Faut-il utiliser son appareil photo par grand vent ?

La question mérite d’être posée. Et, forcément, les réponses seront multiples. Prenons déjà pour principe qu’à PentaxKlub, nous émettons des opinions, parfois nous donnons des conseils, d’autres fois nous n’avons pas de réponse. Car il est impossible de répondre à tout en satisfaisant tout le monde. Dans ce domaine comme dans d’autres, chacun a la possibilité de faire comme il l’entend. Mais nous allons essayer de cerner quelques problèmes que pose le grand vent en matière photographique.

Quand nous disons « grand vent », nous n’évoquons bien sûr pas le souffle quasi permanent que l’on peut « subir » en différents lieux, notamment en bord de mer ou de lacs d’une petite importance. Non ! Nous pensons évidemment à ces bourrasques, qu’elles se produisent sous des orages ou pas, et aussi, malheureusement, aux cyclones et autres ouragans ou typhons. Qu’il nous soit permis, à cette occasion, d’avoir une pensée pour toutes celles et tous ceux qui ont eu à subir récemment Irma, Marie ou leurs « frères et sœurs ». Ces victimes ont bien entendu beaucoup d’autres choses auxquelles penser que sortir un APN et faire des photos lorsque soufflent des vents à près (ou plus) de 300 km/h. Et, après, c’est juste pour constater les dégâts et en garder trace.

Dans certaines tornades (aux USA), la vitesse des vents a été mesurée de 200 km/h jusqu’à 510 km/h (en 1999). Cette dernière valeur est rare, bien sûr, et constitue un record. Mais, même à 200 km/h, le vent est déjà très violent !

Dans nos contrées européennes, nous sommes beaucoup moins exposés à ces évènements climatiques. Mais il arrive cependant, de temps à autre, que se produisent des tornades ou des coups de vent. Que faut-il alors faire ? Quelles précautions prendre, en tant que photographe, bien sûr !

 

 

Ce qu’il faut absolument faire

Si l’on se trouve pris dans une tempête (ou un ouragan, etc.) et que, par conséquent, souffle un très fort vent, la première chose à faire est de trouver un abri sûr. Braver les éléments ne sert à rien, voire relève de l’inconscience.

Si le danger est maîtrisable, ou si l’on a trouvé refuge dans un abri d’où on peut photographier, on peut envisager parfois de faire des photos. Mais pas tous les types de photos, bien sûr.

À ce propos, méfiez-vous des croyances répandues selon lesquelles vous serez bien protégé de l’orage et de la foudre à l’intérieur d’une voiture. Certes, dans certaines circonstances, celle-ci agit comme une cage de Faraday, isolant l’intérieur de l’électricité de l’extérieur. Mais, n’oubliez pas que :

– d’une part ce n’est valable que pour les véhicules à carrosserie métallique, qui sont de plus en plus rares, et à condition que le véhicule soit hermétiquement fermé. Ceci complique les choses si vous voulez prendre des photos !

– d’autre part, il faut alors ne pas toucher du tout aux parties métalliques de la carrosserie.

– et enfin, n’oubliez pas que l’arc électrique peut très sérieusement endommager le système électrique et électronique de la voiture et, partant, provoquer un incendie. Prudence, donc !

 

 

Les pratiques photo à éviter

Le principal domaine à éviter, c’est la macro. En extérieur, bien sûr ! Car, à l’intérieur, il est rare que souffle un grand vent de nature à vous interdire de photographier des timbres-poste ou de petits objets en mode macro.

À l’extérieur, il faut avoir conscience que la macro exige dans quasiment tous les cas, une grande stabilité du matériel et du photographe pour éviter le flou de bougé. Elle exige aussi la possibilité de maîtriser les déplacements du sujet, pour éviter le flou de mouvement. Or, par grand vent, surtout si ce vent est tourbillonnant, il est extrêmement difficile de parvenir à cette maîtrise. C’est déjà difficile quand souffle un vent « normal » ! Certes, on peut envisager d’user de subterfuges (paravents, etc.), mais c’est souvent vain ou peu pratique. Mieux vaut abandonner l’idée de la macro dans ces conditions et attendre des jours plus favorables.

