Dans un article précédent, nous vous avons présenté un certain nombre de photographes français, qu’ils soient français de naissance, ou par naturalisation.
Voici la deuxième et (pour l’heure) dernière partie de ce sujet où seront évoqués (ordre alphabétique) : Bernard Faucon, Gisèle Freund, René Jacques, Nadar, Niepce, Bettina Rheims, Willy Ronis, Olivier Voisin.

 

Bernard Faucon

Bernard Faucon est né à APT, dans le Luberon, en 1950.

Si l’art n’était pas étranger à la famille (qui exploitait une entreprise de faïencerie créée en 1751), Bernard Faucon n’était pas particulièrement destiné à la photographie. En effet, jeune, il préférait nettement la peinture et il avait, par ailleurs, suivi des études de théologie et de philosophie. Il aurait pu basculer vers la faïence au décès de ses deux frères, mais il ne l’a pas souhaité, et l’entreprise a fermé ses portes.

PentaxKlub n’ignore pas que Bernard Faucon, tant l’homme que le photographe, fait l’objet de nombreuses controverses. Le seul aspect susceptible de nous intéresser ici, est son œuvre photographique, qui se situe d’ailleurs plus dans la mise en scène que dans la photographie stricto sensu, ce qui lui donne une certaine originalité.

Faucon a commencé à photographier vers l’âge de 14 ans, mais sans que cela ne revête beaucoup d’importance pour lui, puisqu’il préférait la peinture.

Toutefois, dans les années 1970, il s’intéresse au commerce d’anciens mannequins d’enfants et il commence à les photographier et à les mettre en scène, parfois avec des enfants vivants : cela deviendra « Les Grandes Vacances ». Il persiste dans ce travail de « photographe-plasticien » : dans les années 1980 sortiront ainsi d’autres œuvres intitulées « Chambres d’amour », « Chambres d’or », sans présence humaine, sinon parfois évoquée, puis « Idoles et sacrifices ».

Au début des années 1990, il produit « La fin de l’image », série de photos de corps d’enfants prises en si gros plans qu’il est impossible de déterminer avec certitude quelle partie du corps est photographiée. Quelques phrases en lettres blanches figurent sur ces images, dont Faucon dit qu’il s’agit de « paroles murmurées cachant évidences et indécences ». Faucon y fait part de son désenchantement personnel.

Il décide alors de « suspendre son œuvre », se contentant de poursuivre le projet qu’il avait commencé intitulé « Le plus beau jour de ma jeunesse », représentant des jeunes (filles et garçons) de plusieurs pays.

On notera que les expositions ne l’intéressaient guère : il leur préférait sa propre vie, ses fascinations et ses envies.

Peu disert, il faut sans doute comprendre qu’il était tourmenté, obnubilé par la fuite du temps et que photographier de jeunes enfants constituait pour lui un exutoire.

En 1999, il publie un recueil de textes sans images « La peur du voyage ».

La Maison Européenne de la photographie (à Paris) lui a consacré une rétrospective de décembre 2005 à mars 2006. Il a été exposé aux Rencontres d’Arles en 2009.

Depuis 1995 et son « arrêt » de la photographie, il a publié plusieurs albums illustrés par ses images, chez différents éditeurs.

 

 

Gisèle Freund

D’origine allemande, Gisèle Freund est née près de Berlin le 19 décembre 1908 et morte à Paris le 30 mars 2000.

Son père lui ayant offert un appareil Leica lorsqu’elle est adolescente, elle se passionne pour le photojournalisme et elle étudie la sociologie.

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Gisèle Freund, Paris 1974. Courtesy Hans Puttnies

L’évolution politique dans son pays la contraint – elle, juive et qui côtoie les milieux communistes – à s’installer en mai 1933 à Paris, où elle se marie en 1936 et devient française.

Ses débuts en France sont difficiles, elle vit assez misérablement et ses premières images ont pour sujet les commerçants de son quartier.

