Peut-on vivre un retour vers le futur dans le monde de la photo ?

retour vers l'argentique ?

Retour vers le futur… Un titre de film qui semble bien étrange pour ce qui va suivre… Un mélange d’humeur et de réflexions diverses.

Tout est parti d’un blog lu plus ou moins régulièrement, celui d’un photographe influenceur de sa marque fétiche. Il y a quelque mois, il indiquait que concevoir et fabriquer un boîtier de type APS-C, c’était une erreur synonyme d’échec, un retour arrière incompréhensible. Une chose que sa marque fétiche ne fera pas, puisque l’avenir de la photo « amateur expert » passera par le Plein Format. Selon lui, les raisons principales sont que :

  • Au moins en Plein Format, les focales des objectifs sont plus faciles à comprendre (on oublie le facteur de « Crop » synonyme de maux de tête pour beaucoup),
  • pour la qualité d’image, bien entendu, « le Full Frame c’est la vraie photo » (termes et phrase dudit photographe).

Ces propos ne sont pas l’objet de l’article. Je les lui laisse, étant sûr qu’il reverra en partie sa position (si sa marque fétiche sort un nouvel APS-C, même « sans miroir », il embrayera dans le bon sens) à l’avenir. Par contre cela a été un des points de départ tout d’abord de l’article de Valia sur la photographie argentique et, ensuite, de ce développement actuel. Peut-on effectuer un retour arrière sur certaines technologies ?

Dans un article paru l’année dernière

L’auteur faisait part d’un certain nombre d’éléments en faveur de la photo argentique. Cette photo argentique que la photo numérique avait cru faire disparaitre totalement. Or l’éradication n’a non seulement pas été totale, mais les poches de survivance deviennent de plus en plus importantes.

Un phénomène qui n’est pas sans rappeler que le disque vinyle est revenu d’entre les limbes où le CD et la musique dématérialisée l’avaient relégué.

En relisant l’article déjà mentionné, on s’aperçoit que la population « jeune » est très intéressée par la pellicule. Ce qui est surprenant puisque ces jeunes sont nés avec le numérique, ou presque. L’argentique et les chambres noires emplies de vapeurs malodorantes, ils ne connaissaient pas. De plus, cette génération Instagram/réseaux sociaux est celle vivant le plus dans l’instantanéité. C’est assez surprenant.

Dans l’article susmentionné, un paragraphe avait retenu mon attention :

Ces photographes ne représentent certes qu’une minorité, mais une minorité qui se consolide, qui prend une certaine ampleur. Il semble bien d’ailleurs que les producteurs et vendeurs de pellicules l’aient bien compris qui se sont mis ou remis à proposer divers produits, assez souvent des pellicules produites pour le cinéma.

C’est bien un retour vers le futur qui se dessine. Avec des photographes souhaitant du matériel argentique moderne. Ce sentiment a été conforté par une discussion que j’ai eue avec un Leicaiste de passage dans le Ricoh Imaging Square de Paris. Il était à la recherche d’un boîtier argentique traditionnel, mais récent. Avec si possible l’apparence d’autrefois et pas celui des derniers argentiques commercialisés, où l’électronique avait pris une trop grande place.

Alors, pourquoi ne pas refabriquer un appareil argentique ?

Sur les sites de financement participatif, il y a parfois des projets pour concevoir et fabriquer des appareils photo argentiques. Comme celui-ci, basé sur la monture Nikon F. Cet essai date de 2017 et n’a pas abouti. Sans doute est-il né trop tôt et demeuré inconnu par les cibles potentielles. Mais d’autres raisons possibles existent, comme le manque de publicité, de connaissance du produit auprès des amateurs intéressés.

Il est néanmoins vraisemblable qu’un tel projet ne peut être porté que par une société ayant « pignon sur rue ». Pas forcément un des acteurs majeurs de la photographie actuelle, mais un industriel ayant les capacités à produire ce type de boîtier. Ce qui n’est pas le plus compliqué, un argentique pouvant être sans électronique, comme cela a été montré pendant des années.

