Nous avions commencé une série d’articles sur les photographes français. (voir Ici et ) Cette série n’avait évidemment la prétention de parler de tous les photographes. Nous avons ensuite ajouté des articles sur d’autre photographes. En voici encore un, sur Lartigue.

Jacques Henri Lartigue est né à Courbevoie en juin 1894 dans une famille aisée. Il apprend la photographie dès l’âge de 6 ans avec son père. Il n’est pas scolarisé. Des professeurs viennent lui donner des cours à domicile. Son père lui offre son premier appareil photo en 1902, alors qu’il a 8 ans. Il ne cessera plus de photographier sa vie d’enfant, les voyages en automobile, les vacances en famille, à Deauville, à la Baule, les moments de sport pratiqués en famille, comme le ski, le patinage, le tennis, le golf. Il est de ce fait, chronologiquement, un des premiers photographes français. Parallèlement à la photographie, il tient un carnet de bord dans lequel il consigne tous les soirs ses activités de la journée.

 

Joueuse de tennis

Joueur de tennis

 

Portraits sur une plage

Jeune beauté des années folles – photo culte

 

Son frère et lui sont passionnés de mécanique. Il en photographie les manifestations sportives.

Coureurs amateurs

Course automobile

 

Jacques Henri Lartigue photographie également en couleur, en usant de la technique autochrome.

Nature morte autochrome

 

La guerre le trouve en vacances dans la propriété familiale de Rouzat. Son frère et lui sont exemptés de service militaire. Ses notes permettent de voir que la guerre est pour lui quelque chose d’abstrait, qui fait partie d’un autre monde. Dont il n’ignore pas l’existence, mais reste éloigné de sa réalité. De mai 1916 à avril 1917, il s’est engagé dans le service auxiliaire de santé, où il servira de chauffeur. Il a visité des hôpitaux parisiens, donc il a vu des « gueules cassées », mais on n’en trouve trace nulle part dans ses notes, sauf en 1919 : « C’est comme ma collection de photos, je n’ai voulu garder aucun souvenir de guerre, de mon service ; et ne prendre que celles qui pouvaient me rappeler les bons moments de cette période plus pénible que les autres. » (*1)

 

Lartigue pendant sa période de service auxiliaire de santé en avril 1916 – mai 1917.

 

Il pratique aussi le dessin et la peinture. Cette dernière deviendra son activité professionnelle. En 1919, il épouse la fille du compositeur André Messager. Jusqu’en 1930 il mène une vie luxueuse et mondaine. La fortune de sa famille s’étant fortement dégradée, il est alors obligé de trouver des sources de revenus. Il vit modestement de sa peinture. Il divorce en 1931.

C’est dans les années 50 que Jacques Henri Lartigue commence à « exister » comme photographe. Il est régulièrement publié par « Points de vue et Images du monde ». Mais il ne se lancera jamais réellement dans une carrière de photographe…

Cavalcade sur la plage – Deauville

Jeux d’enfants – Deauville

 

La notoriété

En 1962, Jacques Henri Lartigue embarque avec sa troisième épouse sur un cargo pour Los Angeles. Sur la Côte Est des États-Unis, il fait la rencontre de Charles Rado, créateur de l’agence Rapho. Celui-ci le présente à une des ses connaissances, John Szarkowski, jeune conservateur du département photographique du MoMa. Ses photos et la période historique d’avant 1914 qu’elles recouvrent l’intéressent. Le MoMa lui consacre une exposition.

Portrait de Lartigue pour l’exposition du MoMa en 1963

 

La même année le journal Life publie un article sur lui, dans le numéro qui publie les premières photos de l’assassinat du Président John Fitzgerald Kennedy. Le numéro de Life fait le tour du monde. Ce qui rend Lartigue célèbre.

En 1974 Lartigue est pressenti pour faire le portrait du Président de la République Valéry Giscard d’Estaing.

Valéry Giscard d'Estaing par Jacques-Henri Lartigues

Valéry Giscard d’Estaing par Jacques-Henri Lartigues

 

En 1975 le musée des arts décoratifs de Paris lui consacre une rétrospective de son œuvre.

En 1979, il fait don de toute son œuvre photographique à l’État. Il est le premier photographe français à faire ce geste de son vivant. En 1980, une exposition au Grand Palais célèbre cette donation. Jacques Henri Lartigue décède à Nice, en septembre 1986.

 

Ses photos sont d’une indéniable qualité. Pourquoi alors ont-elles moins bien résisté au temps que d’autres, comme celles des photographes humanistes ? Pourquoi Lartigue est-il moins présent dans les rétrospectives, albums ou expositions ? Alors que ses photos ne sont pas forcément plus datées que celles de ses « collègues » ?

Peut-être tout simplement parce qu’elles illustrent une réalité sociale réduite et très définie, une vision de la réalité très particulière, dont il n’est jamais sorti ? Pour entrer dans le monde de la photographie … et s’en faire adopter. Peut-être.

 

(*1) citation tirée de « Une certaine idée de la guerre » de Wanda Woloscyn