Elle se lie d’amitié avec les libraires Adrienne Monnier et Sylvia Beach, ce qui lui permet de rencontrer des personnalités et notamment de nombreux écrivains dont elle fait des portraits et, parmi eux, Colette, André Malraux Virginia Woolf, James Joyce, Henri Michaux, Marguerite Yourcenar, Jean Cocteau, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Samuel Beckett, André Gide, Aldous Huxley et Boris Pasternak. Souvent, ces portraits sont réalisés chez les écrivains eux-mêmes, assis à leur table de travail.

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Virginia Woolf en 1939 – Photo de Gisèle Freund

C’est le portrait d’André Malraux qu’elle saisit « sur le vif », cheveux au vent et cigarette aux lèvres qui la rend célèbre.

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André Malraux – Photo de Gisèle Freund

Elle publie, en 1936, une thèse ayant pour thème « La photographie en France au XIXe siècle ».

En 1938, Gisèle Freund se met à la couleur. C’est l’année où est inventée la pellicule Kodachrome. Mais elle – est-ce un effet de son origine allemande ? – emploie des pellicules Agfacolor pour réaliser ses portraits en couleur.

Le danger se précisant en France aussi, elle part pour l’Argentine où elle fait de magnifiques photos de paysage de la Patagonie et de la Terre de Feu. Elle rentre en France en 1946 et intègre en 1948, comme photojournaliste, l’agence Magnum, tout juste créée par Robert Capa et Henri Cartier-Bresson. Elle effectue de nombreux reportages sur l’Amérique du Sud, mais l’un d’eux, sur Evita Peron, déclenche un incident diplomatique entre les Etats-Unis et l’Argentine.

Suspectée de communisme, elle se voit interdire le visa américain. En 1954, en plein maccarthisme, Capa, qui voulait créer un bureau de Magnum à New-York, la contraint de quitter l’Agence afin de ne pas compromettre son projet.

Son talent a été récompensé par :

  • En 1978, le Prix culturel de la Société Allemande de Photographie.
  • En 1980, le Grand prix national des Arts pour la Photographie du Ministère de la Culture

Elle a réalisé en 1981 le portrait officiel du président François Mitterrand, puis a cessé peu à peu de photographier.

En 1991, une grande rétrospective de son œuvre a été organisée au Centre Georges-Pompidou.

 

 

René Jacques

René Jacques est né le 29 mai 1908 à Phnom Penh (où son père est administrateur colonial) sous son nom réel de René Giton, et mort le 6 juillet 2003 à Torcy (Seine-et-marne).

Il fait ses études en France (Royan puis Paris) et se passionne très tôt pour la photographie, à tel point qu’il obtient un premier prix à Royan en 1927. Malgré des études ultérieures de droit, il décide de faire de sa passion un métier et adopte le pseudonyme de René-Jacques.

Il se fait connaître dans les domaines du portrait, du paysage urbain (rues, jardins et monuments de Paris, Versailles) et du reportage et publie, en 1932, un reportage sur un championnat du monde de boxe dans le journal « L’Intransigeant ».

René-Jacques se consacre ensuite à la photographie d’illustration et travaille pour quelques écrivains tels Francis Carco (« Envoûtements de Paris » en 1938) ou encore Henry de Montherlant (« Les Olympiques » en 1948), à la photographie de plateau de cinéma notamment pour Jean Grémillon dans « Remorques », en 1939, et aussi pour Georg Wilhelm Pabst, mais aussi à la photographie industrielle, en particulier pour Renault.

La crise économique des années 30 et les problèmes sociaux qu’elle engendre n’échappent pas à son œil de photographe.

En 1941, il devient membre du groupe « Rectangle » fondé par Louis Victor Emannuel Sougez en 1937. En 1946, il est l’un des fondateurs du Groupe des XV, collectif qui avait pour but de promouvoir la photographie en tant qu’art : quelques noms très célèbres parmi les membres de ce groupe : Jean Dieuzaide, Robert Doisneau, Willy Ronis, Henri Lacheroy (cofondateur), Sougez.

