Par commodité, ont été regroupées sous ce nom les photographies japonaise, chinoise et coréenne. La première remarque à laquelle nous répondons par avance ; bien sûr, la photographie asiatique ne se réduit pas à ces trois pays. Nous présentons donc nos excuses aux Indonésiens, aux Philippins, aux Vietnamiens… qui trouveraient incongru de n’être pas présentés ici. La deuxième remarque est que les trois pôles photographiques, dont nous allons parler ici, se différencient assez nettement les uns des autres.

 

 

La photographie japonaise

 

Elle a une histoire assez longue, dont l’envolée se situe entre les deux guerres. Le Japon, malgré ou à cause de son insularité, est sorti de son isolement historique vers 1870 (début de l‘ère Meiji dans le fil historique japonais). Cette ouverture brutale s’est faite, non sans soubresauts d’ordre politique, dans tous les domaines, et pour celui qui nous concerne ici de la photographie, avec beaucoup d’appétit. Les photographes japonais ont connu très vite tous les mouvements d’avant-garde qui ont secoué l’art en Europe, particulièrement dès après la Première Guerre Mondiale. Ce sont principalement des auteurs, dont la création n’est pas liée à des médias, mais plutôt à des traditions artistiques anciennes, ou à des réactions à ces dernières.

La photographie japonaise se distingue des autres « photographies asiatiques » par plusieurs traits caractéristiques :

  • Une cohabitation forte entre respect des traditions, en partie portée par une forme humaniste ou néo-humaniste de photographie, et recherches modernistes. La photo japonaise est la seule du continent asiatique à avoir adopté et fait vivre des recherches formelles de type dadaïstes et surréalistes.
  • Une présence massive de l’érotisme, probablement expliquée par une réaction d’autant plus forte aux tabous et interdits légaux que ceux-ci étaient très durs et qu’ils ont duré jusqu’à une période récente.
  • Un évident soin formel et esthétique, hérité de traditions picturales très présentes.

 

Le dernier point à signaler est d’ordre paradoxal. Il concerne la présence dans l’art japonais de la bombe atomique. Alors qu’elle est très présente dans tous les supports graphiques japonais : cinéma, dessin animé, mangas… La bombe atomique et les bombardements (*) en général sont quasiment absents de la photographie japonaise. Une des explications de ce phénomène tient à la spécificité du médium photographique, qui part d’une représentation de la réalité. Quasiment tous les photographes japonais ont considéré que cette catastrophe n’était pas représentable par la photographie. Aussi n’est-elle pas présente en tant que telle dans la photographie japonais. Miyako Ishiuchi est l’exception qui confirme la règle.

 

(*) Les bombardements "classiques, à la bombe incendiaire plus particulièrement (phosphore et napalm), des grandes villes japonaises, en grande partie construites en bois, ont fait plus de victimes que les deux bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki.

 

 

Nous vous présentons cette série de photographes dans l’ordre chronologique. La tradition occidentale, à l’inverse des Japonais, présente dans l’ordre Prénom-Nom, nous respecterons cette habitude.

 

 

 

KANSUKE YAMAMOTO

Est né à Nagoya en 1914 d’un père photographe, fondateur d’un club et d’un studio photo et propriétaire d’une boutique photographique. À l’âge de 15 ans, il découvre le dadaïsme. La même année, il obtient un diplôme d’études commerciales. Il étudie le français et écrit de la poésie. À 17 ans, début 1932, il publie ses premiers travaux photo dans la revue Dukoritsu (L’Indépendant). En 1938, il fonde une revue surréaliste « la Fontaine de nuit » qu’il doit fermer l’année suivante en vertu des « lois de préservation de la paix ».

La même année il fonde un groupe photo surréaliste « Avant-Garde » qui fait rapidement parler de lui au niveau national. Il devient membre de VOU, et le restera jusqu’à sa dissolution en 1972. De 1948 à 1964 il fonde successivement huit associations photographiques ou poétiques, dont la Fédération Photographique Subjective du Japon en 1956. De 1965 à 1975, il est conseiller-formateur pour la Fédération des Étudiants en photographie de Chubu.

Il meurt en 1987, conformément à son testament, son corps a été confié à l’université de Nagoya et aucune cérémonie n’a eu lieu.

