Photographie au flash – Conseils pratiques

Dans ce troisième volet de la photographie au flash, nous allons aborder quelques aspects pratiques de cette approche spécifique de la photo. Nous ne reviendrons pas sur les aspects théoriques, bases intangibles de la photo avec ou sans flash. Pour cela vous pouvez consulter les deux premiers volets de cet article (voir ici), ainsi que quelques autres (ici) plus anciens, consacrés plus globalement au triangle mythique Av – Tv – Sv (voir ici)

 

Les garde-fous à ne jamais oublier

Il faut avoir présent à l’esprit que le flash est un outil. Il doit être utilisé comme tel, et le plus souvent n’être utilisé que comme tel.

 

Le mode d’emploi

Si les notions de base sont communes à toute la photographie au flash, les constructeurs, dans leur grande sagesse, se sont ingéniés à concevoir des TTL spécifiques à leur marque d’une part, et des ergonomies d’utilisation et de réglages tout aussi spécifiques d’autre part. Ce qui fait que vous donner ici des conseils concrets de marche à suivre dans tel ou tel cas concret risque de vous induire en erreur plus qu’autre chose.

Nous vous conseillons donc de vous armer de courage (éventuellement de Prozac™) et d’ouvrir grand le mode d’emploi de votre flash Pentax ou Metz ou de toute autre marque dont vous aurez trouvé un modèle compatible Pentax. Une fois cette opération lancée, tâchez de comprendre les principales opérations que vous envisagez de maîtriser avec ce flash, que vous avez forcément choisi pas par hasard. L’usage du Prozac™ peut être avantageusement remplacé par la conscience aiguë que le mode d’emploi n’a pas forcément été traduit par un être humain. Et que si c’est un être humain, il n’était pas forcément francophone. Insistez…

 

De nuit ou de jour

La photographie au flash diverge fortement selon qu’on l’utilise de nuit ou de jour.

 

De nuit

Le flash se substitue à la lumière naturelle manquante. Son effet est donc visible, très visible. Cet effet construit, partiellement au moins, la structure de l’image : zone éclairée inscrite dans la pénombre ambiante, ou offrant au moins un fort contraste avec celle-ci. Le flash peut être employé de façon ostentatoire, vintage ou pas. Avec la montée effective en sensibilité des appareils actuels et leur capacité à travailler en faible lumière, cet aspect des photos est moins marqué qu’auparavant.

On peut travailler de façon créative avec un flash, par exemple en employant des filtres colorés anciens, conçus pour le N&B, installés non pas sur l’objectif, mais sur la torche du flash. La fixation du filtre sur la torche est à la charge du photographe bricoleur, à l’ancienne. Selon que l’on travaille en N&B ou en couleur, on obtient des effets très variés. On peut en outre cumuler les filtres sur le flash et sur l’objectif.

De jour

En extérieur : À l’opposé de l’usage nocturne, la tendance actuelle est plutôt à la recherche de la discrétion. Le plus souvent il s’agit de Fill-in – débouchage souvent léger des zones en contre-jour ou simplement mal éclairées, le plus souvent des visages – C’est un des cas où une vitesse synchro élevée est intéressante. Le plus simple est de régler son appareil pour la photo « normale » et d’ajouter le flash sans modifier les réglages, on peut même minimiser la puissance du flash d’un cran voire deux. Les possibilités énormes du Post Traitement rendent le fill-in de moins en moins utilisé. C’est dommage, car l’ajout local de lumière en PT ne permet pas si facilement qu’on le croit d’obtenir le modelé de lumière que permet le fill-in au flash.

En intérieur. On est le plus souvent dans un cas de lumière insuffisante ou de mauvaise qualité. C’est à dire exactement celui où le flash a toute sa place. Et donc où les conseils aussi.

 

Les gestes à éviter

Disposer la source de lumière près de l’objectif

C’est ce que font les fabricants qui placent le hot-shoe (le sabot de fixation du flash) juste au-dessus de l’objectif. C’est habituel, traditionnel même… et stupide.