Il a notamment photographié une grande partie des oeuvres de Rodin.
Ses travaux se caractérisent par une certaine retenue due à la méfiance que lui inspirent les mythes. Il cesse de photographier dans les années 1970. Toutefois, quelques années avant sa disparition il réalise quelques prises de vue pour une exposition, en 1993, à Saint-Benoit-du Sault.

 

 

Nadar

Nadar, né Gaspard-Félix Tournachon, d’origine lyonnaise, est né le 6 avril 1820 à Paris et mort, également à Paris, le 21 mars 1910.

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Nadar – Autoportrait

 

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Nadar – Série d’autoportraits

Il était tout à la fois, caricaturiste, photographe et, chose rare, aéronaute ! Il se définissait d’ailleurs lui-même comme touche-à-tout, un peu casse-cou et volontiers mal élevé. Il avait même commencé des études de médecine, mais, faute de soutien financier au décès de son père, il y avait renoncé afin de pouvoir faire vivre sa famille.

Il travaille alors dans différents journaux lyonnais et, avec un de ses amis, il fonde « l’Audience », journal judiciaire.

En raison de son habitude de rajouter à la fin de ses phrases la terminaison « dar », ses amis le surnomment Tournadar puis, par abréviation, Nadar.

A ce propos, un conflit l’a opposé à son frère qui, également photographe, voulait utiliser le pseudonyme de « Nadar Jeune ». Il s’en suivit un procès, qu’il gagna, et qui peut être considéré comme le premier sur le statut d’auteur photographe. En revanche, il autorisera son fils, Paul, à utiliser ce pseudonyme.

Après avoir lancé une nouvelle revue, Le Livre d’or, il est obligé de mettre fin à cette aventure, malgré la collaboration de personnalités, parmi lesquelles se trouvent Alexandre Dumas, Balzac, Gérard de Nerval, Théophile Gautier, Gavarni ou encore Daumier. Il devient alors caricaturiste, de plus en plus renommé, dans divers journaux. Il s’ensuit une période de « mieux-être financier » qui lui permet de s’installer dans un logement dont l’éclairage naturel lui permettra de réaliser de nombreux portraits, grâce à la technique moderne que constitue alors la photographie.

Il publie à partir de 1850 une série de portraits d’artistes et personnalités de l’époque, parmi lesquels les musiciens Franz Liszt, Richard Wagner, Gioachino Rossini, Jacques Offenbach, Hector Berlioz, les écrivains Charles Baudelaire, Victor Hugo, Jules Verne, George Sand, Gérard de Nerval, les peintres Édouard Manet, Gustave Doré, Gustave Courbet, Jean-Baptiste Corot, les personnages particuliers que furent les frères Élisée Reclus et Élie Reclus.

Dès 1858, il expérimente la photographie en ballon (1ère photographie aérienne de la région parisienne par un vol captif  à 80 mètres au-dessus du Petit-Bicêtre). Jules Verne s’en inspirera pour « 5 semaines en ballon », puis pour « De la Terre à la Lune » où l’un des héros se nomme Michel Ardan : on remarquera que c’est l’anagramme de « Nadar ».

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Nadar élevant la Photographie à la hauteur de l’Art., lithographie d’Honoré Daumier

Il expérimente ensuite l’éclairage à la poudre de magnésium : à cette époque, c’était assez dangereux car l’allumage devait être effectué manuellement… et au bon moment, ce qui n’était pas toujours le cas, et par ailleurs cela produisait beaucoup de fumée !

En utilisant des jeux de miroirs, des glaces dépolies et des réflecteurs en tissu blanc, il parvient à obtenir des temps de pose dans la pénombre aussi courts qu’à la lumière naturelle. En 1861, il dépose un brevet de photographie à la lumière artificielle et prouve la fiabilité de son système en photographiant les égouts de Paris et les Catacombes.

Les dernières années de sa vie sont moins « glorieuses » et la photographie n’est plus pour lui qu’un moyen d’assurer sa subsistance. Installé un temps à Marseille, où il rencontre Frédéric Mistral, il triomphe à l’Exposition Universelle de Paris, en 1900. Il revient s’installer à Paris en 1904 pour y décéder en 1910.

