PentaxKlub inaugure, dans ce dossier, une présentation de photographes français : le choix n’est évidemment pas exhaustif, pas davantage objectif. Certains photographes, même très célèbres, voire populaires, ont été volontairement écartés. Pour autant, cela ne retire absolument rien à la manière dont ils sont perçus, au talent que d’aucuns peuvent leur reconnaître, tout comme ceux qui ont été retenus sont susceptibles de ne pas faire l’unanimité parmi nos lecteurs.

Ce choix, nous l’assumons !

Comme il était hors de question d’établir une hiérarchie, la présentation sera faite selon un ordre alphabétique dans la liste retenue. Etablir une hiérarchie serait de toute façon ridicule puisque les matériels utilisés ont largement évolué dans le temps. Par ailleurs chaque photographe a une sensibilité artistique propre : l’art ne peut pas être hiérarchisé.

 

Eugène ATGET

Jean Eugène Auguste ATGET, dit Eugène ATGET, est né le 12 février 1857 à Libourne (Gironde) et mort le 4 août 1927 à Paris. Il est principalement connu pour ses photographies documentaires.

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BNF – _Portrait d’Eugène Atget -1890

Orphelin dès l’âge de 5 ans, il a été élevé par ses grands parents. A l’âge de 18 ans, il rejoint la marine marchande et s’embarque, pendant 2 ans, sur des liaisons vers l’Afrique. A son retour, en 1877, il se présente au Conservatoire et, après plusieurs échecs, il se lance, mais sans grand succès, dans une carrière d’acteur. Il rencontre, dans ce milieu, celle qui deviendra son épouse. Vers 1986, en raison de problèmes de santé affectant ses cordes vocales, élément important pour un acteur, il décide de se lancer dans la peinture, le dessin et la photographie. Comprenant que les peintres ont besoin de documentation pour leur art, il privilégie rapidement la photographie et s’efforce de constituer un fonds documentaire en photographiant, notamment, les « petits métiers » et les vieux quartiers de Paris appelés à disparaître. Il procède méthodiquement, arrondissement par arrondissement.

Eugène Atget conçoit sa collection en séries :

  • Costumes et Arts religieux.
  • L’art dans le Vieux Paris.
  • Paris pittoresque.
  • La Topographie du Vieux Paris.
  • Environs (notamment les lieux parcourus, avant lui, par Corot)
  • Intérieurs parisiens.
  • Paysages et documents.
  • Vieille France.
  • D’autres séries ayant pour thèmes les parcs et jardins : Les Tuileries, Sceaux, Saint-Cloud, Versailles, Les parcs parisiens.

Contrairement à la mode du moment, il réalise des clichés nets et détaillés, privilégie le cadrage, l’usage de lignes de fuites et veille tout particulièrement à l’utilisation de la lumière. Il travaille avec du matériel ancien et néglige les nouveaux appareils pourtant plus rapides. La pose longue est ainsi omniprésente. La « couleur » de ses images varie du sépia au brun-violacé, selon les tirages, n’est jamais réellement noire et blanche, mais conserve beaucoup de contrastes.

Ses clients sont souvent célèbres : Braque, Derain, Utrillo, de Vlaminck, Dunoyer de Segonzac, Foujita. Malgré cela, sa situation financière est précaire : c’est surtout son épouse qui « fait bouillir la marmite » ! Peu à peu, pendant la Guerre de 1914-1918, Atget se détourne de la photographie. Après avoir repris la photo au début des années 1920, il meurt dans la misère le 4 août 1927. Inhumé dans la 4e division du Cimetière parisien de Bagneux, sa tombe a aujourd’hui disparu. Ce n’est que peu de temps avant que son œuvre est découverte notamment par Man Ray et Berenice Abott, alors son assistante. Celle-ci achète d’ailleurs, à la mort du photographe, plusieurs centaines de photographies, d’albums et de négatifs qui seront prêtés pour des expositions. Elle en revendra la plupart au Musée d’Art Moderne de New York en 1968.

De nombreux tirages de ses photographies sont conservés principalement au musée Carnavalet, à la Bibliothèque historique de la ville de Paris et à la Bibliothèque nationale de France.

En 1978, un hommage lui est rendu : son nom est donné à une rue du 13e arrondissement de Paris.