 

 

Les pratiques envisageables

Dans la rue

Partons du principe que vous connaissez les dangers qui vous guettent, par exemple des tuiles qui sont arrachées des toits par le vent (cela m’est arrivé !). Vous vous réjouirez alors sans doute de l’attitude de vos concitoyens, ployant l’échine sous le vent de face et la pluie, tendant tant bien que mal de tenir un parapluie qui ne songe qu’à se retourner ou faire office de voile de bateau.

Ces attitudes peuvent tout à fait donner lieu à de très bonnes images. Et si le temps est gris, ne négligez pas de les traiter en noir et blanc. Vous pourrez aussi utilement vous reporter aux articles que nous avons déjà publiés sur ces sujets.

Lors d’un orage, malgré le vent, il est parfois possible de photographier la foudre. Cela demande une certaine pratique, mais vous pouvez obtenir ainsi de belles images. Ce site vous en donnera un aperçu.

 

 

Si vous êtes en bord de mer

Si tempête il y a, le bord de mer sera sans doute assez déserté, et les seuls sujets photographiques à mettre devant l’objectif seront les grosses vagues et les embruns provoqués par la force du vent. Le sujet ne manque certes pas d’intérêt, mais vous aurez sans doute bien du mal à le capter : le vent violent ne facilite pas les choses !

Parfois cependant, le vent souffle fort, mais pas en tempête et il ne pleut pas. Sur certaines plages, on peut alors assister à des « spectacles » différents et variés :

  • des chars à voile
  • des cerfs-volants

Qui dit plage dit, le plus souvent, sable ! Et sable + vent = danger pour l’appareil photo et les objectifs. Pentax les protège efficacement dès leur fabrication, mais personne n’est à l’abri ensuite du pouvoir d’érosion du sable. Alors, protégez vous aussi votre matériel contre ces risques, soit par l’ajout de filtres devant les objectifs, soit par tout autre moyen efficace qui ne vous interdira pas de shooter.

 

 

Les sports de bord de mer

Bien souvent, le bord de mer est le lieu idéal pour la pratique de certains sports. Nous avons évoqué le char à voile. C’est un sport probablement plus agréable à pratiquer qu’à photographier, mais il peut aussi être l’occasion de sortir de bonnes images. Sachez anticiper le passage, utiliser aussi le bon objectif, selon votre éloignement du sujet.

 

 

Pour les pratiques plus aériennes

Là, nous partons du principe que le vent souffle fort, mais tout de même pas en tempête.

Les cerfs-volants constituent toujours une curiosité. Ils ont besoin de vent, pas forcément de grand vent, mais quand celui-ci souffle fort, les circonvolutions de ces objets peuvent très bien vous valoir des images intéressantes, surtout si, en plus, vous pouvez y associer celui qui « tire les ficelles », au sens propre. Sa propre lutte contre le vent, ses efforts pour diriger le cerf-volant sont encore l’occasion de shooter.

Autre sport de plus en plus pratiqué : le kitesurf. C’est finalement la combinaison d’un cerf-volant (assez particulier, il est vrai !) et d’une planche à voile. Sauf que la voile est déportée largement au-dessus du surfeur.

Kitesurf à la Réunion par fort vent (K-5, 1/200s à f/16, ISO 100)

Kitesurf à la Réunion par fort vent (K-5, 1/200s à f/16, ISO 100 – ©fyve)

 

Là, si vous ne voulez pas vous mouiller, au sens propre, une longue focale vous sera utile. Les cadrages auront une importance toute particulière. Intégrer la voile et le surfeur sur la même image ne sera pas facile dans tous les cas ! Cela vous demandera un soin particulier, dans le cadrage tout autant que dans la composition.

