Deux articles ont évoqué l’histoire de la photographie américaine. Pour mieux l’illustrer il faut parler des photographes américains. Nous ne pourrons les évoquer tous ; nous nous bornerons à une douzaine d’entre eux. Ils s’ajouteront à ceux qui ont été présentés dans les deux articles consacrés à la Photographie américaine (partie 1 et partie 2) et à Steve Mac Curry coloriste. Ils sont présentés dans un ordre chronologique plus ou moins rigoureux.

Nota: dans cet article, la première photo illustrant chaque partie est le portrait du photographe.

 

Ansel Adams, f:64 et le zone system

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Ansel Adams est né en 1902 à San Francisco. Son père le retire de l’école en 1915. Il étudie la musique, puis en 1917, équipé d’un Box Brownie Kodak , il se lance dans la photographie dans le Yosemite Valley. Il devient célèbre grâce à ses photos N&B de l’Ouest américain, des montagnes Rocheuses au Nouveau Mexique.

En 1932 il fonde avec Edward Weston et Imogen Cunningham le Groupe f/64 qui s’oppose au Pictorialisme et prône une photographie piquée avec une netteté optimale, obtenue par la profondeur de champ. Le diaphragme f:64 est la plus petite ouverture possible sur les chambres photographiques. Il utilise d’ailleurs des chambres d’au moins 4×5 pouces. (voir photo)

Il a créé le Zone System qui permet, en choisissant la zone où l’on mesure la lumière d’obtenir le meilleur contraste au tirage (1). Après sa mort en 1984, la réserve sauvage des Minarets, limitrophe du Parc National de Yosemite, fut agrandie et rebaptisée à son nom. Ses paysages N&B de Yosemite sont connus dans le monde entier.

(1) Le Zone System comprend 9 zones, de 9 = blanc pur à 0 = noir profond, le gris moyen, qui reçoit 18% de lumière, étant le 5. Ce gris moyen est celui des chartes de gris servant à étalonner la lumière. L’esprit de ce système, créé pour le tirage papier en N&B, peut être transposé à la couleur et au numérique. Voir l’ rticle: Les bases de la photo. La mesure de lumière.

 

Walker Evans, le photographe du métro

Walker Evans           

Paysans victimes de la grande dépression de 1929.

Paysans victimes de la grande dépression de 1929.

 

Portrait de paysans victimes de la grande dépression

Portrait de paysans victimes de la grande dépression

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Walker Evans est né en 1893 à Saint Louis, Missouri. Il fait ses études au Williams Collège en 1922 – 23, puis à la Sorbonne en 26.

Il commence la photographie en 1930, boursier de la Fondation Guggenheim en 1940, 1941 et 1959. Sa célébrité s’est construite dans les années 30 avec ses photos de la grande dépression (prises dans le cadre du programme de la Farm Security Administration), devenues, comme celles de Dorothea Lange, célèbres dans le monde entier. Sur les photos de Walker Evans, le sujet regarde gravement le photographe dans les yeux et de ce fait interroge le spectateur.

Entre 1938 et 1941 W. Evans photographie des passagers du métro, en photos volées, à leur insu. Alors que les portraits faits pour la FSA étaient posés, ceux du métro s’inscrivent pourtant dans la même lignée et affirment son style.

En 1945, il entre au Time  et en 1965 à Fortune, en même temps qu’il devient professeur de photographie à l’ Ecole d’Art de l’Université de Yale. Walker Evans a eu une forte influence sur toute la photographie américaine, particulièrement la Street photography.

Il décède en 1975 dans le Connecticut.

 

Margaret Bourke-White, la photographe de guerre

  

Margaret Bourke-White. première correspondante de guerre de l'USAirForce.

Margaret Bourke-White. première correspondante de guerre de l’USAirForce.

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Photographie de rue dans le Kentucky, pendant la grande dépression de 1929.

Photographie de rue dans le Kentucky, pendant la grande dépression de 1929.

Photographie prise pendant la guerre de Corée. Cette photo a a été à l'origine de sérieux remous au USA.

Photographie prise pendant la guerre de Corée. Cette photo a a été à l’origine de sérieux remous au USA.

Margaret Bourke-White est née en 1904 à New-York, dans le Bronx, a fait ses études à l’université Columbia, où elle s’intéresse à la photographie. Elle se marie en 1925 et divorce 2 ans après. Elle est diplômée de l’université Cornell en 1927.

