Après deux articles sur les photographes français, nous démarrons une série consacrée à l’Europe continentale.

 

La photographie Allemande

Est-il nécessaire de rappeler que l’Allemagne a joué un rôle important dans le développement de la photographie avec Ernemann, Leica, Voigtländer, Edixa, Contax, Zeiss, Schneider…? Des noms comme Sonnar, Biotar, Planar sont devenus des noms communs, qualifiant des formules optiques de types d’objectifs. On connaît moins les noms des photographes.

La place de la photographie allemande dans le chemin historique de la photographie n’est pas simple, car les photographes eux-mêmes ont eu du mal à trouver leur place dans leur propre pays entre 1933 et 1945. Cette période a détruit ou dispersé les photographes dans le monde entier. Très peu sont restés en Allemagne. Le seul nom connu est celui de Leni Riffenthal, devenue le chantre personnel d’Hitler. D’autres ont fait profil bas, attendant que le vent tourne. Beaucoup ont émigré. Ils sont le plus souvent restés dans les pays qui les ont accueillis, en sont devenus citoyens. Nombre d’entre eux sont devenus célèbres en tant que photographes américains, français ou australiens… comme Helmut Newton… qui pourtant est enterré à Berlin.

Après la guerre, après l’éclipse culturelle nazie, la photographie allemande s’est reconstruite. Mais elle s’est reconstruite en 2 entités, à l’Ouest et à l’Est. Nous ne saurions être complets si nous ne parlions pas des 2 moitiés. Si le coté ouest a surtout fait émerger des personnalités individuelles, à l’est, c’est par l’Agence Ostkreutz qui symbolise à elle seule tout le parcours de la photographie est-allemande (de la «zone d’occupation soviétique» à l’Allemagne réunifié, en passant par la DDR, RDA en français).

Sept photographes est-allemands, qui se connaissaient depuis leurs études et travaillaient ensemble, avaient été invités officiellement en France en 1990, après la chute du mur. Ils se retrouvent à Paris, où ils connaissaient des collègues de Magnum. Ils décident alors de créer une agence photographique, sur le modèle coopératif de Magnum. Ils l’appellent OSTKREUZ, du nom de la station du métro berlinois qui faisait la jonction entre les 2 parties de Berlin.

Cette agence a prospéré, en développant une identité forte, construite autour d’une photographie humaniste, empathique, et documentaire, mais critique et également intimiste. Riche cocktail. La moitié de ses photographes sont des femmes. L’agence a fêté ses 25 ans en 2015, salués par une exposition photo itinérante organisée par l’Institut Goethe, représentation culturelle de l’Allemagne implantée dans le monde entier. Cette exposition s’intitulait «Ostzeit» (Histoires d’un pays disparu), qui a fait l’objet d’un album édité par l’agence.

Voici quelques uns des photographes allemands les plus emblématiques, du début du XXème siècle à nos jours. Commencerons par celui qui occupe probablement la place la plus importante en Allemagne et dans la photographie.

 

August Sander

est né en 1876 en Rhénanie-Palatinat, non loin de Cologne. Fils de mineur, il travaille, dès la fin de l’école obligatoire, comme garçon de terril dans les installations minières. Il assiste un photographe travaillant pour la société minière. Un oncle l’aide à s’acheter un équipement photo et à installer un laboratoire.

Entre 1897 et 1899, pendant son service militaire à Trèves, il est assistant photographe. Dans les 3 années suivantes il voyage à travers toute l’Allemagne. En 1901 il est engagé dans un studio de photo à Linz en Autriche. En 1904 il en devient propriétaire. Pendant la première guerre mondiale, il sert dans la Landsturm, unités territoriales constituées de réservistes.

Au début des années 20, Sander est en contact avec les artistes progressistes de Cologne, avec le peintre Otto Dix, avec des musiciens, des écrivains, des architectes et des acteurs dont beaucoup lui font réaliser leur portrait. Ces portraits se retrouveront dans son grand recueil «Les Hommes du XXe siècle» (Menschen des 20. Jahrhunderts) publié à titre posthume par son deuxième fils en 1980 à Cologne. En 1929 il publie un premier livre « Le Visage de ce temps» (Antlitz der Zeit), un choix de 60 portraits issus des 500 à 600 photos des «Hommes du XXe siècle».