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Eugène Atget « Joueur d’orgue  » (1898 Metropolitan Museum of Art)

 

 

Brassaï

De son vrai nom Gyula Halász, est né le 9 septembre 1899 à Brassò, en Transylvanie (appartenant alors à la Hongrie), aujourd’hui Brasov en Roumanie. Il est mort le 8 juillet 1984 à Beaulieu-sur-Mer (Alpes-Maritimes). Il a été naturalisé français en 1949.

Son pseudonyme est dérivé de sa ville de naissance, « Brassaï » voulant dire « de Brassov ». Il l’adoptera en 1932.

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Brassaï – Portrait par Ansel Adams

Après avoir étudié la peinture et la sculpture à Budapest, il s’installe à Berlin en 1920 en tant que journaliste. En 1924, il déménage à Paris, apprend seul le français et se lie d’amitié avec des écrivains célèbres. Il reprend son activité de journaliste. Il est fasciné par les photos d’Eugène Atget et il fait la connaissance de son compatriote André Kertész qui l’initie à la photographie. Son premier appareil, acheté en 1929, sera un Voigtländer.

Il s’intéresse au Paris sombre, à la vie nocturne, notamment les bals, au peuple « travailleur », à la misère, mais fait aussi des portraits de personnages célèbres : Salvador Dalí, Pablo Picasso, Henri Matisse, Alberto Giacometti, les écrivains Jean Genet et Henri Michaux.

Il a aussi réalisé des photographies de mode et même, dès la fin des années 1920, des graffiti, dont l’un a illustré, en 1946, la couverture d’un recueil de poèmes de Jacques Prévert, « Paroles ».

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Couverture de « Paroles » – Photo de Brassaï.

Les autres ne seront publiés que beaucoup plus tard, vers 1960. Mais Prévert et Brassaï collaboreront à nouveau et plusieurs photos de graffitis de Brassaï viendront illustrer les œuvres du poète, notamment les éditions de poche de « La pluie et le beau temps » et « Histoires ».

Picasso lui-même disait, à propos des graffitis : « Sans la photo, ils seraient voués à la destruction ».

Brassaï a commencé à publier des photos de graffiti dès 1933 dans « Minotaure ». Certes, ces graffiti n’ont pas grand-chose à voir, d’un point de vue des techniques utilisées, avec ceux que l’on peut voir aujourd’hui : nous aurons l’occasion d’y revenir…

Sur ces relations entre Prévert et Brassaï, nous ne pouvons que vous encourager à lire :

 

Brassaï a sans aucun doute été le photographe le plus renommé de l’entre deux guerres. Son influence est considérable, que ce soit sur l’art brut, le surréalisme ou la photographie au 20ème siècle.

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« Métro » – Brassaï

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L’affiche – Brassaï

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Brassaï – La fille de joie

 

 

Henri Cartier-Bresson

Né le 22 août 1908 à Chanteloup-en-Brie (Seine-et-Marne) dans une famille bourgeoise. Il est l’aîné de 5 enfants. Il est mort le 3 août 2004 à Montjustin dans les Alpes-de-Haute-Provence.

« On » le classe parmi les photographes humanistes, mais nous le classerons, nous, plus simplement, parmi les plus grands photographes du 20ème siècle.

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Henri Cartier-Bresson (Paris – 1968)

Il s’est intéressé à la photographie dès son enfance, utilisant un Brownie Kodak offert par ses parents, au point de vouloir se diriger vers une carrière artistique, au grand dam de son père qui souhaitait le voir reprendre l’affaire familiale.

Après avoir été initié à la peinture en 1927/1928, chez André Lhote, où il acquiert un sens aigu de la composition, il rencontre Gretchen et Peter Powell qui lui font découvrir la photo. En 1930, il part en Afrique et réalise, au moyen d’un appareil Krauss, acheté d’occasion, son premier reportage en Côte-d’Ivoire. En 1932, il achète à Marseille son premier Leica et décide de se consacrer à la photographie.

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1er Leica d’H. Cartier-Bresson (Les Hotels Paris Rive Gauche – Photo AlainB — Sous licence CC BY-SA 2.0)

 

Son style photographique est marqué par la précision de ses cadrages (jamais de recadrage) et le graphisme de ses compositions. Le reportage de rue (Street-photography) était son domaine de prédilection.