En 1928 elle s’installe à Cleveland où elle travaille pour Otis Steel Company. Ses photos industrielles lui valent une reconnaissance dans tout le pays.

En 1929 elle entre au magazine Fortune.

En 1930 elle fait un voyage en Urss. Elle collabore au magazine français Vu et est engagée à Life.

En 1937 elle publie un livre sur la misère dans le sud «You have seen their faces» (vous avez vu leurs visages) avec l’écrivain Erskine Caldwell, qu’elle l’épouse en 1939.

Elle est engagée comme correspondante de guerre par l’armée de l’air américaine. Elle est la première femme à ce poste. Envoyée en Urss, elle trouve refuge à l’ambassade américaine à Moscou, au moment de l’invasion nazie. Elle fait le premier portrait non officiel de Staline.

Elle parcourt d’autres fronts, l‘Afrique du nord, l’Italie, puis l’Allemagne. En 1944 elle suit le général Patton et prend les premiers clichés du camp de concentration de Buchenwald.

En 1947, elle est en Inde, où elle suit Gandhi jusqu’à son assassinat. En 1950 elle est en Corée, d’où elle rapporte un cliché qui fera scandale : la tête tranchée d’un nord coréen exhibée par un sud coréen hilare.

Elle meurt en 1971 à Stamford, dans le Connecticut.

Un certain nombre de ses photographies sont devenues des photos mythiques, célèbres dans le monde entier.

 

Weegee, the famous

Weegee & sa SpeedGraphic         Weegee

Weegge est né Usher Fellig  en 1899 à Złoczów, près de Lviv (*). Fuyant la montée de l’antisémitisme, sa famille part en 1910 rejoindre Bernard Fellig, le père, aux Etats-Unis. A son arrivée en Amérique, son prénom est changé en Arthur. Son père, rabbin, s’installe alors à Ellis Island.

En 1914, à 15 ans, Weegee quitte l’école pour subvenir aux besoins financiers de sa famille et enchaine de nombreux petits boulots. Un jour, il est pris en photo par un photographe de rue. Il deviendra  photographe. Il achète un appareil d’occasion et commence à prendre des clichés des enfants en habits du dimanche pour proposer les épreuves aux familles aisées.

En 1917, Arthur quitte sa famille par refus du judaïsme intransigeant de son père. Weegee vit dans la rue, sans abri. En 1918, il finit par trouver un emploi dans le studio photographique Ducket & Adler. Ce nouvel emploi lui permet de passer son temps dans le laboratoire et d’apprendre les techniques du tirage.

En 1923, il est embauché comme employé de laboratoire par l’agence ACME newspictures, qui constitue un stock de photographies pour la presse quotidienne. Weegee travaille au développement des négatifs de nombreux photographes et, en cas d’urgence couvre lui-même les évènements urbains de New York. Après quelques années à l’agence il devient photographe à temps plein. Weegee accepte, mais n’apprécie guère que ses photographies deviennent la propriété de l’agence ACME (devenue UP) et que son nom ne soit jamais associé à ses photos. Il gardera toujours une machine à écrire dans le coffre de sa Chevrolet pour signer immédiatement ses photographies. Il ne supporte pas de ne pas être l’unique propriétaire de ses œuvres.

Son surnom Weegee (communiquant avec les esprits des défunts) lui viendrait de ses collègues femmes de l’agence auxquelles il donnait l’impression de savoir à l’avance où et quand les évènements intéressants allaient se dérouler. L’explication en était simple: Weegee avait dans sa voiture une radio branchée sur les fréquences de la police et apprenait donc en même temps que les policiers lorsqu’un drame venait de se produire. En 1935, Weegee devient photographe indépendant. À cette époque, le photojournaliste est chargé de rendre compte de la réalité de la société américaine, au plus près des évènements, aussi bien les plus médiatiques que les plus prosaïques. Le domaine de Weegee est New York, particulièrement la vie nocturne, dans les cabarets, restaurants, refuges de nuit, Metropolitan Opera …) … au fil de ses incidents sordides ou tragiques. L’art du photographe consiste, à « montrer combien, dans une ville de dix millions d’habitants, les gens vivent dans une complète solitude ».