Des images et informations intéressantes à voir : https://www.tajan.com/pdf/2004/4509.pdf

 

 

Niépce

Joseph Nicéphore Niépce est né le 7 mars 1765 à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), d’un père avocat et d’une mère elle-même fille d’avocat. Il est mort le 5 juillet 1833 à Saint-Loup-de-Varennes (Saône-et-Loire).

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Joseph Nicéphore Niépce

Ingénieur, il est considéré comme étant l’inventeur de la photographie, initialement appelée « procédé héliographique ». L’héliographie, étymologiquement, est « l’écriture par le soleil ».

« Nicéphore » est un pseudonyme, mais on ne sait pas pour quelle raison exacte il l’a adopté. Ses études laissent penser qu’il embrassera une carrière écclésiastique mais il y renonce et s’engage dans l’armée révolutionnaire en 1792. Il s’installe à Nice avec la demoiselle Agnès Romero qu’il épouse. Un fils, Isidore, nait en 1796.

Il invente en 1806 le « pyréolophore  », sorte de moteur à explosion breveté en 1807, qui ne sera jamais commercialisé, mais apportera de la notoriété à son inventeur.

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Pyréolophore de Niepce

Ses premières recherches concernant l’héliographie datent de 1816 : il parvient à obtenir un résultat intéressant et significatif, mais il ne réussit pas à le fixer. Vers 1832, il met au point – semble-t-il avec Daguerre – un procédé photographique auquel il donne le nom de « physautotype », à base d’essence de lavande.

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Physautotype de Niepce

Ce physautotype est attribué à Niepce et il est conservé au CNAM.

La collaboration entre les 2 inventeurs semble surtout empreinte de beaucoup de méfiance réciproque. Daguerre est préoccupé par son diorama, alors que Niepce se consacre aux recherches. Avec des produits identiques, leurs résultats sont différents.

La collaboration entre Niepce et Daguerre est interrompue par la disparition subite du premier, le 5 juillet 1833.

Mais auparavant, en 1827, Niepce avait réalisé une photographie prise depuis la fenêtre de sa maison de Saint-Loup-de-Varennes, nommée « Le point de vue du Gras ». Il a utilisé pour cela une plaque d’étain d’environ 16 x20 cm recouverte de bitume de Judée * , dans une chambre noire. La dimension de l’image est de 14 cm sur 20 cm. Des reconstitutions récentes du système utilisé conduisent à estimer que le temps de pose a duré plusieurs jours.

C’est en tous cas la première image PERMANENTE de l’histoire de la photographie.

Lorsque, en 1839, le « daguerréotype » est présenté aux députés, François Arago « oublie » de préciser que cette invention est en réalité le fait de Niepce, 15 ans auparavant. Une polémique s’étant fait jour, ce n’est que plusieurs années plus tard que la paternité de l’invention sera rendue à son véritable auteur.

 

* « cette substance noire a en effet la propriété de blanchir et de devenir insoluble là où elle est impressionnée par la lumière. Une plaque de cuivre enduite de cette substance et exposée huit heures durant dans la chambre noire, puis plongée dans un solvant (essence de lavande) et attaquée par un acide dans les parties dépourvues de bitume fournit ainsi une image en relief. » (Source : Encyclopédie Larousse)

 

 

Bettina Rheims

Bettina Rheims est née à Neuilly-sur-Seine le 18 décembre 1952.

Elle est la fille de Maurice Rheims académicien, et la sœur de la femme de lettres et productrice Nathalie Rheims.

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Bettina Rheims (Photo : auteur inconnu)

A ses débuts, en 1978, elle réalise une série de photographies représentant des acrobates et des strip-teaseuses. Le modèle féminin est son sujet de prédilection, présent tout au long de sa carrière de photographe.

Au cours des années 1980, elle réalise des portraits féminins rassemblés dans un ouvrage de 1989 « Female Trouble ».