Mais tellement implanté dans les mœurs que quand Pentax a placé le Hot-shoe du Z-1 (1991) sur le côté droit du boîtier, tout le monde a hurlé au loup ! Les uns criant à l’horreur simple, les autres braillant que c’était sur le mauvais côté pour l’ombre portée (Si, si ! Et ils étaient tous d’accord sur le côté.) Déjà, une dizaine d’années auparavant, Pentax avait prévu pour son LX des prismes (interchangeables) sans hot-shoe, le boîtier étant pourvu de contacts sophistiqués assurant le même service en façade. Il pouvait accrocher une semelle sur laquelle se fixait une colonne verticale. Sur cette colonne se montait un flash cobra. La torche de celui-ci se trouvait donc déportée de ~ 15 cm sur le côté et ~ 25 cm au-dessus de l’objectif. La connectique incorporée à ce système permettait tout ce qu’offrait la technologie photo de l’époque avec un obturateur à rideaux à translation horizontale. (voir photo ci-dessous)

On retrouvait la géométrie d’éclairage des Speed Graphic. Conservatisme, direz-vous ! Peut-être… Mais le positionnement du flash juste au-dessus de l’objectif favorise la production massive d’yeux rouges (autrefois appelés yeux de lapins russes). Lorsque le flux lumineux entre dans l’œil suivant un angle très fermé par rapport à son axe, il est renvoyé suivant un angle tout aussi fermé, droit dans l’œil de l’appareil photo. Comme la rétine humaine est fortement vascularisée, la lumière qui en ressort est rouge. Le meilleur moyen d’éviter ce phénomène est de faire que le flux lumineux qui entre dans l’œil soit suffisamment latéral pour ressortir hors du champ photographique. L’autre très bonne raison de ne pas placer le flash près de l’axe de l’objectif, aussi bien dans le plan vertical qu’horizontal est d’éviter un éclairage frontal qui aplatit et écrase l’image.

LX avec accessoire porte-flash et flash cobra Cullmann de NG 40

 

Noter le décalage important entre l’objectif et le réflecteur du flash. Ainsi que la taille impressionnante de ce dernier.

 

Photographier de près, à moins de 2 mètres

C’est le meilleur moyen d’obtenir du fromage blanc, digne d’une médaille d’or de concours agricole. Ce résultat est irréversible. Ce genre de portrait d’effaré lunaire crée de solides inimitiés. En outre, lorsque vous travaillez à faible distance au flash, même si vous évitez le fromage blanc, vous aurez des ombres portées marquées, le plus souvent disgracieuses. La solution la plus efficace pour éviter ces ombres portées passe par deux méthodes qui aboutissent à un même résultat.

 

Les gestes à privilégier

 

La diffusion

C’est une solution connue depuis longtemps, en tous cas antérieurement au numérique. Cette solution passe par des accessoires qui se fixent sur la partie avant de la torche. Ce sont des bols ou des mini-ballons translucides, gonflables ou pliables, qui adoucissent la lumière émise et augmentent sérieusement la taille de la source lumineuse. Les solutions préférées sont évidemment celles qui tiennent le moins de place une fois démontées.

Boite à lumière pour flash cobra
Boîte à lumière pour flash cobra

 

Ce genre d’accessoires est proposé par Cullmann, Hama, Profoto, et nombre d’autres. Elles sont présentes dans les boutiques « physiques » (réelles) et aussi beaucoup sur le Net. Attention, dans ce cas, soyez très vigilant (e. s) au moment de passer la commande, il y a souvent des décalages entre la référence affichée au départ, l’illustration et la référence enregistrée au moment où vous faites le clic de commande. Si vous n’y prenez pas garde, vous risquez de recevoir non pas l’article de référence que vous aviez choisi au départ, mais celui de la référence ultime de la commande. Les retours au fournisseur fonctionnent généralement bien, mais c’est du tracas importun et du temps que l’on pourrait consacrer à autre chose…

 

 

La réflexion

Solution techniquement différente de la précédente, elle conduit au même résultat : augmenter fortement la surface d’émission et rendre par là même la lumière plus diffuse. Ce peuvent être des réflecteurs placés au-dessus et derrière la torche que l’on oriente alors vers le haut et l’arrière. La lumière vient donc de plus haut et de plus loin de l’objectif. Ces réflecteurs sont souvent des surfaces de tissu léger, tendu par un ressort circulaire. Ils peuvent être blancs, argentés, dorés ou mixtes, argenté-doré. Ils nécessitent un assistant. Cette solution nous conduit naturellement à