En 1938, « Weegee the Famous » est le premier et seul photographe à avoir le privilège d’être branché sur la radio de la police. Ce qui lui permet d’arriver sur les lieux de crimes, d’accidents, d’incendies, de suicides, en même temps que les policiers, voire avant eux. Ses photos au flash montrent ces scènes encore chaudes où les traces laissées ne sont pas encore effacées; sang sur la chaussée, armes du crime au sol, mains des victimes d’accident encore sur le volant. Le choc émotionnel est omniprésent. Pour 5 dollars l’épreuve, Weegee passe ses nuits dans sa voiture et dort n’importe où pour être au plus près des évènements. Sa voiture abrite un laboratoire photographique dans le coffre, des appareils photographiques préchargés en plaques, un stock d’ampoules de flash et une machine à écrire pour signer ses photos… Et de quoi manger, une boîte de cigares et un costume de rechange. Weegee utilise surtout un Speed Graphic 4’’x5’’ avec une ouverture à f/16, à 1/200e de seconde et une focale de 250 mm, ainsi qu’un Rolleicord 6×6. Ses principaux clients sont The Herald Tribune, The Daily Tribune, The Daily Mirror, New York Daily News, Life, Vogue, Sun…

En 1943 , Weegee est reconnu officiellement par le MoMA de New York. Il meurt le 26 décembre 1968 d’une tumeur au cerveau.

(*) Lviv est une ville située en Galicie, qui appartenait alors à l’empire austro-allemend et qui a été russe, polonaise ; elle se trouve désormais en Ukraine. La ville a porté successivement 6 noms, graphies et prononciations dans les langues des populations locales, dont le yiddish, langue de l’importante communauté juive.

 

Robert Franck, street et route 66

Robert Franck             RobertFranck-jagger1973;jpg   RobertFranck-on the road2   RobertFranck-Wales_1953;jpg

Robert Franck est né en 1924 à Zurich (Suisse) dans une famille d’origine allemande, il découvre la photographie à l’âge de 12 ans. Il se fait connaître aux Etats-Unis comme photographe et cinéaste dans les années 50-60.

Il voyage au Pérou en 1949. Il épouse Mary, avec laquelle il aura deux enfants. Il expose régulièrement au MoMA (Museum of Modern Art de New-York) jusqu’en 1955.

En 1955 et 56, il «fait» la route 66. En 1958 il est compagnon de route de Jack Kerouac et participe au mouvement Beat.

En 1959 il publie «Les Américains», somme photographique, dans laquelle il montre un point de vue extérieur sur la société américaine, teintée d’ironie. Il consacre les années 60-75 au cinéma, tourne des films sur les Beats, les Rolling Stones … ainsi qu’un road-movie «Candy Mountain, dans lequel jouent Joe Sturmmer, le leader des Clash, Tom Waits et Bulle Ogier.

Son travail a un grand retentissement dans le milieu de la photographie et du cinéma, moins dans le grand public.

En 1975 il revient à la photographie, malmené par la vie: séparation avec Mary, mort de sa fille dans un accident, internement en HP de son fils. Il part vivre au Canada, dans un endroit isolé.

En 1983, après le décès de sa mère, Robert Franck retourne à Zurich. Il est considéré comme un des «fondateurs» de la Street photography. Mais dans le même temps il intègre à son travail, la peinture, la poésie. Son approche, très subjective, est à l’opposé de celle de Cartier-Bresson, qui aligne le cœur et l’esprit grâce à son oeil, saisit «l’instant décisif» et produit des cadrages très soignés pour des sujets clairement définis. Franck produit des cadrages souvent mal définis, dont l’instant n’est jamais décisif, mais plutôt incertain, qui fixent plutôt une impression, un moment fortuit, produit du hasard. Il considère que « la photographie est plus un miroir (sur soi-même) qu’une vitre (sur le monde extérieur) ». Il rejoint en cela les propos de Ernst Haas.

Lee Friedlander, photographe de la vie américaine

Lee Friedlander          Lee.friedlander_newyork1966   Lee.Friedlander-America by car1960   Lee.Friedlander-NYC 1963

Lee Friedlander est né en 1934 à Aberdeen, état de Washington, dans une famille d’ émigrés allemands ayant fui le nazisme. Il fait des études de photographie au Centre d’Art de Los Angeles.