Le seul « vrai » problème dans cette histoire serait de pouvoir disposer d’une monture d’optique avec un grand parc d’objectifs. Les montures libres de droits existent, comme la M42, inventée par Carl Zeiss et popularisée par Asahi-Pentax avec les Spotmatic. Cette monture n’ayant jamais été brevetée, nombreux sont les fabricants à produire des objectifs M42 encore aujourd’hui, comme Leica ou Meyer Optik Görlitz (et d’autres). Le parc d’objectifs est nombreux et continue à s’enrichir. Elle fait même l’objet d’un groupe sur Flickr fort de plusieurs dizaines de milliers de clichés. Son seul problème, c’est qu’elle est manuelle, sans possibilité d’automatisme moderne. C’est même une des raisons de l’existence de la monture K.

L’industriel qui voudra se lancer dans l’aventure devra donc disposer d’une monture récente, sans grand problème en termes de droits. Du moins s’il ne veut pas proposer un reflex argentique manuel. La monture F de Nikon est une possibilité, comme l’ancienne monture Canon. Avec comme seule limite, l’absence d’objectifs récents ou à venir.

Que peut-on espérer d’un boîtier argentique dans les années 2020 ?

Les photographes souhaitant encore utiliser des pellicules veulent-ils absolument un boîtier haut de gamme, doté de technologies hyper développées ? Quand on se promène et qu’on va à la rencontre de ces personnes (très souvent jeunes) se baladant boîtier argentique autour du cou, certains axes se dégagent. Axes qu’on pourrait utiliser pour une base d’un cahier des charges :

  • Dans l’ensemble, un côté tendance ancienne est souhaité. Un appareil avec l’apparence des années 1980, simpliste mais doté d’un minimum d’automatismes.
  • Un boîtier ultra sophistiqué n’est pas recherché. Pas question d’un boîtier moderne de type R5, K-3 et autres Z6 ou ɑ7. Et encore moins d’une resucée de Df !
  • Une visée reflex claire.
  • Un AF de qualité, bien évidemment.
Nikon Df
Une complexité pas forcément souhaitée

 

Il existe d’autres envies, mais ces 3 éléments reviennent plus fréquemment que d’autres.

Dans les années 1990/2000, les derniers reflex argentiques étaient déjà trop modernes, dans l’aspect et les fonctionnalités. Si on croit ceux que l’on peut voir dans les rues, ce n’est pas ce qui est recherché. Mais est-ce la seule vérité ? Pas sûr. Il est fort possible qu’une partie souhaite justement l’inverse, c’est à dire une apparence moderne et le maximum d’automatismes. Au fond, peu importe puisque tout revient à un retour en arrière !

Et pourquoi pas Pentax ?

Une firme comme Ricoh, qui occupe déjà une place dans le marché de niche du reflex numérique, pourrait se porter volontaire. Un reflex argentique signé Pentax, cela aurait de la gueule. Même aujourd’hui. Peut-être même « surtout aujourd’hui » !

Les arguments sont nombreux en faveur de la marque. En voici 3 :

  1. D’un point de vue économique, le marché, certes de niche, existe. La demande existe. On voit bien que les ventes de pellicules sont en constante augmentation… alors qu’il n’y a aucune nouveauté depuis des années.
  2. La firme dispose d’une (très) longue expérience argentique. Elle doit avoir encore les dossiers de conception de ses anciens modèles quelque part dans des tiroirs. Elle a un savoir-faire (papier ?) et un enthousiasme photographique. Si une entreprise doit se lancer, Pentax est légitime.
  3. Le parc optique K continu de vivre. Et dans le terme D FA des récentes sorties en Plein Format, le F lié à l’argentique est toujours présent…

Un boîtier bien conçu, basé sur le cahier des charges minimaliste ci-dessus, le tout dans un esthétisme des reflex Pentax M (ME, MX) ou Super A (les séries P, SF, Z ou MZ sont modernes et/ou trop massives), vous en diriez quoi ?

Pour finir

Ne jamais sous-estimer le passé. On a trop vu revenir sur le devant de la scène des courants, objets, tendances anciennes que l’on croyait trop vieux, voire enterrés. Un constructeur peut estimer pouvoir ressortir un boîtier argentique. Le jeu en vaut-il la chandelle ? Devant l’engouement envers l’argentique, il y a certainement une place possible. Mais est-elle suffisante économiquement parlant ?