 

Kansuke Yamamoto

Kansuke Yamamoto

 

Yamamoto - 1939

Yamamoto — 1939

 

Yamamoto - Kyoto1955

Yamamoto — Kyoto1955

 

Yamamoto - 1955

Yamamoto — 1955

 

Yamamoto - Nu - 1955

Yamamoto — Nu — 1955

 

Yamamoto - Sleeples view - 1955

Yamamoto—Sleeples view – 1955

 

 

 

HIROSHI HAMAYA

Est né en 1915 à Tokyo-Shitaya. Il est devenu photographe indépendant en 1937. Après une rencontre avec un ethnologue, il se met à photographier la vie courante des gens simples de son pays. Sa photographie est caractérisée par un très grand soin esthétique du cadrage.

Premier photographe japonais à devenir membre associé de Magnum Photo en 1960, il recevra, en 1986, le titre de Maître photographe décerné par le Centre International de Photographie de New York.

Hiroshi Hamaya décède en 1999.

 

Hiroshi Hamaya

Hiroshi Hamaya

 

Hamaya 1

Hamaya 1

 

Hamaya 2

Hamaya 2

 

Hamaya 1

Hamaya 1

 

Hamaya - 1960 - manifestations contre le traité américano japonais de sécurité.

Hamaya — 1960 — manifestations contre le traité américano-japonais de sécurité.

 

 

 

SHINZO MAEDA

Est né en 1922 et est devenu l’un des photographes japonais les plus célèbres à l’échelle internationale, spécialement pour ses paysages de l’ile d’Hokkaïdo (nord de l’Archipel). Le moyen format a été son matériel de prédilection, tout son travail ayant été effectué avec des Hasselblad 500C/M et des Sonnar de 60 à 250mm ou SWC (Biogon 38mm (format 6×6), ou à la chambre, avec des Linhof 4×5″ (10,16 x12,7) ou des Toyo japonaises 4×5″ et 8×10″(20,32 x 25,4). Il a saisi la nature japonaise sous toutes ses formes, en toute saison. Shinzo Maeda est un des grands coloristes de l’histoire de la photo.

Il est mort en 1998.

Shinzo Maeda

Shinzo Maeda (avec une chambre 4×5″)

 

Shinzo Maeda "Arbres et brindilles" chambre Toyo 4x5"

Shinzo Maeda « Arbres et brindilles » chambre Toyo 4×5″

 

Shinzo maeda "Arbres et brindilles" 2

Shinzo Maeda « Arbres et brindilles » 2

 

Shinzo Maeda "Alpes japonaises"

Shinzo Maeda « Alpes japonaises »

 

Kinzo Maeda - couleurs d'automne

Kinzo Maeda — couleurs d’automne

 

 

 

EIKO HOSOE

Est né en 1933. Dès les années 50, alors qu’il est encore étudiant, il développe un style théâtral, après un court passage documentaire consacré aux quartiers glauques de Tokyo et à leurs prostituées. En 1959, il rencontre un jeune danseur, Tatsumi Hijikata, dont la mise en scène d’un roman de Mishima fait scandale. Ce spectacle et son contact avec le théâtre amènent le photographe à introduire des éléments de mise en scène dans ses photos et à placer le corps humain, nu et érotique au centre de son œuvre. Il se servira des productions de Mishima pour la construire de façon ininterrompue.

Dans sa recherche du Beau il mêle les influences de Ansel Adams ou Edward Weston à celles de l’esthétique bouddhique ou shintoïste. À peu près à la même époque, il cofonde l’agence photographique VIVO.

Eiko Hosoe est encore aujourd’hui un des grands noms de la photographie japonaise. Il a exercé une influence importante sur toute la photographie japonaise.

 

Eikoh Hosoe

Eikoh Hosoe

 

Hosoe- portrait de Mishima

Hosoe — portrait de Mishima

 

Hosoe - Ordeal by roses 1961-1962

Hosoe—Ordeal by roses 1961-1962 (Tatsumi Hijikata)

 

Hosoe - homme et femme

Hosoe — homme et femme

 

Hosoe - Kamaitashi #19

Hosoe – Kamaitashi #19

 

Hosoe - Embrace -1970

Hosoe — Embrassement -1970

 

Hosoe - Corps

Hosoe — Embrassement

 

 

 

DAIDO MORIYAMA

Est né en 1938 près d’Osaka. Il s’intéresse d’abord à la peinture, puis à l’âge de 21 ans il se tourne vers la photo. En 1961, il s’installe à Tokyo. Il devient l’assistant de Eikoh Hosoe. À la fin des années 60, il fait partie du groupe « Provoke », réuni autour du magazine éponyme. Il pratique la photographie documentaire à New York et à Tokyo.