En 1956 il s’installe à New-York où il photographie le jazz. Il fait des couvertures de disques et publiera ensuite deux albums de photo sur le Jazz. Ses premiers travaux sont influencés par Robert Franck et Walker Evans, qui deviendra son ami à la fin des années 50. Il travaille au Leica et en N&B. Il fait du reportage documentaire, il photographie la ville, mais aussi les paysages américains, les Américains dans leur voiture… Ses photographies se distinguent par une distance avec le réel qui leur donne une grande force de témoignage du réel. Sont œuvre est une sorte de gigantesque portrait de l’Amérique (USA).

En 1963 il a sa première exposition personnelle à la maison Eastman à Rochester.

En 1967 Friedlander est l’un des principaux participants à l’exposition New Documents au MoMA avec Garry Winogrand et Diane Arbus. Handicapé par une arthrose, il est cloué chez lui. Il utilise des appareils de moyen format et des photos qui se rapprochent de celles de Josef Sudek dans des conditions similaires.

La plupart de ses photographies ont été diffusées dans le public par des tirages d’albums et non par des tirages originaux d’exposition, c’est à dire d’une qualité optimale.

 

Eugene Smith, correspondant de guerre

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William Eugene Smith est né en 1918 à Wichita – Kansas. En 1936 il étudie la photographie dans l’Indiana, puis à New-York.

Dès 1938 il est engagé par Newsweek, d’où il est licencié pour avoir utilisé un petit format 6×6, au lieu de la Speed Graphic classique de 4×5 inches. Entre alors à l’agence Black Star et publie à Life, au New York Times et au Harper’s Bazaar.

En 1942 il est contacté par l’unité photographique de la Navy, mais la commission médicale ne veut pas de lui.

En 1944 il part dans le Pacifique comme correspondant de la Ziff Davis Publishing Company. Il couvre les combats des Iles Marshall (photo 2). Il quitte la Ziff quand il découvre que la moitié de ses photos sont censurées. Il aurait trop montré les souffrances de la population civile. C’est à partir de ce moment qu’il développe le thème de la responsabilité sociale du reporter-photographe. Il veut «plonger au cœur de l’image». Puis il travaille comme correspondant pour Life. Il est grièvement blessé à Okinawa par un éclat d’obus qui lui a traversé la main et la joue. Il doit subir une trentaine d’opération et deux ans de rééducation.

En 1954 il démissionne de Life en désaccord grandissant avec la façon dont la revue modifie les légendes de ses photos. La rupture sera consommée avec son reportages sur Albert Schweitzer. La revue le considère comme le plus grand homme de l’époque. Eugene Smith le trouve autoritaire et raciste. Life publiera une partie seulement de son travail, de telle façon que Schweitzer apparaisse conforme à l’image qu’ ont les gens du prix Nobel de la paix de 52.

Eugene Smith rejoint Magnum en 1955. Entre 1957 et 58 il photographie les jazzmen (photo 3). Il quitte Magnum en 1958.

En 1961 il fait un reportage au Japon, s’installe en 1971 à Minimata pour photographier la pollution au mercure. Agressé par des employés de la firme pollueuse, il perd presque la vue et est rapatrié aux USA. Onze photos publiées dans Life, puis le livre qui suit, font le tour du monde, dont «Le bain de Tomoko»(photo 4).

En 1976 il donne ses archives à l’Université d’Arizona : 11 tonnes de documents. Quand il meurt en 1978, il restait 18$ sur son compte.

Eugene Smith est très symbolique des photographes américains passés par le reportage de guerre, montant en première ligne, physiquement et moralement, au mépris du risque, en écoutant d’abord sa conscience.

 

Diane Arbus, photographe documentaire

Diane Arbus        Diane Arbus 1   Diane Arbus 2   Diane Arbus 3

Diane Némérov est née à New York en 1923 dans une famille juive. Elle épouse Allan Arbus qu’elle a connu adolescente. Ils ouvrent un magasin de photo de mode après la Seconde Guerre Mondiale. Allan prend les photos, Diane tient le rôle de styliste et démarche les agences.

Elle entre en photographie vers 1957, et le couple se fissure artistiquement, et divorce en 1960. Elle étudie alors la photographie à la New School for Social Research de New York avec Richard Avedon. Diane Arbus est influencée par le courant documentaire et urbain inauguré par Walker Evans dans les années 1930. Mais c’est après 1962, quand elle abandonne le format rectangulaire du 24×36 pour le format carré du 6×6 qu’elle impose son style propre.