Certains se moqueront de la démarche, mais il est à peu près sûr que le boîtier se vendra et aura son succès. Pas des dizaines de milliers d’exemplaires, mais je parierais bien que 25000 boîtiers trouveront acheteur dans le monde. Avec une méthode de production sur mesure associée à une campagne de financement participatif ciblée, c’est faisable.

Au fond, je ne crois pas vraiment à la sortie d’un boîtier argentique dans les années à venir. Je serais même surpris si d’aventure un constructeur se lançait… sans l’être totalement, parce qu’aujourd’hui les conditions sont réunies. Alors, retour vers le futur ou pas ? L’avenir le dira.

  • CYv
    19 mai 2022 at 16 h 31 min

    Le glas des beaux boîtiers Pentax argentique (selon mes goûts) a sonné après la série M voir le Super A.
    Le problème, pas d’autofocus pour cette génération.

    Je crois aussi qu’il restera toujours un marcher à l’échelle mondiale pour justifier la production de pellicule. Voir même leur amélioration.

    J’ai côtoyé un autre profile d’aficionados de photographie argentique. Lui il ne faisait pas partie de la nouvelle génération. Il possédait un boîtier reflex numérique qu’il utilisait très peu.
    L’essentiel de ses photos étaient réalisées avec de la pellicule N&B, c’est dans ce domaine qu’il trouvait son plaisir.
    Inscrit dans un club très actif (dans la région lyonnaise) qui comprenait pas moins de 4 labo argentiques. C’est dans la lumière inactinique et l’odeur des produits de développement que s’opérait la magie de la production matérialisée de ses photos.
    Je comprends tout à fait cette démarche.
    Pour la nouvelle génération cela doit être encore plus magique…

    Merci pour cet article passionnant.

    • F
      29 mai 2022 at 22 h 56 min

      L’argentique, j’ai connu et pratiqué. Si la magie du développement existait, je ne suis absolument pas nostalgique de la lumière rouge et surtout des odeurs, parfois nauséabondes, des produits chimiques et toxiques nécessaires au développement. Ni même le fait de jeter 2h de boulot et devoir recommencer car on a fait une petite erreur. La seule chose que je regrette, c’est le grain argentique et les particularités des pellicules. Si pour ces dernières, des solutions numériques existent, pour le grain, c’est une autre histoire.
      Mais il y a des amateurs, alors, pourquoi ne pas les contenter avec un boitier argentique aux accents modernes ?

  • Lénaïck
    13 juin 2022 at 17 h 39 min

    Je fais définitivement partie de ceux qui, si j’ai du plaisir à utiliser mon ME SUPER, apprécient avoir pas mal de fonctions donc non ce n’est pas exceptionnel je crois…
    L’idéal était mon MZ5N, malheureusement le miroir ne se place plus bien ce qui a généré de gros problèmes de MAP sur 5 peloches de Thaïlande cet hiver…

    Pour des questions de prix et dispo je suis passé au MZ6, qui certes propose là vraiment des trucs dont je me passe (les modes « scènes ») et ne propose plus l’ergonomie classique avec molettes de vitesse et bague de diaphragme.

    Mais on parle de 2 appareils autofocus pour faire rutiler l’autofocus de mes FA limited à pleine ouverture sans me planter, on parle de 2 appareils avec prévisualisation de la profondeur de champs, et compatibles avec des flash toujours sur le marché et qui passent très bien sur mes DSLR Pentax en parallèle. Voilà des arguments importants pour moi, plus que le style vintage … leur inconvénient est leur fragilité reconnue.

    Pour le ME Super, son look est super, mais il faut manipuler et dompter les flash d’époque et leurs limites (en vrai je m’en passe je fais l’effort que sur le 67 avec les vieux flashs), la priorité vitesse existe mais est un non sens ergonomique (au final on fait tout en priorité à l’ouverture), bref de fonction utile il a le retardateur et c’est à peu près tout ^^ (on ne rigole pas : le 67 ne l’a pas …)