Peut-on mettre le sujet au centre de la photo ?

Le photographe débutant a une tendance naturelle à placer son sujet au centre de ses photos. Ne dit-on d’ailleurs pas que c’est une « erreur de débutant » ?
Car en effet, placer le sujet au centre d’une photo est le plus souvent proscrit par les règles de la composition. Certains considèrent même que c’est une faute inexcusable, propre à jeter l’image en question aux orties et vouer son auteur aux Gémonies.

Que peut-on en penser ?

 

Ne pas placer le sujet au centre de la composition

Chacun l’aura remarqué : il n’existe pas (pas encore ?) de capteur photo circulaire, tout comme il n’a jamais existé de pellicule circulaire, bien que la lentille frontale des objectifs soit, elle, parfaitement circulaire. Pourtant, n’aurait-il pas été plaisant de photographier un objet sphérique ou circulaire au centre d’un cercle ?

Non : l’image photographique est toujours de format rectangulaire (le plus souvent) ou carré, parce que le support initial (le capteur) est rectangulaire. Mais on peut toujours, en post-traitement, transformer (c’est le mot qui convient) l’image.

Tant sur capteur APS-C (15.6 mm x 23.5 mm i.e. sur le Pentax KP) que plein format (24 mm x 36 mm), le rapport entre les 2 dimensions d’une image est de 3/2. Cela ne manque pas d’influer sur la composition de l’image puisque l’on dispose de plus d’espace dans l’une des dimensions que dans l’autre. Et il en résulte que l’on dispose de plus de latitude pour composer l’image. On peut ainsi « jouer » avec le placement du sujet dans l’espace disponible.

 

Pourquoi ne pas placer le sujet au centre de la composition

Pour l’intérêt du sujet

Placer le sujet au centre de l’image, au point de croisement des 2 diagonales, relève, dans la plupart des cas, d’une étrange façon de le présenter, dénuée de toute originalité, et par conséquent, relevant d’une regrettable banalité. Et, quand on veut malgré tout procéder de cette façon, parce que le sujet l’exigerait, on se trouve dans l’obligation de « meubler » l’espace tout autour. Si on ne le faisait pas, cet espace autour du sujet deviendrait totalement inutile. Et, en pareil cas, il faudrait cependant le valoriser : il ne faudrait pas que l’environnement du sujet vienne en diminuer l’intérêt et l’importance dans la photo.

Pour permettre au lecteur de « cheminer » dans l’image

En plaçant le sujet au centre de la photo, on incite le lecteur à ne voir que lui. Le regard s’affranchit alors de tout le reste de l’image. Ce serait extrêmement dommage pour nombre de photos, parmi lesquelles les photos de rue : il est important de situer le sujet dans son environnement, mais le placer au centre de la composition n’est pas toujours le meilleur moyen de le mettre en valeur. Amener progressivement vers lui le regard du lecteur procède d’une démarche « active », d’une certaine mise en scène. Et cela a pour effet de rendre l’image beaucoup plus « vivante ».

L’importance des points forts

On sait que les points forts d’une image se situent à l’intersection de 4 lignes imaginaires (2 horizontales et 2 verticales, donc 4 intersections) qui viendraient « découper » l’image en 9 parties d’égales largeur et hauteur (3 dans le sens vertical, 3 dans le sens horizontal). On notera facilement qu’il n’existe aucune intersection de ces lignes en plein centre de l’image !

Les lignes de tiers
Les lignes de tiers

 

Dans la plupart des situations (et cela résulte de l’application du « nombre d’or » pour la composition), c’est en plaçant le sujet sur l’une de ces intersections qu’on le valorise le mieux. Cette façon de faire est « vieille comme le monde », ou, plus exactement, comme les règles de la peinture classique. Lesquelles, comme chacun sait, s’appliquent aussi aux bases de la photographie.

Les portraits ou assimilés

On entend par là des images de personnes humaines, mais aussi d’animaux. Il est important que leur regard, s’il n’est pas dirigé sur l’objectif du photographe, ne vienne pas « buter » sur le bord de la photo. Il faut lui laisser un champ suffisamment ouvert ou large. Mais, direz-vous, si l’on place l’œil au centre de l’image rectangulaire, il y aura devant lui suffisamment d’espace pour éviter cet inconvénient. C’est vrai ! Mais il faut alors considérer la banalité de la photo évoquée ci-avant.

Faut-il toujours respecter ces règles de composition ?