En 1963, une bourse de la fondation Guggenheim lui permet de réaliser « American Rites, Manners and Customs » (les rites de la société américaine), vaste galerie de portraits d’Américains «anonymes», qui illustre les rites sociaux de la société américaine. Diane Arbus photographie des inconnus dans la rue. Elle est attirée par les personnages hors-normes. Elle photographie également des travestis, des transsexuels, des handicapés mentaux, des jumeaux, des nains, etc.

En mélangeant le familier avec le bizarre, Diane Arbus dresse un portrait troublant de l’Amérique des années 1960. Elle s’attache à montrer que ces personnages étranges, atypiques, d’habitude considérés comme des « phénomènes de foire », sont avant tout des êtres réels, avec des habitudes et une vie quotidienne. Elle travaillait en noir et blanc et développait elle-même ses travaux afin de maîtriser complètement le résultat de ses œuvres.

Dépressive elle se suicide en juillet 1971.

 

Richard Avedon, the american west

Richard Avedon         Avedon L.Cohen   Avedon Picasso   Avedon Mode

Richard Avedon est né le 15 mai 1923 à New York dans une famille juive d’origine russe. Son père, commerçant dans l’habillement, lui offre son premier appareil, un Rolleiflex, à l’âge de 10 ans. Il réalise, avec cet appareil, le portrait de Serge Rachmaninov, le voisin de ses grands-parents. Après un bref passage à l’université Columbia, il rejoint les forces armées américaines en 1942. Il est assistant photographe dans la marine marchande des Etats Unis et débute sa carrière en prenant des photographies d’identité des équipages avec son Rolleiflex.

En 1944, il est employé comme photographe publicitaire pour un grand magasin quand il est découvert par le directeur artistique du magazine de mode Harper’s Bazaar et directeur de l’école de design New School for Social Research.

En 1946, Avedon créé son propre studio et a comme clients des magazines comme Vogue et Life. Il devient rapidement le directeur de la photographie de Harper’s Bazaar. Avedon s’éloigne des techniques de prise de vue de la photographie de mode, où les modèles sont figés hors du réel : il montre, au contraire, des modèles pleins d’émotion, souriant ou riant, et souvent en action.

En 1966, Avedon rejoint Vogue, avec lequel il collaborera durant 25 ans.

Avedon photographie également des malades internés dans des hôpitaux psychiatriques, la lutte pour les droits civiques aux États-Unis ou encore des manifestants contre la guerre du Viêt Nam.

En août 1967 il réalise deux célèbres séries de portraits des Beatles. De la première sera tirée une des premières affiches majeures du groupe, de la seconde quatre portraits individuels en couleurs fortement solarisés et un montage de quatre portraits en noir et blanc qui seront utilisés comme pochettes de disques.  Avedon s’est toujours intéressé à la manière de traduire la personnalité de son sujet par le portrait photographique. Il amène dans un studio de nombreux personnalités célèbres et les photographie avec une chambre 8″×10″. Ses portraits se distinguent par leur style minimaliste où la personne regarde directement l’objectif, en posant bien de face, sur un fond totalement blanc.

En 1974, il expose au musée d’Art Moderne de New York (MoMA) des portraits de son père rongé par un cancer.

En 1976, à l’occasion du bicentenaire de la déclaration d’Indépendance des États-Unis, le magazine Rolling Stone publie 73 portraits d’hommes politiques réalisés par Avedon au cours de la campagne électorale.  Avedon s’est également fait remarquer par ses grands formats, parfois d’un mètre de haut ou plus. Ses portraits grand format de pêcheurs, mineurs et cow-boys du Grand Ouest américain sont devenus un album culte «In the American West».

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Certains considèrent que cet album montre une face peu flatteuse des États-Unis.

Il est mort le 1er octobre 2004 au Texas.

 

William Klein, la mode + Klein, la street + Klein

 

William Klein

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William Klein est né en 1928 à New York. Fils de juifs hongrois ayant émigré aux Etats-Unis, il fait des études de sociologie. Il vient en France en tant que G.I , rencontre une française, avec laquelle il vit, et qu’il épousera par la suite. Il suit une formation en peinture, auprès de Fernand Léger. Il connait un certain succès comme peintre.