Le nazisme affecte fortement sa vie personnelle et son travail ; en 1934 son fils Erich, membre du Parti socialiste ouvrier d’Allemagne (SAP), est arrêté et condamné à la prison où il mourra en 1944. En 1936, son livre« Le Visage de ce temps» est saisi et les exemplaires imprimés détruits. Pendant la guerre, il déplace son lieu officiel d’habitation pour le rationnement alimentaire dans le Westewald, région rurale de la Rhénanie, où il peut mettre en sécurité la plupart de ses négatifs et de ses photographies avant les bombardements.

En 1946, Sander commence une vaste série d’images sur les destructions de la guerre à Cologne. August Sander est mort à Cologne en 1964. Il qualifiait la photographie par trois mots : « Voir, observer, penser ».

Son oeuvre, inachevée et monumentale, a été reconstituée au début des années 2000. Mais elle a eu un écho dès 1929 hors d’Allemagne. Ainsi Walker Evans appréciait beaucoup le travail de Sander et son oeuvre comporte de forts traits communs avec celle-ci. L’oeuvre de Sander, sa démarche de portraitiste documentaliste socio-historique, qui dépasse le portrait codifié des débuts de la photo, replace les personnes photographiées dans un contexte réel et leur fait jouer leur rôle. Il a eu une influence importante dans la constitution de la photographie allemande contemporaine.

Sander travaillait à la chambre, non par traditionalisme, mais par choix, pour favoriser une construction artistique plus élaborée et une participation du modèle au travail photographique. Cette attitude se retrouvera chez Avedon, dans «l’Ouest américain» en 1985, ou plus tard chez Depardon.

August Sander

August Sander

 

Jeunes paysans - 1914

Jeunes paysans – 1914

 

Bourgeois - 1926

Bourgeois – 1926

 

Portefaix du bâtiment _ 1928

Portefaix du bâtiment _ 1928

 

Enfant - 1931

Enfant – 1931

 

Germaine Krull

Née en 1897 à Poznan (en Allemagne à l’époque), son éducation est en grande partie assurée par des précepteurs. En 1916, elle étudie la photographie à Munich au Centre d’enseignement et d’expérimentation en photographie, chimigraphie, phototypie et gravure, fondée en 1900. Elle fréquente la bohème munichoise et rencontre un anarchiste russe, Tobias Axelrod, qu’elle épouse en 1919. Elle s’implique dans les luttes révolutionnaires de cette époque. Une éphémère République des conseils de Bavière est écrasée par les mouvements contre-révolutionnaires. La répression des militants d’extrême-gauche est féroce. Germaine Krull est arrêtée et condamnée à mort. Elle échappe de justesse à son exécution.

Elle s’enfuit à Berlin, où elle ouvre un atelier de portrait. Elle poursuit ses activités politiques, fréquente les dadaïstes et les expressionnistes. Elle rencontre le cinéaste Joris Ivens avec qui elle s’installe aux Pays-Bas. Elle expérimente la photographie d’architecture et collabore aux revues i-10 et De Filmliga. Vers 1925 elle s’installe à Paris. Son approche « objective » de la photographie, sa fascination pour la machine et son « détournement poétique et graphique », l’architecture métallique et le monde industriel, et la modernité de ses sujets la font surnommer la « Walkyrie de fer » ou la « Walkyrie de la pellicule ».

La Nouvelle Revue Française, dirigée par des écrivains comme André Gide, Jean Paulhan ou Gaston Gallimard publie alors une monographie sur Germaine Krull dans une collection intitulée «Photographes nouveaux». Elle fréquente le photographe Làslo Moholy-Nagy, les surréalistes et collabore au nouveau magazine VU. Autre collaboration pour les 2 premiers numéros de la collection Phototexte, des romans-photo policiers. Ses photos s’accompagnent de textes de Georges Simenon.

De 1935 à 1940, elle s’installe à Monaco où elle travaille pour le casino, photographiant les célébrités. En1940, elle part aux Etats-Unis. Elle rejoint la France libre à Brazzaville. Elle accompagne l’armée américaine en Provence en août 1944, puis la 1re armée française jusqu’à la fin de la guerre. Elle participe à la libération du camp de concentration du Struthof. En 1946, elle part en Indochine comme correspondante de guerre. D’Asie du sud-est , elle rapporte plus de 2000 photographies sur l’art boudhique. En 1947, elle achète en association l’hôtel Oriental de Bangkok, dont elle devient la première directrice. Elle revendra ses parts en 1967.