La réponse est clairement NON. Parce que le respect systématique des règles de base conduit aussi inéluctablement à la banalité des cadrages, donc des photos. Aussi parce que se montrer parfois rebelle aux règles établies démontre, d’une certaine façon, une personnalité créatrice qui cherche à sortir des sentiers battus. C’est extrêmement positif, bien sûr, dans la mesure, toutefois, où on ne le fait pas de façon anarchique et incontrôlée. Il va de soi que sortir du cadre classique ne peut se faire qu’avec de bonnes raisons, de bons sujets. En tous cas des sujets se prêtant facilement à cette façon de procéder.

Placer le sujet au centre de la composition

Dans toute photographie, on devrait ne trouver qu’un seul sujet, même s’il peut aussi être composite. Ce n’est pas pour autant de la photo minimaliste, ou pas toujours en tous cas ! Le sujet doit être valorisé, apparaître nettement comme le sujet principal s’il n’est pas entouré d’un flou généralisé. Sauf, bien entendu, sur les photos de macro où il est souvent de bon ton de construire l’image avec un arrière-plan aussi fondu que possible (bokeh), voire unicolore.
Comme, par exemple, dans ces images :

Image en format 3/2
Image en format 3/2
La même en format carré (1/1)
La même en format carré (1/1)

Notre opinion, sur ces images, est que le format 3/2 convient mieux que le carré dans lequel le sujet, quoique centré, semble buter sur le bord de l’image.

Pourquoi placer le sujet au centre d’une composition ?

Il existe cependant de bonnes raisons de placer le sujet au centre de la composition. Essayons d’en exposer quelques-unes.

En raison de la nature du sujet
  • pour le mettre en valeur de façon univoque
  • pour pouvoir l’isoler de son environnement
En raison du format de l’image
Le format carré

Diviser une image carrée selon les principes ci-dessus (lignes des tiers) est tout à fait possible, bien sûr. Cela manque toutefois d’intérêt en raison de l’exacte similitude des parties ainsi créées : on obtiendra 9 carrés absolument identiques dans toutes leurs dimensions. Cette uniformité entraînera donc une certaine banalité. Placer le sujet sur l’une des intersections ainsi formées n’apportera quasiment rien, de notre point de vue, sur le plan de la composition. Ceci est toutefois à nuancer selon la nature du sujet.

Dans une image au format carré, il semble préférable de centrer le sujet qui prend ainsi toute l’importance qu’on veut lui donner. Le sujet devient alors l’image – et vice versa –  rien ne venant en principe en perturber la lecture. On « emprisonne » le regard du lecteur pour ne pas qu’il s’égare sur d’autres parties de la photo. Toutes les subtilités et les détails de la photo s’y trouvent rassemblés. On peut penser que c’est excessif et à éviter, mais on peut aussi comprendre cette attitude : le photographe a quelque chose à dire, à montrer, et, en agissant de la sorte, il contraint le lecteur à entrer « dans son monde ». Il impose une façon de voir le sujet.

Des inconvénients et des avantages

L’inconvénient principal, c’est que cela entraîne quelques contraintes sur le reste de l’image. Notamment, il ne doit rien y subsister qui vienne contrarier la symétrie nécessaire et attirer le regard hors du sujet. On peut rappeler, à cet égard, que certains rares appareils numériques permettent de choisir le format carré dès la prise de vue : c’est, notamment, le cas du Pentax K-1 (et K-1 mark II).

L’avantage évident est que l’on peut composer sa photo dès la prise de vue, on sait tout de suite ce qu’elle donnera dans ce format. Contrairement à une composition 3/2 qu’on devrait transformer en 1/1 au post-traitement.

Composition centrée sans "hors sujet"
Composition centrée sans « hors sujet »
Le même, cropée : on n'a plus à se préoccuper de ce qui entoure le sujet centré
Le même, cropée : on n’a plus à se préoccuper de ce qui entoure le sujet centré

 

Le format vertical

On oublie souvent qu’une image au format 3/2, donc rectangulaire, peut être cadrée soit en format paysage (horizontal), et c’est le plus fréquent, soit en format portrait (vertical). Ce dernier prend d’ailleurs de plus en plus d’importance, tant en photo qu’en vidéo, en raison de l’utilisation elle-même de plus en plus importante des smartphones pour ces activités. En tous cas chez les amateurs. On peut le regretter, mais force est de le constater. Le monde des professionnels est, lui, beaucoup moins concerné par ces « modes ». Il est d’ailleurs permis de se demander s’il s’agit véritablement de modes ou d’évolution de la façon de faire ou encore la conséquence de l’utilisation d’un type particulier de matériel. Mais c’est un autre sujet.