 

Dans la campagne

Même si l’on n’en voit pas dans toutes les régions, les moulins à vent constituent un sujet de choix. Vous avez sans doute remarqué que, la plupart du temps, ils sont photographiés en position d’arrêt : les ailes restent fixes. Parfois, elles tournent, mais le temps de pose choisi est si réduit qu’elles semblent fixes.

Lorsque souffle un vent suffisant, le sujet devient plus intéressant : le but est alors de faire apparaître la rotation des ailes. Pour y parvenir, il faudra peut-être faire plusieurs essais, mais en cas de réussite, vous aurez une image bien plus originale que la moyenne.

Et puis, en toutes circonstances (ou en désespoir de cause ?), lorsque le grand vent se calme, vous pouvez toujours en photographier les dégâts éventuels.

 

 

Le matériel photo

Le bon sens conduit à observer que le danger est toujours présent quand on photographie par grand vent. Partant de ce principe, il est absolument nécessaire, si vous tenez à votre matériel, de prendre toutes les précautions pour le protéger. Nous ne vous dirons pas, ici, le matériel à utiliser puisqu’il est étroitement dépendant du domaine photographique que vous aborderez. Nos articles ont déjà fait largement le tour de la question. Mais réjouissez-vous que la plupart des boîtiers et des objectifs Pentax soit protégée contre les intempéries, que ce soit une protection WR (Water Resistant = résistant à l’eau) ou une protection AW (All weather = tout temps).

Pour autant, n’imaginez pas pouvoir tout faire sous la colère des éléments. Et méfiez-vous si vous utilisez des objectifs non protégés, comme c’est souvent le cas chez les constructeurs indépendants.

 

 

À ne jamais faire

Changer d’objectif sans être bien au sec dans un abri relève de l’inconscience. Même chose si le vent souffle fort : les poussières ne demanderont qu’à entrer dans votre APN. Proscrivez donc ces pratiques et réfléchissez, au préalable, à l’objectif qui vous rendra le meilleur service sans qu’il soit nécessaire de le remplacer en cours de séance.

 

 

Ce qui est envisageable

Dans certaines conditions, un caisson étanche, où ce qui peut en tenir lieu efficacement, peut protéger votre précieux matériel. Ne perdez pas de vue, dans ce cas, que l’utilisation compliquera la prise de vue et sachez en tenir compte.

N’oubliez pas non plus qu’il existe, sur le marché, des systèmes souples et abordables pour la protection du photographe et de son matériel. Si vous projetez de vous plonger au cœur d’une tornade ou d’un ouragan – ce qui nous paraît un peu relever d’une certaine inconscience – prenez au moins toutes les précautions nécessaires !

À défaut de matériel de protection spécialisé, et pour les cas « légers », des solutions « bricolées » pourront s’avérer suffisantes. Par exemple un sac poubelle percé pour laisser passer l’avant de l’objectif et tenu au moyen d’élastiques résistants. Dans ce cas, il peut aussi être utile de protéger la lentille frontale par un filtre neutre.

 

 

Un pied photo

Soyez particulièrement vigilant si vous envisagez de placer votre appareil sur un trépied. Plus il sera déployé, moins il sera stable. Si vous ne disposez pas d’un trépied de construction très robuste, abstenez-vous ! Et si vous disposez d’un tel trépied, le lester pourra s’avérer utile. Ce lestage s’opère en accrochant un poids au bas de la colonne centrale : vérifiez que votre trépied dispose d’un crochet destiné à cet usage. Mais il se peut aussi que ce soit insuffisant : le vent fait vibrer le trépied et cela peut gâcher les meilleures images. À voir, donc, selon les circonstances !

 

 

 

Pour terminer, n’oubliez pas que la photo par grand vent est bien souvent un défi difficile à relever. Certains ont réussi à le relever, ce qui leur permet de nous proposer des images sortant de l’ordinaire. Par exemple des images de cyclones. Mais cette réussite est aussi la conséquence d’une pratique sérieuse, réfléchie, ne laissant rien au hasard. C’est à ce prix que l’on réussit parfois de très belles images.

 

L’image de titre est issue du site http://images.freeimages.com/