Après avoir vécu en Inde dans un âshram, elle rentre en Allemagne en 1955. Elle décède an 1985 à Wetzlar, la ville historique de Leica.

Germaine Krull

Germaine Krull

 

surimpression

Surimpression

 

Germaine Krul, publicité

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Germaine Krul, Portrait d' André Malraux

Portrait d’André Malraux

 

portrait de Walter Benjamin

Portrait de Walter Benjamin

 

Gerda Taro

Est née Gerta Porohylle en 1901 à Stuttgart. Fille d’une famille modeste de commerçants juifs venus de Galicie, elle bénéficie néanmoins d’une éducation bourgeoise et artistique.

Vers 1930, sa famille, endettée, déménage à Leipzig. Elle y fait la connaissance d’un étudiant en médecine qui lui confirme ses intuitions révolutionnaires. L’arrivée de Hitler au pouvoir et la répression contre les opposants et les juifs la contraignent à l’exil. Fin 1933 elle s’installe à Paris. Gerda ne trouve que des travaux occasionnels de secrétaire, et passe une partie notable de sa vie dans les cafés du quartier de Montparnasse, notamment au Dôme, où de nombreux artistes et intellectuels viennent manger et se réchauffer. Elle y anime le groupe Leipziger Kreis qui se réunit au Café Capoulade sur le boulevard Saint Michel, auquel participent les membres du Parti Socialiste Ouvrier (SAP) en exil (dont Willy Brandt).

Elle travaille comme assistante à l’agence Alliance-Photo créée par Maria Eisner qui fera partie des fondateurs de Magnum. Gerda y fait la connaissance du photographe d’origine hongroise Endre Ernő Friedmann, avec qui elle aura une liaison. Leur carrière ne décolle pas jusqu’au subterfuge trouvé par Gerda. Elle invente le patronyme du « photographe américain » Robert Capa, alors qu’elle choisit celui de Taro. Gerda fait, avec talent, la promotion des clichés de Capa auprès des journaux. La carrière de Capa est lancée.

Elle reçoit sa première carte de presse en février 1936, délivrée par A.B.C.-Press-Service, une agence de photo d’Amsterdam. Dès le début de la guerre d’Espagne, Gerda et Robert Capa suivent les combats des Brigades internationales Républicaines. Capa y gagne une reconnaissance mondiale, alors que le travail de Gerda reste dans l’ombre. En juillet 1937, il rentre à Paris, et elle reste en Espagne pour couvrir le bombardement de Valence et vendre son travail sous son propre nom.

Le 25 juillet 1937, elle est écrasée accidentellement par un char républicain près de Brunete et meurt le lendemain à l’hôpital de l’Escurial où le poète Rafael Alberti ira reconnaître le corps. Elle fut la première femme photo-reporter de guerre tuée au combat. Son enterrement au Père-Lachaise le 1er août 1937, en présence de milliers de personnes, devient une manifestation antifasciste. Son éloge funèbre est prononcé par Pablo Neruda et Louis Aragon.

En 1938, Robert Capa publiera en sa mémoire Death in the Making, rassemblant des photos réalisées en commun. Jusqu’à sa mort Capa restera fidèle à la mémoire de Gerda, qu’il appellera sa femme, alors qu’ils n’ont jamais été mariés. En 2007, une valise contenant une centaine de négatifs, retrouvée à Mexico, permet de reconsidérer sous un angle différent, l’importance du travail de Gerda et sa relation avec Capa. En effet, certaines épreuves attribuées précédemment à Capa seraient en fait, la propre production de Gerda Taro.

Gerda Taro

Gerda Taro

 

Espagne, volontaire républicaine.

Espagne, volontaire républicaine.

 

Espagne. tank républicain. C'est par un engin similaire que Gerda Taro a été écrasée.

Espagne. tank républicain. C’est par un engin similaire que Gerda Taro a été écrasée.