Les années suivantes, elle change de sujet pour photographier des animaux naturalisés, dont le regard fixe l’intéresse, puis s’interroge sur l’androgynie et la trans-sexualité. D’une certaine façon, elle s’intéressait au « genre » bien avant les polémiques récentes sur le sujet ! Cela donnera lieu à divers ouvrages : « Modern Lovers » (1990), « les Espionnes » (1992) et « Kim » (1994). De nombreuses images de « Modern Lovers » sont visibles sur ce site.

Jusque là, Bettina Rheims a surtout travaillé en noir et blanc. Toutefois, elle réalise en couleur un de ses ouvrages majeurs, « Chambre Close » en 1992, en collaboration avec un écrivain, Serge Bramly.

Cet ouvrage constitue une parodie des images pornographiques primitives en même temps qu’il constitue un hommage à la féminité et à ses pulsions.

En 1995, à l’invitation de Jacques Chirac, candidat à la présidence de la République, elle réalise une série de clichés en fin de campagne. Le président élu lui demandera de réaliser alors la photo officielle.

En 1999 se fera jour une polémique lors de la parution de « INRI », réalisé encore en collaboration avec Serge Bramly, et retraçant la crucifixion de Jésus-Christ. La vision de Bettina Rheims ne plait visiblement pas à tout le monde, et il faut bien avouer qu’en France le sujet religieux est bien souvent source de polémiques.

En 2002, à la suite d’un séjour en Chine, Bettina Rheims réalise une série d’images de Shanghai, où elle tente de faire ressortir la « contradiction » entre la Chine moderne et avant-gardiste et la Chine millénaire.

Toujours en collaboration avec Serge Bramly, elle présente une exposition à la BNF en 2010 : « Rose, c’est Paris ».

En 2012, nouvelle incursion dans le domaine de la représentation du genre, avec l’exposition de « Gender Studies » à Düsseldorf. Il s’agit de portraits sonorisés d’hommes et de femmes, jeunes, recrutés via les réseaux sociaux.

Bettina Rheims a aussi été sollicitée par quelques maisons de mode, telles que Chanel ou Lancôme, pour des travaux publicitaires.

Elle a aussi réalisé, pour différents magazines, des portraits de femmes célèbres du monde du spectacle parmi lesquelles Catherine Deneuve, Charlotte Rampling, Carole Bouquet, Kylie Minogue, Claudia Schiffer, Madonna,…

Bettina Rheims a, de son propre aveu, été influencée par la photographe américaine Diane Arbus (qui était équipée par Pentax), prématurément disparue en 1971 , et par le photographe australien Helmut Newton, disparu en 2003, auteur, entre autres, de nombreux nus féminins.

 

 

Willy Ronis

Willy Ronis, est né le 14 août 1910 à Paris et mort le 11 septembre 2009 également à Paris.

Il appartient au mouvement de la photographie humaniste, comme Robert Doisneau, Édouard Boubat, Yvette Troispoux ou encore Sabine Weiss.

A l’instar de nombreux autres photographes, sa voie première était la musique : fils de parents mélomanes – mais avec un père retoucheur de photos -, il voulait devenir compositeur de musique. Et c’est parce que ce père, malade, lui a demandé de l’aider dans son studio que Willy s’est alors intéressé à la photographie. Il réalise ses premiers clichés importants lors des manifestations de 1936. A la mort de ce père, il vend le studio mais s’intéresse de plus en plus au reportage.

Partisan des idées véhiculées par le Front Populaire, il se rapproche de Robert Capa et de David Seymour, alors bien plus connus que lui. Il fait aussi la connaissance de Brassaï, Cartier-Bresson et Kertész.

Il entre à l’agence Rapho après la guerre de 1939-1945 et collabore à diverses revues parmi lesquelles Time et Life.

Au cours des années 1950, il intègre le « Groupe des XV », cofondé en 1946 par Henri Lacheroy et Marcel Bovis, et y retrouve Doisneau, Pierre Jahan et René Jacques.

