Les nouvelles et rumeurs sur le marché photo vont bon train ces jours-ci. 260 millions de dollars de pertes pour Nikon sur les 9 derniers mois de l’année 2016. 80 millions de pertes pour le groupe Ricoh, Panasonic qui amorcerait un retrait du paysage photographique et Pentax qui baisserait le rideau. Voilà tout ce qu’on peut lire chez certains. Dès lors, avec toutes ces alarmes, il y a de quoi se poser des questions, surtout que certains n’hésitent pas à en rajouter.

Ce qui est vrai, c’est les pertes et les restructurations. Avec un marché des boîtiers numériques en 2016 moitié moindre que celui de 2014, soit moins de 23 millions, il ne peut en être autrement. Les premiers chiffres du premier trimestre 2017 montrent que la baisse continue, ce qui veut dire qu’on n’a pas encore touché le fond ! C’est extrêmement préoccupant pour tous les constructeurs.

Ce n’est plus une stagnation, c’est un véritable effondrement que le marché a connu ces dernières années. Les raisons sont multiples, même si deux d’entre elles sont prépondérantes :

  • La montée en puissance des smartphones
  • L’innovation moindre des reflex

C’est dans ce contexte que certaines rumeurs venant du Japon ont pu laisser entendre que Ricoh arrêterait les activités Pentax et GR…

 

 

Coupons court aux rumeurs colportées

Ricoh va-t-il baisser le rideau ?

C’est l’information mise en ligne par photorumors, reprise par des sites de photographes supporter à tous crins de la marque Canon (laissant entendre qu’il n’y a pas de fumée sans feu, et donc que c’est réel). Et les titres utilisés ne laissent guère de doute.

Photorumors explicite

Photorumors, une rumeur sans dentelle !

 

Mais pourtant… Comme pour tous les autres constructeurs, l’activité photo de Ricoh (Pentax et la gamme GR) est déficitaire. Comme Nikon, comme Panasonic et sans doute Canon. Pour la plupart de ces marques, le groupe père est suffisamment fort pour encaisser les pertes. Mis à part Nikon qui n’a pas grand-chose en dehors de la photo (qui doit représenter environ 70% du CA global).

Alors, que se passe-t-il pour Ricoh ? Pentax paye aujourd’hui les choix stratégiques d’Hoya de se désengager, en termes de nouveaux produits, de recherche et développement (R&D). Les parts de marché ont connu alors une nouvelle descente aux enfers, jusqu’à devenir ridicules au moment du rachat par Ricoh. Sur l’année 2016, effet K-1 oblige, le CA de la division photo est en hausse d’environ 3,5% (chiffre qui sera confirmé vers le 28 avril). Ce qui est encore insuffisant, mais qui est encourageant au vu du contexte global de la photo (les constructeurs qui ont un CA en progression sont très rares).

Et que va-t-il arriver ? Depuis 2 ans environ, Ricoh-Imaging se focalise sur les activités haut de gamme. Après avoir vu disparaître progressivement les compacts qui ne se vendaient plus, le même phénomène a commencé pour les reflex d’entrée de gamme. Ce point a déjà été abordé ici. Certains s’en sont émus, à juste titre. Oui, il est dommageable d’arrêter un segment. Oui, on se coupe d’une frange d’acheteurs.

Mais voilà, cette frange, de plus en plus étroite, est presque totalement cannibalisée par Canon. Or on constate que malgré les volumes, Canon semble déficitaire sur cette ligne de produit. Par contre, la firme continue, parce que les ventes des appareils dont le prix est supérieur à 650 € permettent plus ou moins de combler.

 

Restructuration des activités

Ricoh va accentuer cette focalisation sur les produits haut de gamme. Cette stratégie, qui vise la valeur plutôt que le volume, est commune à tous les constructeurs photo, n’en déplaise à certains. Sans compter la recherche de nouveaux débouchés autour de l’imagerie. Pour Ricoh, cela a commencé avec le Theta qui remporte un énorme succès. Il y en aura d’autres comme l’imagerie embarquée destinée au monde automobile (Sony semble aussi très intéressé par ce nouveau segment). Pentax et ses reflex à forte valeur ajoutée (K-70, KP, K-3II et son successeur, K-1) et la famille Theta vont perdurer. Très vraisemblablement aussi les GR, même si on peut supposer que les modèles à venir ne seront pas légions.

Quant à ce qui va changer aussi, c’est l’affectation des lignes de production. Une rationalisation drastique va avoir lieu, une partie des usines étant réaffectées à d’autres activités, plus rentables.

C’est donc des restructurations qui sont entreprises dans tous les groupes photographiques. Elles sont nécessaires. Mais tous n’en parlent pas forcément.

La possibilité d’un arrêt des marques Pentax est faible, du moins dans les 4 ans à venir. Mais le secteur photo est grandement sinistré et rien n’indique un changement d’orientation du marché, ni même une stabilisation. Dès lors, toutes les marques sont concernées par un éventuel arrêt. Et elles vont devoir aussi augmenter encore les tarifs. Même le sacro-saint Canon, que certains vénèrent au-delà de toute mesure, est concerné par un éventuel arrêt (même si c’est plus lointain, nettement).