 

Espagne. Réfugiés

Espagne. Réfugiés

Herbert List

Est né en 1903 à Hambourg dans une famille de riches négociants en café. En 1921 il part à Heidelberg étudier l’histoire de la littérature. Puis il revient à Hambourg travailler dans l’entreprise familiale List & Heineken. De 1925 à 1928, il voyage pour son travail au Brésil, Guatemala, Costa Rica, Salvador. En 1929, il revient en Allemagne et devient fondé de pouvoir et associé de l’entreprise. En 1930, il commence à s’intéresser à la photographie, influencé par Magritte, Man Ray, Dali et de Chirico. En 1935, il quitte l’entreprise paternelle et émigre à Paris, puis à Londres l’année suivante.

C’est en 1937, il fait ses premières expériences en studio et commence à vendre ses photos aux magazines Vogue, Harper’Bazaar, Life. Il rencontre le photographe Georges Hoyhingen-Huene, avec lequel il voyage en Italie et en Grèce, où il réalise certaines de ses photos les plus connues. Sa relation avec Hoyningen-Huene lui fait commencer le thème de l’homoérotisme.

Ses photos ne sont pas publiées en Allemagne, parce qu’il est d’ascendance juive.

En 1941 il est mobilisé dans la wehrmacht, bien que juif et homosexuel, et envoyé en Norvège où il s’occupe de cartographie. En 1945, après la défaite nazie, il va s’installer à Munich, où il devient en 1948 rédacteur artistique de la revue Heute (Aujourd’hui), éditée par les Alliés. De 1948 à 1962, List voyage beaucoup, en Grèce, en Italie, en Espagne, au Mexique, dans les Caraïbes. Il publie régulièrement dans les revues Heute, Epoca, Look, Harper’Bazaar, Flair, Picture Post et Life. Après 1964, il abandonne la photographie et se tourne vers la collection de dessins italiens des XVI et XVIIe siècles.

Il décède en 1975 à Munich.

Herbert Lizt

Herbert Lizt

 

surimpression

surimpression

 

Etude de nu masculin

Etude de nu masculin

 

Jeunes hommes

Jeunes hommes

 

Portrait de Picasso

Portrait de Picasso

 

Helmut Newton

De son vrai nom Helmut Neustädter, Newton est né en 1920 à Berlin. De père juif allemand et de mère américaine, le jeune Helmut suit ses études au lycée Werner von Trotschke de Berlin, puis à l’École américaine de Berlin. Il s’intéresse très tôt à la photographie et, dès 1936, devient l’élève de la photographe allemande «Yva» (Else Simon), à qui il doit son style de photographie.

En 1938, il quitte l’Allemagne nazie. Il travaille pendant un temps à Singapour, puis émigre en Australie. Pendant la seconde guerre mondiale, il rejoint l’armée australienne où il est affecté à la logistique. En 1948, il épouse l’actrice et photographe australienne June Brunell.

Après la guerre, il travaille comme photographe freelance, en réalisant des photos de mode ainsi que des travaux pour le magazine Playboy. À la fin des années 50 il concentre son travail sur la photo de mode. En 1961, il s’installe à Paris et devient un photographe de mode prolixe. Il réalise des séries de mode pour de nombreux magazines, en particulier Vogue. Son style, parfois d’une subjectivité sensuelle, est marqué par l’érotisme, par des scènes stylisées et, souvent, par une violence sous-jacente. En 1970, sa femme June se lance aussi dans la photographie sous le nom d’Alice Springs.

A partir de 1981, Helmut Newton réside à Monaco et à Los Angeles. Helmut Newton décède en janvier 2004 des suites d’un accident de voiture à Hollywood. Selon sa volonté, il est enterré à Berlin, au cimetière Schöneberg III, près de la tombe de Marlene Dietrich.

Helmut newton est surtout connu pour ses photographies de mode et ses nus féminins. Il a photographié de nombreux modèles parmi lesquelles Catherine Deneuve, Grace Jones, Kate Moss, Monica Belluci, Cindy Crawford ou Claudia Schiffer, mais aussi Leonard Cohen, David Bowie ou Leonardo Di Caprio…

Après sa mort sa femme Alice Springs s’est employée à faire connaître l’oeuvre d’Helmut Newton sous toutes facettes et pas seulement les plus connues.

