Pentax a eu la bonne idée de débrayer le flash pop-up intégré aux boitiers réflex. En effet, sur bon nombre d’appareils de la concurrence, le flash intégré se déclenche automatiquement dès que l’électronique interne estime que la lumière manque. Cela est vrai sur les APN compacts mais aussi sur la majorité des réflex.

Cette démarche de Pentax n’est pas neutre et renvoie à l’attitude « photographique » de la marque. On pourrait même dire « élitiste ». Ce qui est certain, c’est que le flash, s’il est mal utilisé, peut ruiner une photo. Au vu des progrès indéniables des capteurs récents en basse lumière, on est désormais capable d’effectuer des prises de vue sans le concours de la lumière du flash.

 

La basse lumière, c’est quoi ?

Un petit rappel.

La photographie a toujours nécessité de la lumière. Avec le numérique, le capteur a remplacé la pellicule, et c’est désormais lui qui, lors de la prise de vue, va capturer l’information grâce aux photosites dont il est composé. Ces photosites sont sensibles à l’éclairement reçu et ont la particularité d’être monochromes uniquement. C’est grâce à un filtre particulier, qu’on appelle matrice de Bayer (ou filtre de Bayer), placé entre une lentille et le capteur numérique que ce dernier va pouvoir enregistrer des photographies en couleur.

 

Le noir absolu en éclairage n’existe pas naturellement. Il est créé artificiellement. Il y a toujours un peu de lumière et les sources sont nombreuses. Mais souvent, il n’y en a pas assez pour prendre des photos de manière optimale. Afin de simplifier quelque peu, on considèrera que la lumière optimale est celle qui permet de prendre des clichés bien exposés, avec de belles couleurs et de beaux contrastes, sans (trop) de bruit et nettes (absence de flou).

La basse lumière, c’est donc la situation que l’on rencontre quand il n’y a pas assez de lumière pour permettre la prise de clichés lumineux et bien exposés.

 

Que faire quand il y a peu de lumière à disposition ?

Il va falloir tout simplement compenser ce manque de lumière. Mais, même si votre appareil est performant, il faut être conscient que, quand la lumière est rare, les contrastes s’estompent et les compositions sont plus difficiles à réaliser. Vous ne pourrez pas prendre des photos comme en plein jour, riches en couleurs. Ce qui n’empêchera pas d’effectuer des photos intéressantes.

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K-3II – 10s à f/7,1 – ISO 400 (début de nuit)


Compenser le manque de lumière

Il existe plusieurs façons de compenser le manque de lumière. On s’intéressera, dans le présent article, à 3 groupes principaux de compensation : le positionnement du sujet, l’ajout de lumière complémentaire et le triptyque de réglage que sont l’ouverture, le temps d’exposition et la sensibilité (les ISO).

 

Positionner son sujet

Chercher les sources de lumières potentielles. Cela peut-être un lampadaire à l’extérieur ou une fenêtre à l’intérieur d’une maison. Placer les personnes que vous souhaitez prendre en photo à proximité permettra d’effectuer vos prises de vues plus facilement.

C’est au photographe de choisir un bon cadre et une lumière adéquate afin de réaliser une bonne image.

 

L’ajout de lumière

Quand la lumière ambiante se révèle insuffisante, alors pourquoi ne pas en rajouter ? Et là, à la rescousse, les possibilités sont nombreuses. Cela va du flash intégré au boîtier aux flashes de studio en passant par les flashes cobra ou des lampes d’appoint (de type lumière continue).

Il s’agit d’apporter de la lumière supplémentaire afin de permettre la prise de vue dans de bonnes conditions.

 

Les réglages vitesse, ouverture, sensibilité (ISO)

Mais parfois, il n’est pas possible d’utiliser de la lumière d’appoint. En effet, dans des grottes, dans des musées, dans des concerts (non exhaustif), la seule possibilité se révèle être la prise de vue sans flash. Et il est tout à fait possible de faire de la photo sans flash, en basse lumière. Pour y parvenir, il faut malgré tout avoir de bonnes notions de photographies, comprendre la lumière et les paramètres sur lesquels le photographe peut influer.

Ces paramètres ne sont pas nombreux puisque au nombre de 3 : vitesse (ou temps d’exposition), ouverture et sensibilité (ISO). La vitesse concerne le temps durant lequel la photo sera prise, et donc la durée pendant laquelle la lumière atteindra le capteur.  L’ouverture va, quant à elle, modifier la profondeur de champ de l’image. Le dernier paramètre, les ISO, concerne la sensibilité à la lumière du capteur. Plus le nombre d’ISO sera élevé, plus le capteur sera sensible aux photons lumineux, avec en contrepartie, un bruit accru, une définition amoindrie et un non respect des couleurs qui ira en s’aggravant.

 

La vitesse

Plus la vitesse de prise de vue est rapide, plus le mouvement des objets ou personnes présents lors du cliché sera figé. Plus elle est lente, plus le mouvement sera visible, ce qui est logique puisqu’on augmente le temps d’exposition. Le temps d’exposition a des répercussions sur la netteté de votre photo.