Peter Galassi, conservateur en chef de la photographie au Musée d’Art Moderne de New York, dit de lui (Source : Wikipedia) :

«  Il repère d’abord un arrière-plan dont la valeur graphique lui semble intéressante. C’est souvent un mur parallèle au plan de l’image, et qui vient comme cadrer celle-ci en profondeur. […] Puis, comme quelques séquences de négatifs conservés permettent de le vérifier, le photographe attend qu’un ou plusieurs éléments doués de vie […] viennent trouver leur place dans cet agencement de formes qu’il définit lui-même dans une terminologie très surréalisante comme une « coalition simultanée ». Une part de l’image est donc très composée, l’autre plus spontanée. »

Dans les années suivantes, il s’engage politiquement dans la lutte anti-fasciste et devient proche des communistes..

En 1937, le quotidien communiste « Ce soir », dont Robert Capa est un des photographes attitrés, publie des photos d’enfants miséreux prises par celui qui se fait appeler « Henri Cartier », pour ne plus être assimilé à sa famille de riches industriels. Lors de la 2de guerre mondiale, il est fait prisonnier, mais parvient à s’évader. Il photographie les combats pour la libération de Paris et le massacre d’Oradour-sur-Glane.

En 1947, il fonde la célèbre Agence Magnum avec Robert Capa, David Seymour, William Vandivert et George Rodger. Il abandonne alors la photographie surréaliste et s’oriente vers le photojournalisme et le reportage.

Parallèlement, il travaille pour son propre compte et, avec son épouse, s’intéresse à la danse à Bali et aux mouvements des corps. Contrairement à la période antérieure où ses images étaient surtout en à-plat, il fonde désormais ses compositions sur la profondeur de champ

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Prizren (Kosovo) 1965 Utilisation de la profondeur de champ dans la composition – Photo H. Cartier_Bresson

A partir des années 1970, son goût pour la photo s’émousse ; un nouveau mariage, une naissance n’y sont peut-être pas totalement étrangers. Il quitte l’agence Magnum (à laquelle adhèrera en 1983 son épouse, Martine Frank, photographe Belge) et retourne vers le dessin et … la chasse, qu’il a toujours aimée.

Dans sa pratique photographique, il n’utilisait la couleur que par nécessité professionnelle, et lui préférait largement le noir et blanc.

Au printemps 2014, le Centre national d’art et de culture Georges-Pompidou lui a consacré une magnifique exposition.

 

 

Lucien Clergue

Très récemment disparu (le 15 novembre 2014), était né le 14 août 1934 en Arles. Il est d’ailleurs une des co-fondateurs, en 1968, des Rencontres d’Arles (initialement : Rencontres internationales de la photographie d’Arles), auxquelles il invitera les photographes les plus célèbres et notamment Ansel Adams et André Kertesz.

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Lucien Clergue en janvier 2013, Photo de François Besch Sous licence CC BY-SA 3.0

Il participera aussi à la création, en 1982, de l’École nationale supérieure de la photographie (Arles), seule école, en France, entièrement consacrée à la photographie. Après avoir appris le violon, il s’initie à la photographie dès 1949. Il arrête ses études en 1952 pour un travail en usine : il y restera pendant 7 ans, ce qui ne l’empêchera pas de continuer de photographier et d’exposer.

Il rencontre Picasso lors d’une corrida, en 1953, et lui montre ses images : subjugué, le peintre lui en demande d’autres et Clergue n’aura de cesse de photographier pour montrer ses images à celui qui est devenu son ami et qui le restera jusqu’à sa mort, en 1973.

En 1979, à l’issue de la soutenance de sa thèse publiée sous le titre « Langage des sables », il est reçu Docteur en Photographie à l’Université de Provence, Marseille, en 1979. On notera que cette thèse, préfacée par le critique littéraire et sémiologue Roland Barthes, ne comporte que des images et aucun mot, ce qui en fait véritablement une thèse, si l’on peut dire, « étymologique » puisque « écrite avec la lumière ».

En 1981, il réalise ses premiers travaux au Polaroïd, et, en 1985, au moyen d’un appareil Polaroïd de grand format (50x60cm), puis en 1987 au moyen du Polaroïd Image System.

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Polaroïd Image System

Ces travaux au polaroïd seront publiés en 1988 par Collectors Photography.

Nommé chevalier de la Légion d’honneur en 2003, il est élu membre de l’Académie des Beaux-Arts de l’Institut de France, en mai 2006.

Sensible aux thèmes de la vie et de la mort, il a notamment photographié la tauromachie, les gitans (comme son ami, le guitariste Manitas de Plata), les paysages de Camargue. Ses photos de nus, aussi bien urbains que sur les plages, en forêt ou dans le désert américain ont donné lieu à la publication de divers ouvrages. Ses compétences dans ce domaine l’ont conduit à assurer des conférences et des formations dans de nombreux pays, notamment Etats-Unis et Japon. Clergue est le photographe des courbes, qu’elles soient humaines ou architecturales.