Helmut Newton

Helmut Newton

 

Portrait de Al Pacino

Portrait de Al Pacino

 

Nu en abîme

Nu en abîme

 

portrait de Leonardo Di Caprio

portrait de Leonardo Di Caprio

 

Nu en groupe

Nu en groupe

 

Bernd et Hilla Becher

Bernd Becher est né en1931 en Rhénanie du nord et mort en 2007 à Rostock. Hilla Becher (Wobeser) est née en 1934 à Potsdam et morte en en 2015 à Düsseldorf.

Ces deux photographes sont connus pour leurs clichés d’installations industrielles, saisis de façon frontale.

Le travail photographique du couple Becher porte sur des bâtiments industriels (les « typologies ») photographiés selon un protocole extrêmement rigoureux (vue frontale, centrage du sujet, etc…). À partir de 1959, la démarche de Bernd et Hilla Becher consiste à établir un inventaire rigoureux et systématique du bâti industriel en photographiant des ensembles (usines, mines, haut-fourneaux, chevalements de mines…) menacés d’obsolescence et souvent à l’abandon (principalement en Allemagne, plus largement en Europe, mais aussi aux États-Unis), avec une dimension documentaire. Ils procèdent selon une démarche scientifique dans le sens où tous leurs clichés sont classés et archivés selon la localisation géographique (Allemagne, Belgique, États-Unis…) ou les fonctionnalités (châteaux d’eau, silos, gazomètres, hauts-fourneaux…) des bâtiments photographiés.

L’utilisation du noir et blanc permet de faire ressortir un fort contraste et ainsi d’accentuer certains détails ou certaines parties que le photographe voudrait mettre en valeur. Pour donner à leurs photos ce caractère de documentaire « objectif », le couple a pris toutes les photos selon un même protocole immuable : une lumière neutre (ciel couvert) et chaque photo d’une même série est composée de manière identique (angle de vue et cadrage). Dans le même but ont été utilisés un téléobjectif, pour éviter les déformations, et une chambre Linhof 8×10, pour avoir des négatifs de qualité, ainsi qu’une présentation spécifique des œuvres (photo sous marie-louise blanche et cadre en plastique blanc), cette procédure a été conservée au cours des années.

Une caractéristique esthétique prédomine : les constructions photographiées apparaissent comme des formes géométriques ou tortueuses qui se répètent tout au long des séries. Ce phénomène de sérialité est caractéristique de leur façon de travailler. Les photographies sont parfaitement neutres et isolent ainsi l’infrastructure. Ce qui permet de comparer les variations formelles entre les bâtiments photographiés, désignés comme des « sculptures anonymes », selon le titre de leur premier ouvrage, publié en 1970.

En 1976, Bernd Becher devient professeur à l’académie des beaux-arts de Düsseldorf où il ouvre la première classe de photographie artistique. Quelques-uns de ses élèves ont acquis à leur tour une notoriété : Thomas Ruff, Thomas Struth, Candida Höfer, Elger Hesser et Andreas Gursky, le plus connu d’entre eux.
Le travail de tous ces photographes présente un point commun : le travail en séries, l’aspect documentaire plus ou moins prononcé et la systématisation d’un mode de prise de vue. L’héritage de l’œuvre de Auguste Sander, évident chez Bernd et Hilla Becher reste encore présent dans la génération qu’ils ont formée, particulièrement dans le caractère documentaire de l’observation du réel dans lequel vivent les hommes ou de ces hommes eux-mêmes.

Bernd & Hilla Becher

Hilla & Bernd  Becher

 

Réservoirs à gaz

Réservoirs à gaz

 

Puits de mine

Puits de mine

 

Horst Faas

Est né en 1933 à Berlin. En 1945, sa famille fuit l’avance des troupes russes et se réfugie dans le nord du pays. En 1947, elle rejoint l’ouest et s’installe à Munich.

Horst Faas entre à l’Associated Press (AP) en 1956. Il commence sa carrière de reporter de guerre au Congo, puis en Algérie. En 1962, il est envoyé au Vietnam où il restera jusqu’en 1970. Il ne couvre pas seulement le conflit, mais recrute l’équipe de l’AP parmi les photographes free-lance étrangers et vietnamiens.