 

L’éclairage indirect

C’est ce que permettent les cobras à torche orientable, dans un plan vertical et horizontal. A minima, la torche possède un petit réflecteur incorporé qui, dégagé, reflète vers l’avant la lumière délivrée vers le haut. Le flux lumineux est renvoyé vers l’avant et dans le même temps il est diffusé et adouci. Cette option d’éclairage peut être encore plus radicale : l’éclair est envoyé vers le haut et utilise le plafond de la pièce où se fait la photo comme réflecteur.

Dans ces conditions, il convient d’opérer en mode TTL, pour que la puissance délivrée prenne en compte la lumière ambiante et les besoins nécessaires dictés par les paramètres choisis de diaphragme et de distance. Attention le choix du mode Vitesse lente (inférieure à ~ 1/15 sec) peut amener des images fantômes. En lumière indirecte la position de la torche et sa distance par rapport à l’objectif n’ont plus aucune importance.

Quand cet éclairage indirect est blanc ou argent, la température est conservée telle quelle, pas de problème particulier. Quand il est doré, la couleur résultante est un peu plus chaude. Il faut évidemment en tenir compte, que ce soit conforme au résultat attendu. Quand il est mixte argent et or, la couleur est légèrement plus chaude, elle adoucit la lumière parfois froide et dure de certains flashs, sans plus.

 

Torche de cobra en position d'éclairage indirect avec réflecteur intégré déployé.
Torche de cobra en position d’éclairage indirect avec réflecteur intégré déployé.

 

La taille de la source

De façon générale, plus une source lumineuse est grande, meilleure est la lumière. Car elle est moins dure, elle crée moins d’ombre portée. Bien évidemment plus on augmente la surface d’émission d’une source donnée, par diffusion ou réflexion, plus on en diminue la puissance. Mais on en augmente la qualité. C’est là que la puissance nominale du flash est importante. Car, même diminuée par la diffusion ou la réflexion, elle reste substantielle.

De manière assez similaire lorsque que vous avez un flash à torche automatique qui se règle d’elle-même sur la focale choisie sur un zoom, vous avez intérêt, si c’est possible, à afficher manuellement une focale plus courte d’un cran. Cela vous donnera une lumière un peu moins puissante, mais de meilleure qualité, un rendu plus agréable et homogène, car la source est plus grande. Ce réglage est particulièrement pertinent entre 4-5 et 8 mètres.

 

 

Conclusion

 

Globalement l’utilisation du flash demande de la pratique. Une pratique raisonnée vous permettra de construire toute une série de micro- règles adaptées à pratiquement toutes les situations. Ces situations sont moins nombreuses que celles de la photographie sans flash, donc on les maîtrise plus vite.

La tendance dominante actuelle est à un résultat très naturel, où l’usage du flash est indétectable. A contrario, il existe en même temps un courant de photo N&B très Low Key, très contrastée, avec un éventuel usage du flash très mis en scène. Phénomène classique de cohabitation des extrêmes.

Mais on est désormais loin du flash dominant, porteur d’un prestige symbolique, de l’époque argentique. Le flash est devenu un PLUS, possible, mais souvent rendu inutile par les possibilités de la montée en sensibilité. Dans nombre de circonstances où, il y a tout juste 15 ans, on aurait sorti le flash sans réfléchir, on shoote sans problème, éventuellement on monte les ISO manuellement. Pour utiliser un flash, il lui faut donc apporter ce PLUS de façon évidente pour qu’il trouve encore sa place. Cette place est évidente, incontournable dans le cas de la lumière totalement maîtrisée. C’est-à-dire celle du studio, en conditions d’extérieur comme d’intérieur. Dans cette pratique, les flashs cobras ont d’ailleurs tendance à remplacer les gros flashs à lampes pilotes qui régnaient en maîtres dans les studios il y a peu. Dans ce domaine la réduction du volume et du poids des matériels n’est réellement pas un fantasme.