En 1954 il est engagé par Vogue en même temps que Richard Avedon. Il séjourne à New-York et réalise un journal photo de son séjour, «New-York», qui est édité en 1956 avec l’appui de Chris Marker. Son travail, très novateur, suscite des réactions contrastées, voire violentes. Il obtient pour ce livre le prix Nadar en 1957. Il est en rupture avec la «ligne photographique» de Henri Cartier-Bresson, Doisneau … Il suit les préceptes de Capa : «Si ta photo n’est pas bonne, c’est que tu n’est pas assez près». Il pratique le décadrage, les bougés de mouvement, le contraste, le flou, le grain, fait un usage intensif des UGA, des télés, des poses longues…

Il est considéré avec Robert Franck comme un des piliers de la Street photography. Klein pratique aussi le cinéma. Fellini l’invite comme assistant sur le tournage de «Nuits à Cabiria». Il en rapporte un album «Rome + Klein». il publie deux albums: Moscou + Klein et Tokyo + Klein qui rencontrent le succès. Rome + Klein ne sort qu’en 2000. Sa photographie de mode révolutionne le genre: pose différentes, sans apprêt, abandon de la démarche de danseuse, photos faites dans la rue. Il déstabilise un monde figé.

Après 2000 il revient à la peinture et mélange peinture et photo en peignant ses photos. Pour ses albums photos, il fait lui même la maquette, et rompt également avec les codes traditionnels, avec des tirages sans marges, en pleine page ou en double-pages, sans texte explicatif. William Klein est une sorte d’Arthur Rimbaud de la photographie, également célèbre dans le monde entier.

 

Vivian Maier, le portrait de rue

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Vivian Maier est née le 1er février 1926 à New York. Elle a travaillé toute sa vie comme nourrice et a passé une très grande partie de son temps libre comme photographe de rue amateur dont la production est demeurée inconnue jusqu’à sa mort. A sa mort les frères Gensburg, que Vivian Maier a élevés de 1956 à 1972 et qui se sont occupés d’elle dans les dernières années de sa vie, ont fait publier cette notice nécrologique :  » Vivian Maier, originaire de France et fière de l’être, résidente à Chicago depuis ces cinquante dernières années, est morte en paix lundi.. »

À la fin de l’année 2007, une partie des biens de Vivian Maier a été mise aux enchères, car hospitalisée, elle ne pouvait plus payer la location du box où elle les stockait. Après 5 ans de péripéties l’un des acheteurs John Maloof, découvre vraiment l’œuvre de cette inconnue et finalement un article de William Meyers dans le Wall Street Journal au début 2011, titré « The Nanny’s Secret » (Le Secret de la nounou) fait découvrir Vivian Maier aux Américains: 120 000 photos de rue, dont elle n’a pas vu elle-même tout une partie. John Maloof a également reconstitué sa biographie : Vivian Maier est née d’un père américain, Charles Maier, issu d’une famille d’émigrants autrichiens et d’une mère française Maria Jaussaud, venue de Saint-Julien-en-Champsaur. A la séparation du couple, Maria va vivre dans le Bronx, chez un amie française, Jeanne Bertrand, photographe professionnelle reconnue, qui a eu les honneurs du Boston Globe. Les deux femmes reviennent avec Vivianne vivre dans le Champsaur vers 1932-33 ; En 1938 Marie Maier et Viviane rentrent aux Etats-Unis. Vivian revient dans la Champsaur après la guerre jusqu’en 1951. Elle repart alors aux Etats-Unis où elle se met à travailler comme gouvernante pour enfants. En 1956 elle s’installe à Chicago, où elle est engagée chez les Gensburg. En 1959-60, elle part pendant 6 mois et voyage au Canada, en Egypte, au Yemen, à Bangkok, en Italie et en Champsaur. De retour chez les Gensburg, elle ne parle pas de ses tribulations, pendant les 17 ans passées chez eux. En 1987, quand elle s’installe chez Zalman Usiskin, professeur de mathématiques à l’université de Chicago, elle prévient qu’elle «vient avec sa vie, et que sa vie est dans des cartons»: ces sont 200 cartons. A la fin des années 90, les fils Gensburg retrouvent Vivian et prennent soin d’elle jusqu’à sa mort, à 83 ans le 21 avril 2009.