 

 

La montée inexorable des smartphones

Ce point a déjà été abordé de nombreuses fois sur PentaxKlub. Les mois passent et le constat reste le même, les smartphones ont détruit le marché des compacts et ont sérieusement entamé le marché des reflex et hybrides d’entrée de gamme. Ces appareils à tout faire prennent peu de place et offrent une qualité photographique suffisante pour de très nombreuses personnes. Les mêmes qui achetaient des compacts à tour de bras dans les années 2000. Maintenant, c’est leur smartphone qui change tout aussi souvent.

campagne pub iPhone

campagne pub iPhone

 

Les campagnes de pub régulières pour l’iPhone d’Apple dans le métro ou dans les rues ont parachevé la mutation des habitudes. Quand on voit les prouesses permises, même si les photos ont fait l’objet d’amélioration pour grand tirage, pourquoi acheter un reflex ou un hybride ? Huawei a bien compris et s’est associé avec Leica pour produire ses P9 et 10. Un succès là aussi qui renforce la nouvelle prédominance des smartphones.

Huawei P10 Leica

Huawei P10 Leica

 

Mais mis à part Leica et un peu Kodak par le jeu des licences, les autres constructeurs restent à l’écart de ce marché. Étrange et dangereux.

 

 

Le manque d’innovation

La sortie du D7500 reflète bien le problème actuel : les boîtiers ne sont plus innovants depuis 3 ans environ. Or, qu’est-ce qui motive les acheteurs à changer d’appareil ? Tout simplement le fait que le nouveau modèle apporte un réel plus. Cela peut-être au niveau du capteur (plus de résolution en termes de pixels par exemple), ou autre. Mais si un boîtier est très similaire, l’acheteur va réfléchir très longtemps et souvent, il ne sautera pas le pas. Parce que le gap entre les modèles ne sera pas assez important.

Reprenons l’exemple du tout nouveau D7500. Qu’est-ce qui change ? Nikon a pris le capteur du D500 pour l’intégrer dans le boîtier et l’électronique du D7200. Nikon conserve le même AF, une électronique similaire et passe de 24Mpx à 20mpx ! Il va falloir vendre cette idée aux acheteurs potentiels ! Prenez le 20mpx, c’est mieux que le 24mpx… Ce n’est pas gagné d’avance. Mais ce phénomène n’est pas propre à Nikon, c’est juste le tout dernier exemple. Chez Pentax, K-70, KP et K-3II partagent le même capteur (avec des itérations différentes), dont la conception originelle est ancienne puisque déjà utilisé sur le K-3 ! Quant à Canon, faudra expliquer les réelles différences entre les diverses évolutions de D750, D760, D800…

Fuji, en se montrant innovant avec ses capteurs et ses modèles hybrides attrayants (même si le viseur numérique reste largement améliorable ), s’est imposé sur le marché. Avec à la clé, un succès critique et financier largement mérité. Il est possible que le fait de partir d’une feuille blanche, sans héritage, ait permis à Fuji de casser un certain nombre de carcans. Il est indéniable que la monture K, avec ses spécifications actuelles, empêche Pentax d’avoir une vraie innovation sur le marché des hybrides. Et tant que Ricoh n’aura pas pris de décision sur ce sujet (K actuelle ou nouvelle monture), il n’y aura pas d’hybride Pentax.

 

 

Comment innover ?

Une piste serait de surfer sur le renouveau des appareils analogiques. On voit bien que les vinyles phonographiques ont fait un retour en force ces dernières années. Idem pour les films tournés en argentique qui retrouvent une certaine jeunesse avec des réalisateurs qui refusent le tournage numérique.

Certes, il s’agit d’un marché de niche, mais il n’est pas interdit de penser qu’un ME qui sortirait aujourd’hui rencontrerait un succès très intéressant. Il ne s’agit pas de proposer un appareil très sophistiqué, mais un boîtier basique, propre et accessible.

Pentax ME

Pentax ME

 

On voit bien que les appareils de type Polaroid rencontrent un marché. Alors pourquoi par un ME des années 2020 ?

En parlant justement des appareils type Polaroid, pourquoi Ricoh ne se lancerait-il pas dans la danse ? Avec les technologies dont elle dispose avec son immense R&D, la firme devrait avoir la possibilité de proposer sa propre version. Il n’est pas impossible que des professionnels (ou amateurs éclairés) soient aussi intéressés par ce type d’appareils afin de montrer rapidement au client une idée du résultat final.

Il doit exister d’autres pistes à explorer pour innover et proposer aux acheteurs des produits vraiment nouveaux.

 

 

La raréfaction des concepteurs et fabricants de capteurs

Si Canon a sa propre division de capteur, ce n’est pas le cas de nombreuses autres firmes photographiques. Les rachats successifs par Sony des autres concepteurs ont aussi contribué à réduire les possibilités. Or Sony semble vouloir se réserver pour lui les meilleurs capteurs, obligeant Nikon et Pentax (et peut-être d’autres constructeurs) à se montrer moins innovants.

Il va donc falloir se démarquer. C’est ce que tente de faire Pentax avec une électronique de pointe en matière d’ISO. Ce que permettent les tout récents boîtiers K-70, KP et K-1 est particulièrement impressionnant avec des images exploitables jusqu’à 25600 ISO (ou plus). Mais la firme communique assez peu dessus. Idem pour la technologie PixelShift.

Et si se démarquer ainsi n’est plus possible, alors investir dans la conception de capteurs deviendra nécessaire, surtout quand Canon et Sony indiquent avoir dans leurs cartons des capteurs à 100, 150 voire 200 millions de pixels.

 

 

Si l’innovation ne reprend pas le dessus, le marché va continuer à baisser. Le pire, c’est que cette innovation risque de ne pas suffire, car personne ne connaît réellement l’état d’esprit des acheteurs. Mais si on ne propose pas de produits intéressants, on ne leur redonnera pas le goût de l’achat.

Cela vaut aussi pour Pentax.

 

Cet article, sur le devenir du marché de la photo devait paraitre début mai. Mais l’annonce de la mort de Pentax ne pouvait nous laisser indifférent. Il a donc été adapté et avancé à aujourd’hui.