En 1967 il est grièvement blessé. Le correspondant du New York Times à Saigon David Halberstam, dira de lui : «Je crois que personne n’est resté aussi longtemps au Vietnam, n’a pris autant de risques, ni montré autant de dévouement pour son métier et ses collègues…». Entre 1970 et 1972 il couvre l’Asie du Sud-Est. En 1972 il couvre les JO de Munich. En 1976, il est nommé à Londres comme responsable de la photo pour l’Europe de l’AP, poste qu’il occupera jusque en 2004.

En 1965, il reçoit le prix Pulitzer pour sa couverture de la guerre du Vietnam. En 1972 il reçoit un second prix Pulitzer (photo d’actualité) avec Michel Laurent pour leur série «Mort à Dacca» sur les tortures et les exécutions au Bangladesh. Un des photographes formés par lui à Saïgon, Huynh Cong « Nick » Ut, a reçu le prix Pulitzer pour la photo de la petite fille fuyant les combats prise en 1972. (voir l’article sur les photos cultes).

En 1997 il reçoit le prix Robert Capa Gold Medal pour ses reportages au Vietnam. Au cours d’une cérémonie en son honneur, organisée par la ville de New York, il a dit que sa mission était «de saisir les souffrances, les émotions et les sacrifices des Américains et des Vietnamiens dans ce petit pays ensanglanté…».

Horst Faas est décédé en 2012 à Munich.

Horst Faas en reportage

Horst Faas en reportage

 

Portrait de soldat: war is hell.

Portrait de soldat: war is hell.

 

L'homme à l'enfant

L’homme à l’enfant

 

Femme vietnamienne

Femme vietnamienne

 

Opération héliportée

Opération héliportée

 

Peter Lindbergh

Peter Brodeck est né en 1944 à Leszno, en Pologne (alors annexée par l’Allemagne nazie). Il prendra le pseudo de Lindberg plus tard. Adolescent, il travaille comme décorateur étalagiste pour les grands magasins Karstadt et Horten à Duisbourg. Il passe les vacances d’été en famille sur la côte néerlandaise, près de Noordwijk. Les vastes plages néerlandaises de même que les quartiers industriels de Duisbourg où grandit Lindbergh auront une profonde influence sur son œuvre.

Au début des années 1960, il déménage à Berlin, où il s’inscrit à l’Académie des Arts. Passionné par Van Gogh, il se rend à Arles en auto-stop, puis en Espagne et au Maroc. Son voyage dure 2 ans. De retour en Allemagne, il reprend ses études à l’école d’art de Krefeld. Il expose ses travaux dans une galerie prestigieuse avant la fin de ses études.

En 1971, alors qu’il est installé à Düsseldorf, il se tourne vers la photographie et travaille deux ans comme assistant photographe, puis il ouvre son propre studio en 1973. Quelque temps après il entre dans l’équipe du magazine Stern, où il côtoie les photographes légendaires tels que Helmut Newton ou Guy Bourdin.

Influencé par la photographie documentaire, par des photo-journalistes comme Dorothea Lange, Cartier-Bresson, Winogrand, Lindbergh s’intéresse surtout à la personnalité de ses sujets et tourne le dos à l’habitude d’exagérément retoucher les images. Il photographie ses sujets dans un état pur, « en toute honnêteté » pratiquement sans maquillage. Il dira dans une interview en 2014 : «La responsabilité des photographes, aujourd’hui, doit être de libérer les femmes et, en somme, tout le monde, de la hantise de la jeunesse et de la perfection».

En 1989, il photographie, pour la première fois réunie sur une photo, Linda Evangelista, Naomi Campbell, Tatjana Patitz, Cindy Crawford et Christy Turlington pour la couverture de Vogue London de janvier 1990. Cette photo va lancer l’ère des «supermodèles».

Il travaille en noir et blanc. Il dit en 2008 : « Il était très important de recourir à la photographie en noir et blanc pour créer le supermodèle. Chaque fois que j’essayais de photographier ces sujets en couleurs, le résultat avait l’air d’une mauvaise publicité de produits cosmétiques…».

Peter Lindbergh

Peter Lindbergh

 

Les 5 supermodèles

Les 5 supermodèles

 

Adrian Brody

Adrian Brody

 

Milla Jovovic

Milla Jovovic

 

Andreas Gursky

Est né en 1955 à Leipzig. Petit-fils de photographe, Gursky étudie d’abord la photographie à Essen, puis à l’Ecole des beaux-Arts de Düsseldorf, où il est l’élève de Bernd et Hilla Becher.

