élevés !

On notera, à ce propos, que la baïonnette Pentax permet de « visser » les objectifs en tournant dans le sens des aiguilles d’une montre, tout comme le RectaFlex, alors que chez Nikon il faut visser en sens inverse.

A cette occasion, Pentax transfère sur le boîtier, à gauche quand on le regarde de face, le bouton de déverrouillage auparavant situé sur l’objectif : ceci milite en faveur de l’idée que c’est Pentax qui, le premier, a eu l’idée de cette adaptation de la baïonnette du RectaFlex.

Cette baïonnette K a un diamètre tellement important pour l’époque qu’elle est la seule a avoir traversé 65 ans d’évolution technologique en supportant les ajouts, modifications mécaniques pour implanter une came d’entrainement de diaphragme, des contacts électriques de liaison noyés dans la baïonnette, un axe d’entrainement pour actionner l’autofocus dans l’objectif, des contacts casés à l’intérieur du cercle de la baïonnette, sans que cela ne l’affaiblisse où qu’elle s’avère un frein aux avancées techniques.

 

La fin de la monture M42

Logiquement, elle remplace désormais la monture M42 et est adoptée par Ricoh (tiens, tiens !) – qui lui apportera une variante -, Chinon, Cosina et plus tard Zenit, quand elle tombera dans le domaine public.

Dans le même temps, Pentax commercialise une bague permettant de monter les anciens objectifs à monture à vis M42 sur les boîtiers à baïonnette K. Ainsi, grâce à cette bague, ces anciennes optiques peuvent être montées, aujourd’hui encore, sur les reflex Pentax numériques les plus récents.

C’est en 1975 qu’on la trouve pour la première fois sur un boîtier Pentax, le K2.

On notera au passage que Pentax est le seul fabricant à avoir su faire évoluer cette baïonnette de façon à assurer tout à la fois le progrès technologique sur ses boîtiers et la rétro-compatibilité avec les gammes d’objectifs anciennes. Il reste possible, en 2015, de monter un objectif de la série M sur un K-3II, même s’il faut opérer en mode manuel tant pour l’exposition que pour la mise au point.

La baïonnette K a, depuis 1975, connu de nombreuses évolutions :

Nom (Année d'introduction)
Source : Wikipedia
Fonctions apportéesBoîtiers concernésObjectifs concernés
K (1975)- Mode Manuel
- Mode AV (priorité ouverture)
Pentax K2, K2DMD, KX, KM, K1000, MX, ME Super, LXSMC Pentax (K et M),
KF (1981)Autofocus 1ère génération (incorporé à l'objectif)Pentax ME-F, Série PSMC Pentax-AF 35-70 / f2.8
KA (1983)Programme P
Priorité ouverture Av
Priorité vitesse Tv
Semi auto M
Fill in auto et manuel
(plus d'autofocus, mais contacts électriques pour nouveaux modes)
Série A, Série PSMC Pentax-A
KAF- Autofocus 2ème génération
- 7ème contact électrique pour focale de l'objectif, distance de MAP, ouverture précise du diaphragme
Pentax MZ-6, MZ-7, Série SFSMC Pentax-F
KA2 (1997)Ne gère pas l'autofocusPentax MZ-M (uniquement)-
KAF "Digital"comme KAF mais ne gère plus le contrôle du diaphragme, seule la position 'A' est utilisablePentax MZ-30, MZ-50, MZ-60, *ist, *ist D, *ist Ds, *ist DL, K100D, K110DSMC Pentax-FAJ (sans bague de diaphragme)
KAF2Comme KAF mais gère en plus les objectifs SDMMZ-3, MZ-5, MZ-5n, MZ-10, MZ-S, Série Z, Série PZSMC Pentax-FA
KAF2 "Digital"Comme KAF2 mais ne gère plus le contrôle du diaphragme, seule la position 'A' est utilisable.Pentax K100D Super, K200D, K-m, K-x, K-r ainsi que K-10D, K-20D, K-7, K-5, K-5II, K-5IIs, K-30, K-01, K-02, K-50, K-500, K-3, K-3IISMC Pentax-DA* 16-50mm/f2.8 ED AL [IF] SDM,
50-135mm/f2.8 ED [IF] SDM, 60-250mm/f4 ED [IF] SDM, 200mm/f2.8 ED [IF] SDM, 300mm/f4 ED [IF] SDM
(sans bague de diaphragme)
KAF3Voir ci-après

 

La monture KAF3 est équivalente à la KAF2 Digital. La came d’entrainement mécanique n’existe plus. Dès lors, seuls les boîtiers gérant le système SDM  fonctionneront pleinement avec un objectif à monture KAF3. Si l’on utilise un objectif KAF3 sur un boîtier auto-focus ne gérant pas le SDM, on sera contraint de faire la mise au point manuellement.

Aucun boîtier actuel n’est doté d’une monture KAF3 car cela le rendrait incompatible avec les objectifs non SDM et notamment ceux de la série « Limited », fleuron de la gamme Pentax.

Parallèlement à ses gammes de boîtiers et d’objectifs, dont la notoriété, les caractéristiques et le rendu n’ont rien à envier à la concurrence – qui parfois est d’ailleurs en retrait – Pentax produira aussi de nombreux accessoires : soufflets  et flashes annulaires pour la macro, bagues allonges, etc… parfaitement adaptés à son système et permettant, eux aussi, l’utilisation d’objectifs anciens. Tous ces accessoires n’ont malheureusement pas continué à être produits à l’arrivée du numérique.

 

(A suivre : L’histoire de Pentax, deuxième partie)