Revenons à celui qui nous préoccupe. Que photographie-t-on le plus souvent en cadrage vertical ?

    • des personnes (portraits de différents types)
    • des monuments
    • parfois des portions de paysages (ou des paysages entiers) pour en faire des panoramas
    • des objets comme ici :

 

Composition centrée en cadrage vertical
Composition centrée en cadrage vertical

 

Un élément d’architecture centré en cadrage vertical :

Architecture - Bâtiment centré en cadrage vertical
Architecture – Bâtiment centré en cadrage vertical

 

Pour les portraits, lorsque le sujet dirige son regard vers le photographe ou l’objectif, il est logique – et judicieux – de le placer au centre de la photo, que celle-ci soit en format vertical ou carré. C’est beaucoup moins vrai (en tous cas moins fréquent) lorsque l’on prend la photo en format paysage.

Un portrait centré en format carré :

Oooups, I did it again (K-1 mk II & DFA 50/1.4 - 1/100s à f/11, ISO 100, traitement high key)
Oooups, I did it again (K-1 mk II & DFA 50/1.4 – 1/100 s à f/11, ISO 100, traitement high key) – © fyve

 

« Portrait » d’autruche en format carré : la règle des tiers a été appliquée : l’œil est parfaitement placé de ce point de vue !

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Un autre portrait en format paysage :

Bilan 2019 F.
Mika, modèle japonaise – K-1 mk II + DFA ★ 50 1.4 – 1/100 s à f/9, ISO 100 (© fyve)

 

Dans le cas des monuments, cathédrales et tours diverses sont fréquemment présentées sur des photos en format vertical et centré. Ce qui, bien sûr, n’est généralement pas le cas des bâtiments plus larges que hauts :

La Philharmonie de Paris
La Philharmonie de Paris

 

Peut-on placer tout type de sujet au centre de la composition ?

En théorie, la réponse est OUI. En pratique, ce n’est pas aussi tranché et, dans bien des situations, on s’apercevra que tous les sujets ne supportent pas bien une composition centrée. Les raisons en sont multiples et variées. Mais le photographe un peu expérimenté « sentira » si tel ou tel sujet sera bien mis en valeur au centre de la composition. Il n’est pas possible d’édicter des principes immuables en la matière. Ce serait comme agir contre la créativité. Tout juste peut-on dire que certains sujets se prêteront mieux que d’autres à une composition centrée.

Nous disions précédemment que les photos de rue se prennent, de préférence, en format 3/2 et non centrées. Mais rien n’interdit de mettre l’accent sur un élément particulier d’une telle photo. Quoi de mieux alors que de le présenter centré dans un format carré, y compris et (peut-être) surtout en noir et blanc ? De très grands photographes pratiquaient ainsi, Vivian Maier notamment. Il est vrai que, dans le passé, ce format se trouvait favorisé par les appareils à pellicule de format 120 ou 220 (un des plus célèbres étant le fameux Rolleiflex 6×6).

En pratique

Tous les sujets graphiques « fonctionnent » aussi très bien dans ces compositions centrées, et tout particulièrement s’ils présentent une certaine symétrie. Et nous visons ici non seulement les sujets géométriques angulaires, mais aussi les sujets circulaires (ci-dessous, le reflet du ciel dans le fond d’un puits).

Composition circulaire centrée dans un format 3/2
Composition circulaire centrée dans un format 3/2

 

Outre leurs couleurs, de très nombreux drapeaux nationaux présentent à la fois une certaine symétrie et un motif central, le plus souvent, sinon toujours, dans des formats rectangulaires. C’est le cas, par exemple, des drapeaux japonais et sud-coréen. Mais il en existe beaucoup d’autres ! Qu’on en juge en consultant cette page sur Internet. Si cela existe dans la « vraie vie », pourquoi cela n’existerait-il pas en photographie ?

Et un défi humoristique en guise de conclusion : un médecin britannique, s’appuyant sur des théories antiques et sur le nombre d’or, a estimé que l’homme le plus beau du monde, selon ces critères, était l’acteur Robert Pattinson. Quel lecteur réalisera un portrait de cet acteur, en suivant les règles du nombre d’or et en format carré, pour corroborer la conclusion de ce médecin… ou l’infirmer ?

 

Crédit photos : © Micaz, sauf indication différente.