Mais c’est surtout dans le quartier Shinjuku qu’il aime à traîner pour saisir sans fin les mêmes endroits qui sont des repères de sa mémoire. Il se transforme alors, dit-il, en « chien errant ». Il est d’ailleurs l’auteur d’un livre intitulé « Mémoires d’un chien ». Daido Moriyama est considéré au Japon comme l’inventeur de la Street Photography au Japon.

 

Daido Moriyama

Daido Moriyama

 

Moriyama - Tokyo

Moriyama — Tokyo

 

Moriyama -Tokyo nocturne

Moriyama — Tokyo nocturne

 

Moriyama -Shinjuku

Moriyama—Shinjuku

 

Moriyama - Tokyo 1978

Moriyama — Tokyo 1978

 

Moriyama - 2002

Moriyama — 2002

 

 

 

NOBUYOSHI ARAKI

 

Les débuts

Haraki est né en 1940 à Tokyo, dans le quartier de Minowa, dans la ville basse. Son père, petit artisan pratique la photo. Diplômé en ingénierie photo et cinéma en 1963, il commence à travailler comme photographe à l’agence de publicité Dentsu. L’année suivante, il reçoit le prix Taiyo de la photo pour une série de photographie d’enfants. Il se marie en 1971 et publie, à son compte, « Voyage sentimental » qui illustre son mariage et sa nuit de noces. Deux ans plus tard, il fonde avec Eiko Hosoe et Daido Moriyama l’école de photographie Workshop.

En 1979 il se rend pour la première fois à New York et commence à exposer à l’étranger à partir de 1985. Entre 1888 et 1995, il a plusieurs fois des problèmes avec la police, car ses photos de pratique du Kinbaku-bi (bondage) montrent des sexes et des poils pubiens. À cette époque cela est considéré comme obscène par la loi japonaise. Il a également fait des séries de fleurs, en partie fanées, selon une vieille tradition japonaise. Ses fleurs présentent de fortes connotations érotiques ; elles créeront, comme les autres, des polémiques sérieuses. Les polémiques autour des photos d’Araki auront d’ailleurs pour résultat d’assouplir l’application de cette loi. Il utilise beaucoup dans ces années-là un Pentax 67.

 

La mort de Yoko

En 1990, son épouse meurt d’un cancer, il raconte photographiquement cette disparition. Sa photo devient nettement plus noire, mais tourne toujours autour de ses trois thèmes de prédilection : sa femme Yoko, les fleurs et l’érotisme.

Adepte incontesté de l’argentique, il se refuse à passer au numérique. Il a donc acheté tout ce qu’il pouvait en matière de pellicules, afin de tenir jusqu’à sa mort. Sa provision doit être très importante, car Araki est très prolifique. En 1996, il a édité et fait éditer pas moins de 26 livres. Araki est toujours en mode photographique. Comme il le dit lui-même, « Mon corps est devenu un appareil. Jamais il ne s’arrête.»

 

Nobuyoshi Araki

Nobuyoshi Araki

 

Araki -nu-1

Araki — nu-1

 

Araki - nu-2

Araki — nu-2

 

Araki-Kinbaku-bi-1

Araki — Kinbaku-bi-1

 

Araki - Kinbaku_bi-2

Araki — Kinbaku_bi-2

 

Araki - nus peints

Araki — nus peints

 

Araki - Fleurs

Araki — Fleurs

 

 

 

MIYAKO ISHIUCHI

Est née en 1947 dans la province de Gunma. Elle a grandi à Yokosuka, ville portuaire où se trouvait une grosse base américaine. Après avoir entamé des études de design textile, elle les interrompt pour se consacrer à la photographie. Elle photographie les quartiers déshérités de Yokosuka, où les soldats américains fréquentent les bordels. En 1978, elle est couronnée par le Prix Kimura Ihei. Elle ne s’impose comme figure de la photographie japonaise qu’en 1990 avec son album 1.9.4.7.