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Nu de la Mer aux Stes Maries – Photo Lucien Clergue

Passionné par les surimpressions tauromachiques, il découvre, avec le professeur de Lumley, les gravures rupestres de taureaux dans le Mercantour (Vallée des Merveilles) et à Fontanalba.

Au travers d’expositions et de conférences, il rend de nombreux hommages à des personnalités disparues : Jean Cocteau, Picasso, les toreros Manolete, Luis Miguel Dominguin et Nimeño II

Travailleur infatigable, photographe très prolifique, il a laissé plus de 800 000 photos, plus de 70 albums et de nombreux ouvrages.

Plusieurs musées de par le monde, et surtout aux USA, conservent des fonds documentaires de Clergue. Citons, parmi eux, les musées d’Art moderne de New York, San Francisco, Cleveland, Indianapolis et de l’Université de Harvard.

 

 

Denise Colomb, née Loeb

Naissance à Paris 10e le 1er avril 1902 et décès le 1er janvier 2004.

Elle est principalement connue en tant que portraitiste. De très nombreux artistes sont passés devant son objectif : citons Antonin Artaud, César (sculpteur), les peintres Georges Braque, Bernard Buffet, Marc Chagall, Max Ernst, Joan Mirò, Pierre Soulages, Victor Vasarely, Jacques Vilon, d’autres encore tels Le Corbusier (Charles-Edouard Jeanneret), Alexander Calder, Henri Laurens, Antoni Miralda, et bien d’autres !

Comme certains autres photographes (par exemple Lucien Clergue) elle commence par des études musicales (violoncelle), au conservatoire de Paris.

Ses premiers portraits ont été réalisés en Indochine (1935-1937), où elle accompagne son mari, Gilbert Cahen, dit Gilbert Colomb. C’est sous ce nom que, pendant la guerre de 1939-1945, sa famille se réfugie à Dieulefit (Drôme) pour échapper aux rafles ordonnées par le régime de Vichy, dans une école ouverte par Pol Arcens, catholique breton, où trouveront aussi refuge de nombreux enfants et intellectuels juifs, ainsi que des communistes ou des républicains espagnols.

« Colomb » est le nom qu’elle reprendra en 1947 comme pseudonyme en sa qualité de photographe. C’est à cette époque qu’elle a commencé à produire ses portraits d’artistes, introduite dans le monde des peintres et ses sculpteurs par son frère, Pierre Loeb, galiériste renommé. Son travail a été guidé par sa passion des visages.

En 1948, Aimé Césaire, le poète et homme politique martiniquais, lui confie un travail photographique, impressionné par ce qu’elle avait réalisé en Indochine. Par la suite, elle collabore à plusieurs revues (Le Leicaïste, Regards, Le Photographe, Réalités) et travaille aussi sur des commandes de Point de Vue Images du Monde. Elle est considérée proche des photographes humanistes (Edouard Boubat, Willy Ronis, Robert Doisneau, Yvette Troispoux, Sabine Weiss, …) : elle est tout particulièrement attentive aux expressions des visages et aux scènes du quotidien.

Son travail lui vaut, en 1981, d’être nommée Chevalier des Arts et des Lettres.

En 1991, elle a fait don d’une grande partie de ses négatifs et tirages à l’Etat français. Ce fonds est notamment diffusé par la Direction de l’architecture et du patrimoine, dépendant du Ministère de la Culture et de la Communication.

Pour l’anecdote, signalons qu’elle est la grand-tante de Caroline Loeb, chanteuse, actrice, animatrice de radio.

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Indochine Photo Denise Colomb

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Vente de chapeaux – Photo Denise Colomb

 

 

Louis Daguerre

Louis Jacques Mandé Daguerre, né le 18 novembre 1787 à Cormeilles-en-Parisis (Val-d’Oise), mort le 10 juillet 1851 à Bry-sur-Marne (Val-de-Marne), peintre et photographe, a un temps été considéré comme l’inventeur de la photographie car c’est lui qui a commercialisé le daguerréotype inspiré des travaux de Joseph Nicéphore Niépce et découvert en 1835.

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Louis Daguerre en 1844

Rappelons que le daguerréotype produit une image sans négatif sur une surface d’argent pur, polie comme un miroir et exposée directement à la lumière. C’est le premier procédé photographique utilisé commercialement.