Le but avoué de ce Groupe des XV était d’affirmer la photographie en tant qu’expression artistique reconnue.

Dans les années 1970/1980, il enseigne la photographie à Aix-en-Provence, Marseille et Avignon, crée un cours d’histoire de la photographie, puis s’installe à l’Isle-sur-la-Sorgue, tout en continuant ses propres travaux photographiques.

En 1980, il est l’invité des Rencontres d’Arles. Cette année-là, il abandonne ses appareils ROLLEIFLEX et FOCA au profit d’un seul Pentax ME Super avec 2 zooms : 28-50mm et 75-150mm.

Que ceux qui s’en étonneraient gardent à l’esprit cette phrase de Willy Ronis : « C’est l’œil qui compte et non l’outil, c’est le photographe qui fait la photo. »

Après avoir reçu de nombreuses récompenses (Grand Prix National de la Photographie en 1979, Prix Nadar pour « Sur le fil du hasard »), l’année 2001 marque la fin de son activité photographique. Cependant, en 2005, une rétrospective exposée à l’Hôtel de Ville de Paris, rencontre un énorme succès.

Auteur de nombreux ouvrages, notamment sur Paris (Belleville Ménilmontant, Mon Paris, Paris éternellement,…) et sa région (Le Val et les Bords de Marne), il a été fait Commandeur de l’Ordre National du Mérite en 2001 et Officier de la Légion d’Honneur en 2008.

Willy Ronis, connu et exposé dans le monde entier, a légué son œuvre à l’Etat français en 1980.

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Willy Ronis (Photo : auteur inconnu)

 

 

Olivier Voisin

Olivier Voisin est né en Corée du Sud en mars 1974 et mort le 24 février 2013 à Antakya (Antioche) en Turquie, après avoir été blessé, 2 jours plus tôt, en Syrie, par des éclats d’obus à la tête et au bras droit.

Cette disparition, une de plus parmi les journalistes tués en Syrie, fait suite à celles de Gilles Jacquier (janvier 2012), Rémi Ochlik (février 2012) ou encore Yves Debay (janvier 2013).

Elle témoigne, s’il en était besoin, de l’extrême difficulté des reporters-photographes et correspondants de guerre pour accomplir leur mission sur les théâtres d’opérations.

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Olivier Voisin (photo : auteur inconnu)

Olivier Voisin, abandonné par sa mère célibataire, avait été adopté à l’âge de 3 ans par une famille française bourguignonne, dans une petite ville viticole, et avait eu un parcours très atypique, tour à tour séminariste, entraineur de rugby ou encore informaticien ou ingénieur. Il aurait voulu être pilote, perspective interdite par sa mauvaise vue, et était passionné de photo.

Il plaisantait volontiers sur son physique en disant qu’il était pris pour un chinois dans tous les pays du sud où les gens ne comprenaient pas comment il pouvait être Français.

Dans sa jeunesse, seul « asiatique » dans un endroit un peu retiré, il était assez solitaire et se réfugiait souvent dans la lecture de bandes dessinées ou de vieux numéros de « Paris-Match » qui lui permettaient, en quelque sorte, de s’évader.

La question de l’adoption restera toujours présente dans son esprit. Il aura l’occasion, en 2008, de retrouver sa mère biologique, qui a émigré en Californie. L’autre question dans son existence était la guerre, et notamment la guerre en Syrie, où il réussit à entrer avec l’aide des réseaux chrétiens : lui-même était un fervent catholique. Il voulait absolument témoigner des horreurs vécues par les populations.

Il a eu trois enfants, élevés par son ex-épouse en Allemagne.

Il aurait laissé de nombreuses images sur son site  mais celui-ci est inaccessible (« en maintenance »). Ses dernières images ont été réunies par ses amis dans une vidéo « Témoigner, mourir », projetée lors d’une exposition rétrospective.

Ses photographies, même ses reportages de guerre, se caractérisent par une grande qualité de composition et surtout un travail rare de la lumière et de la couleur. Ce qui confine à l’exploit en conditions de guerre.