Miyako Ishiuchi est très concernée par les bombes atomiques qui ont frappé Hiroshima et Nagasaki. Elle n’a pas cherché à représenter l’inreprésentable, elle a choisi d’en photographier les traces. Des vêtements vides de gens pulvérisés à Hiroshima, des blessures de survivants, ou toutes traces de blessures violentes ou imposées par le temps. Elle aborde de cette façon le thème de la blessure physique ou psychologique, laissée aux survivants. Elle a également photographié les vêtements de sa mère ou Frieda Kahlo, s’opposant ainsi à la vision dominante du corps, particulièrement du corps féminin, imposée par les médias. En 2014, elle a reçu le Prix international de la Fondation Hasselblad.

Miyako Ishuichi

Miyako Ishuichi

 

Ishiuchi - Traces 1

Ishiuchi — Traces 1

 

Ishiuchi - Innocence #49

Ishiuchi — Innocence #49

 

Ishuichi - Cicatrices

Ishuichi—Cicatrices

 

Ishiuchi - Yokosuka story

Ishiuchi—Yokosuka story

 

 

 

HIROSHI SUGIMOTO

Est né en 1948 à Tokyo. Il s’est fait connaître en 1976 par une série « Dioramas », faite de clichés pris dans des muséums d’histoire naturelle. Partant du postulat courant que la photographie montre toujours la réalité brute, il piège ses spectateurs en leur montrant des animaux, qu’ils croient vrais et dont ils ne s’aperçoivent qu’après une observation attentive, qu’ils ne sont pas réels, les poussant à s’interroger sur le réel et sa perception.

Avec sa série « Portraits », commencée en 1999, il suit la même démarche avec des figurines de cire d’Henry VIII et de ses épouses. Sugimoto utilise presque exclusivement du format 8 x10 pouces (24x30cm) et des poses longues. Il partage actuellement son temps entre Tokyo et New York.

 

Hiroshi Sugimoto

Hiroshi Sugimoto

 

Sugimoto - Dioramas-1

Sugimoto — Dioramas-1

 

Sugimoto - Dioramas-2

Sugimoto — Dioramas-2

 

Sugimoto - Architecture 1

Sugimoto—Architecture 1

 

Sugimoto - Architecture 2

Sugimoto — Architecture 2

 

Sugimoto - Paysage

Sugimoto — Paysage

 

 

 

KEIISHI TAHARA

Est né en 1951 à Kyoto, et vit à Tokyo. Il reçoit une éducation classique, mais à 12 ans il part à la campagne avec son grand-père photographe professionnel qui lui apprend les techniques photographiques. À partir de là il se passionne pour la lumière. Alors qu’il a 14 ans, son grand-père lui offre un Asahi Pentax. Il commence alors à « faire des paysages ». En 1969, il crée des œuvres utilisant la lumière, des films et des diapositives pour le groupe musical Red Buddha. Puis il part pour Paris avec un groupe de théâtre contemporain. En 1973, il s’installe à Paris et devient photographe indépendant. Entre 1974 et 1980, il réalise une série qu’il appellera « Fenêtres ». Ce sont des vues de Paris à travers des vasistas de toiture typiquement parisiens, le plus souvent après la pluie. En 1977, il participe au festival de photographie d’Arles et y reçoit le grand Prix des jeunes Photographes.

À partir de là, il enchaîne les prix en Europe, au Japon… Ainsi que les commandes ; ainsi pendant 4 ans il photographie l’architecture européenne de la fin du XIXe et du XXe pour l’ouvrage en 6 volumes « Architecture de fin de siècle » pour un éditeur japonais. En 1981, il réalise deux catalogues pour le créateur de mode Yohji Yamamoto. De 1984 aux 2000, il réalise un peu partout dans le monde des sculptures lumineuses, des Light-Scapes temporaires ou permanentes. En même temps, il publie des albums photographiques et réalise des films.

 

Keiichi Tahara

Keiichi Tahara

 

Keiichi Tahara1

Keiichi Tahara — Paris

 

Tahara - Paris 2

Keiishi Tahara — Paris 2

 

Keiishi Tahara - portrait

Keiishi Tahara — portrait 1

 

Keiishi Tahara - portrait 2

Keiishi Tahara — portrait de Joseph Beuys