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Daguerreotype L’Atelier – Daguerre 1837

Le brevet de Daguerre est acquis par le gouvernement français. L’Académie, en publiant les détails du procédé en 1839, a, d’une certaine façon, fait don de la photographie au monde entier.

N’oublions pas cependant que Daguerre fut d’abord un peintre, avant de devenir décorateur de théâtre. Il conçut, en 1822, le « diorama », sorte de spectacle composé de grandes toiles translucides peintes en trompe-l’œil et animées par des effets d’éclairage variés, donnant une illusion de réalité. Selon l’éclairage, la scène, représentée sur une toile de vingt-deux mètres sur quatorze, passe du jour à la nuit, change de climat, etc. Le seul qui subsiste (créé en 1842) peut être admiré dans l’église de Bry-sur-Marne (Val de Marne).

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Diorama de Daguerre – Eglise de Bry-sur-Marne

Daguerre et son associé, Charles Marie Bouton, utilisaient une chambre noire pour peindre ces immenses toiles de façon aussi réaliste que possible.

Le daguerréotype est un procédé uniquement positif qui ne permet donc aucune reproduction de l’image. Il est constitué d’une plaque de cuivre recouverte d’une couche d’argent. Cette plaque est sensibilisée à la lumière en l’exposant à des vapeurs d’iode, ce qui produit de l’iodure d’argent photosensible. Exposée à la lumière, la plaque enregistre une image invisible, dite « image latente ». Le temps d’exposition, d’environ vingt à trente minutes, est bien moindre qu’avec les méthodes précédentes qui nécessitaient parfois plusieurs heures d’exposition.

Convenons toutefois que sa durée d’utilisation fut relativement brève (une dizaine d’années) et que le daguerréotype fut vite concurrencé par d’autres procédés tels que l’ambrotype et le ferrotype.

Force est de constater que le matériau de base, l’argent, le réservait à une clientèle aisée. Pour les portraits, le format le plus courant était de 10×8 cm, « quart de plaque ».

Les daguerréotypes sont toutefois très recherchés par les collectionneurs. A titre d’exemple, un daguerréotype portant la signature de Louis Daguerre, daté de 1839, est vendu aux enchères à Vienne (Autriche), en 2010, pour 732 000 €

Des progrès seront très vite réalisés : Vers 1843, Choiselat et Ratel, autres pionniers de la photographie et daguerréotypistes installés à Paris, mettent au point une solution de brome combiné à de l’hydrogène qui leur permet de réaliser des prises de vues de moins de deux secondes. On est encore loin du 1/8000ème de nos APN modernes, évidemment, mais, pour l’époque, le progrès est considérable !

 

Raymond Depardon

Né à Villefranche-sur-Saône le 6 juillet 1942) dans une famille de cultivateurs, il est tout à la fois photographe, réalisateur, journaliste, documentariste et scénariste. Bien entendu, dans le cadre de cet article, et même si la personnalité d’un homme ne peut pas être réduite à un seul aspect, c’est son activité de photographe que nous retiendrons.

Raymond Depardon s’est intéressé tout jeune à la photographie, allant jusqu’à créer un mini-laboratoire dans la ferme de ses parents. D’abord pigiste dans l’agence Delmas, il y sera reconnu photographe grâce à son travail persévérant, puis reporter salarié.

Après avoir couvert les guerres du Vietnam et d’Algérie, il co-crée, en 1966, l’agence photographique Gamma qu’il quittera en 1979 pour devenir membre de Magnum Photos. Plus tard, en 2009, interrogé par « Rue89 », il estimera que le modèle de l’agence photo, telles Gamma, Sipa ou Réa, est voué à disparaître.

Raymond Depardon assume et revendique sa totale subjectivité de photographe et sa volonté de photographier des « temps morts », et non plus seulement des « évènements ». Il se rapproche ainsi de l’école américaine représentée notamment par Walker Evans et Robert Frank.

En 2000, Errance donne lieu à une exposition dont les photos, toutes verticales, sont réalisées au moyen d’un appareil moyen format muni d’un objectif fixe.

En 2006, il expose différents portraits de personnalités politiques, dans lesquels il montre leur solitude. La même année, il est commissaire aux Rencontres internationales de la photographie d’Arles.

En 2010, dans «La France de Raymond Depardon », il montre un travail réalisé, avec des chambres de grand format, entre 2004 et 2010, années pendant lesquelles il a parcouru le pays, au volant d’un camping car, afin d’en faire une sorte de portrait. Il s’agit essentiellement de paysages, avec très peu de personnages. Certaines images, malgré l’emploi de la couleur ne sont pas sans rappeler celles d’Eugène Atget.