Sa première œuvre exposée est la photo d’une cuisinière à gaz allumée (1980 – 98 x 71 cm). Il est surtout connu pour ses images très grands formats d’une impressionnante définition. C’est un des derniers tenants du réalisme photographique proche des théories de l’école de Düsseldorf. Le choix de ses thèmes et son goût des séries permet aussi de le rapprocher du pop art et de Warhol.

Gursky produit des photographies gigantesques, où l’on peut apercevoir des foules humaines, des fenêtres, des objets à l’infini.Tokyo, Stock Exchange (1990 – 205 x 260 cm), construites sur le principe de répétition. Au début des années 1990, il a commencé à utiliser les ressources de la photographie numérique lui permettant de combiner plusieurs clichés d’un même objet prises d’endroits différents, comme Paris, Montparnasse (1993 – 187 x 428 cm).

Ses photographies sont parmi les plus chères au monde : Le Rhin (Rhein II) (1999) a atteint 3,1 millions d’euros) lors d’une vente aux enchères chez Christie’s à New York le 8 novembre 2011.

Andreas Gursky est actuellement professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Düsseldorf.

Andreas Gursky

Andreas Gursky

 

La bourse de Tokyo

La bourse de Tokyo

 

Stade

Stade

 

Le Rhin II

Le Rhin II

 

Sibylle Bergeman (Agence Ostkreuz)

Elle est née en 1941 à Berlin. Elle commence à photographier en 1966, comme assistante de Arno Fischer. En 1967, Sibylle Bergeman devient freelance, principalement pour les magazines Sonntag et Sibylle. En 1985, elle épouse Arno Fischer

Depuis 1994 membre de l’Académie des Beaux Arts de Berlin. Elle est décédée en 2010 à Gransee.

Sibylle Bergeman

Sibylle Bergeman

 

Le monument

Le monument

 

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Ute Mahler (Agence Ostkreuz)

Née en 1949 à Berka (Thuringe), elle effectue, de 1969 à 1974, ses études à l’Ecole des Arts graphiques et de l’Edition de Leipzig. En 1974 travaille comme photographe freelance, principalement pour les magazines Sonntag et Sibylle.

Depuis 2000, elle est professeur à l’Ecole pratique de photographie de Hambourg. Depuis 2005, elle enseigne à l’Ecole Ostkreuz de photographie.

Ute Melher

Ute Mahler

 

Dans la rue

Dans la rue

 

Dresde1993

Dresde1993

 

Werner Mahler (Agence Ostkreuz)

Né en 1950 à Bossdorf (Saxe-Anhalt). De 1973 à 1978, il fait ses études à l’Ecole des Arts graphiques et de l’Edition de Leipzig. Il y rencontre Ute. A partir de 1978, travaille comme photographe de mode freelance pour Sibylle.

En 2004 il fonde la Ostkreuzschule (école) de photographie.

Werner Malher

Werner Malher

 

La promotion

La promotion

 

Mineur au travail

Mineur au travail

 

Harald Hauswald (Agence Ostkreuz)

Né en 1954 à Radebeul. En 1976 il termine ses études de photographie. En 1980, il travaille pour la Fondation Stephanus. A partir de 1981, il publie chez GEO, Stern, ZEIT-magazin …

Harald Hauswald

Harald Hauswald

 

Dans le métro. Berlin 1986

Dans le métro. Berlin 1986

 

Alexander Plaz

Alexander Plaz

 

Maurice Weiss  (Agence Ostkreuz)

Né en 1964 à Perpignan. En 1989 commence des études de design photo-cinéma sous la direction de Arno Fischer à l’Ecole professionnelle de Dortmund. En 1990, il travaille comme freelance, puis devient membre de l’agence VU à Paris, et travaille principalement pour Die Zeit, Libération, GEO…

En 1995, il devient membre de Ostkreuz.

Maurice Weiss

Maurice Weiss

 

Scène de rue en 1989

Scène de rue au moment de la chute du mur -1989

 

La chute du mur en 1989

La chute du mur en 1989

 

(à suivre)