Une vitesse (ou temps d’exposition) d’une seconde capture deux fois plus de lumière qu’une vitesse d’une demi-seconde. Et ainsi de suite. Donc, en augmentant la durée d’exposition, on augmente mécaniquement la quantité de lumière atteignant le capteur, ce qui est très pratique en basse lumière. Par contre, on augmente le risque de bougé de celui qui tient l’appareil et/ou du sujet photographié.

A main levée et en l’absence de stabilisation, la durée maximale d’exposition est l’inverse de la focale utilisée. Si vous shootez à 50mm, alors le temps maximal d’exposition sera de 1/50 de seconde pour un full frame (1/75s pour un APS-C). Si vous shootez à 25mm, ce sera 1/25s pour un FF (1/40s pour un APS-C). Et si vous shootez à 200mm, ce sera 1/200s pour un FF (1/300s pour un APS-C). Si vous prenez des photos à une vitesse inférieure, vous augmenterez le risque de bougé et donc de flou.

La stabilisation apporte une latitude plus importante à main levée. Selon les marques et le système utilisé, elle permet de gagner entre 2 et 5 vitesses. Le K-3II permet, par exemple, un gain de 4,5 vitesses.

Une autre façon de gagner en vitesse est d’utiliser un monopode (le gain est alors de 2 à 4 vitesses selon les individus) ou un trépied (la limite temps disparaissant alors).

La vitesse est donc un facteur important en cas de basse lumière, mais il n’est pas souvent suffisant car il a des limites.

 

L’ouverture

Cela a déjà été dit, plus un objectif est lumineux, plus le diaphragme sera ouvert et plus il y aura de lumière qui atteindra le capteur.

Malheureusement, l’ouverture agit sur la profondeur de champ. Plus l’ouverture sera grande, plus les plans en dehors de la zone de mise au point seront flous. Si on souhaite une netteté sur l’ensemble des plans de l’image, alors il faudra éviter d’ouvrir en deçà de f/4, mais cela restreindra la quantité de lumière.

La seconde limite est due au matériel. On ne pourra pas ouvrir plus que ce que l’objectif le permet. Un objectif qui ouvre à f/2,8, ou mieux à f/2, c’est nettement préférable pour la photo en basse lumière (ou de nuit). Les zooms de type 17-50 f/2,8 sont abordables et peuvent être envisagés si vous ne souhaitez pas investir dans des focales fixes à grande ouverture parfois fort chères.

 

L’ISO

Denier paramètre, la sensibilité. Plus la sensibilité ISO sera élevée, plus le capteur amplifiera le signal lumineux reçu mais plus la qualité d’image se dégradera. La valeur ISO 100 étant la valeur nominale pour les capteurs numériques, ISO 200 amplifiera 2 fois le signal lumineux reçu nominalement. ISO 400 amplifiera 4 fois, ISO 800 8 fois et ainsi de suite.

Mais qui dit amplification du signal lumineux dit également amplification des bruits parasites induits. Vous l’aurez compris, plus on augmente les ISO, plus l’image est lumineuse et plus la quantité de bruit parasite est importante. Accessoirement, on constate aussi une nette dégradation des couleurs. Si elles sont belles et éclatantes dans la tranche 100-400ISO, cela commence à se gâter au delà.

Bruit et dégradation sont fonction du capteur et de son exploitation. Certains appareils sont catastrophiques et ne supportent pas d’aller au delà de 1600ISO tandis que d’autres fournissent des photos correctes à 6400ISO.

K-5 et K-50 permettent des images sans grosse dégradation jusqu’à 1600ISO. Le K-3 quant à lui, permet de monter à 3200ISO. Le K-3II semble permettre un gain supplémentaire puisque les photos en 6400ISO (voire 12800ISO de manière exceptionnelle) restent exploitables.

K3II-12800ISO-detail

K-3II – 1/40s à f/2,8 – 12800 ISO (sans traitement anti-bruit)


Agir sur les 3 paramètres

La photo en basse lumière, sans apport de sources lumineuses complémentaires, s’effectuera en associant les 3 paramètres. Il faudra :

  • ouvrir au maximum de ce que l’on peut de manière à conserver une certaine netteté sur l’ensemble de l’image
  • utiliser la plus basse vitesse possible, en fonction des circonstances
  • en dernier, agir sur les ISO, en montant au maximum de ce que permet votre réflex sans dégradation des couleurs

Si on ajoute une petite sous exposition et un post traitement bien réalisé, on peut obtenir des clichés en basse lumière exploitables voire excellents.

 

Vous comprendrez qu’il faudra tester vos boîtiers et objectifs afin de connaitre leurs limites avant de se lancer dans la photo en basse lumière « en vrai ». Mais à ce prix et celui d’un peu d’entrainement, vous parviendrez à faire de bons clichés en basse lumière.

 

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Q-S1 – 1/80s – f/2,8 – 1250 ISO (concert)


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K-3 – 1/125s – f/8 – 800 ISO (nuit tombante)


BasseLum-4_1-125s-f4,5-ISO1600

K-3 – 1/125s – f/4,5 – 1600 ISO (nuit tombante)


iconographie by fyve – cliquez sur les photos pour agrandir