En 2013, une photographe, Caroline Delieutraz, a relevé de nombreuses similitudes entre certains lieux photographiés par Depardon et ces mêmes lieux photographiés par Google, avec des angles de prise de vue très voisins.

On peut voir certaines images de ces deux visions sur ce site : https://deuxvisions.net/. Il faut bien admettre que c’est parfois assez troublant.

Dans la période récente (octobre 2014 à mars 2015), il présente au MuCEM (Marseille), une rétrospective (« Un moment si doux ») de ses travaux depuis la fin des années 1950. Certaines photos ont été réalisées à Marseille pour l’occasion, les autres représentent la ferme de ses parents dans les années soixante, le Chili en 1971, le Liban en 1978, la ville de Glasgow en 1980, le Tchad, l’Éthiopie, pays où il est retourné dans les années 2010.

Il est l’auteur de la photo officielle du président François Hollande.

Son site internet officiel (https://www.palmeraieetdesert.fr/) mérite aussi d’être visité.

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Raymond Depardon – Autoportrait

 

 

Robert Doisneau

S’il est un photographe dont le nom est connu de beaucoup, y compris de personnes s’intéressant peu à la photographie, c’est bien celui de Robert Doisneau !

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Robert Doisneau (photo : auteur inconnu)

Robert Doisneau est né le 14 avril 1912 à Gentilly (aujourd’hui dans le Val-de-Marne) et mort le 1er avril 1994 à Montrouge, dans les Hauts-de-Seine.

Il était l’un des principaux représentants du courant de la photographie humaniste en France, tout comme Willy Ronis, Édouard Boubat, Yvette Troispoux ou encore Sabine Weiss.

Tout jeune il a étudié les arts graphiques avant d’obtenir en 1929 un diplôme de lithographe. Entré en photographie industrielle chez Renault, il produit différents reportages avant d’être licencié pour manque de ponctualité.

Il rencontre alors Charles Rapho – fondateur de l’agence du même nom – mais leur collaboration est interrompue par la deuxième guerre mondiale. Après celle-ci, Doisneau intègre l’agence. Il produit alors de nombreux reportages, extrêmement variés, qui seront publiés par différentes revues. Son talent photographique lui vaudra le prix Kodak en 1947 et le prix Niepce en 1956.

En 1975, il participe aux Rencontres photographiques d’Arles en tant qu’invité d’honneur. Il y expose une partie de son travail. Dans les années suivantes, d’autres expositions seront organisées en son honneur par ces mêmes Rencontres d’Arles, mais c’est au Musée d’art moderne d’Oxford qu’il présente, en 1992, une rétrospective de ses travaux : ce sera la dernière de son vivant.

Son épouse, rencontrée en 1931, meurt en 1993. Doisneau décède 6 mois plus tard.

S’il est l’un des photographes français les plus connus, en France comme à l’étranger, il le doit à ses photographies (en noir et blanc) de Paris et de sa banlieue et, notamment, à la célèbre photo de 1950 intitulée Le Baiser de l’hôtel de ville. Cette image a fait l’objet de nombreuses controverses. En 1993, une ancienne actrice l’assigna en justice, lui réclamant une forte indemnité et une part sur les bénéfices procurés par l’image, en prétendant qu’elle était la jeune femme de la photo. Elle fut déboutée, le Tribunal estimant qu’elle n’est pas reconnaissable sur le cliché, mais Doisneau reconnut qu’il avait mis en scène l’image avec le concours de cette actrice (Françoise Bornet) et de son petit ami (Jacques Carteaud) mais il ajouta qu’il n’aurait jamais osé photographier des gens s’embrassant ainsi, ces couples étant rarement légitimes. Un autre couple l’assigna également, il fut lui aussi débouté.

Françoise Bornet mit en vente son cliché original, en 2005. Mis à prix à 10 000 €, il sera adjugé 185 000 € .

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Le baiser de l’Hôtel de Ville – Photo Robert Doisneau

Dans sa façon d’opérer, Doisneau conserve toujours une distance avec ses sujets dans lesquels il recherche la tendresse, voire la nostalgie. Il a beaucoup photographié le « petit peuple », bien plus que les célébrités. Ses appareils favoris étaient soit au format 6×6 (Rolleiflex) soit au format 24×36 (Nikon F et Leica).

 

(à suivre…)