De nombreux critiques voient dans l’œuvre de Vivian Maier des passerelles avec le travail des humanistes français Willy Ronis et Robert Doisneau, mais aussi le regard aigu de Diane Arbus vis à vis des riches, celui sans affect de Weegee, ou encore les cadrages audacieux de Robert Franck. Elle ne copie personne, mais connaissait les travaux de tous les autres. Elle est une sorte de lien, logique somme toute, entre la photo humaniste française et la photo américaine des années 55-60 sans idéalisation.

 

Annie Leibovitz, les portraits de célébrités

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Annie (Anna Lou) Leibovitz est née dans le Connecticut le 2 octobre 1949. Son père, lieutenant colonel dans l’Us Air force entraine sa famille dans ses affectations successives. Anna Lou prend ses premières photos aux Philippines, où son père est stationné pendant la guerre du Vietnam.

A la Northwood High School elle s’intéresse à toutes sortes d’expressions artistiques et commence à écrire de la musique. Elle étudie au San Francisco Art Institute où elle est influencée Par Robert Franck et Henri Cartier-Bresson. Elle a dit avoir été également influencée par Richard Avedon. Pendant plusieurs années elle continue à pratiquer la photographie tout en faisant divers petits boulots, dont un séjour de plusieurs mois en Israël dans un kibboutz en 1969.

En 1970 elle est engagée par le magazine Rolling Stone, elle y travaille pendant 13 ans. C’est au cours de cette période qu’elle se fait connaître. En 1975, elle suit la tournée des Rolling Stones.

Le 8 décembre 1980 au matin, elle fait une séance de photos pour le magazine Rolling Stones dans l’appartement de John Lennon et Yoko Ono. Le soir même Lennon est assassiné…

Depuis 1983, elle est photographe au magazine Vanity Fair.

Elle a partagé la vie de l’essayiste, historienne de la photographie et romancière Susan Sontag à partir de la fin des années 1980, jusqu’au décès de celle-ci en 2004.

Son style est caractérisé par la mise en avant du côté glamour de ses modèles, généralement des vedettes du cinéma, de la musique ou de la politique, et leur esthétisation ostensible, en mettant en avant un détail lié à la vie du personnage ou à son actualité publique.

L’historien Jürgen Trimborn associe les portraits de la photographe pris aux J.O d’Atlanta en 1996 à l’esthétique de la cinéaste Leni Riefenstahl. Les deux artistes partagent un même goût pour la l’héroisation de leurs modèles et l’usage d’un éclairage contrasté.

Un critique français a écrit à son sujet: « La photographe a l’habileté de sortir de ses boîtiers une image très consensuelle, faussement choquante, quasi religieuse, presque puritaine, n’outrepassant jamais la juste mesure. Elle s’inspire de codes anciens — le flou du pictorialisme des débuts de la photographie, les contre-plongées du constructivisme russe».

 

David LaChapelle, la dérision ironique

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David LaChapelle est né le 11 mars 1963 dans le Connecticut.

Son premier cliché est une photographie de sa mère, Helga LaChapelle, en bikini, un verre de martini à la main, sur un balcon à Puerto Rico. Ce fut le déclenchement de sa passion.

Avant de devenir artiste, il a travaillé durant quelque temps au Studio 54, club mythique de New York, alors qu’il n’était encore qu’ étudiant. Il a étudié à l’école des arts de Caroline du Nord, puis à celle de New York. Andy Warhol lui a offert son premier travail dans le magazine Interview.

Son travail, souvent très ironique, à connotation satirique et généralement réalisé au service d’un produit de l’industrie de la mode, consiste à fixer une image de la fortune, consécration de la popularité marchande telle qu’elle serait si elle était affranchie des lois et à offrir à un public de middle class l’assurance d’appartenir à une classe sociale séparée des labeurs du monde.  Il recèle également des connotations culturelles souvent traitées par la dérision. LaChapelle entretient savamment l’impression de n’être pas sérieux.

En 2009, la Monnaie de Paris à exposé plus de 200 clichés de David LaChapelle.

L’univers surréaliste de ses photographies n’est pas obtenu par des trucages informatiques, mais au tirage, par l’utilisation de négatifs couleurs. De la Chapelle a dit: « C’est beaucoup plus drôle, si on veut photographier une fille assise sur un champignon de fabriquer le champignon et de l’asseoir dessus, que de le faire à l’ordinateur. De même si on veut mettre une fille nue et un singe en plein Times Square…» (en plein cœur de Manhattan)